1 Tous ceux qui sont sous le joug de l'esclavage doivent considérer leurs maîtres comme dignes d'un entier respect, afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés. |
2 Quant à ceux qui ont pour maîtres des croyants, qu'ils n'aillent pas les mépriser sous prétexte que ce sont des frères ; qu'au contraire ils les servent d'autant mieux que ce sont des croyants et des amis de Dieu qui bénéficient de leurs services. Voilà ce que tu dois enseigner et recommander. |
3 Si quelqu'un enseigne autre chose et ne reste pas attaché à de saines paroles, celles de notre Seigneur Jésus Christ, et à la doctrine conforme à la piété, |
4 c'est un être aveuglé par l'orgueil, un ignorant en mal de questions oiseuses et de querelles de mots; de là viennent l'envie, la discorde, les outrages, les soupçons malveillants, |
5 les disputes interminables de gens à l'esprit corrompu, privés de la vérité, aux yeux de qui la piété est une source de profits. |
6 Profitable, oui, la piété l'est grandement pour qui se contente de ce qu'il a. |
7 Car nous n'avons rien apporté dans le monde et de même nous n'en pouvons rien emporter. |
8 Lors donc que nous avons nourriture et vêtement, sachons être satisfaits. |
9 Quant à ceux qui veulent amasser des richesses, ils tombent dans la tentation, dans le piège, dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. |
10 Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l'âme de tourments sans nombre. |
Tout le passage d’aujourd’hui de l’épître à Timothée semble se déployer à partir du sixième verset : sois pieux et satisfait. Le conseil paraît simple, confirmé par les recommandations d’une longue succession de médecins, mais comme il est difficile à mettre en pratique ! Le contentement est si rare que rencontrer une personne vraiment satisfaite de sa vie et de ce qu’elle possède est un événement rare et heureux. La nourriture, les vêtements, un toit, sa propre santé et celle de ses proches, la possibilité de travailler—voilà tout ce dont nous avons besoin, nous dit Paul. De quoi peut-on être mécontent lorsque tout cela est là ?
1 Tous ceux qui sont sous le joug de l'esclavage doivent considérer leurs maîtres comme dignes d'un entier respect, afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés. |
2 Quant à ceux qui ont pour maîtres des croyants, qu'ils n'aillent pas les mépriser sous prétexte que ce sont des frères ; qu'au contraire ils les servent d'autant mieux que ce sont des croyants et des amis de Dieu qui bénéficient de leurs services. Voilà ce que tu dois enseigner et recommander. |
3 Si quelqu'un enseigne autre chose et ne reste pas attaché à de saines paroles, celles de notre Seigneur Jésus Christ, et à la doctrine conforme à la piété, |
4 c'est un être aveuglé par l'orgueil, un ignorant en mal de questions oiseuses et de querelles de mots; de là viennent l'envie, la discorde, les outrages, les soupçons malveillants, |
5 les disputes interminables de gens à l'esprit corrompu, privés de la vérité, aux yeux de qui la piété est une source de profits. |
6 Profitable, oui, la piété l'est grandement pour qui se contente de ce qu'il a. |
7 Car nous n'avons rien apporté dans le monde et de même nous n'en pouvons rien emporter. |
8 Lors donc que nous avons nourriture et vêtement, sachons être satisfaits. |
9 Quant à ceux qui veulent amasser des richesses, ils tombent dans la tentation, dans le piège, dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. |
10 Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l'âme de tourments sans nombre. |
Abordant le thème des relations sociales, Paul souligne particulièrement que l'unité de la foi ne doit pas devenir un motif de manque de conscience lorsqu'il s'agit des obligations sociales (v. 1-4). Il est évident que les chrétiens qui possédaient des esclaves chrétiens ne les traitaient pas comme on traite d'ordinaire les esclaves, mais comme des frères ; il n'est pas exclu que certains de ces esclaves aient commencé à penser qu'un tel traitement leur donnait le droit de négliger les devoirs que leur imposait leur condition. L'apôtre, comme on le voit, était un adversaire résolu d'un tel comportement. Il ne considère pas que l'unité de la foi et la vie spirituelle commune libèrent l'homme de la responsabilité qu'il porte comme membre de la société ; il exigeait seulement que l'accomplissement des obligations sociales par l'homme ne contredise pas la Torah et ne détruise pas la vie spirituelle du chrétien.
