9 Cette déclaration de bonheur s'adresse-t-elle donc aux circoncis ou bien également aux incirconcis ? Nous disons, en effet, que la foi d'Abraham lui fut comptée comme justice. |
10 Comment donc fut-elle comptée? Quand il était circoncis ou avant qu'il le fût? Non pas après, mais avant; |
11 et il reçut le signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi qu'il possédait quand il était incirconcis; ainsi devint-il à la fois le père de tous ceux qui croiraient sans avoir la circoncision, pour que la justice leur fût également comptée, |
Paul attire l'attention sur un fait qui fut discuté plus d'une fois dans les débats rabbiniques de son époque: Abraham a entendu Dieu, l'a connu et lui a fait confiance avant le don de la Torah, et même avant le jour où il fut circoncis. La circoncision était un moment essentiel: pour les Juifs de ce temps, et pour les Juifs croyants orthodoxes encore aujourd'hui, le monde se divise entre circoncis et incirconcis, entre les siens et les étrangers, entre les Juifs et les païens. C'est pourquoi, dans le milieu rabbinique, on discutait beaucoup pour savoir à quel moment précis Abraham devient « le père de tous les croyants ».
L'apôtre affirme: Abraham le devint au moment même où il fit confiance à Dieu. Quant à la Torah et à la circoncision, elles vinrent ensuite. Et cela se comprend, car la Torah, en fin de compte, n'est pas une fin en soi, mais seulement un moyen sur le chemin de la justice, ce même chemin qui, selon Paul, maintenant, après la venue du Christ, n'est possible qu'avec lui.
C'est pourquoi la foi est l'essentiel. Il ne s'agit bien sûr pas de ce que nous appelons souvent foi aujourd'hui: non pas d'une dogmatique dont nous sommes convaincus de la justesse, non pas des symboles de foi que nous sommes prêts à défendre, ni même d'une vision du monde que nous percevons comme la plus juste et la plus adéquate. Il s'agit de la foi au sens biblique du mot, de la foi comme confiance et comme relations qui découlent de cette confiance. Et les relations sont toujours dynamiques et existent au présent, toujours ici et maintenant.
La Torah, quant à elle, nous aide seulement à construire notre vie, intérieure et extérieure, de telle manière que les relations avec Dieu, les relations avec le Christ, demeurent toujours pour nous ce centre autour duquel tout le reste est rassemblé. Quant aux « œuvres de la Torah », y compris une œuvre aussi importante que la circoncision, elles appartiennent déjà au troisième niveau, extérieur, de l'existence humaine. Il est bien sûr important lui aussi, mais ce n'est pas lui qui détermine les relations de l'homme avec Dieu et avec les hommes. Ainsi l'apôtre construit cette hiérarchie des niveaux d'existence, ou, comme dirait un philosophe contemporain, des couches existentielles, sans laquelle une vie chrétienne plénière sera pour le moins difficile, sinon tout simplement impossible.
