2 " Il en va du Royaume des Cieux comme d'un roi qui fit un festin de noces pour son fils.
3 Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir.
4 De nouveau il envoya d'autres serviteurs avec ces mots : " Dites aux invités : "Voici, j'ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés, tout est prêt, venez aux noces. "
5 Mais eux, n'en ayant cure, s'en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce;
6 et les autres, s'emparant des serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.
7 Le roi fut pris de colère et envoya ses troupes qui firent périr ces meurtriers et incendièrent leur ville.
8 Alors il dit à ses serviteurs : "La noce est prête, mais les invités n'en étaient pas dignes.
9 Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver. "
10 Ces serviteurs s'en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives.
11 " Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces.
12 "Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ?" L'autre resta muet.
13 Alors le roi dit aux valets : "Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. "
14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. "
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Le sens de la parabole du festin de noces est, dans l'ensemble, assez clair : un tel festin était déjà, à l'époque préchrétienne, le symbole du Royaume messianique, le Roi désignant Dieu Lui-même, et le fils, le Messie promis par Dieu. Le mariage était celui du Messie et du peuple de Dieu, marquant le moment du triomphe complet et définitif du Royaume sur tous ceux qui s'opposent à Dieu et au Messie qu'Il a envoyé. Mais dans la bouche de Jésus, le thème traditionnel acquiert de nouvelles nuances de sens.
Nous avons devant nous une antithèse : d'un côté, ceux qu'on appelait et qu'on attendait n'étaient pas prêts à venir, si bien que le Roi dut recruter des gens dans les rues, rassemblant les indigents et les pauvres, prêts à venir dans toute maison où on les inviterait et les accueillerait ; de l'autre, pour l'homme qui a refusé le vêtement de noces, l'entrée au festin se trouve fermée, bien qu'il réponde volontiers à l'invitation.
Des exigences strictes en matière de vêtement pourraient paraître déplacées lorsqu'il s'agit de pauvres, s'il n'y avait un détail historique : le vêtement pour le festin était d'ordinaire envoyé aux invités par le maître de maison lui-même avec l'invitation, et ce vêtement prouvait que celui qui était assis à table n'était pas un imposteur, qu'il avait réellement été invité à la fête. Visiblement, par les invités, le Sauveur entend ici ceux qui se considéraient comme le reste messianique dont parlaient les prophètes.
Ce reste, c'étaient d'abord les pharisiens qui se croyaient tels : ils étaient convaincus que le Messie viendrait avant tout vers eux et pour eux, car ils L'attendaient depuis longtemps, étaient toujours prêts à Le rencontrer et le feraient non seulement avec joie, mais aussi avec le sentiment du devoir bien accompli, puisqu'ils avaient fait du suivi de la Torah, tel qu'ils le comprenaient, le but de toute leur vie.
Mais tout le peuple de Dieu, bien sûr, attendait aussi le Messie, même si les représentations populaires qu'on se faisait de Lui étaient très éloignées de celles de l'Évangile. Pourtant, lors de la rencontre avec le Messie réel, tout se révéla très différent de ce qu'attendaient les pharisiens comme le simple peuple.
Ceux qui semblaient attendre la venue du Messie et l'avènement du Royaume se révélèrent, en fait, incapables de Le rencontrer et d'accueillir le Royaume qu'Il apportait. Les uns furent détournés par les soucis et les valeurs du monde non transfiguré (« les champs et le commerce »), les autres préférèrent leur propre tradition et leur propre religiosité, prenant en haine le Messie et le Royaume, qui ne s'inséraient en rien dans leurs représentations et ne correspondaient pas à leurs concepts.
Restèrent les indigents, les pauvres, ceux qui n'ont rien à perdre parce qu'ils ne possèdent rien. Ces gens répondent volontiers. Mais il leur faut, comme à chacun de ceux qui viennent au festin, absolument le vêtement de noces.
Or certains des invités, visiblement, décidèrent qu'ils étaient déjà assez bons comme cela, que leur pauvreté leur donnait en elle-même droit au Royaume. Mais il n'en est pas ainsi, et ceux qui méprisent le vêtement de noces se convainquent très vite que personne n'a droit au Royaume, pas même les pauvres. Seul le vêtement remis par le Roi Lui-même ouvre aux invités qui se présentent sur le seuil le chemin du Royaume. Et donc aussi le chemin du salut.
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