Bible-Centre

Lectures orthodoxes pour le 22 décembre 2010

La Bible de Jérusalem (fr)

Jacques, Chapitre 1,  vers 1-18

1 Adresse et salutation., 2 Le bienfait des épreuves., 5 La demande confiante., 9 Le sort du riche., 12 L’épreuve., 16 Recevoir la Parole et la mettre en pratique.
Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus Christ, aux douze tribus de la Dispersion, salut !
Tenez pour une joie suprême, mes frères, d’être en butte à toutes sortes d’épreuves.
Vous le savez : bien éprouvée, votre foi produit la constance ;
mais que la constance s’accompagne d’une œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits, irréprochables, ne laissant rien à désirer.
Si l’un de vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu — il donne à tous généreusement, sans récriminer — et elle lui sera donnée.
Mais qu’il demande avec foi, sans hésitation, car celui qui hésite ressemble au flot de la mer que le vent soulève et agite.
Qu’il ne s’imagine pas, cet homme-là, recevoir quoi que ce soit du Seigneur :
homme à l’âme partagée, inconstant dans toutes ses voies !
Que le frère d’humble condition se glorifie de son exaltation
10 et le riche de son humiliation, car il passera comme fleur d’herbe.
11 Le soleil brûlant s’est levé : il a desséché l’herbe et sa fleur tombe, sa belle apparence est détruite. Ainsi se flétrira le riche dans ses démarches !
12 Heureux homme, celui qui supporte l’épreuve ! Sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment.
13 Que nul, s’il est éprouvé, ne dise : « C’est Dieu qui m’éprouve. » Dieu en effet n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne.
14 Mais chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l’attire et le leurre.
15 Puis la convoitise, ayant conçu, donne naissance au péché, et le péché, parvenu à son terme, enfante la mort.
16 Ne vous égarez pas, mes frères bien-aimés :
17 tout don excellent, toute donation parfaite vient d’en haut et descend du Père des lumières, chez qui n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation.
18 Il a voulu nous enfanter par une parole de vérité, pour que nous soyons comme les prémices de ses créatures.
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Notes:
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Notes sur la partie

1 a) Dans l’antiquité israélite le terme de « Dispersion » (grec « Diaspora ») désignait les Juifs émigrés de Palestine, cf. Ps 147.2 ; Jdt 5.19 ; cf. Jn 7.35. Il s’agit ici des chrétiens d’origine juive dispersés dans le monde gréco-romain. Cf. Ac 2.5-11. Les douze tribus figurent la totalité du Peuple nouveau, Ac 26.7 ; Ap 7.4 ; Mt 19.28.


1 b) Formule de salutation, courante dans le monde grec, litt. « réjouissez-vous ». Le v. 2 joue sur ce mot.


4 c) Pour Jacques comme pour le judaïsme, la foi doit aboutir à une œuvre qui rend l’homme parfait, 2.14 ; cf. 1 Th 1.3. Dès maintenant on peut pressentir l’explication centrale de 2.14-26.


5 d) Ou encore « simplement », « sans condition ».


8 e) Littéralement « à l’âme double », 4.8. Cette division intérieure suppose la psychologie rabbinique, où deux impulsions ou penchants, l’un mauvais, l’autre bon, se disputent sans cesse (fondée sur Gn 8.21 ; 6.5 ; Si 15.14 ; Rm 7). Elle s’oppose à la « simplicité » du cœur et à la fermeté d’attitude qui en résulte.


9 f) Les riches n’ont part à l’exaltation des petits, 1 S 2.7-8 ; Ps 72.4, 12 ; 113.7-9 ; Lc 1.52 ; etc. ; cf. So 2.3, qu’en s’humiliant avec eux.


11 g) Ou « Le soleil s’est levé avec un vent brûlant ».


12 h) Om. « le Seigneur ». La Vulg. a « Dieu ».


12 i) Au sortir de l’épreuve, vv. 2-4, celui qui aime Dieu recevra sa juste récompense, 1 Co 9.25 ; 1 P 5.4 ; Ap 2.10.


