Jésus appelle Ses paroles «aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés» un «commandement nouveau». Mais qu'y a-t-il donc de nouveau en lui, si l'appel à aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces, et le prochain comme soi-même, a retenti au moins six ou sept siècles avant la venue du Christ? Jean lie l'amour à...
Jésus appelle Ses paroles «aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés» un «commandement nouveau». Mais qu'y a-t-il donc de nouveau en lui, si l'appel à aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces, et le prochain comme soi-même, a retenti au moins six ou sept siècles avant la venue du Christ? Jean lie l'amour au Royaume, comme le faisait aussi son Maître.
Avant tout, Jean attire l'attention sur le fait que la haine est propre au monde déchu, tandis que l'amour, du moins celui dont parle Jésus, ne l'est pas. C'est précisément pourquoi le monde ne reçoit ni le Christ Lui-même ni Ses disciples. D'ailleurs, le problème se révèle plus large: la haine du monde déchu s'opposait depuis longtemps à toute manifestation de l'amour dans ce monde; déjà le conflit de Caïn avec Abel était un exemple d'une telle opposition. L'amour peut être présent dans le monde, mais comme quelque chose d'étranger à sa nature. Or le Royaume aussi est étranger à la nature du monde déchu; selon la parole du Sauveur, il «n'est pas de ce monde».
Cependant le lien entre le Royaume et l'amour ne se manifeste pas seulement en cela; il est beaucoup plus profond. On pourrait appeler l'amour la nature du Royaume, dans la mesure où l'on peut parler de nature à propos du Royaume. Bien sûr, le monde qui se transforme et devient une partie du Royaume y entre tout entier, avec toute sa nature. Seul reste dehors le mal, qui déforme la nature du monde, et non la nature elle-même. Mais le rapport de la nature transfigurée à Dieu change. Dieu, bien sûr, est dès maintenant présent dans chaque particule de Sa création.
Sa présence se révèle le plus souvent impersonnelle et demeure inconsciente. Dieu, pour ainsi dire, se cache du monde, présent en lui sans Se manifester. Il en va autrement du Royaume: là, Il ne Se cache plus. Et là, Sa présence se manifeste précisément comme amour, qui devient une partie aussi indissociable de la vie du Royaume que l'énergie naturelle l'est ici. Le souffle de Dieu, qui pénètre le Royaume, devient pour ses habitants énergie d'amour. Un amour sans lequel la vie dans le Royaume est impossible.
12 d) L’antithèse se poursuit, jusqu’à 4.6, entre les fils de Dieu qui vivent dans la vérité et l’amour, et le monde où règnent le péché et la haine.
19 e) Var. (Vulg.) « nous savons ».
19 f) Jn donne à la « vérité », 2.4, un sens très large qui englobe foi et amour, 3.23 ; 5.1. Sont « de la vérité » ceux qui croient, 2.21-22, qui aiment, 3.18-19. Cf. 2 Jn 4-6 ; 3 Jn 3-8 ; Jn 3.21 ; 8.31 ; 18.37.
20 g) L’homme qui entend les reproches de « son cœur », de sa conscience, cf. 1 Co 4.4 ; Ep 1.18, sait que Dieu connaît tout, cf. Jn 16.30, et qu’il est Amour, 3.1 ; 4.8, qu’il est donc plus clairvoyant et plus indulgent que notre conscience. Mais la pratique de l’amour et des commandements est présupposée, vv. 23-24. — Autre traduction « et devant lui nous persuaderons notre cœur, si celui-ci venait à nous condamner, que Dieu est plus grand que notre cœur et qu’il connaît toutes choses ».
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).