35 Le matin, bien avant le jour, il se leva, sortit et s'en alla dans un lieu désert, et là il priait.
36 Simon et ses compagnons le poursuivirent
37 et, l'ayant trouvé, ils lui disent : " Tout le monde te cherche. "
38 Il leur dit : " Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j'y prêche aussi, car c'est pour cela que je suis sorti. "
39 Et il s'en alla à travers toute la Galilée, prêchant dans leurs synagogues et chassant les démons.
40 Un lépreux vient à lui, le supplie et, s'agenouillant, lui dit : " Si tu le veux, tu peux me purifier. "
41 Ému de compassion, il étendit la main, le toucha et lui dit : " Je le veux, sois purifié. "
42 Et aussitôt la lèpre le quitta et il fut purifié.
43 Et le rudoyant, il le chassa aussitôt,
44 et lui dit : " Garde-toi de rien dire à personne ; mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce qu'a prescrit Moïse : ce leur sera une attestation. "
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La joie humaine s'exprime parfois d'une manière étrange. Un homme qui a souffert de nombreuses années d'une maladie incurable vient vers un Prophète qu'il ne connaît pas et qu'il voit sans doute pour la première fois. Ce Prophète le guérit et lui dit: tais-toi, ne parle pas de Moi à tous les coins de rue, va faire ce que prescrit la Torah pour la purification. Et le guéri, au lieu d'accomplir ce qu'on lui avait ordonné, crie joyeusement à tous les coins de rue ce qui lui est arrivé, divulguant manifestement ce qu'on lui avait demandé de taire.
Qu'est-ce donc: du bavardage? Du mépris et un manque de respect envers Celui qui l'a guéri? À peine; ce n'est ni l'un ni l'autre. Simplement, hélas, tout ce qui est vraiment sérieux ne l'est pas pour nous. Ou plutôt: nous ne prenons au sérieux que ce qui est sérieux pour nous. Pour l'homme guéri, pendant tout le temps de sa maladie, c'était précisément la maladie qui occupait le premier plan. Elle lui avait caché le monde entier, et on peut difficilement le lui reprocher.
Mais voilà que sa vie change: y entre Quelqu'un capable et prêt à le délivrer de la maladie, à le guérir, à le purifier. Alors quoi: toute son attention devrait-elle aller vers Lui? Sans doute aurait-elle dû: s'Il l'a délivré de la maladie, s'Il vient de Dieu, c'est Lui qu'il fallait écouter, et faire exactement tout ce qu'Il ordonne.
Pourquoi donc le guéri agit-il autrement? Peut-être précisément parce qu'il n'est pas encore vraiment guéri. Le corps est déjà sain, mais son attention reste entièrement concentrée sur la maladie qui n'existe plus, mais dont le souvenir est vivant. Et le guéri crie à tous les coins de rue, non pas au sujet de Dieu ni de Celui qui l'a guéri, mais au sujet de la maladie qui n'est plus. Il crie au point d'oublier même ce que le mystérieux Sauveur lui avait demandé.
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