Certaines normes de la Torah, et en particulier du Livre du Deutéronome, peuvent paraître étranges. Non pas cruelles, mais précisément étranges, absurdes, dépourvues de sens. Quel rapport, par exemple, une mutilation physique a-t-elle avec la possibilité de se tenir devant Dieu ? C'est une question spirituelle bien plus que physique. Bien sûr, le prêtre lévitique ne pouvait pas être absolument infirme physiquement : un homme absolument infirme n'aurait tout simplement pas pu accomplir les sacrifices. Mais il n'est pas question ici d'un tel cas, ni d'une infirmité physique. On peut certes penser qu'il ne s'agit pas d'une mutilation ordinaire, mais de la castration rituelle pratiquée dans l'Antiquité dans certains cultes païens.
Il est toutefois possible aussi d'y voir autre chose : un simple rappel que l'on offre toujours à Dieu le meilleur, et non le pire de ce dont dispose la communauté. Si la Torah interdit d'offrir en sacrifice des animaux estropiés, pourquoi un homme estropié devrait-il accomplir le sacrifice ? Il ne s'agit pas ici de mépris, ni d'abaissement, ni de dire que Dieu n'a pas besoin de l'infirme. La question est de savoir s'il faut confier le service sacré à celui qui ne possède pas la plénitude de sa propre existence, de sa propre vie, même s'il s'agit de la plénitude physique.
C'est cette plénitude de vie, l'intégrité de son expérience, qui devient le sens principal de la Torah, de son observance et de sa mise en pratique. Il y a ici l'hygiène physique et l'hygiène spirituelle et morale. Il est étrange de voir une prescription sur la pelle à côté de prescriptions interdisant l'usure ou la débauche, surtout si l'on tient compte du fait que l'on a déjà beaucoup parlé de l'usure comme de la débauche. Ici, toutefois, on en parle comme de quelque chose d'ordinaire et de quotidien, de ce qui est devenu une part de l'impureté quotidienne.
De telles choses sont habituellement présentes dans la vie de l'homme et de la société comme quelque chose d'inséparable d'elle et donc de banal, comme une sorte de « péché acceptable ». On dit généralement de ces péchés : c'est mal, bien sûr, mais... qui donc est sans péché ? C'est précisément le refus du repentir, du combat contre le péché, le consentement à celui-ci et l'accord avec lui. Parfois une telle vie dans le péché paraît même acceptable, mais l'auteur sacré met les points sur les i de manière tout à fait claire, et même quelque peu naturaliste : vivre ainsi, c'est comme vivre au milieu de ses propres excréments non enlevés. Avec toutes les conséquences qui en découlent pour la santé spirituelle.
