Bible-Centre

Lectures orthodoxes pour le 19 août 2010

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Pierre, Chapitre 1,  vers 10-19

3 La libéralité de Dieu., 12 Le témoignage apostolique., 19 La parole prophétique.
10 Ayez donc d’autant plus de zèle, frères, pour affermir votre vocation et votre élection. Ce faisant, pas de danger que vous tombiez jamais.
11 Car c’est ainsi que vous sera largement accordée par surcroît l’entrée dans le Royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.
12 C’est pourquoi je vous rappellerai toujours ces choses, bien que vous les sachiez et soyez affermis dans la présente vérité.
13 Je crois juste, tant que je suis dans cette tente, de vous tenir en éveil par mes rappels,
14 sachant, comme d’ailleurs notre Seigneur Jésus Christ me l’a manifesté, que l’abandon de ma tente est proche.
15 Mais j’emploierai mon zèle à ce qu’en toute occasion, après mon départ, vous puissiez vous remettre ces choses en mémoire.
16 Car ce n’est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté.
17 Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. »
18 Cette voix, nous, nous l’avons entendue ; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte.
19 Ainsi nous tenons plus ferme la parole prophétique : vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’astre du matin se lève dans vos cœurs.
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10 j) Add. (Vulg.) « par les bonnes ouvres ».


11 k) Comme en 1.4 ; 3.4, 9-10, s’ouvre ici la perspective de la Parousie. Le Royaume du Christ est à coup sûr celui du Père, Ep 5.5 ; 2 Tm 4.1 ; Ap 11.15.


12 l) Cf. 1 P 1.10-12. Le rappel porte sur les fondements de la foi chrétienne et de l’attente de la Parousie le Christ et les apôtres, vv. 14-18, puis les prophètes, vv. 19-21.


16 m) Les gnostiques échafaudaient des spéculations gratuites à l’appui de leurs erreurs sur la Parousie, 3.4-5, cf. 1 Tm 1.4 ; 6.20, etc. Pierre et les apôtres, eux, transmettent des faits dont ils ont été témoins oculaires, cf. Lc 1.2 ; Ac 1.8 ; 1 Jn 1.1-3, et que le Père lui-même a attestés.


16 n) Lors de la Transfiguration.


17 o) « la Gloire... lui transmit »; var. « du sein de la Gloire... lui parvint ».


18 p) L’appellation « montagne sainte » évoque soit le mont Sion, Ps 2.6 ; Isa 11.9 ; etc., soit le Sinaï, comme le « type » du mont de la Transfiguration.


19 q) Les Écritures annonçaient déjà la gloire du Messie. La manifestation glorieuse du Christ lors de la Transfiguration a déjà permis de voir leur réalisation.


Deux épîtres catholiques se réclament de saint Pierre. La première, qui porte dans son adresse le nom du prince des apôtres, 1 P 1.1, a été reçue sans contestation dès les débuts de l’Église : utilisée probablement par Clément de Rome et certainement par Polycarpe, elle est attribuée explicitement à saint Pierre à partir d’Irénée. L’apôtre écrit de Rome (Babylone, 1 P 5.13), où il se trouve avec Marc qu’il appelle « son fils ». Bien que nous soyons fort peu renseignés sur la fin de sa vie, une tradition très assurée le fait en effet venir dans la capitale de l’empire où il mourut martyr sous Néron (64 ou 67 ?). Il s’adresse aux chrétiens « de la Diaspora » en précisant les noms de cinq provinces, 1 P 1.1, qui représentent pratiquement l’ensemble de l’Asie Mineure. Ce qu’il dit de leur passé, 1 P 1.14, 18 ; 2.9s ; 4.3, suggère qu’ils sont convertis du paganisme, encore que la présence parmi eux de judéo-chrétiens ne soit pas exclue. C’est pourquoi il leur écrit en grec ; et si ce grec, simple mais correct et harmonieux, paraît de trop bonne qualité pour le pêcheur galiléen, nous connaissons le nom du disciple-secrétaire qui a pu l’assister dans sa rédaction : Silvain, 1 P 5.12, que l’on identifie communément avec l’ancien compagnon de saint Paul, Ac 15.22.

Le propos de cette épître est de soutenir la foi de ses destinataires au milieu des épreuves qui les assaillent. On a voulu voir là des persécutions officielles telles que celles de Domitien ou même de Trajan, ce qui supposerait une époque bien postérieure à saint Pierre. Mais les allusions de l’épître n’exigent rien de tel. Il s’agit plutôt de sévices privés, injures et calomnies que la pureté de vie des convertis leur attire de la part de ceux dont ils ont quitté les dérèglements, 1 P 2.12 ; 3.16 ; 4.4,12-16.

