L’appel du prophète « levez-vous et partez » paraît à première vue un peu étrange : où donc les yahvistes croyants de Juda devraient-ils aller, là où vit un peuple de Dieu, quel qu’il soit, où se trouve le Temple, où se trouve enfin le lieu de la présence de Dieu ? Certes, Dieu Lui-même, par la bouche de Son prophète, dit que Son peuple...
L’appel du prophète « levez-vous et partez » paraît à première vue un peu étrange : où donc les yahvistes croyants de Juda devraient-ils aller, là où vit un peuple de Dieu, quel qu’il soit, où se trouve le Temple, où se trouve enfin le lieu de la présence de Dieu ? Certes, Dieu Lui-même, par la bouche de Son prophète, dit que Son peuple, dans l’état où le prophète l’a trouvé, est plutôt « quelconque » ; mais Dieu Lui-même n’a nullement l’intention de recommencer l’histoire de Son peuple depuis le début, sur une page blanche. Où donc Ses fidèles devraient-ils partir ? On ne peut sans doute le comprendre que dans le contexte de tout ce que les prophètes d’avant l’exil, à commencer par Isaïe de Jérusalem, disaient du reste qui, aux temps de l’apostasie générale et du déclin spirituel, garderait la foi en restant fidèle au Dieu des pères.
Le destin historique de ce reste, selon le témoignage de tous les prophètes, promettait d’être difficile : le peuple était menacé d’une catastrophe historique qui devait être la conséquence du déclin spirituel, et le reste devrait garder fidélité à Dieu dans l’exil, dans la dispersion, dans des pays étrangers, parmi les païens (le fait que le pays de l’exil serait précisément la Babylonie ne devint pas clair tout de suite). Dans ce contexte, l’appel du prophète à partir résonne comme un avertissement : bientôt s’accompliront les prophéties de ceux qui parlaient de la catastrophe à venir et du reste.
Mais il y a aussi autre chose dans les paroles de Michée : la compréhension que la longue patience de Dieu n’est pas infinie. Bien sûr, Dieu peut attendre, et Il attend parfois très longtemps. Mais Il attend tant qu’il y a un sens à attendre. Et ce sens demeure tant qu’il reste des chances de corriger la situation sans mesures radicales, parmi lesquelles on peut compter une catastrophe telle que la défaite dans la guerre, l’exil et la dispersion.
Dieu ne recourt manifestement à de telles mesures extrêmes que lorsque toutes les autres possibilités sont épuisées. Mais avant la catastrophe, Il avertit Ses fidèles, afin qu’ils sachent à quoi se préparer. Et les paroles du prophète doivent, on le voit, être comprises encore ainsi : c’est un avertissement que la situation est critique, que la catastrophe est inévitable et que Dieu ne la retardera plus en empêchant la situation de s’effondrer complètement. Non parce qu’Il aurait changé Ses plans concernant Son peuple, mais parce que le peuple ne Lui a laissé qu’une seule possibilité de les réaliser.
2 m) Il s’agit de la saisie pour dettes, dont les créanciers profitent pour agrandir leurs domaines.
4 n) « c’est arrivé » glose ou dittographie.
4 o) V. difficile, probablement corrompu ; sens incertain. — Le châtiment, œuvre d’un envahisseur étranger, tombe sur tout le peuple. — Assonance entre « nos champs » (sadênû), « celui qui nous pille (shobênû) et « nous sommes dépouillés » (neshaddunû).
5 p) Les accapareurs seront exclus du nouveau partage des terres, dans le royaume restauré.
6 q) Les auditeurs du prophète protestent, au nom de l’Alliance, contre ses menaces, vv. 6-7. Michée répond, vv. 8-10, que cette alliance a été rompue par l’injustice de ces faux dévots, qui ne veulent entendre de leurs prophètes que des promesses toutes matérielles, v. 11.
6 r) « l’opprobre » kelimmût (Jr 23.40) TM kelimmôt (pluriel, mais le verbe est au singulier). — Le verbe traduit ici « vaticiner », et « prophétiser » au v. 11, signifie littéralement « faire couler, baver », et il est pris en général dans un sens péjoratif.
7 s) « Ses paroles » grec ; « Mes paroles » hébr.
9 t) L’honneur de la condition libre ou le droit à l’héritage.
12 u) L’attribution à Michée de ces promesses de réunion et de retour est discutée. Elles semblent dater de l’Exil et auraient été placées ici pour compenser les terribles oracles qui les encadrent.
12 v) Bosra Gn 36.33 ; Am 1.12 ; grec « dans la détresse ».
12 w) Ou « loin des hommes »; c’est peut-être une glose.
13 x) « il a ouvert » syr., Vg. ; « ils ont ouvert » hébr.
Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.
Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.
Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.
Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.
L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.