13 j) Ici l’épreuve est la tentation, cf. 1 Co 10.13. Celui qui se laisse entraîner au mal ne doit pas rejeter sa faute sur Dieu, qui ne saurait vouloir le mal. Le péché procède de l’intérieur de l’homme, Rm 7.8, et s’achève, de soi, dans un état tout opposé à la couronne de vie, v. 12 ; Rm 6.23.


17 k) Om. (Vet. Lat.) « vient d’en haut et ».


17 l) Dieu, créateur des luminaires célestes, Gn 1.14-18, et source de toute lumière spirituelle, Jn 1.4 ; 8.12 ; 1 Jn 1.5 ; cf. 1 P 2.9. Les images qui suivent sont suggérées par le mouvement des astres. — Var. « en qui n’existe aucun changement provenant du mouvement de l’ombre ».


18 m) Cette « parole de vérité » est l’ensemble de la révélation de Dieu aux hommes, dite encore « Loi de liberté », « Loi royale », cf. 1.21-25 ; 2.8.


18 n) ne parle de la « grâce » qu’en 4.6. Il en mentionne ici l’équivalent dans cette naissance nouvelle, due à la parole de Dieu, Jn 1.12 ; 3.3 ; 1 P 1.23, et qui constitue le peuple de Dieu par ses premiers-nés, cf. Dt 18.4 ; 1 Co 15.20 ; Rm 8.23 ; 16.5. Cette parole est plantée dans les cœurs (litt. « innée ») par la prédication de l’Évangile qui sauve, v. 21, et la foi qui est l’acceptation de cette annonce, cf. 1 Th 2.13. Traces de catéchèse baptismale.


L’épître de Jacques ne fut reçue que progressivement dans l’Église. Si sa canonicité ne semble pas avoir posé de problème en Égypte, où Origène la cite comme Écriture inspirée, Eusèbe de Césarée, au début du IVe siècle, reconnaît qu’elle est encore contestée par certains. Dans les Églises de langue syriaque, ce n’est qu’au cours du IVe siècle qu’elle fut introduite dans le canon du NT. En Afrique, elle est inconnue de Tertullien, de Cyprien, et le catalogue de Mommsen (vers 360) ne la contient pas encore. À Rome, elle ne figure pas dans le canon de Muratori, attribué à saint Hippolyte (vers 200), et il est très douteux qu’elle ait été citée par saint Clément de Rome et par l’auteur du Pasteur d’Hermas (cf. infra). Elle ne s’impose donc dans l’ensemble des Églises d’Orient et d’Occident que vers la fin du IVe siècle.

Quand les Églises acceptent la canonicité de cette épître, elles identifient communément son auteur avec Jacques « frère du Seigneur », Mc 6.3 ; Mt 13.55 ; cf. Mt 12.46, dont le rôle si marquant dans la première communauté de Jérusalem, Ac 12.17 ; 15.13-21 ; 21.18-26 ; 1 Co 15.7 ; Ga 1.19 ; 2.9, 12, fut couronné par le martyre de la main des Juifs vers l’an 62 (Josèphe, Hégésippe). Ce personnage est évidemment distinct de l’apôtre Jacques, fils de Zébédée, Mt 10.2, qu’Hérode fit périr en 44, Ac 12.2, mais on pourrait songer à l’identifier avec l’autre apôtre de ce nom, fils d’Alphée, Mt 10 3. Déjà les anciens hésitaient sur ce point, et les modernes en discutent encore, tout en penchant vers la négative. L’expression de Paul en Ga 1.19 a été interprétée dans les deux sens.

