Les paroles «Dieu est avec nous!» et «Dieu est avec vous!» sont connues de tout croyant. Mais qu'y a-t-il derrière elles? Très souvent, hélas, rien d'essentiel. Le plus souvent, celui qui parle exprime ainsi soit sa certitude d'avoir raison et que tout ira bien pour lui, soit, au contraire, veut dire à celui à qui il dit «Dieu soit avec vous!» que quelque chose ne va pas chez lui...
Les paroles «Dieu est avec nous!» et «Dieu est avec vous!» sont connues de tout croyant. Mais qu'y a-t-il derrière elles? Très souvent, hélas, rien d'essentiel. Le plus souvent, celui qui parle exprime ainsi soit sa certitude d'avoir raison et que tout ira bien pour lui, soit, au contraire, veut dire à celui à qui il dit «Dieu soit avec vous!» que quelque chose ne va pas chez lui.
Dans les deux cas, il est question d'un Dieu qui, selon la logique de celui qui parle, doit confirmer la justesse de sa propre déclaration, qu'elle le concerne lui-même ou les autres. Mais Gédéon voit les choses autrement. Pour lui, l'expression «Dieu est avec nous» signifie quelque chose de tout à fait concret: l'accomplissement des promesses que Dieu a données aux pères qu'Il a fait sortir d'Égypte.
Il comprend ce que nous ne comprenons pas toujours aujourd'hui. Pour lui, il est évident que Dieu entre dans notre vie non pour regarder le monde avec nos yeux et accomplir notre volonté. Gédéon comprend que Dieu, s'Il est réellement proche, agira en réalisant son plan. Et il se souvient bien des promesses données par Dieu à ses pères.
Au messager de Dieu, Gédéon pose une question simple et pratique: si Dieu est réellement avec nous, pourquoi arrive-t-il ce qui arrive? Où sont les temps anciens, quand les païens fuyaient en laissant le champ de bataille au peuple de Dieu? Pourquoi tout a-t-il changé?
Le plan de Dieu est connu de Gédéon. En tout cas, il sait comment Dieu a conduit ses pères d'Égypte en Palestine et comment la Palestine a été conquise. Il est sûr que ce n'était pas une chance fortuite; Dieu n'a pas conduit son peuple dans la terre qu'Il avait promise encore à Abraham pour le livrer en pâture aux tribus païennes voisines. Et si c'est précisément cela qui se produit, cela signifie que Dieu s'est détourné de son peuple, qu'Il n'est pas proche.
Et au messager de Dieu, il pose une question tout à fait naturelle de son point de vue: si Dieu est avec nous, pourquoi n'intervient-Il pas quand son plan s'effondre, quand on porte atteinte à son peuple? Gédéon ne connaît pas encore la réponse. Il ne sait pas encore que celui qui pose de telles questions doit se mettre sur le chemin de Dieu et devenir lui-même un instrument entre les mains de Dieu; sinon, il vaut mieux qu'il se taise.
Gédéon ne restera pas longtemps dans l'ignorance: le messager de Dieu lui dira très vite que c'est précisément par lui que Dieu va changer la situation, en la rendant telle qu'Il veut la voir. Mais il est peu probable que le messager de Dieu se soit présenté devant Gédéon si Gédéon ne s'était pas posé à lui-même la question qu'il a posée à l'envoyé de Dieu qui lui est apparu.
1 j) La longue histoire de Gédéon rassemble plusieurs traditions de la tribu de Manassé, que le rédacteur deutéronomiste du livre a déjà trouvées réunies et qu’il a retouchées. Certaines concernent les exploits militaires de Gédéon contre les Madianites, soit en territoire israélite, soit de l’autre côté du Jourdain. À cela s’ajoutent des récits cultuels la légitimation d’un autel à Ophra, la destruction d’un autel de Baal, le signe de la toison. Ces récits sont importants pour comprendre la crise religieuse provoquée par la sédentarisation et l’influence du culte de Baal, et la crise politique qui se manifeste par l’offre de la royauté à Gédéon et l’expérience malheureuse d’Abimélek.
3 k) Les Madianites vivent en Arabie, mais les textes bibliques les montrent très actifs au sud et au sud-est du pays de Canaan ; à l’époque des Juges ils sont un ennemi redoutable pour les paysans israélites, cf. Ex 2.15. Les Amalécites sont localisés surtout en Palestine du sud, mais leur nom peut être une désignation vague des peuplades nomades. Les fils de l’Orient sont les tribus du désert à l’est du Jourdain. — Ce récit fournit le premier témoignage historique d’un élevage intensif du chameau et de son utilisation pour les razzias.
7 l) Cette intervention d’un prophète est due à un rédacteur deutéronomiste comme le montre le discours qui rappelle les actions de Dieu en faveur d’Israël.
11 m) Ce paragraphe additionne un récit de la vocation de Gédéon, qui se continue aux vv. 36-40, et un récit de fondation de sanctuaire, dans le type de ceux de la Genèse, avec une théophanie, un message de salut et l’inauguration du culte. L’Ange de Yahvé, v. 11, est désigné par le seul nom de Yahvé aux vv. 14, 16 et 23. Au v. 22, Gédéon identifie Yahvé et son Ange, cf. Gn 16.7.
