Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 5 mai 2008

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 18

I. Oracles contre Juda et Jérusalem> 1 Jérémie chez le potier., 13 Israël oublie Yahvé., 18 À l’occasion d’un attentat contre Jérémie.
Parole qui fut adressée à Jérémie par Yahvé en ces termes :
« Debout ! Descends chez le potier et là, je te ferai entendre mes paroles. »
Je descendis chez le potier et voici qu’il travaillait au tour.
Mais le vase qu’il fabriquait fut manqué, comme cela arrive à l’argile dans la main du potier. Il recommença et fit un autre vase, ainsi qu’il paraissait bon au potier.
Alors la parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
Ne suis-je pas capable d’agir envers vous comme ce potier, maison d’Israël ? — oracle de Yahvé. Oui, comme l’argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, maison d’Israël !
Tantôt je parle, à propos d’une nation ou d’un royaume, d’arracher, de renverser et d’exterminer ;
mais si cette nation, contre laquelle j’ai parlé, se convertit de sa méchanceté, alors je me repens du mal que j’avais résolu de lui infliger.
Tantôt je parle, à propos d’une nation ou d’un royaume, de bâtir et de planter,
10 mais si cette nation fait ce qui est mal à mes yeux en refusant d’écouter ma voix, alors je me repens du bien que j’entendais lui faire.
11 Maintenant, parle donc ainsi aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem : « Ainsi parle Yahvé. Voyez, je prépare contre vous un malheur, contre vous je médite un plan. Détournez-vous donc chacun de votre voie mauvaise, améliorez vos voies et vos œuvres. »
12 Mais ils vont dire : « Inutile ! Nous suivrons nos propres plans ; chacun agira selon l’obstination de son cœur mauvais. »
13 C’est pourquoi, ainsi parle Yahvé :
Enquêtez donc chez les nations,
qui entendit rien de pareil ?
Elle a commis trop d’horreurs,
la Vierge d’Israël.
14 La neige du Liban abandonne-t-elle
le rocher de la campagne ?
Tarissent-elles, les eaux des pays étrangers,
les eaux fraîches et courantes ?
15 Or mon peuple m’a oublié !
Au Néant ils offrent l’encens ;
on les fait trébucher dans leurs voies,
dans les sentiers de jadis,
pour prendre des chemins,
une route non tracée ;
16 pour faire de leur pays un objet de stupeur,
une dérision perpétuelle.
Quiconque y passe est stupéfait
et hoche la tête.
17 Tel le vent d’Orient, je les disperserai face à l’ennemi.
C’est mon dos et non ma face que je leur montrerai
au jour de leur ruine.
18 Ils ont dit : « Venez ! Machinons un attentat contre Jérémie, car la Loi ne périra pas faute de prêtre, ni le conseil faute de sage, ni la parole faute de prophète. Venez ! Dénigrons-le et ne prêtons attention à aucune de ses paroles. »
19 Prête-moi attention, Yahvé,
et entends ce que disent mes adversaires.
20 Rend-on le mal pour le bien ?
Or ils creusent une fosse à mon intention.
Rappelle-toi comme je me suis tenu devant toi
pour te dire du bien d’eux,
pour détourner loin d’eux ta fureur.
21 Abandonne donc leurs fils à la famine,
livre-les à la merci de l’épée !
Que leurs femmes deviennent stériles et veuves !
Que leurs maris meurent de la peste !
Que leurs jeunes soient frappés de l’épée, au combat !
22 Qu’on entende des cris sortir de leurs maisons,
quand, soudain, tu amèneras contre eux des bandes armées.
Car ils ont creusé une fosse pour me prendre
et sous mes pas camouflé des pièges.
23 Mais toi, Yahvé, tu connais
tout leur dessein meurtrier contre moi.
Ne pardonne pas leur faute,
n’efface pas leur péché de devant toi.
Qu’ils s’effondrent devant toi,
au temps de ta colère, agis contre eux !
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 19
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 p) D’après le v. 12, cette parabole en action se situe avant l’arrivée du malheur, donc avant 598. — Déjà les anciens prophètes, ainsi Samuel, 1 S 15.27-28, Ahiyya de Silo, 1 R 11.29-33 (ou le faux prophète Sédécias, 1 R 22.11-12), accompagnaient leur prophétie de gestes symboliques, non pas tant par un besoin d’expressivité que par l’exigence d’un réalisme religieux un lien est établi entre le geste significatif et la réalité dont il est le signe, en sorte que la réalité annoncée est désormais aussi irrévocable que le geste accompli. Ce procédé se retrouve chez les grands prophètes chez Osée dont toute la mission se confond avec une action symbolique qui est son drame personnel, Os 1-3 ; plus rarement chez Isaïe, cf. pourtant Isa 20 et les noms symboliques qu’il donne à ses enfants, Isa 7.3 (cf. 10.21) ; Isa 8.1-4, 18 ; cf. 1.16. Jérémie accomplit ou interprète beaucoup de gestes symboliques déjà la branche d’amandier et la marmite, 1.11-14 ; la ceinture cachée à l’Euphrate, 13.1-11 (bien que cette action semble n’avoir été accomplie qu’en vision) ; le potier, 18.1-12 ; la cruche, 19 ; les figues, 24 ; le joug, 27-28 ; le champ acheté, 32. On peut ajouter que sa vie même est un symbole, 16.1-8, et que sa « passion » (bien qu’il ne le souligne pas) l’identifie par avance à la nation châtiée, faisant de lui comme une figure du Serviteur souffrant, cf. Isa 42.1. Plus tard, Ézéchiel accomplira encore des gestes symboliques la brique assiégée, Ez 4.1-3 ; la nourriture rationnée, 4.9-17 ; les cheveux, 5 ; le mime du déporté, 12.1-20 ; la marmite, 24.3-14 ; les deux bâtons, 37.15-28, et, à la manière d’Osée, il interprétera comme des événements symboliques ses propres épreuves la maladie, 4.4-8, la mort de sa femme, 24.15-24, le mutisme et sa guérison, 24.27 ; 33.22. Des actions symboliques se retrouvent encore dans le NT le figuier maudit par le Seigneur, Mt 21.18-19p, la prophétie d’Agabus, Ac 21.10-14.