Au reste, le vrai problème se situe ailleurs, et plus profondément. Il porte sur l’attribution même de l’épître à Jacques, « frère du Seigneur ». Cette attribution, en effet, ne va pas sans difficultés. Si elle avait été réellement composée par cette personnalité de premier plan, on comprendrait mal la difficulté qu’elle eut à s’imposer dans l’Église comme Écriture canonique. Par ailleurs, elle a été écrite directement en grec, avec une élégance, une richesse de vocabulaire, un sens de la rhétorique (diatribè) assez surprenants chez un Galiléen ; sans doute, Jacques aurait pu se faire aider par un disciple de bonne culture hellénique, mais c’est là une conjecture impossible à prouver. Enfin, et surtout, l’épître présente une affinité très marquée avec des écrits dont la composition se situe à la fin du Ier siècle ou au début du IIe, spécialement la première lettre de Clément de Rome et le Pasteur d’Hermas. On a souvent affirmé que ces deux ouvrages avaient largement utilisé l’épître de Jacques ; on reconnaît de plus en plus aujourd’hui que ces affinités s’expliquent par l’utilisation de sources communes et par le fait que les auteurs de ces différents ouvrages avaient à faire face à des difficultés analogues. En conséquence, de nombreux auteurs placent aujourd’hui la composition de l’épître de Jacques vers la fin du Ier siècle, voire le début du IIe. Le caractère archaïque de sa christologie s’expliquerait, non par l’Antiquité de sa rédaction, mais parce qu’elle émanerait de milieux judéo-chrétiens, héritiers de la pensée de Jacques, le frère du Seigneur, et fermés aux développements de la théologie chrétienne primitive.

Si l’on tient cependant à maintenir l’authenticité de l’épître, on devra en placer la composition avant 62, date de la mort de Jacques. Deux hypothèses sont alors possibles, selon la position que l’on adopte concernant les rapports entre Jc et Ga/Rm au sujet du problème de la justification par la foi (cf. infra). Pour certains auteurs, c’est Jacques qui engage une polémique contre Paul, ou plutôt contre des chrétiens qui déformaient l’enseignement de Paul ; il aurait alors écrit son épître peu de temps avant sa mort. Pour d’autres, de moins en moins nombreux, c’est Paul qui aurait voulu combattre les idées de Jacques, dont l’épître aurait alors été composée vers les années 45-50, ce qui expliquerait le caractère archaïque de sa christologie. Ce que nous avons dit plus haut laisse entendre qu’une date si ancienne est peu vraisemblable.

Quoi qu’il en soit de son origine, cet écrit veut atteindre les « Douze tribus de la Diaspora », 1.1, c’est-à-dire sans doute les chrétiens d’origine juive dispersés dans le monde gréco-romain, surtout dans les régions avoisinant la Palestine telles que la Syrie ou l’Égypte. Que ces destinataires soient des convertis du judaïsme, cela est confirmé par le corps de la lettre. L’usage constant que l’auteur y fait de la Bible suppose qu’elle leur est familière, d’autant plus qu’il procède moins par mode d’argumentation à partir de citations explicites (comme Paul par exemple, ou l’auteur de l’épître aux Hébreux) que par réminiscences spontanées et allusions partout sous-jacentes. Il s’inspire particulièrement de la littérature sapientielle pour en tirer des leçons de morale pratique. Mais il dépend aussi profondément des enseignements de l’Évangile, et son écrit n’est pas purement juif comme on l’a parfois prétendu. On y retrouve sans cesse au contraire la pensée et les expressions préférées de Jésus, et cette fois encore, moins par mode de citations expresses tirées d’une tradition écrite que par utilisation d’une tradition orale vivante. En somme, c’est un sage judéo-chrétien qui repense de façon originale les maximes de la sagesse juive en fonction de l’accomplissement qu’elles ont trouvé dans la bouche du Maître. On voit son point de vue chrétien surtout dans le cadre apocalyptique dans lequel il situe ses enseignements moraux. Ces enseignements montrent aussi leur affinité avec ceux de l’évangile plutôt judéo-chrétien de Matthieu.