11 n) Un arbre sacré, cf. 4.11 ; 9.37, etc. Jos 24.26. La localisation de cet Ophra est inconnue.
21 o) Le repas que Gédéon avait préparé pour l’Ange de Yahvé — qu’il ait eu un caractère sacrificiel ou non — est transformé en holocauste par le feu divin (comparer le sacrifice de Manoah, 13.15-20). Le rocher est ainsi consacré et Gédéon y élève un autel, v. 24.
L’histoire des Juges est racontée dans la partie centrale, 2.6 – 16 31. Les modernes distinguent six « grands » juges, Otniel, Éhud, Baraq (et Débora), Gédéon, Jephté, Samson, dont les actions sont racontées d’une manière plus ou moins détaillée, et six « petits » juges, Shamgar, 3.31, Tola et Yaïr, 10.1-5, Ibçân, Élôn et Abdôn, 12.8-15, qui font seulement l’objet de brèves mentions. Mais cette distinction n’est pas faite dans le texte, il y a une différence beaucoup plus profonde entre les deux groupes et le titre commun de « juges » qui leur est donné est le résultat de la composition du livre, qui a joint des éléments d’abord étrangers entre eux. Les « grands juges » sont des héros libérateurs ; leur origine, leur caractère, leurs actions varient beaucoup, mais ils ont un trait commun : ils ont reçu une grâce spéciale, un charisme, ils ont été spécialement choisis par Dieu pour une mission de salut. Leurs histoires ont d’abord été racontées oralement, sous différentes formes, et elles se sont accrues d’éléments divers. Elles ont finalement été réunies dans un « livre des libérateurs », composé dans le royaume du Nord dans la première partie de l’époque monarchique. Il comprenait l’histoire d’Éhud, celle de Baraq et de Débora, peut-être déjà contaminée par le récit de Jos 11, concernant Yabîn de Haçor, l’histoire de Gédéon/Yerubbaal, à quoi l’on attacha l’épisode de la royauté d’Abimélek, l’histoire de Jephté augmentée de celle de sa fille. On recueillit deux vieilles pièces poétiques, le Cantique de Débora, 5, qui double le récit en prose, 4, et l’apologue de Yotam, 9.7-15, dirigé contre la royauté d’Abimélek. Dans ce livre, les héros de certaines tribus devenaient des figures nationales qui avaient mené les guerres de Yahvé pour tout Israël. Les « petits juges », Tola, Yaïr, Ibçan, Élôn, Abdôn, viennent d’une tradition différente. On ne leur attribue aucun acte sauveur, on donne seulement des informations sur leur origine, leur famille et le lieu de leur sépulture, et l’on dit qu’ils ont « jugé » Israël pendant un nombre précis et variable d’années. D’après les emplois du verbe shâphât, « juger », dans les langues sémitiques de l’Ouest apparentées à l’hébreu, à Mari au XVIIIe siècle av. J.-C., et à Ugarit au XIIIe siècle, jusque dans les textes phéniciens et puniques de l’époque gréco-romaine (les « suffètes » de Carthage), ces « juges » ne rendaient pas seulement la justice, ils gouvernaient. Leur autorité ne s’étendait pas au-delà de leur ville ou de leur district. Ce fut une institution politique intermédiaire entre le régime tribal et le régime monarchique. Les premiers rédacteurs deutéronomistes possédaient des renseignements authentiques sur ces juges, mais ils ont étendu leur pouvoir à tout Israël et les ont mis en succession chronologique. Ils ont transféré leur titre aux héros du « livre des libérateurs », qui sont ainsi devenus des « juges d’Israël ». Jephté servit de trait d’union entre les deux groupes : il avait été un libérateur mais il avait aussi été un juge : on connaissait et on donne à son propos les mêmes informations, 11.1-2 ; 12.7, que pour les « petits juges » au milieu desquels son histoire est insérée. On assimila aussi une figure qui n’avait primitivement rien à faire avec aucun des deux groupes : le singulier héros danite Samson, qui n’avait été ni un libérateur ni un juge mais dont on racontait en Juda les prouesses contre les Philistins, 13-16. On ajouta à la liste Otniel, 3.7-11, qui appartient à l’époque de la conquête, cf. Jos 15.16-19 ; 1.12-15, et, plus tard, Shamgar, 3.31, qui n’est même pas un Israélite, cf. Jg 5.6 ; on obtenait ainsi le chiffre de douze, symbolique de tout Israël. C’est également la rédaction deutéronomiste qui a donné au livre son cadre chronologique : retenant les informations authentiques sur les « petits juges », elle a ponctué les récits par des indications conventionnelles, où reviennent les chiffres de 40, durée d’une génération, ou de son multiple 80, ou de sa moitié 20, dans un effort pour obtenir un total qui, combiné avec d’autres données de la Bible, corresponde aux 480 ans que l’histoire deutéronomiste met entre la sortie d’Égypte et la construction du Temple, 1 R 6.1. Dans ce cadre, les histoires des Juges remplissent sans laisser de lacunes la période qui s’est écoulée entre la mort de Josué et le début du ministère de Samuel. Mais les rédacteurs deutéronomistes ont surtout donné au livre son sens religieux. Celui-ci s’exprime dans l’introduction générale de 2.6 – 3.6 et dans l’introduction particulière à l’histoire de Jephté, 10.6-16, ainsi que dans les formules rédactionnelles qui remplissent presque toute l’histoire d’Otniel, qui est une composition deutéronomiste, et qui encadrent les grandes histoires suivantes : les Israélites ont été infidèles à Yahvé et il les a livrés à des oppresseurs, les Israélites ont invoqué Yahvé et celui-ci leur a envoyé un sauveur, le juge. Mais les infidélités reprennent, et la série recommence. Ce livre deutéronomiste des Juges eut au moins deux éditions. Les indices les plus clairs sont : les deux éléments qui s’additionnent dans l’introduction, 2.11-19 et 2.6-10 + 2.20-3 6, et les deux conclusions à l’histoire de Samson, 15.20 et 16.30, qui signifient que le chap. 16 est une addition.