3 q) Littéralement « aux deux roues » le tour était formé de deux plateaux circulaires, montés sur un essieu vertical, et que l’artisan faisait mouvoir avec les pieds.


4 r) « comme (cela arrive à) l’argile » kahomer, d’après quelques mss ; « avec l’argile » bahomer TM.


13 s) Le rédacteur a inséré ici, en commentaire de 18.12, ce développement caractéristique des débuts de Jérémie, cf. 2.10-32, mais bien en situation sous Joiaqim, alors que l’idolâtrie a refleuri.


14 t) « tarissent-elles » ’im yinnashetû conj. ; « sont-elles arrachées » ’im yinnateshû hébr. — Le texte de tout ce v. est incertain et on en a proposé diverses corrections ; au lieu de « de la campagne » (saday), Aquila lit « du Tout-Puissant » (Shadday) ; à la place de « les eaux des pays étrangers (litt. « étrangères »), fraîches », on propose parfois de lire, avec une légère correction « les sources d’Égypte », mais ce n’est qu’une conjecture que n’appuie aucun témoin ancien du texte. — Ces eaux étrangères peuvent représenter les grands fleuves de Mésopotamie et d’Égypte.


15 u) Les chefs du peuple l’ont égaré — à moins qu’il ne faille lire avec le grec « ils (les gens du peuple) ont trébuché ».


17 v) Littéralement « je leur ferai voir », versions ; « je les verrai » hébr.


18 w) L’activité normale des trois catégories de chefs spirituels, prêtres, sages et prophètes, ne sera pas arrêtée par la disparition d’un trublion.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.