19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : " C'est au grand jour que j'ai parlé au monde, j'ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s'assemblent et je n'ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m'interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j'ai dit. " |
22 A ces mots, l'un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : " C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? " |
23 Jésus lui répondit : " Si j'ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? " |
24 Anne l'envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : " N'es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? " Lui le nia et dit : " Je n'en suis pas. " |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l'oreille, dit : " Ne t'ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? " |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C'était le matin. Eux-mêmes n'entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
29 Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit : " Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? " |
30 Ils lui répondirent : " Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. " |
31 Pilate leur dit : " Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi. " Les Juifs lui dirent : " Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort ", |
32 afin que s'accomplît la parole qu'avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir. |
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? " |
34 Jésus répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? " |
35 Pilate répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? " |
36 Jésus répondit : " Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. " |
37 Pilate lui dit : " Donc tu es roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. " |
38 Pilate lui dit : " Qu'est-ce que la vérité ? " Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : " Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
39 Mais c'est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu'un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? " |
40 Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : " Pas lui, mais Barabbas ! " Or Barabbas était un brigand. |
1 Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. |
2 Les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête, et ils le revêtirent d'un manteau de pourpre; |
3 et ils s'avançaient vers lui et disaient : " Salut, roi des Juifs ! " Et ils lui donnaient des coups. |
4 De nouveau, Pilate sortit dehors et leur dit : " Voyez, je vous l'amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. " |
5 Jésus sortit donc dehors, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : " Voici l'homme ! " |
6 Lorsqu'ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : " Crucifie-le ! Crucifie-le ! " Pilate leur dit : " Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. " |
7 Les Juifs lui répliquèrent : " Nous avons une Loi et d'après cette Loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. " |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : " D'où es-tu ? " Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : " Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j'ai pouvoir de te relâcher et que j'ai pouvoir de te crucifier ? " |
11 Jésus lui répondit : " Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t'avait été donné d'en haut ; c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi a un plus grand péché. " |
12 Dès lors Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs vociféraient, disant : " Si tu le relâches, tu n'es pas ami de César : quiconque se fait roi, s'oppose à César. " |
13 Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors et le fit asseoir au tribunal, en un lieu dit le Dallage, en hébreu Gabbatha. |
14 Or c'était la Préparation de la Pâque ; c'était vers la sixième heure. Il dit aux Juifs : " Voici votre roi. " |
15 Eux vociférèrent : " A mort ! A mort ! Crucifie-le ! " Pilate leur dit : " Crucifierai-je votre roi ? " Les grands prêtres répondirent : " Nous n'avons de roi que César ! " |
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. |
Dans le récit évangélique de la condamnation du Sauveur, un élément retient l'attention : le désir d'échapper à toute responsabilité que manifestent les représentants du Temple comme ceux du pouvoir romain. Ce n'est pas par hasard que Jésus refuse de répondre à la question du grand prêtre sur Son enseignement et Ses disciples (Jn 18,19–21). Il comprend qu'il ne saurait être question ici d'un procès équitable et que tout cet interrogatoire ne sert qu'à Le prendre au mot afin de trouver un fondement pour fabriquer contre Lui un dossier qui permette de Le condamner à mort. En réalité, tout avait déjà été décidé lorsque Caïphe avait jugé possible de sacrifier Un seul homme au bien du peuple tel qu'il le concevait (Jn 18,14).
Mais tous les participants au procès de Jésus souhaitaient naturellement que la décision fût prise de manière collégiale et dans le respect des formalités prévues par la loi. Ainsi, personne en particulier ne pourrait plus être accusé de meurtre. On pourrait croire que les représentants des élites du Temple n'avaient personne à craindre, mais leur conscience religieuse n'était probablement pas tranquille : un meurtre ordinaire aurait constitué une violation directe de la Torah. Une exécution décidée par le Sanhédrin était une tout autre affaire. Un tel verdict, rendu dans des formes irréprochables, aurait rassuré tout le monde, puisqu'une exécution prononcée par un tribunal n'aurait évidemment pas été considérée comme une violation de la Torah.
Un obstacle très sérieux se dressait cependant sur le chemin de ces « juges » : les condamnations à mort prononcées par le Sanhédrin devaient être confirmées par le pouvoir romain, représenté en Judée par le procurateur. C'est donc auprès de lui qu'ils se rendirent (Jn 18,28). Les dirigeants du Sanhédrin comptaient apparemment sur une simple formalité et, au début, ne voulaient même pas entrer dans les détails, pensant que Pilate signerait la sentence sans la lire (Jn 18,29–32).