Ce livre ne contenait pas encore les appendices, 17-21. Ceux-ci ne racontent pas l’histoire d’un juge, mais ils rapportent des événements qui se sont passés avant l’institution de la monarchie, et c’est pourquoi ils ont été ajoutés à la fin du livre après le retour de l’Exil. Ils reproduisent d’anciennes traditions et ils ont eu une longue histoire littéraire ou prélittéraire avant d’être insérés ici. Les chap. 17-18 ont pour origine une tradition danite sur la migration de la tribu et la fondation du sanctuaire de Dan, qui a été transformée dans un sens péjoratif. Les chap. 19-21 Combinent deux traditions des sanctuaires de Miçpa et de Béthel, qui furent étendues à tout Israël ; peut-être d’origine benjaminite, ces traditions furent révisées en Juda dans un sens hostile à la royauté de Saül à Gibéa.
Le livre est à peu près notre seule source pour la connaissance de l’époque des Juges. Il ne permet pas d’en écrire une histoire suivie. La chronologie qu’il donne est artificielle, nous l’avons dit. Elle additionne des périodes qui ont pu se chevaucher dans le temps, les oppressions comme les libérations n’affectant jamais qu’une partie du territoire, et l’époque des Juges ne s’est pas étendue sur plus d’un siècle et demi.
Les principaux événements dont le souvenir nous est conservé ne peuvent être datés qu’approximativement à l’intérieur de cette période. La victoire de Tanak sous Débora et Baraq, 4-5, peut avoir été remportée vers le milieu du XIIe siècle, elle est antérieure à l’invasion madianite (Gédéon) et à l’expansion des Philistins hors de leur territoire propre (Samson). Il ressort surtout que, pendant cette période troublée, les Israélites n’eurent pas seulement à lutter contre les Cananéens premiers possesseurs du pays, ainsi ceux de la plaine de Yizréel battus par Débora et Baraq, mais contre les peuples voisins, Moabites (Éhud), Ammonites (Jephté), Madianites (Gédéon), et contre les Philistins nouvellement arrivés (Samson). Dans ces dangers, chaque groupe défend son territoire. Il arrive qu’on s’unisse aux groupes voisins, 7.23, ou inversement qu’une tribu puissante proteste parce qu’elle n’a pas été invitée à partager le butin, 8.1-3 ; 12.1-6. Le Cantique de Débora, 5, stigmatise les tribus qui n’ont pas répondu à l’appel et, chose remarquable, Juda et Siméon ne sont même pas nommés.
Ces deux tribus vivaient au Sud, séparées par la barrière formée par les villes non israélites de Gézer et de Jérusalem, et leur isolement prépare leur rupture avec les tribus du Nord, rupture qui surviendra après la mort de Salomon. En revanche, la victoire de Tanak, en donnant aux Israélites la plaine de Yizréel, permet l’union de la Maison de Joseph et des tribus du Nord. Cependant l’unité entre les différentes fractions était assurée par la participation à la même foi religieuse : tous les Juges furent des Yahvistes convaincus et le sanctuaire de l’arche à Silo devint un centre où tous les groupes se retrouvaient. De plus, ces luttes ont forgé l’âme nationale et préparé le moment où, devant un danger général, tous s’uniront contre l’ennemi commun, sous Samuel.
Le livre enseignait aux Israélites que l’oppression est un châtiment de l’impiété et que la victoire est une conséquence du retour à Dieu. L’Ecclésiastique loue les Juges pour leur fidélité, Sir 46.11-12, l’épître aux Hébreux présente leurs succès comme la récompense de leur foi ; ils font partie de cette « nuée de témoins » qui encouragent le chrétien à rejeter le péché et à courir avec endurance l’épreuve qui lui est proposée, He 11.32-34 ; 12.1.