Cependant, pour Paul, un tel abus des relations spirituelles n'est qu'un cas particulier d'un autre problème spirituel plus général : l'utilisation des relations spirituelles et de la vie spirituelle en général pour tirer profit et atteindre tels ou tels buts de ce monde. L'apôtre définit cette pratique comme « l'amour de l'argent », qu'il condamne résolument (v. 9-10). Et il ne s'agit pas ici, comme on le voit, du fait que l'acquisition de biens terrestres serait un mal en soi, ni même seulement du fait que l'abus des relations spirituelles s'accompagne inévitablement d'une violation de la Torah, mais du fait qu'un tel comportement suppose la destruction du système de priorités nécessaire à la vie dans le Royaume, dont le Sauveur Lui-même a parlé avec une parfaite clarté : d'abord le Royaume, puis tout le reste, qui « sera donné par surcroît ». Dans tout autre cas, celui qui cherche le Royaume le perd.
Concrètement, cela signifie ce que Paul écrit à Timothée : l'homme n'a rien à acquérir ni à accumuler ici ; dans notre monde encore non transfiguré, rien n'a de valeur en soi, tout ce qui est d'ici n'est qu'un moyen pour acquérir le Royaume et en témoigner. Si l'homme a de quoi vivre, cela lui suffit pour résoudre la tâche principale du chrétien ; chercher davantage signifie se détourner de l'essentiel au profit du secondaire, du but au profit du moyen (v. 6-8). Et Paul appelle Timothée à ne pas oublier l'essentiel et à ne pas laisser les autres l'oublier, afin que le Royaume demeure pour chaque chrétien le but et le sens de sa vie.
6 Profitable, oui, la piété l'est grandement pour qui se contente de ce qu'il a. |
Qu'est-ce que veut dire l'apôtre, en disant qu'être pieux et content est un grand bien pour les fidèles? Et est-ce que c’est facile? A première vue il peut sembler que ce n’est pas si difficile. Les gens pieux (au moins, extérieurement) et de plus très contents dans le milieu religieux sont plus que suffisant. Voici ils sont d'habitude contents, particulièrement, seulement pour eux-mêmes et leur piété. À peine Paul voulait dire quelque chose de semblable, sinon, sa phrase sonnerait probablement un peu autrement : profitable être pieux et content de soi. Cependant l'apôtre n’a rien dit de sorte. Cependant, l’homme déchu réussi toujours facilement et sans effort à être content seulement de soi. Certes, il arrive aussi parfois ici de s’efforcer, mais de tels efforts sont d'habitude à l’homme que de la joie.
Mais voici même si être content non pas de soi-même, mais de quelqu'un ou quelque chose d’autre, nous réussit, c’est seulement pour un certain temps. Alors se pose une question naturelle: comment et de quoi nous pouvons être contents toujours? Et pour quoi la piété en est ici? Bien sûr, si on le comprend au sens purement religieux, il n’en est pour rien en effet. En outre: c’est notamment le contentement de soi du caractère religieux, lorsque l’homme avec fierté et contentement de soi regarde sa piété et en est fier, que le Sauveur condamne entièrement sans équivoque (il suffit de se rappeler de la parabole du publicain et du pharisien).
Dans un certain sens une telle «piété» religieuse de contentement de soi peut être considérée comme l'opposé direct de ce que dit Paul (bien que ses manifestations extérieures rappellent parfois les manifestations d’une véritable humilité et piété). Mais pour un vrai contentement, apparemment, il faut tout de même notamment une vraie humilité. Également, d'ailleurs, comme pour une vraie piété, proprement spirituelle, et non religieuse. Au fait, la vraie humilité suppose en effet, avant tout, le refus de sa volonté et l’abandon total de sa volonté à Dieu.