Une autre difficulté a été soulevée contre l’authenticité de l’épître : l’usage considérable qu’elle semble faire d’autres écrits du NT, notamment de Jc, Rm et Ep, et qui surprend d’autant plus que l’Évangile paraît peu utilisé. Cependant les réminiscences évangéliques sont nombreuses, tout en restant discrètes ; et si elles étaient plus soulignées, on ne manquerait pas de dire qu’un pseudonyme a cherché ainsi à se faire passer pour Pierre. Quant aux contacts avec Jacques et Paul, ils ne doivent pas être exagérés. Aucun des thèmes spécifiquement pauliniens (valeur transitoire de la Loi juive, Corps du Christ, etc.) ne paraît dans l’épître. Et beaucoup de ceux qu’on traite également de « pauliniens » parce qu’ils nous sont connus surtout par les épîtres de Paul, ne sont en fait que le bien commun de la première théologie chrétienne (valeur rédemptrice de la mort du Christ, foi et baptême, etc.). Les travaux de la critique reconnaissent de plus en plus des formulaires de catéchèses primitives, des florilèges de textes de l’AT, qui ont pu être utilisés parallèlement par les divers écrits en cause, sans qu’il y ait entre eux de dépendance directe. Que s’il demeure néanmoins un certain nombre de cas précis où 1 P paraît en effet s’inspirer de Rm ou d’Ep, cela peut être admis sans en rejeter l’authenticité : saint Pierre ne possédait pas l’envergure théologique de saint Paul, et il a bien pu recourir aux écrits de ce dernier, surtout quand il s’adressait comme ici à des cercles de mouvance paulinienne. On n’oubliera pas non plus que son secrétaire Silvain était un disciple des deux apôtres. Enfin, il n’est que juste de signaler, à côté de ces affinités pauliniennes, les rapprochements que certains interprètes ont cru découvrir entre 1 P et d’autres écrits d’ambiance pétrinienne tels que le second évangile ou les discours de Pierre dans les Actes.

La lettre est normalement antérieure à la mort de Pierre, 64 ou 67, encore que Silvain ait pu ne la mettre au point que quelques années plus tard, selon ses directives et sous son autorité. Ceci serait même probable, s’il était vérifié que l’épître est composite et combine des fragments divers, parmi lesquels une homélie d’origine baptismale, 1 P 1.13 ; 4.11. Mais de tels discernements ne peuvent dépasser le niveau de la conjecture.

De portée essentiellement pratique, cet écrit n’en est pas moins d’une belle richesse doctrinale. On y trouve un admirable résumé de la théologie chrétienne commune à l’époque apostolique, d’une chaleur émouvante dans sa simplicité. Une des idées maîtresses est celle du support courageux des épreuves, avec le Christ pour modèle, 1 P 2.21-25 ; 3.18 ; 4.1 : comme lui les chrétiens doivent souffrir avec patience, heureux si leurs tribulations viennent de leur foi et de leur sainte conduite, 1 P 2.19s ; 3.14 ; 4.12-19 ; 5.9, n’opposant au mal que le bien, la charité, l’obéissance aux pouvoirs publics, 1P 2.13-17, et la douceur à l’égard de tous, 1P 3.8-17 ; 4.7-11, 19. Un passage difficile a été diversement compris par les interprètes, 1 P 3.19s ; cf. 1P 4.6, selon qu’ils ont vu dans la « prédication » du Christ une annonce de salut ou de châtiment, et qu’ils ont reconnu dans les « esprits en prison » tantôt les impies morts au temps du Déluge, tantôt les Anges déchus de la tradition biblique et apocalyptique. De toute façon cette démarche du Seigneur est bien placée au moment de sa mort, et l’on a là l’un des principaux lieux théologiques du dogme de la Descente aux Enfers.

Il n’est pas douteux que la deuxième épître se donne comme étant aussi de saint Pierre. Non seulement l’apôtre se nomme dans l’adresse, 2 P 1.1, mais encore il fait allusion à l’annonce de Jésus touchant sa mort, 2 P 1.14, et dit avoir été témoin de la Transfiguration, 2 P 1.16-18. Enfin il fait allusion à une première lettre, 2 P 3.1, qui doit être 1 P.

