Comme on le voit, la séparation de l'univers entre le Royaume et les ténèbres extérieures atteint, à la fin des temps, son achèvement logique, jusqu'à cette dernière bataille des forces de la lumière contre les forces des ténèbres, que connaissaient non seulement les yahvistes et les chrétiens, mais que pressentaient aussi d'autres personnes spirituellement sensibles...
Comme on le voit, la séparation de l'univers entre le Royaume et les ténèbres extérieures atteint, à la fin des temps, son achèvement logique, jusqu'à cette dernière bataille des forces de la lumière contre les forces des ténèbres, que connaissaient non seulement les yahvistes et les chrétiens, mais que pressentaient aussi d'autres personnes spirituellement sensibles, et qui fut montrée à Jean de ses propres yeux. Le peuple de Dieu dans sa vision (et les 144 mille élus symbolisent justement le peuple de Dieu) s'oppose à ceux qui, volontairement ou non, se trouvent du côté des forces des ténèbres, en soutenant les deux bêtes mentionnées dans le livre, celle de la mer et celle de la terre.
À première vue, cela n'est pas tout à fait juste: il y a bien une différence entre participer volontairement à la guerre du côté des forces des ténèbres et y participer involontairement, par exemple par faiblesse ou par ignorance. Mais dans le cas présent, la situation est telle que le choix de chacun se révèle absolument objectif et absolument significatif. Le tableau montré à l'apôtre est tout de même symbolique, et dans la réalité historique il s'agira à peine d'un affrontement entre deux armées, terrestres ou célestes. Dans l'histoire et dans une biographie concrète, tout est d'ordinaire bien plus prosaïque et quotidien, mais pour cette raison bien plus clair.
Chacun mène sa propre guerre, gagne ou perd ses propres combats, et à chaque moment concret, dans un combat concret, tout est clair pour chacun. À condition, bien sûr, que l'homme veuille vraiment cette clarté. Même dans une guerre terrestre ordinaire, la question du courage ou de la lâcheté se ramène, s'il s'agit d'un simple combattant, non à la compréhension et à la conscience de tous les grands plans stratégiques, les siens ou ceux de l'adversaire, mais à la manière dont l'homme se conduira à l'endroit concret où il s'est trouvé. Fera-t-il ce qu'il doit faire, ou se dérobera-t-il, sous un prétexte respectable ou sans aucun prétexte.
Telle est aussi la véritable vie spirituelle, faite moins de grands envols et d'expériences profondes que d'une suite de choix et de décisions que nous faisons et prenons chaque jour. Et, en règle générale, cette réalité concrète nous est claire, pourvu que nous voulions la clarté. C'est pourquoi, dans cette dernière bataille même, il ne sera pas possible de se retrouver par hasard du mauvais côté. Le choix sera donc réellement tout à fait conscient et définitif. Même si quelqu'un ne veut pas choisir et préfère rester «comme tout le monde». Car refuser de choisir est aussi un choix. Mais ce n'est certes pas celui du Royaume.