Mais Pilate manifesta pour l'affaire un intérêt inattendu et décida d'interroger lui-même l'accusé (Jn 18,33). Jésus, qui était resté silencieux devant le Sanhédrin, témoigna devant Pilate de ce qu'il était désormais inutile d'attester au Sanhédrin : Il répondit à la question du procurateur au sujet de Son Royaume (Jn 18,34–37). Or, si le Royaume dont Jésus témoignait paraissait hostile aux dirigeants du mouvement pharisien et aux élites du Temple, Pilate y était simplement indifférent, comme la plupart des agnostiques à l'esprit pragmatique. Toutefois, comme tout agnostique, il ne voyait aucun crime dans la prédication d'idées quelles qu'elles fussent, même étranges ou erronées, et proposa aux représentants du Sanhédrin venus le trouver d'épargner à un innocent le châtiment (Jn 18,38–40). Voyant qu'ils refusaient tout compromis, Pilate décida apparemment de s'en tenir à la peine prévue par le droit romain pour les non-citoyens coupables d'avoir enfreint les lois locales, et fit flageller Jésus (Jn 19,1–3).
Après cela, il considéra l'incident comme clos (Jn 19,4–5). Les représentants du Sanhédrin durent alors mettre le procurateur au courant de l'affaire et lui expliquer ce qu'ils reprochaient à Jésus (Jn 19,6–7). Cette explication impressionna fortement Pilate (Jn 19,8). Le calme et la force intérieure de l'accusé lui firent apparemment une impression encore plus grande (Jn 19,9–11). Il aurait probablement libéré Jésus si la foule rassemblée dans la cour du prétoire ne l'avait accusé, en Le relâchant, de négliger les intérêts de l'empire (Jn 19,12). La provocation réussit : ne voulant ni prendre ses responsabilités ni devoir répondre d'éventuelles accusations de sympathie envers les rebelles, Pilate condamne un innocent à mort (Jn 19,13–16). Ainsi, la lâcheté et l'irresponsabilité des uns, jointes à la haine du Royaume chez les autres, conduisent le Sauveur du monde à la croix.
6 Lorsqu'ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : " Crucifie-le ! Crucifie-le ! " Pilate leur dit : " Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. " |
7 Les Juifs lui répliquèrent : " Nous avons une Loi et d'après cette Loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. " |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : " D'où es-tu ? " Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : " Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j'ai pouvoir de te relâcher et que j'ai pouvoir de te crucifier ? " |
11 Jésus lui répondit : " Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t'avait été donné d'en haut ; c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi a un plus grand péché. " |
«Nous adorons Ta Croix, ô Christ...» Que signifient pour nous ces paroles? Une compassion infinie pour le juste innocent, battu, nu, suspendu à ce bois. L'amour pour Lui, une gratitude sans limite. Et encore la compréhension de combien notre propre croix est infiniment plus légère. Tous les problèmes qui semblent insupportables ne sont rien en comparaison de la mesure de souffrance qu'Il a prise sur Lui pour nous. «Toi qui as tant aimé Ton monde...»
Et encore d'autres paroles: «puis Il dit au disciple: voici ta mère». Sur ces paroles est édifiée l'Église, la plus solide des forteresses. Nous sommes tous adoptés comme fils et filles, et cela signifie que nous ne pourrons jamais être orphelins. L'orphelinat, c'est un mot venu d'une autre vie. Nous vivons souvent dans la prière la Passion du Christ, mais il est bien plus difficile de vivre les souffrances de Marie. Sa douleur physique à Lui est inconcevable, et sa douleur spirituelle à elle l'est aussi. Cette douleur embrasse le monde entier.
6 Lorsqu'ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : " Crucifie-le ! Crucifie-le ! " Pilate leur dit : " Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. " |
7 Les Juifs lui répliquèrent : " Nous avons une Loi et d'après cette Loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. " |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : " D'où es-tu ? " Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : " Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j'ai pouvoir de te relâcher et que j'ai pouvoir de te crucifier ? " |
11 Jésus lui répondit : " Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t'avait été donné d'en haut ; c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi a un plus grand péché. " |
La lecture d’aujourd’hui est consacrée à la fête de l’Exaltation de la Précieuse et Vivifiante Croix du Seigneur. En son centre se trouve la vénération de la Croix, par laquelle nous avons été sauvés « de l’asservissement à l’ennemi », comme le chante la mégalynaire de la fête.
