6 je tends les mains vers toi, mon âme est une terre assoiffée de toi.
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Quiconque connaît un peu la vie spirituelle connaît des définitions d'états spirituels comme la «sécheresse» et quelque chose d'opposé à cette sécheresse, pour quoi l'on n'a justement pas trouvé de définition univoque, parce que, dans la vie spirituelle, le négatif nous est en général beaucoup plus compréhensible que le positif. Ce n'est pas un hasard si nous trouvons si facilement des mots pour parler du péché et de la lutte contre lui, et si difficilement pour parler de la grâce et des hauts exploits spirituels: pour le premier, les mots se trouvent facilement dans notre langue; pour le second, très difficilement.
Il en est ainsi pour l'hymnographe: il définit son état présent par le mot «sécheresse», parlant d'une «âme sèche», tandis qu'il n'ose pas définir d'une manière univoque ce vers quoi il tend; il dit seulement qu'il a besoin de Dieu comme la terre sèche de la steppe a besoin de l'humidité de la pluie. Qu'est donc cette sécheresse? D'où vient-elle?
Il est question ici, bien sûr, d'un homme qui vit une vie spirituelle pleine et qui cherche à suivre le chemin de la justice. Or le chemin de la justice suppose, premièrement, des relations avec Dieu, sans lesquelles aucune vie spirituelle n'est possible, et deuxièmement, l'observance de la Torah, des lois et des commandements donnés par Dieu, sans quoi il ne peut y avoir de relations normales avec Dieu.
L'homme qui vit une vie spirituelle pleine estime nécessaire pour lui d'observer la Torah toujours et en tout cas; pourtant la nature humaine déchue, abîmée par la chute, s'y oppose de toutes les manières, non seulement au niveau spirituel, mais aussi à tous les autres. Cette lutte de l'homme contre lui-même, si bien décrite notamment par Paul dans ses lettres, détourne parfois complètement l'homme de Dieu, déplaçant le foyer principal de l'attention de celui qui cherche le chemin juste de Dieu vers lui-même, de sorte qu'au centre de son attention se trouve non Dieu, mais sa propre humanité abîmée par le péché.
La concentration sur ses propres péchés, lorsque leur opposition devient, peut-être sans que l'homme lui-même s'en aperçoive, une fin en soi, déforme les relations de l'homme avec Dieu. Les relations normales avec Lui ne sont possibles que lorsque Lui-même est au centre, et non ce qui favorise ou, au contraire, empêche les relations avec Lui. Il suffit de concentrer l'attention non sur Lui, mais sur quoi que ce soit d'autre, même lié à Lui, pour que la vie spirituelle normale prenne fin.
C'est alors que l'homme vit la sécheresse comme un manque de cette vie de Dieu, de ce souffle vivifiant dont l'acquisition est le but et le sens de la vie spirituelle, sans lequel le chemin de la justice est impossible et l'observance même des commandements perd son sens. Et l'hymnographe cherche ce souffle, demande à Dieu ce sans quoi il ne peut vivre, ce sans quoi sa vie perd tout sens.
Autres réflexions
Pour
1 Psaume. De David. Yahvé, écoute ma prière, prête l'oreille à mes supplications, en ta fidélité réponds-moi, en ta justice;
2 n'entre pas en jugement avec ton serviteur, nul vivant n'est justifié devant toi.
3 L'ennemi pourchasse mon âme, contre terre il écrase ma vie; il me fait habiter dans les ténèbres comme ceux qui sont morts à jamais;
4 le souffle en moi s'éteint, mon cœur au fond de moi s'épouvante.
5 Je me souviens des jours d'autrefois, je me redis toutes tes œuvres, sur l'ouvrage de tes mains je médite;
6 je tends les mains vers toi, mon âme est une terre assoiffée de toi.
7 Viens vite, réponds-moi, Yahvé, je suis à bout de souffle; ne cache pas loin de moi ta face, je serais de ceux qui descendent à la fosse.
8 Fais que j'entende au matin ton amour, car je compte sur toi; fais que je sache la route à suivre, car vers toi j'élève mon âme.
9 Délivre-moi de mes ennemis, Yahvé, près de toi je suis à couvert,
10 enseigne-moi à faire tes volontés, car c'est toi mon Dieu; que ton souffle bon me conduise par une terre unie.
11 A cause de ton nom, Yahvé, fais que je vive en ta justice; tire mon âme de l'angoisse,
12 en ton amour anéantis mes ennemis; détruis tous les oppresseurs de mon âme, car moi je suis ton serviteur.
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Le psaume 144 est un exemple typique du genre du «chant nouveau», ou «chant de renouvellement». C'était un genre particulier, prophétique: les prophètes étaient d'ordinaire aussi poètes et chanteurs, et même improvisateurs...
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Le psaume 144 est un exemple typique du genre du «chant nouveau», ou «chant de renouvellement». C'était un genre particulier, prophétique: les prophètes étaient d'ordinaire aussi poètes et chanteurs, et même improvisateurs, capables de prononcer une prédication poétique ou un hymne nouveau composé sur-le-champ, directement dans la cour du Temple pendant une grande fête. Leurs interventions inspirées étaient reçues par les auditeurs comme révélées par Dieu, confirmant le statut de leurs auteurs comme prophètes, hommes de Dieu. Il n'était pas toujours facile de distinguer une simple inspiration d'une véritable révélation: les extatiques prophétisants furent toujours plus nombreux en Israël, puis en Juda, que les vrais prophètes. Le vrai prophète se distinguait avant tout par une vision particulière de la réalité, par sa perception de celle-ci comme monde de Dieu et Royaume de Dieu.
Ainsi en est-il ici: l'auteur du psaume comprend parfaitement ce qu'est l'homme non seulement devant Dieu, mais même devant l'univers: il n'est qu'un grain de sable, et devant Dieu, à peine un souffle léger. Il ne s'agit pas seulement du fait que l'homme déchu est mortel et que sa durée, à l'échelle de l'univers, est très courte, mais du fait qu'après la chute il a cessé d'avoir un rapport direct et immédiat avec la réalité de Dieu, avec la réalité du monde créé par Dieu et avec la réalité de la présence de Dieu dans le monde créé par Lui. Or seul Dieu est pleinement et véritablement réel, et tout le reste reçoit son être et devient réel comme conséquence de l'action de sa volonté.
Après la chute, l'homme est sorti de la sphère d'action de la volonté de Dieu; c'est là, au fond, le sens spirituel de la chute. Désormais l'homme ne peut participer à la vraie réalité que s'il revient de nouveau dans le domaine d'action de la volonté de Dieu et de sa providence. Lorsqu'il arrive à l'homme quelque chose de semblable, il le vit d'ordinaire comme une sorte d'expérience eschatologique, au cours de laquelle le monde disparaît pour lui, et l'homme reste seul avec Dieu, qui «incline les cieux et descend», s'approche de l'homme et lui ouvre la réalité de son monde, le monde de Dieu.
C'est alors que se renouvellent pour l'homme le monde qui l'entoure et sa propre vie. Alors il n'y aura plus dans sa vie de place pour rien d'accidentel ni pour rien qui arrive contre la volonté de Dieu, alors que, dans le monde déchu, il y a justement beaucoup de choses que Dieu ne veut pas, mais qu'Il permet, auxquelles Il laisse être, respectant le choix de l'homme déchu. Le «chant nouveau», le «chant de renouvellement», est le témoignage de cette nouvelle réalité ouverte à l'homme, de la réalité du Royaume que Dieu lui a donné de voir, même si le temps de l'entrée active du Royaume dans le monde n'est pas encore venu.
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