Bible-Centre

La Bible pour les débutants pour le 8 juin 2004

La Bible de Jérusalem (fr)

Amos, Chapitre 6

II. Avertissements et menaces à Israël> 1 Contre la fausse sécurité des grands., 8 Le châtiment sera terrible.
Malheur à ceux qui sont tranquilles en Sion,
à ceux qui sont confiants sur la montagne de Samarie,
ces notables des prémices des nations,
à qui va la maison d’Israël.
Passez à Kalné et voyez,
de là, allez à Hamat la grande,
puis descendez à Gat des Philistins :
valent-elles mieux que ces royaumes-ci ?
Leur territoire est-il plus grand que le vôtre ?
Vous pensez reculer le jour du malheur
et vous hâtez le règne de la violence !
Couchés sur des lits d’ivoire,
vautrés sur leurs divans,
ils mangent les agneaux du troupeau
et les veaux pris à l’étable.
Ils improvisent au son de la harpe,
comme David, ils inventent des instruments de musique ;
ils boivent le vin dans de larges coupes,
ils se frottent des meilleures huiles,
mais ils ne s’affligent pas de la ruine de Joseph !
C’est pourquoi ils seront maintenant déportés, en tête des déportés,
c’en est fait de l’orgie des vautrés !
Le Seigneur Yahvé l’a juré par lui-même :
— oracle de Yahvé, Dieu Sabaot —
J’abhorre l’orgueil de Jacob,
je hais ses palais,
et je livrerai la ville et tout ce qui la remplit.
S’il reste dix hommes dans une seule maison, ils mourront.
10 Et quand un parent et un embaumeur
emporteront les ossements de la maison,
on demandera à celui qui se trouve dans la maison :
« Y en a-t-il encore avec toi ? »,
il répondra : « Non ! » et il dira : « Chut !
il n’y a plus à invoquer le nom de Yahvé. »
11 Car voici que Yahvé commande,
sous ses coups la grande maison se crevasse
et la petite se lézarde.
12 Les chevaux courent-ils sur le roc,
laboure-t-on la mer avec des bœufs,
que vous changiez le droit en poison
et le fruit de la justice en absinthe ?
13 Vous vous réjouissez à propos de Lo-Debar,
vous dites : « N’est-ce point par notre force que nous avons pris Qarnayim ? »
14 Or voici que je suscite contre vous, maison d’Israël
— oracle de Yahvé, Dieu Sabaot —
une nation qui vous opprimera
depuis l’entrée de Hamat jusqu’au torrent de la Araba.
Lire la suite:Amos, Chapitre 7
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 u) « à ceux qui sont tranquilles en Sion » est peut-être une relecture judéenne, cf. 3.1 ; Os 1.7.


1 v) Pour leur rendre hommage, chercher conseil et demander justice.


2 w) On comprend ce v. comme une apostrophe des notables de Samarie à ceux qui viennent les consulter vous êtes plus puissants que ces royaumes, vous n’avez rien à craindre. Mais le texte est incertain et en corrigeant le dernier stique on peut comprendre « valez-vous mieux que ces royaumes-là, votre territoire est-il plus grand que le leur ? » le déclin de ces cités servant alors de signe à Israël. Mais Kalné, cf. Isa 10.9, au nord d’Alep, ne sera prise par les Assyriens qu’en 738, Hamat sur l’Oronte en 720, et Gat en Philistie en 711.


3 x) Celle de l’occupation ennemie.


5 y) Sens incertain.


6 z) La fin imminente du royaume d’Israël.


8 a) Soit Samarie, soit n’importe quelle ville du royaume du Nord.


10 b) « embaumeur » en comprenant ce participe d’un verbe inusité (hapax) d’après l’araméen seraf « résine, baume ». Cf. 2 Ch 16.14.


10 c) Par respect religieux, ou peut-être par crainte devant le malheur dont Yahvé est l’auteur. Le passage est obscur mais le sens général est clair il décrit la catastrophe qui s’abat sur la ville et les morts qui remplissent les maisons, ainsi que la terreur qui s’empare du petit groupe des rescapés à qui revient le soin de s’occuper des cadavres.