L’évangéliste Jean témoigne de la Crucifixion et de ceux qui se tiennent auprès de la Croix. Le pied de la Croix est le seul endroit « juste » pour chacun de nous, car c’est précisément dans la Mort du Sauveur sur la Croix que s’accomplit le salut du monde et que la vie nous est donnée à tous, même si cela ne nous vient pas à l’esprit. Le monde est plein de souffrances, explicables parfois, mais le plus souvent inexplicables, et ce mystère ne peut laisser personne indifférent. Cela nous est pénible ; notre désir de nous cacher de la souffrance, de nous en détourner lorsqu’elle ne nous touche pas personnellement, est donc tout à fait compréhensible. Mais l’Évangile nous dit que toute souffrance humaine véritable, non imaginée, est un lieu de présence particulière du Christ. C’est Lui qui souffre en chaque être humain, et c’est précisément là que nous Le rencontrons.
7 Les Juifs lui répliquèrent : " Nous avons une Loi et d'après cette Loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. " |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
Qui manipule l'homme, et comment ? Et qu'est-ce qui donne aux manipulateurs un pouvoir sur les âmes ? On pourrait croire que Ponce Pilate n'est pas de ceux qu'on peut mener comme on veut : représentant haut placé de ce qu'on appellerait aujourd'hui le « centre », disposant en Palestine de tous les pouvoirs nécessaires, de toute l'autorité et même des moyens requis, s'il le faut, pour une intervention de force, il n'a personne à craindre, sauf Rome. En réalité, tout se passe autrement.
Pilate comprend parfaitement que l'Homme que les chefs du Temple lui ont amené pour faire confirmer une condamnation à mort n'est coupable de rien, du moins selon les lois romaines. Il faut donc Le relâcher. Mais agir ainsi signifie entrer en conflit avec le Temple ! Pilate est un politicien expérimenté, il comprend très bien qui se tient derrière la foule de la rue qui réclame l'exécution d'un Prédicateur inoffensif. Certes, Il se dit Roi, mais si son royaume n'est qu'un « royaume de vérité », alors Il n'est évidemment pas dangereux pour Rome. Après tout, qu'est-ce que la vérité ? C'est une question philosophique, qui n'a rien à voir avec la politique réelle. Mais le Temple, lui, y a rapport, et de la façon la plus directe et immédiate. Il faut s'entendre avec le Temple.
Et une inquiétude vague se glisse dans le cœur de Pilate : si cet Homme est devenu l'ennemi du Temple et de la Synagogue, ne deviendra-t-il pas, lui aussi, Pilate, leur ennemi s'il soutient Jésus ? Et voici encore des allusions sans équivoque à une possible dénonciation à Rome, qui suivra sans aucun doute : les cris de la foule ne sont pas fortuits, derrière eux se tiennent ceux pour qui rédiger une telle dénonciation ne coûte rien, et leur lettre, là-bas, au centre, recevra certainement attention...
Et Pilate cède. Car il est un politicien réaliste, un homme du système, il a quelque chose à perdre. Et il a peur. Or la peur est un passe-partout pour le cœur humain. L'amour est la clé, la peur est le passe-partout. La clé est dans la main de Dieu, mais Il n'entre pas dans le cœur sans qu'on Le lui demande. L'ennemi de Dieu, lui, avec son passe-partout, ne demande pas la permission. Il entre dans les cœurs où l'on ne laisse pas entrer Dieu. On ne Le laisse pas entrer pour qu'Il ne gêne pas la « politique réelle ». Alors, dans le cœur d'un tel « politicien réaliste », un autre entre. Celui qui ne se soucie ni de politique ni de politicien. Celui qui n'a besoin que d'un cœur étranger pour s'y installer lui-même.
15 Eux vociférèrent : " A mort ! A mort ! Crucifie-le ! " Pilate leur dit : " Crucifierai-je votre roi ? " Les grands prêtres répondirent : " Nous n'avons de roi que César ! " |
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. |
L'humeur de la foule est changeante : quelques jours seulement séparent « hosanna ! » de « crucifie-le ! » Mais une foule est précisément une foule pour que la personne y disparaisse. Elle se dissout dans un grand « nous » collectif et irresponsable. Dans certaines circonstances, on peut la détruire physiquement, mais il est tout à fait inutile d'essayer d'entrer en communion avec elle. Tout simplement parce qu'il n'y a personne avec qui communiquer : dans une foule, il n'y a pas une seule personne.
