45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule.
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier.
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre.
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser.
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris;
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. "
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur,
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché.
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent.
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Dans la lecture évangélique d'aujourd'hui, il y a un petit point assez difficile, à savoir les mots : et Il voulait les dépasser. Ils sont si incompréhensibles que, dans le texte parallèle plus tardif de l'Évangile selon Matthieu, ils sont omis. Pourquoi voulait-Il les dépasser, s'il est dit : Il les vit en difficulté pour ramer, car le vent leur était contraire ? C'est-à-dire qu'Il vit cela et alla à leur aide ; pourquoi donc voulait-Il les dépasser ?
Le plus simple, dans de tels cas difficiles, est de ne pas remarquer les mots qui sont incompréhensibles, comme s'ils n'existaient pas. Mais une telle approche ne plaira sans doute pas à tout le monde. Une variante de solution à ce problème nous est proposée par l'autrice de la nouvelle traduction « Bonne Nouvelle », Valentina Kouznetsova : il semblait vouloir passer à côté d'eux. Autrement dit, tout est très simple : cela leur a paru ainsi.
Il est difficile aux personnes non versées en philologie d'en juger, mais elles peuvent en revanche analyser diverses traductions dans des langues modernes, en comparant le travail de différents traducteurs. Et nulle part ailleurs nous n'avons pu trouver le mot « semblait ». Mais comment se pourrait-il que de nombreux traducteurs différents aient tous omis le même mot de la même manière ?!
Pourtant, nous ne sommes nullement effrayés même par le degré de paradoxe présent dans le texte sans le mot « semblait ». Avons-nous le droit de juger de l'intention du Seigneur ? Sans doute pas. Nous n'essaierons donc pas de deviner ce qu'Il voulait réellement faire. Il y avait dans Ses actions un sens qui nous est maintenant inconnu. Regardons le témoignage des disciples : Il voulait passer à côté. Regardons, sans aucun travail intellectuel de notre part, le témoignage dans toute sa simplicité, d'autant plus qu'il s'agit bien de l'Évangile selon Marc, et tournons-nous vers notre propre vie : ne nous arrive-t-il pas d'être dans des conditions extrêmement dures, de supplier le Seigneur de nous aider, mais de ne voir que l'aide passer à côté de nous ? Cela ne nous paraît pas ainsi ; nous voyons simplement de nos propres yeux que l'aide vient vers nous, mais que nous ne pouvons pas en profiter.
Cependant, au bout du compte, les disciples furent sauvés. Comme nous le serons aussi. L'ajout du mot « semblait » fait tout passer sur un terrain incertain de sensations obscures, dont le rapport avec la réalité reste inconnu ; et il semble, précisément il semble, qu'une telle approche soit assez dangereuse.
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