S’il écrit une deuxième fois aux mêmes lecteurs, c’est dans un double dessein : les mettre en garde contre des faux docteurs, 2, et répondre à l’inquiétude causée par le retard de la Parousie, 3. Ces faux docteurs et cette inquiétude peuvent à la rigueur se concevoir dès la fin de la vie de saint Pierre. Mais il est d’autres considérations qui mettent en cause l’authenticité et suggèrent une date plus tardive. La langue présente avec celle de 1 P de notables différences. Tout le chap. 2 est une reprise, libre mais manifeste, de l’épître de Jude. Le recueil des épîtres de Paul semble déjà formé, 2 P 3.15s. Le groupe apostolique est mis en parallèle avec le groupe prophétique et l’auteur parle comme s’il n’en faisait pas partie, 2 P 3.2. Ces difficultés autorisent des doutes qui sont apparus dès l’Antiquité. Non seulement l’usage de l’épître n’est pas attesté avec certitude avant le IIIe siècle, mais encore certains la rejetaient, ainsi qu’en témoignent Origène, Eusèbe et Jérôme. Aussi, bien des critiques modernes refusent-ils à leur tour de l’attribuer à saint Pierre, et il est difficile de leur donner tort. Mais si un disciple postérieur s’est couvert de l’autorité de Pierre, peut-être avait-il quelque droit de le faire, soit qu’il appartînt aux cercles dépendant de l’apôtre, soit même qu’il utilisât un écrit provenant de lui, tout en l’adaptant et en le complétant à l’aide de Jude. Ce n’est pas là forcément faire un « faux », car les anciens avaient d’autres idées que nous sur la propriété littéraire et la légitimité du pseudonymat.

Il suffit d’ailleurs pour notre foi que l’épître ait été fermement reçue par l’Église comme canonique, et représente donc un héritage authentique de l’époque apostolique. Sa doctrine est garantie de ce fait, et on y relèvera particulièrement : la vocation chrétienne de « participation à la divine nature », 2 P 1.4, la définition du caractère inspiré des Écritures, 2 P 1.20s, l’assurance de la Parousie à venir, en dépit du retard et de l’incertitude de son jour, et l’annonce, après la destruction du monde par le feu, d’un monde nouveau où habitera la justice, 2 P 3.3-13.

Le problème central auquel l’épître s’adresse est la théodicée, c’est-à-dire le jugement juste de Dieu, contre ceux qui disent qu’il n’y a pas de providence ni de jugement en Dieu, pas de vie de l’au-delà, pas de récompense ou de punition après la mort, toutes ces vues répandues par des épicuriens païens et juifs, et réfutées aussi par des apologistes philosophiques (par exemple, Plutarque) et rabbiniques. Le problème du délai de la Parousie est compris dans un tel contexte par l’auteur inspiré. L’épître s’adresse à des lecteurs de culture mixte, à la fois biblique et gréco-romaine, et donc provenant sans doute d’une église urbaine. La connaissance de sa propre chaîne d’autorité, le sacre de ses propres traditions, évangéliques, pauliniennes et apostoliques (« Jude »), le souci d’établir une harmonie cohérente et une interprétation normative de ces traditions reçues (2 P 1.12-15) sont autant d’indices que l’épître date du milieu du IIe siècle après Jésus Christ. La lettre donc reste un exemple intéressant de la fidélité radicale dans une situation transformée au message central de Jésus, la proche venue du royaume de Dieu (Mc 1.15).

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Matthieu, Chapitre 17,  vers 1-9

V. L’Église, prémices du Royaume des Cieux> 1 La Transfiguration., 9 Question au sujet d’Élie.
Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les emmène, à l’écart, sur une haute montagne.
Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière.
Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais faire ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et voici qu’une voix disait de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le. »
À cette voix, les disciples tombèrent sur leurs faces, tout effrayés.
Mais Jésus, s’approchant, les toucha et leur dit : « Relevez-vous, et n’ayez pas peur. »
Et eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul.
Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, avant que le Fils de l’homme ne ressuscite d’entre les morts. »
Lire la suite:Matthieu, Chapitre 17
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Notes sur la partie