Mais une foule peut être manipulée. Parfois. Avec certaines précautions et, d'ordinaire, jusqu'à une certaine limite. Et le grand prêtre, comme toute l'élite du Temple, maîtrisait parfaitement cet art. Son pouvoir reposait en grande partie là-dessus. Et, bien sûr, sur les jeux politiques qu'il menait, comme chef de la Judée, avec l'autorité romaine. Il y jouait en effrayant Rome avec les extrémistes religieux, les zélotes, avec lesquels il entretenait aussi son propre jeu secret, inconnu de Rome. Ou connu, mais toléré, Rome fermant les yeux et comptant sur le grand prêtre et son entourage comme sur un moindre mal. Il y jouait en laissant entendre la possibilité d'une grande guerre religieuse, vers laquelle il poussait lui-même en silence ceux qui étaient prêts à la déclencher. Et c'est ainsi que, sur une peur en partie réelle et en partie fantomatique, il bâtissait sa politique.
Et Jésus n'était pas seulement absent de ses yeux comme Personne ; il n'était même pas une personne avec une minuscule. Seulement une monnaie d'échange. Une occasion de prouver sa loyauté : nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur ! Et de livrer à l'exécution un prédicateur gênant, absolument impossible à contrôler. Barabbas, c'était autre chose : un zélote, bien sûr, un extrémiste, mais l'un des leurs, un patriote, un ennemi des Romains, et surtout quelqu'un de compréhensible. Le Temple était en contact depuis longtemps avec de tels gens ; avec eux, on savait comment se comporter et à quoi s'attendre. Mais ici, il n'y avait qu'une surprise continue, inutile et incontrôlable, donc dangereuse. Mieux valait se débarrasser de ce prédicateur, mais pas de ses propres mains. Mieux valait le faire par les mains des Romains : pour le grand prêtre, c'était une option presque sans risque. Et si le procurateur s'obstinait, le grondement de la foule pouvait lui suggérer que des rapports pourraient parvenir à Rome sur son indulgence envers de dangereux rebelles, que le grand prêtre combattait et que lui, le procurateur, main et oeil de l'empereur, graciait.
Chacun joue son propre jeu. Sauf Jésus seul ; lui ne joue aucun jeu avec personne. Un tel homme n'est utile à personne. Et il ne lui reste qu'une chose : la croix. Il n'y a pour lui pas d'autre chemin.
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C'était le matin. Eux-mêmes n'entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
29 Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit : " Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? " |
30 Ils lui répondirent : " Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. " |
31 Pilate leur dit : " Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi. " Les Juifs lui dirent : " Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort ", |
32 afin que s'accomplît la parole qu'avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir. |
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? " |
34 Jésus répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? " |
35 Pilate répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? " |
36 Jésus répondit : " Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. " |
37 Pilate lui dit : " Donc tu es roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. " |
38 Pilate lui dit : " Qu'est-ce que la vérité ? " Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : " Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
39 Mais c'est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu'un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? " |
40 Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : " Pas lui, mais Barabbas ! " Or Barabbas était un brigand. |
Les Évangiles nous parlent beaucoup du Royaume de Dieu, mais seul Jean voit dans les souffrances de Jésus une manifestation de ce Royaume ; ce n'est pas par hasard que, dans cet Évangile, Pilate interroge Jésus sur Sa dignité royale. Pour Pilate, « le roi des Juifs » n'est que le titre des anciens rois juifs, dont le dernier fut Hérode. Mais Jésus lui parle d'un autre Royaume, donné par Dieu, qui « n'est pas d'ici », « n'est pas de ce monde » et qui n'agit pas là où les hommes ne connaissent pas Dieu et ne savent pas « ce qu'est la vérité ». Le choix de l'homme est la condition même de la réalisation du Royaume de Dieu : il a été « donné d'en haut » à Pilate de tuer ou de relâcher le véritable Roi. À la différence de l'appartenance aux autres royaumes, la soumission à ce Roi est volontaire, car même les prêtres sont libres de nommer l'empereur romain leur unique roi. À l'inverse, Celui qui accomplit la volonté de Celui qui L'a envoyé devient le centre où se réalise Son Royaume, même si, extérieurement, celui-ci ne s'exprime que par l'inscription placée sur la croix.
