1 " A l'Ange de l'Église d'Éphèse, écris : Ainsi parle celui qui tient les sept étoiles en sa droite et qui marche au milieu des sept candélabres d'or.
2 Je connais ta conduite, tes labeurs et ta constance; je le sais, tu ne peux souffrir les méchants: tu as mis à l'épreuve ceux qui usurpent le titre d'apôtres, et tu les as trouvés menteurs.
3 Tu as de la constance: n'as-tu pas souffert pour mon nom, sans te lasser?
4 Mais j'ai contre toi que tu as perdu ton amour d'antan.
5 Allons! rappelle-toi d'où tu es tombé, repens-toi, reprends ta conduite première. Sinon, je vais venir à toi pour changer ton candélabre de son rang, si tu ne te repens.
6 Il y a cependant pour toi que tu détestes la conduite des Nicolaïtes, que je déteste moi-même.
7 Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises : au vainqueur, je ferai manger de l'arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu.
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Comme on le voit, chacune des sept Églises d’Asie Mineure auxquelles la parole du Ressuscité était adressée avait ses propres problèmes, et chacun des messagers, les «anges», se rendant dans telle ou telle Église reçoit son propre message à transmettre à ceux vers qui il est envoyé. Bien sûr, de tels messagers pouvaient être, et dans ce cas étaient effectivement, non pas des anges au sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot, mais des hommes envoyés par l’apôtre dans une communauté ecclésiale concrète afin de transmettre le message écrit pour elle et d’en attester l’authenticité. Mais, d’un autre côté, le nombre sept n’est guère ici fortuit: car le chandelier à sept branches, la ménorah, symbolise la lumière de Dieu et la plénitude de la révélation, et dans le contexte néotestamentaire, aussi la plénitude de cette sanctification que le monde attend de l’Église. Dans une telle compréhension, les sept Églises d’Asie Mineure deviennent le symbole de la plénitude ecclésiale, de cette plénitude que l’Église porte en elle tout au long de son histoire.
Mais l’histoire de l’Église diffère de l’histoire de toute autre communauté ayant jamais existé sur la terre en ce qu’elle ne connaît pas de développement. Certes, les formes extérieures de l’Église changent, mais spirituellement elle demeure toujours la même; en tout temps y sont présents la justice, grâce à laquelle le monde est sanctifié, et le péché, qui y fait obstacle. On peut bien sûr parler de périodes meilleures ou pires de l’histoire de l’Église, mais tout y est relatif: l’Église universelle est grande, les différentes communautés peuvent vivre, et vivent effectivement en règle générale, de manière différente, si bien que leur état spirituel peut différer sensiblement, même lorsqu’il s’agit d’un seul et même moment historique.
Telle apparaît aussi l’Église d’Asie Mineure: l’état des Églises concrètes, c’est-à-dire des communautés ecclésiales, y diffère manifestement de façon assez nette. S’adressant à l’Église d’Éphèse, Jésus indique aux chrétiens d’Éphèse qu’ils ont «abandonné leur premier amour» (v. 4), bien qu’Il n’ait évidemment pas oublié leur service et leur fermeté pendant les persécutions, leur «patience» (v. 3). Peut-être, dans l’Église d’Éphèse, s’étaient alors aggravés les problèmes dont Paul avait déjà écrit en son temps aux chrétiens d’Éphèse: un certain relâchement spirituel et une tolérance connue envers ce qu’on appelle habituellement les péchés de la chair. Dans la situation d’une grande ville portuaire comme l’était Éphèse, on peut toujours s’attendre à quelque chose de semblable: l’agitation et les petits péchés charnels sont, on le sait, l’une des tentations les plus simples, mais très répandue, en grande partie parce que son action, surtout au début, se révèle presque imperceptible.
Étant donné que l’Église d’Éphèse n’avait pas perdu ses repères spirituels, qu’elle savait distinguer les véritables apôtres des faux (v. 2) et qu’elle ne tentait nullement d’ériger le péché de certains de ses membres en principe, à la manière des Nicolaïtes (v. 6), la situation n’était pas encore devenue catastrophique. Mais Jésus appelle néanmoins les chrétiens d’Éphèse à «se souvenir du premier amour», à revenir à la pureté des premiers jours, lorsque l’Église d’Éphèse venait de naître; autrement, selon Ses paroles, les conséquences pourraient être lourdes (v. 5). Et Il appelle les chrétiens d’Éphèse à être plus résolus et plus recueillis spirituellement, afin de ne pas perdre, par paresse et relâchement spirituels, ces fruits de l’arbre de la vie éternelle qui leur sont destinés en cas de victoire (v. 7).
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