1 z) Selon la présentation de Mt, différente de celles de Mc 9.2 et de Lc 9.28, Jésus transfiguré apparaît surtout comme le nouveau Moïse, cf. 4.1, rencontrant Dieu sur un nouveau Sinaï dans la nuée, v. 5 ; Ex 24.15-18, le visage lumineux, v. 2 ; Ex 34.29-35 ; cf. 2 Co 3.7—4.6, assisté des deux personnages de l’AT qui ont bénéficié de révélations sur le Sanaï, Ex 19 ; 33-34 ; 1 R 19.9-13, et qui personnifient la Loi et les Prophètes que Jésus vient accomplir, 5.17. La voix céleste ordonne de l’écouter comme le nouveau Moïse, Dt 18.15 ; cf. Ac 3.20-26, et les disciples se prosternent en révérence du Maître, cf. 28.17. Quand l’apparition se termine, il reste seul, « lui », v. 8, car il suffit comme docteur de la Loi parfaite et définitive. Sa gloire n’est d’ailleurs que transitoire, car il est aussi le « Serviteur », v. 5 Isa 42.1 ; cf. 3.16s, qui doit souffrir et mourir, 16.21 ; 17.22-23, tout comme son Précurseur, vv. 9-13, avant d’entrer définitivement dans la gloire par la Résurrection.


1 a) Le Tabor, d’après l’opinion traditionnelle. Certains pensent au grand Hermon, ou au Carmel, mais c’est surtout une montagne symbolique, un nouveau Sinaï, où s’opère une nouvelle révélation eschatologique.


2 b) Var « comme la neige », cf. 28.3.


4 c) Autre traduction « il nous est bon d’être ici ».


4 d) Vulg. « faisons », cf. Mc et Lc.


Les grandes lignes de la vie de Jésus que nous rencontrons chez saint Marc se retrouvent dans l’évangile de saint Matthieu, mais l’accent est mis de façon différente. Le plan d’abord est autre. Récits et discours alternent : 1-4, récit : enfance et début du ministère ; 5-7, discours : sermon sur la montagne (béatitudes, entrée dans le Royaume) ; 8-9, récit : dix miracles montrant l’autorité de Jésus, invitation aux disciples ; 10 : discours missionnaire ; 11-12, récit : Jésus rejeté par « cette génération »; 13, discours : sept paraboles sur le Royaume ; 14-17, récit : Jésus reconnu par les disciples ; 18, discours : la vie communautaire dans l’Église ; 9-22, récit : autorité de Jésus, dernière invitation ; 23-25, discours apocalyptique : malheurs, venue du Royaume ; 26-28, récit : mort et résurrection. On remarquera la correspondance des récits (nativité et vie nouvelle, autorité et invitation, refus et reconnaissance), et le rapport entre le premier et le cinquième discours, et entre le deuxième et le quatrième ; le troisième discours forme le centre de la composition. Comme par ailleurs Matthieu reproduit beaucoup plus complètement que Marc l’enseignement de Jésus (qu’il a en grande partie en commun avec Luc) et insiste sur le thème du « Royaume des Cieux », 3.2 ; 4.17, on peut caractériser son évangile comme une instruction narrative sur la venue du Royaume des Cieux.

Ce Royaume de Dieu (= des Cieux), qui doit rétablir parmi les hommes l’autorité souveraine de Dieu comme Roi enfin reconnu, servi et aimé, avait été préparé et annoncé par l’Ancienne Alliance. Aussi Matthieu, écrivant pour une communauté de chrétiens venus du judaïsme et sans doute discutant avec les rabbins, s’attache-t-il particulièrement à montrer dans la personne et l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. À chaque tournant de son œuvre, il se réfère à l’AT pour prouver comment la Loi et les Prophètes sont « accomplis », c’est-à-dire non seulement réalisés dans leur attente, mais encore menés à une perfection qui les couronne et les dépasse. Il le fait pour la personne de Jésus, confirmant de textes scripturaires sa race davidique, 1.1-17, sa naissance d’une vierge, 1.23, à Bethléem, 2.6, son séjour en Égypte, son établissement à Capharnaüm, 4.14-16, son entrée messianique à Jérusalem, 21.5, 16 ; il le fait pour son œuvre, de guérisons miraculeuses, 11.4-5, d’enseignement qui « accomplit » la Loi, 5.17, en lui donnant une interprétation nouvelle et plus intérieure, 5.21-48 ; 19.3-9, 16-21. Et il ne souligne pas moins fortement comment l’humilité de cette personne et l’échec apparent de cette œuvre se trouvent aussi accomplir les Écritures : le massacre des Innocents, 2.17s, l’enfance cachée de Nazareth, 2.23, la mansuétude compatissante du « Serviteur », 12.17-21 ; cf. 8.17 ; 11.29 ; 12.7, l’abandon des disciples, 26.31, le prix dérisoire de la trahison, 27.9-10, l’arrestation, 26.54, l’ensevelissement durant trois jours, 12.40, tout cela était le dessein de Dieu annoncé par l’Écriture. Et de même l’incrédulité des foules, 13.13-15, et surtout des disciples des pharisiens, attachés à leurs traditions humaines, 15.7-9 et auxquels ne peut être donné qu’un enseignement mystérieux en paraboles, 13.14-15, 35, ceci encore était annoncé par les Écritures. Sans doute les autres synoptiques utilisent-ils aussi cet argument scripturaire, mais Matthieu le renforce notablement, au point d’en faire un trait marquant de son évangile. Ceci, joint à la construction systématique de son exposé, fait de son ouvrage la charte de l’économie nouvelle qui accomplit les desseins de Dieu dans le Christ.