37 Pilate lui dit : " Donc tu es roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. " |
38 Pilate lui dit : " Qu'est-ce que la vérité ? " Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : " Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
Pendant le procès de Jésus, une chose très importante pour comprendre tout ce qui se passe saute aux yeux : comme homme, Il n’intéresse personne. Non pas comme Homme (l’Homme avec une majuscule, ni l’élite du Temple ni le procurateur romain ne Le voyaient en Lui), mais précisément comme homme. Le plus ordinaire. Celui avec une minuscule. Celui par-dessus qui tous les pouvoirs de tous les temps, civils comme religieux, avaient l’habitude de passer lorsqu’il les gênait en quelque chose.
Ils passaient par-dessus, souvent sans même le remarquer. Bien sûr, le grand prêtre comme le procurateur avaient leurs raisons et leurs motifs d’agir comme ils agissaient. Leurs intérêts. Souvent, à leurs propres yeux, extrêmement importants. Bien plus importants qu’une vie particulière d’un homme particulier. Le bien-être du peuple, par exemple. Ou la tranquillité de l’empire.
Bien sûr, l’un comme l’autre valent la vie d’un prédicateur quelconque. D’autant plus d’un prédicateur douteux, qui ne jouit pas de la confiance des gens sérieux et autorisés. De quelqu’un qui ne peut que troubler la foule. Et Lui, pendant ce temps, ne cherche même pas à leur prouver quoi que ce soit. Il répond aux questions simples de Pilate avec tant de simplicité et de profondeur qu’il est difficile de ne pas Le comprendre. Mais pour un sceptique de tempérament, Ses réponses n’ont pas de sens. Tout comme, du reste, la question posée par Pilate lui-même sur la vérité, question parfaitement rhétorique.
Ici, on ne peut rien prouver ni expliquer. Pour le reste… la valeur d’une vie humaine, pour un haut fonctionnaire, est déterminée par le statut social de la personne évaluée. Tout est simple et prosaïque. Et c’est pourquoi c’est effrayant pour nous aujourd’hui. Si le Christ avait été exécuté par quelques criminels infernaux, nous pourrions nous sentir relativement en sécurité : de tels criminels, s’il s’en trouve parmi nous, sont très peu nombreux. Or Il a été exécuté, en fait, par des gens tout à fait ordinaires, avec des intérêts assez ordinaires.
Certes, des gens haut placés, investis du droit de prendre des décisions, mais… pour le reste, tout à fait ordinaires. Des gens comme nous. Et tout ce qu’il fallait pour exécuter le Messie, c’était placer certains intérêts, apparemment supérieurs, avant l’homme. Pas même l’Homme avec une majuscule, mais simplement l’homme comme image de Dieu. S’ils L’avaient vu au moins ainsi, cela aurait suffi pour que le Messie ne meure pas sur la croix. Mais cela ne s’est pas fait. Il en est allé autrement. Et aujourd’hui, comme à toute autre époque, tout aurait pu finir de la même manière. Voilà ce qui est vraiment effrayant.
15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu'un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L'autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : " N'es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? " Lui dit : " Je n'en suis pas. " |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : " C'est au grand jour que j'ai parlé au monde, j'ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s'assemblent et je n'ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m'interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j'ai dit. " |
22 A ces mots, l'un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : " C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? " |
23 Jésus lui répondit : " Si j'ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? " |
24 Anne l'envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : " N'es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? " Lui le nia et dit : " Je n'en suis pas. " |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l'oreille, dit : " Ne t'ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? " |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
Le reniement de Pierre paraît être une conduite parfaitement raisonnable et sensée dans une situation critique. Il lui faut rester tout près et il veut apprendre quelque chose ; pour cela, personne ne doit le reconnaître. Dans un tel moment, l'un s'enfuit et se cache, tandis qu'un autre essaie de passer inaperçu jusqu'au lieu où se déroulent les événements principaux. Il est insensé de risquer sa vie en reconnaissant que l'on connaît le détenu. On pourrait vous saisir vous aussi, et à qui cela servirait-il ? Nous ignorons toutefois ce qui animait l'apôtre Pierre. Il est tout à fait possible que ces premières raisons superficielles, compréhensibles pour chacun, n'aient pas du tout été l'essentiel à cet instant. Ce qui importe, c'est qu'il arrive parfois un moment où reconnaître ouvertement que l'on suit Jésus est l'unique choix possible. De l'autre côté, on entend le mot terrible de « reniement ».
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