12 d) Texte légèrement corrigé (en séparant différemment les mots et en changeant les voyelles). TM « est-ce qu’on laboure avec des bœufs ? » (pluriel au lieu du singulier collectif).


13 e) Jeu de mots sur Lo Debar signifiant « rien du tout », mis pour Lodbar (Jos 13.26 ; 2 S 9.4), identifié à Tell el-Hammé, au nord de Galaad. Qarnayim « les deux cornes » (1 M 5.26) est identifié à Sheikh es-Sa`ad, en Bashân. Ces villes faisaient partie des villes reconquises par JéroboII et son père Joas, cf. 2 R 13.25 et 14.25.


14 f) L’Assyrie.


14 g) Le torrent de la Araba n’est pas identique au torrent d’Égypte qui désigne avec l’Entrée de Hamat les limites sud et nord de la Terre promise, 1 R 8.65. Il s’agit d’un des wadis qui se jettent dans la vallée inférieure du Jourdain (la « Araba ») près de la mer Morte. Le territoire ainsi délimité est celui du royaume du Nord après les conquêtes de Jéroboam II, cf. 2 R 14.25.


Amos était berger à Teqoa, sur la lisière du désert de Juda, 1.1 ; étranger aux confréries de prophètes, il a été pris par Yahvé de derrière son troupeau et envoyé pour prophétiser à Israël, 7.14. Après un court ministère qui eut pour cadre principal le sanctuaire schismatique de Béthel, 7.10s, et s’exerça probablement aussi à Samarie, cf. 3.9 ; 4.1 ; 6.1, il fut expulsé d’Israël et revint à ses occupations premières.

Il prêche sous le règne de Jéroboam II, 783-743, époque humainement glorieuse, où le royaume du Nord s’étend et s’enrichit, mais où le luxe des grands insulte à la misère des opprimés et où la splendeur du culte masque l’absence d’une religion vraie. Avec la rudesse simple et fière et avec la richesse d’images d’un homme de la campagne, Amos condamne au nom de Dieu la vie corrompue des cités, les injustices sociales, la fausse assurance qu’on met en des rites où l’âme ne s’engage pas, 5.21-22. Yahvé, souverain Seigneur du monde, qui punit toutes les nations, 1-2, châtiera durement Israël, que son élection oblige à une plus grande justice morale, 3.2. Le « Jour de Yahvé » (l’expression vient ici pour la première fois) sera ténèbres et non lumière, 5.18s, la vengeance sera terrible, 6.8s, exercée par un peuple que Dieu appelle, 6.14, l’Assyrie qui n’est pas nommée mais qui occupe l’horizon du prophète. Toutefois Amos ouvre une petite espérance, la perspective d’un salut pour la maison de Jacob, 9.8, pour le « reste » de Joseph, 5.15 (premier emploi prophétique de ce terme). Cette profonde doctrine sur Dieu, maître universel et tout-puissant, défenseur de la justice, est exprimée avec une assurance absolue, sans que jamais le prophète ait l’air d’innover : sa nouveauté est dans la force avec laquelle il rappelle les exigences du pur Yahvisme.

Le livre nous est parvenu dans un certain désordre ; en particulier, le récit en prose, 7.10-17, qui sépare deux visions, se placerait mieux à la fin des oracles. On peut hésiter sur l’attribution à Amos lui-même de quelques courts passages. Les doxologies, 4.13 ; 5.8-9 ; 9.5-6, ont peut-être été ajoutées pour la lecture liturgique. Les courts oracles contre Tyr, Édom, 1.9-12, et Juda, 2.4-5, semblent dater de l’Exil. La discussion porte davantage sur 9.8-10 et surtout sur 9.11-15. Il n’y a pas de raison sérieuse de suspecter le premier de ces passages, mais il est vraisemblable que le second a été ajouté : on ne doit pas tirer argument des promesses de salut qu’il contient et qui, dès le début, furent un thème de la prédication des prophètes, ici Amo 5.15 et à la même époque chez Osée, mais ce qui est dit de la hutte branlante de David, de la vengeance contre Édom, d’un retour et d’un rétablissement d’Israël, suppose l’époque de l’Exil et peut être attribué, avec quelques autres retouches, à une édition deutéronomiste du livre.

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