Son écrit ne se plie pas sans peine aux conventions du style épistolaire. Il représente plutôt une homélie, un spécimen de cette catéchèse qui devait être en usage dans les assemblées judéo-chrétiennes de son temps. On y trouve une série d’exhortations morales qui se suivent de façon assez lâche, tantôt par groupement de sentences sur un même sujet, tantôt par assonances verbales. Ce sont des avis sur le support des épreuves, 1.1-12 ; 5.7-11, l’origine de la tentation, 1.13-18, la maîtrise de la langue, 1.26 ; 3 1-12, l’importance de la bonne entente et de la miséricorde, 2.8, 13 ; 3.13-4.2 ; 4.11s, l’efficacité de la prière, 1.5-8 ; 4.2s ; 5.13-18, etc. Le sacrement d’Onction des malades a son lieu théologique en 5.14s (concile de Trente).

Deux thèmes principaux commandent toute cette parénèse. L’un exalte les pauvres et avertit sévèrement les riches, 1.9-11 ; 1.27-2.9 ; 4.13-5.6 : ce souci des humbles, les favoris de Dieu, se rattache à une ancienne tradition biblique et tout spécialement aux Béatitudes de l’Évangile, Mt 5.3. L’autre insiste sur l’accomplissement des bonnes œuvres et met en garde contre une foi stérile, 1.22-27 ; 2.10-26. On trouve même sur ce dernier point une discussion polémique, 2.14-26, que beaucoup d’interprètes estiment dirigée contre Paul. Il faut en effet reconnaître des contacts assez frappants entre Jc et Ga/Rm, notamment dans l’interprétation différente de mêmes textes bibliques sur Abraham. La présence d’un tel conflit entre les livres du NT est un indice de la richesse de l’enseignement divin plutôt qu’une cause de scandale. On peut remarquer deux choses : d’abord que par-delà une opposition commandée par des soucis pastoraux différents, Paul et Jacques sont d’accord sur le fond des choses, cf. 2.6, 2.14 (parce que Paul n’était jamais contre la morale – voir par ex., Rm 12, 13 – mais contre l’imposition des préceptes cérémoniaux sur les convertis du paganisme, comme la circoncision ; et Jacques ne parle jamais de ces préceptes mais de la morale). Ensuite ce thème de la foi et des œuvres, si naturellement commandé par les données de la religion juive, a bien pu être un sujet traditionnel de discussion qu’ils auront traité de façon indépendante. L’Église ancienne a finalement accepté l’épître de Jacques pour conserver l’équilibre dialectique entre foi et œuvres, entre Paul et Jacques.

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Sujets:

Luc, Chapitre 21,  vers 5-7, 10-11, 20-24

V. Ministère de Jésus à Jérusalem> 5 Discours sur la ruine de Jérusalem. Introduction., 8 Les signes précurseurs., 20 L’investissement.
Comme certains disaient du Temple qu’il était orné de belles pierres et d’offrandes votives, il dit :
« De ce que vous contemplez, viendront des jours où il ne restera pas pierre sur pierre : tout sera jeté bas. »
Ils l’interrogèrent alors en disant : « Maître, quand donc cela aura-t-il lieu, et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? »
...
10 Alors il leur disait : « On se dressera nation contre nation et royaume contre royaume.
11 Il y aura de grands tremblements de terre et, par endroits, des pestes et des famines ; il y aura aussi des phénomènes terribles et, venant du ciel, de grands signes.
...
20 « Mais lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, alors comprenez que sa dévastation est toute proche.
21 Alors, que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes, que ceux qui seront à l’intérieur de la ville s’en éloignent, et que ceux qui seront dans les campagnes n’y entrent pas ;
22 car ce seront des jours de vengeance, où devra s’accomplir tout ce qui a été écrit.
23 Malheur à celles qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là !
« Car il y aura grande détresse sur la terre et colère contre ce peuple.
24 Ils tomberont sous le tranchant du glaive et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens jusqu’à ce que soient accomplis les temps des païens.
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Notes:
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Notes sur la partie

5 m) En 17.22-37, Luc, suivant une de ses sources, avait traité du retour glorieux de Jésus à la fin des temps. Ici, comme Mc qu’il suit et combine avec une autre source, il traite de la ruine de Jérusalem, sans y mêler la fin du monde comme fait Mt, cf. Mt 24.1 ; 19.44.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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