1 Que dirons-nous donc d'Abraham, notre ancêtre selon la chair? |
2 Abraham tint sa justice des œuvres, il a de quoi se glorifier. Mais non au regard de Dieu! |
3 Que dit en effet l'Écriture? Abraham crut à Dieu, et ce lui fut compté comme justice. |
4 À qui fournit un travail on ne compte pas le salaire à titre gracieux: c'est un dû; |
5 mais à qui, au lieu de travailler, croit en celui qui justifie l'impie, on compte sa foi comme justice. |
6 Exactement comme David proclame heureux l'homme à qui Dieu attribue la justice indépendamment des œuvres: |
7 Heureux ceux dont les offenses ont été remises, et les péchés couverts. |
8 Heureux l'homme à qui le Seigneur n'impute aucun péché. |
9 Cette déclaration de bonheur s'adresse-t-elle donc aux circoncis ou bien également aux incirconcis ? Nous disons, en effet, que la foi d'Abraham lui fut comptée comme justice. |
10 Comment donc fut-elle comptée? Quand il était circoncis ou avant qu'il le fût? Non pas après, mais avant; |
11 et il reçut le signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi qu'il possédait quand il était incirconcis; ainsi devint-il à la fois le père de tous ceux qui croiraient sans avoir la circoncision, pour que la justice leur fût également comptée, |
12 et le père des circoncis, qui ne se contentent pas d'être circoncis, mais marchent sur les traces de la foi qu'avant la circoncision eut notre père Abraham. |
13 De fait ce n'est point par l'intermédiaire d'une loi qu'agit la promesse faite à Abraham ou à sa descendance de recevoir le monde en héritage, mais par le moyen de la justice de la foi. |
14 Car si l'héritage appartient à ceux qui relèvent de la Loi, la foi est sans objet, et la promesse ne s'accomplit pas; |
15 la Loi en effet produit la colère, tandis qu'en l'absence de loi il n'y a pas non plus de transgression. |
En poursuivant le thème de l’universalisme de la Torah, Paul se tourne vers la figure d’Abraham. Il souligne le fait qu’Abraham est devenu juste non pas par sa religiosité, mais parce qu’il a su faire confiance à Dieu (v. 1-3). L’apôtre rappelle de nouveau que la confiance en Dieu est le fondement de la justice, tandis que les œuvres de justice ne sont que la conséquence de cette confiance (v. 4-8). Même un rite religieux aussi important que la circoncision n’est pour Paul qu’un signe des relations qui unissent le juste à Dieu, mais nullement leur fondement (v. 9-12). On pourrait dire que, dans ces raisonnements, Paul reste un disciple de Hillel et de son maître Gamaliel : car Hillel et ses disciples ont toujours affirmé que le fondement de la justice et de la vie spirituelle en général est la relation avec Dieu, et que toute autre religiosité liée à l’observance de la Torah n’en est que la conséquence ; sans cette relation, elle perd tout sens.
Mais Paul va de nouveau plus loin que Hillel et Gamaliel. Il dit : si la circoncision n’est que le signe de l’appartenance au peuple de Dieu, donné par Dieu à Abraham comme conséquence de sa justice, alors la justice est possible aussi pour les incirconcis, s’ils savent faire confiance à Dieu comme les circoncis. En ce sens, Abraham devient le père spirituel de tous les justes, aussi bien des circoncis (les Juifs) que des incirconcis (les païens) (v. 11-12).
L’apôtre ne pense nullement qu’il n’y ait aucune différence entre ces deux catégories de justes ; il rappelle seulement que la justice est une, et que si un homme, même incirconcis, suit le chemin de la justice, tôt ou tard il arrivera là où arrivent par ce chemin les circoncis. La Torah n’est pas un tapis volant donné par Dieu à Son peuple pour le transporter dans le Royaume comme d’un coup de baguette magique, en l’épargnant du chemin sur lequel s’acquiert la justice ; elle est un guide qui aide à ne pas s’égarer. Considérer la Torah comme un privilège est une dangereuse illusion, car, si on la prend au sérieux, elle révélera non les avantages, mais les péchés de celui qui cherche à la suivre. La justice est plus grande que la Torah ; le juste reçoit de Dieu ce qui lui a été promis non parce qu’il l’a mérité, mais seulement par la miséricorde de Dieu ; la Torah en elle-même ne donne aucun droit à personne (v. 13-14). Si quelqu’un songeait à se glorifier devant Dieu de connaître la Torah mieux que les autres, cela provoquerait tout naturellement la colère de Dieu : car une telle connaissance révélerait avant tout non la justice, mais les péchés de celui qui se vante (v. 14-15).
À cet égard, le païen a la tâche plus simple : il ne prétend pas connaître la Torah ni en être le gardien. La connaissance de la Torah ne garantit pas en elle-même la justice ; c’est pourquoi, sur le chemin du Royaume, il n’y a devant Dieu aucune différence entre le Juif et le païen, mais on demandera davantage à ceux à qui la Torah a été donnée : ils en savent plus sur leurs péchés que ceux qui n’ont pas entendu parler de la Torah.
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