5 Je regardai, moi Daniel, et voici: deux autres se tenaient debout, de part et d'autre du fleuve.
6 L'un dit à l'homme vêtu de lin, qui était en amont du fleuve "Jusques à quand, le temps des choses inouïes?"
7 J'entendis l'homme vêtu de lin, qui se tenait en amont du fleuve: il leva la main droite et la main gauche vers le ciel et attesta par l'Eternel Vivant: "Pour un temps, des temps et un demi-temps, et toutes ces choses s'achèveront quand sera achevé l'écrasement de la force du Peuple saint."
8 J'écoutai sans comprendre. Puis je dis: "Mon Seigneur, quel sera cet achèvement?"
9 Il dit: "Va, Daniel; ces paroles sont closes et scellées jusqu'au temps de la Fin.
10 Beaucoup seront lavés, blanchis et purifiés; les méchants feront le mal, les méchants ne comprendront point; les doctes comprendront.
11 A compter du moment où sera aboli le sacrifice perpétuel et posée l'abomination de la désolation : 1.290 jours.
12 Heureux celui qui tiendra et qui atteindra 1.335 jours.
13 Pour toi, va, prends ton repos; et tu te lèveras pour ta part à la fin des jours."
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Il n’est pas étonnant que la révélation reçue ait suscité chez l’auteur du Livre de Daniel, comme chez le visionnaire lui-même, la question des temps et des délais: en effet, après la fin des persécutions, beaucoup attendaient la venue du Messie et le triomphe du Royaume messianique. Le délai de trois ans et demi («un temps, des temps et la moitié d’un temps», v. 5-7) soulevait bien d’autres questions, surtout si l’on suppose que la vision avait été ouverte après la mort d’Antiochos Épiphane. En effet, les trois ans et demi promis dans une autre vision, pendant lesquels le Temple resta profané, étaient déjà passés; le persécuteur qui l’avait profané était mort; et le dénouement attendu, lié à la venue du Messie, ne survenait toujours pas. Une question naturelle se posait: qu’attend donc encore Dieu? Et qu’est-ce que les fidèles doivent attendre?
Cependant, dans la vision reçue par le visionnaire anonyme, la réponse existe, même si elle ne saute pas immédiatement aux yeux. Ce n’est pas par hasard que le messager de Dieu, répétant de nouveau la prophétie déjà accomplie sur les 1290 jours de «désolation», c’est-à-dire de profanation du Temple, appelle bienheureux ceux qui «attendent et atteindront» le délai de 1335 jours depuis le moment de la profanation du Temple. Il est facile de constater que la différence entre le premier et le second délai est de 45 jours. Ces mêmes 45 jours, on le sait, séparent dans le calendrier juif la célébration de Pessa’h, la Pâque juive, d’une autre fête appelée Chavouot, que la tradition chrétienne nomme habituellement Pentecôte. Et si, pendant Pessa’h, on se souvient de l’Exode et on le revit, la fête de Chavouot s’associe entre autres aux prémices, aux fruits de cette terre que Dieu avait promise à Abraham et dont la conquête devint l’achèvement de l’Exode.
Le sens de la révélation, dans un tel contexte, devient tout à fait clair: bienheureux celui qui attendra le jour des prémices, qui ira jusqu’au bout du chemin et ne s’arrêtera pas à mi-chemin vers le Royaume promis par Dieu. Bien sûr, le délai doit ici être tenu pour symbolique; Dieu ne révèle pas à Son serviteur la date concrète de la venue du Messie. Il lui rappelle seulement que la libération de Jérusalem et la purification du Temple ne sont pas encore la fin du chemin, comme beaucoup le pensaient, mais seulement le début de sa dernière étape; et qu’en vérité seul est bienheureux celui qui parcourra tout le chemin jusqu’au bout, rencontrant le Messie et recevant ce Royaume dont parlaient les prophètes.
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