L’homme s’avère assez souvent plus rancunier que Dieu. C’est décrit ainsi dans le livre de Jonas. Il a déjà oublié que lui-même ne s’est pas du tout avéré un servant idéal de Dieu, de telle sorte qu’il soit arrivé à Dieu de l’emmener à l’endroit du sermon non pas sans scandale, en outre d’une manière quelque peu extraordinaire...
L’homme s’avère assez souvent plus rancunier que Dieu. C’est décrit ainsi dans le livre de Jonas. Il a déjà oublié que lui-même ne s’est pas du tout avéré un servant idéal de Dieu, de telle sorte qu’il soit arrivé à Dieu de l’emmener à l’endroit du sermon non pas sans scandale, en outre d’une manière quelque peu extraordinaire. Et voici maintenant, lorsqu’il a tout de même accompli l’ordre de Dieu, il ne lui restait qu’un seul désir: que la tâche qui lui a été confiée s’avère… un échec. Comment aurait-on encore pu évaluer la situation, lorsque dans la ville après le sermon de Jonas il ne se trouva aucun converti, alors il resterait seulement à détruire Ninive, effacer de la surface de la terre ensemble avec tous ses habitants, ayant montré un manque de volonté complet à la correction ?
Heureusement, tout ne s’est pas du tout produit ainsi, Ninive s'est notamment repentie et s'est convertie, en outre s'est convertie selon le récit du Livre de Jonas la plupart de ses habitants. Un succès assourdissant! La ville est sauvée! Mais cela ne réjouit pas du tout Jonas. Mais pourquoi ainsi? Qu'est-ce qui empêche le prophète de se réjouir avec Dieu d’un ordre bien exécuté? Probablement, ces opinions préconçues et préjugés, qui étaient propres à ses compatriotes. Le livre de Jonas était écrit, approximativement, au milieu ou au début du VIII s. avant J.C., quand Ninive était considérée l’endroit le plus pire au monde et le centre du mal mondial : en effet, elle était la capitale de l'empire Assyrien, que détestait tout le monde, y compris les Juifs.
Une telle ville, du point de vue de Jonas, ne pouvait mériter qu’une chose : la destruction. Et il ne veut pas aller là-bas notamment pour cela : Jonas connaît que, si un prophète apparaît dans une ville, cette ville reçoit la chance, même si petit, au salut. Jonas ne veut pas que Ninive soit sauvée, même s'elle s’est convertie à Dieu, il veut qu'elle périsse, parce qu’à son avis, elle ne mérite rien d'autre. Jonas est un Juif, un habitant de la Judée, il a, comme plusieurs de ses compatriotes, des comptes personnels avec l’Assyrie.
Même si les habitants de Ninive se sont repentis, Jonas n'est pas prêt à voir en eux des frères, même s’ils se sont maintenant convertis à son Dieu. Il n’a pas besoin de tels frères, il ne veut pas que de tels admirateurs apparaissent à son Dieu. Il le dit directement à Dieu : je connais Ta miséricorde et craignait dès le début que Tu te montreras tendre envers ceux, avec qui je ne voudrais pas partager Ta miséricorde. Mais Dieu n’est pas un homme. À la différence de Jonas, Il est prêt à accepter chaque repenti et converti. Même un ninivéen.
Ce petit livre diffère de tous les autres livres prophétiques. C’est uniquement un récit : il raconte l’histoire d’un prophète désobéissant qui veut d’abord se dérober à sa mission et qui ensuite se plaint à Dieu du succès inattendu de sa prédication. Le héros à qui est attribuée cette aventure un peu ridicule est un prophète contemporain de Jéroboam II, mentionné en 2 R 14.25. Mais le livret ne se présente pas comme étant son œuvre et effectivement ne peut pas être de lui. La « grande ville » de Ninive, détruite en 612, n’est plus qu’un lointain souvenir, la pensée et l’expression empruntent aux livres de Jérémie et d’Ézéchiel, la langue est tardive. Tout invite à placer la composition après l’Exil, dans le courant du Ve siècle. Le psaume, 2.3-10, qui est d’un genre littéraire différent et qui n’a aucun rapport avec la situation concrète de Jonas ni avec l’enseignement du livre, a été ajouté après coup.
Cette date basse doit déjà mettre en garde contre une interprétation historique. Celle-ci est écartée aussi par d’autres arguments : Dieu peut changer les cœurs, mais la subite conversion au Dieu d’Israël du roi de Ninive et de tout son peuple aurait laissé des traces dans les documents assyriens et dans la Bible. Dieu est aussi maître des lois de la nature, mais les prodiges sont ici accumulés comme autant de « bons tours » joués par Dieu au prophète : la tempête subite, Jonas désigné par le sort, le poisson monstrueux, le ricin qui pousse en une nuit et qui sèche en une heure, et le tout est raconté avec une ironie non déguisée, bien étrangère au style de l’histoire.
Le livre est destiné à plaire, et aussi à instruire : c’est un récit didactique, et son enseignement marque l’un des sommets de l’Ancien Testament. Brisant avec une interprétation étroite des prophéties, il affirme que les menaces, même les plus catégoriques, sont l’expression d’une volonté miséricordieuse de Dieu, qui n’attend que la manifestation du repentir pour accorder son pardon. Si l’oracle de Jonas ne se réalise pas, c’est qu’en effet les décrets de destruction sont toujours conditionnels. Ce que Dieu veut, c’est la conversion, et la mission du prophète est donc parfaitement réussie, cf. Jr 18.7-8.
Brisant avec le particularisme dans lequel la communauté postexilique était tentée de s’enfermer, ce livre prêche un universalisme extraordinairement ouvert. Ici, tout le monde est sympathique, les marins païens du naufrage, le roi, les habitants et jusqu’aux animaux de Ninive, tout le monde sauf le seul Israélite qui soit en scène, et c’est un prophète, Jonas ! Dieu sera indulgent pour son prophète rebelle, mais surtout, sa miséricorde s’étend même à l’ennemie la plus honnie d’Israël.
On est tout près du Nouveau Testament : Dieu n’est pas seulement le Dieu des Juifs, il est aussi le Dieu des païens, car il n’y a qu’un seul Dieu, Rm 3.29. Dans Mt 12.41 et Lc 11.29-32, Notre Seigneur donnera en exemple la conversion des Ninivites, et Mt 12.40 verra dans Jonas enfermé dans le ventre du monstre la figure du séjour du Christ au tombeau. Cet emploi de l’histoire de Jonas ne doit pas être invoqué comme une preuve de son historicité : Jésus utilise cet apologue de l’Ancien Testament comme les prédicateurs chrétiens utilisent les paraboles du Nouveau ; c’est le même souci d’enseigner par des images familières aux auditeurs, sans qu’un jugement soit porté sur la réalité des faits.