1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même: puisque tu agis de même, toi qui juges,
2 et nous savons que le jugement de Dieu s'exerce selon la vérité sur les auteurs de pareilles actions.
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu?
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté, de patience, de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir?
5 Par ton endurcissement et l'impénitence de ton cœur, tu amasses contre toi un trésor de colère, au jour de la colère où se révélera le juste jugement de Dieu,
6 qui rendra à chacun selon ses œuvres :
7 à ceux qui par la constance dans le bien recherchent gloire, honneur et incorruptibilité: la vie éternelle;
8 aux autres, âmes rebelles, indociles à la vérité et dociles à l'injustice: la colère et l'indignation.
9 Tribulation et angoisse à toute âme humaine qui s'adonne au mal, au Juif d'abord, puis au Grec;
10 gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif d'abord, puis au Grec;
11 car Dieu ne fait pas acception des personnes.
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Revenant à l'image des deux chemins, le chemin de la justice et le chemin de l'impiété, l'apôtre développe ensuite le thème de l'universalisme qu'il avait commencé par ses réflexions sur la connaissance naturelle de Dieu et sur la « Torah naturelle ». Il parle de choses qui semblent aller de soi, rappelant qu'il ne faut pas juger les autres pour des péchés dont on n'est pas soi-même libre (v. 1-2). Dans l'épître, on le voit, il est question de gens qui mettent ainsi à l'épreuve la patience de Dieu (v. 3-8). Et le contexte montre clairement que cette condamnation avait des bases formellement religieuses : ceux qui condamnaient s'opposaient sans doute aux autres au nom de leur appartenance soit au peuple juif, soit à l'Église (la première hypothèse, à en juger par le fait que l'apôtre met sur un pied d'égalité, dans la justice, les « Juifs » et les « Grecs » (v. 9-11), c'est-à-dire les Juifs et les païens, est la plus vraisemblable). Certes, un tel orgueil religieux ne justifiait nullement devant Dieu ceux qui s'y livraient ; il ajoutait seulement un péché de plus à ceux qu'ils commettaient.
Mais il ne s'agissait pas seulement d'hypocrisie et d'un vain espoir que l'appartenance au peuple juif se révélerait en elle-même comme une sorte d'indulgence. Il s'agissait de la compréhension même de la justice chez ceux qui se tenaient sur cette position. Pour eux, manifestement, la justice était indissociable de l'appartenance à une communauté nationale et religieuse déterminée, de sorte que ceux qui en faisaient partie devaient, par définition, être jugés par Dieu selon des lois particulières, peut-être plus indulgentes. Or Paul, dès le début, voit la justice exclusivement dans le contexte de la relation de l'homme avec Dieu. La Torah, pour lui, est universelle ; elle est donnée à chacun indépendamment de son appartenance nationale ou religieuse et n'est la propriété exclusive d'aucune communauté religieuse.
Le païen peut suivre la Torah, et alors il trouvera le Christ et entrera dans le Royaume, même si, bien sûr, cela est plus simple pour le Juif, puisqu'il étudie la Torah depuis l'enfance. Mais si le Juif viole la Torah, on lui demandera des comptes non pas moins, mais davantage qu'au païen, même si le païen, qui a eu l'expérience de la révélation naturelle, répondra aussi des mauvaises actions qu'il a commises et dont il savait qu'elles étaient mauvaises. Paul ne doute pas que le Royaume apporté dans le monde par le Christ soit un pour tous. Mais alors la justice aussi doit être une pour tous. Et la Torah aussi.
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