Pour Matthieu Jésus est le Fils de Dieu et Emmanuel, Dieu avec nous dès le début. À la fin de l’évangile, Jésus en tant que Fils de l’homme est doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre. Le titre Fils de Dieu revient aux moments décisifs du récit : le baptême, 3.17 ; la confession de Pierre, 16.16 ; la transfiguration, 17.5 ; le procès de Jésus et sa crucifixion, 26.63 ; 27.40, 43, 54. Lié à ce titre-là, on trouve celui de Fils de David (dix fois, ainsi 9.27), en vertu duquel Jésus est le nouveau Salomon, guérisseur et sage. En effet Jésus parle comme la Sagesse incarnée, 11.25-30 et 23.37-39. Le titre Fils de l’homme, qui parcourt l’évangile, culminant à la dernière scène majestueuse, 28.18-20, vient de Dn 7.13-14, où il se trouve en rapport étroit avec le thème du Royaume.

L’annonce de la venue du Royaume entraîne une conduite humaine qui dans Matthieu s’exprime surtout par la poursuite de la justice et l’obéissance à la Loi. La justice, thème préféré de Matthieu (3.15 ; 5.6, 10, 20 ; 6.1, 33 ; 21.32), est ici la réponse humaine d’obéissance à la volonté du Père, plutôt que le don divin du pardon qu’elle est pour saint Paul. La validité de la Loi (Torah) mosaïque est affirmée, 5.17-20, mais son développement par les pharisiens est rejeté en faveur de son interprétation par Jésus, qui insiste surtout sur les préceptes éthiques, sur le Décalogue et sur les grands commandements de l’amour de Dieu et du prochain, et qui parle d’autres sujets (le divorce, 5.31-32 ; 19.1-10) dans la mesure où ils revêtent un aspect moral.

Parmi les évangélistes Matthieu se distingue aussi par son intérêt explicite pour l’Église, 16.18 ; 18.18 (deux fois). Il cherche à donner à la communauté des croyants des principes de conduite et des chefs autorisés. Ces principes sont évoqués dans les grands discours, surtout au chap. 18 qui contient des principes en vue de prendre des décisions et de résoudre des conflits : la sollicitude pour la brebis égarée et pour les petits, le pardon et l’humilité. Matthieu n’a pas le triple ministère des évêques, des presbytres et des diacres, mais il mentionne les sages ou les chefs instruits, et en particulier les apôtres, avec Pierre à leur tête, 10.2, qui participent à l’autorité de Jésus lui-même, 10.40 ; 9.8 ; il mentionne aussi les prophètes, les scribes, les sages, 10.41 ; 13.52 ; 23.34. Comme juge de dernière instance il y a Pierre, 16.19. Puisque le pouvoir, bien que nécessaire, est dangereux, les chefs ont besoin de l’humilité, 18.1-9. Matthieu ne se fait aucune illusion au sujet de l’Église. N’importe qui peut échouer (même Pierre, 26.69-75) ; les prophètes peuvent dire le faux, 7.15 ; dans l’Église saints et pécheurs sont mélangés jusqu’au dernier tri, 13.36-43 ; 22.11-14 ; 25. Néanmoins, les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, 16.18, et elle est envoyée en mission au monde entier, 28.18-20. Le style de vie apostolique ou missionnaire est décrit en 9.36-11.1. Tout l’évangile est encadré par le formulaire selon lequel Dieu est uni avec son peuple par Jésus Christ, Mt 1.23 ; 28.18-20. Les rejetés de l’ancien Israël, 21.31-32, unis aux païens convertis, deviennent de nouveau le peuple de Dieu, 21.43. On comprend que cet évangile si complet et si bien organisé, rédigé dans une langue moins savoureuse mais plus correcte que celle de Marc, ait été reçu et utilisé par l’Église naissante avec une faveur marquée.

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