Cela ne signifie pas, bien sûr que toutes les raisons pour le mécontentement (fréquemment, d’ailleurs tout à fait argumenté) disparaîtront de notre vie, mais, dans tous les cas, elles ne définiront plus déjà notre état spirituel : car, cette affaire est maintenant en premier lieu celle de Dieu, et après seulement la nôtre. La seule raison pour le mécontentement dans un tel état des choses ne peut être pour nous que nos péchés, qui nous empêchent d'aller sur le chemin de la Justice. Mais cela est aussi, avec l'aide de Dieu, réparable.
6 Profitable, oui, la piété l'est grandement pour qui se contente de ce qu'il a. |
Que signifient les paroles de l’apôtre: «être pieux et content»? Content de quoi? De sa propre piété? Des autres? De tout ce qui existe? Et qu’est-ce donc, au fond, que la piété? Le mot grec correspondant, tout comme le mot hébreu qu’il suppose, signifie d’abord ce que nous appelons parfois la crainte de Dieu.
Bien sûr, on peut craindre Dieu pour des raisons différentes. Beaucoup Le craignent seulement par peur du châtiment, dans cette vie ou après la mort. Le mot grec correspondant suppose plutôt ce que nous appellerions aujourd’hui un saint tremblement, ce tremblement que provoque non la peur du châtiment, mais la présence de Quelqu’un d’infiniment plus grand et meilleur que n’importe quel homme, même le plus admirable, et qui en outre nous aime comme aucun être humain ne nous aime, alors même que nous ne méritons pas du tout un tel amour, ce qui devient particulièrement évident en présence de Dieu.
Ce n’est pas un hasard si au mot grec traduit par «piété» correspond un mot hébreu lié, par le sens, à la notion d’amour miséricordieux, un amour toujours prêt à faire pour l’homme plus qu’il ne mérite. Sans cet amour de Dieu pour l’homme, personne parmi nous n’aurait d’espérance de salut; et sans notre amour en retour pour Lui, le Royaume nous serait fermé à jamais.
Une telle piété, inséparable de l’amour et du saint tremblement, peut être considérée comme le fondement de la vie spirituelle. Mais rien de semblable ne pourra être acquis ni gardé par aucun homme si sa vie est accompagnée d’un mécontentement permanent. Le mot grec correspondant signifie «autosuffisance».
Il ne s’agit pas de cette autosuffisance où l’homme n’aurait besoin de personne sauf de «lui-même, son bien-aimé»: ni de Dieu ni des hommes. Il s’agit de la capacité de se contenter de ce que l’on a sans lui accorder une importance particulière, de ce que l’apôtre, dans une autre lettre, a exprimé par les mots: «je sais vivre dans l’abondance, je sais aussi vivre dans la pauvreté».
Cette aptitude, même avant la venue du Christ dans le monde, était considérée comme une condition nécessaire de la vie juste; autrement, la justice de l’homme aurait dépendu de sa situation matérielle. Pour la vie chrétienne, c’était d’autant plus nécessaire: ici, en toute circonstance et dans toute situation, le Royaume devait être à la première place, puis seulement tout le reste. Ainsi l’apôtre décrit en deux mots tout ce qui est nécessaire à la vie chrétienne et au salut.
9 Quant à ceux qui veulent amasser des richesses, ils tombent dans la tentation, dans le piège, dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. |
10 Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l'âme de tourments sans nombre. |
Paul parle de la cupidité, de la recherche du gain et de la richesse comme de l'un des problèmes spirituels les plus sérieux. Le Sauveur dit au fond la même chose, rappelant qu'on ne peut servir en même temps Dieu et Mammon. Il ne s'agit pas seulement du fait que la recherche du gain et de la richesse pousse souvent l'homme à transgresser toute une série de commandements donnés par Dieu. Il s'agit aussi du fait que l'homme qui a fait de la richesse et du gain le but de sa vie acquiert un regard assez particulier sur ceux qui l'entourent. Autour de lui, il n'y a plus des prochains, mais des concurrents.
Ou des partenaires, mais au fond cela ne change rien : la division de l'entourage en partenaires et concurrents ne modifie fondamentalement ni l'image générale du monde ni l'attitude envers ceux qui nous entourent. Et tel ou tel régime social, tel ou tel ordre social ne détermine rien par eux-mêmes ici. Paul, par exemple, appelle les esclaves à traiter leurs maîtres précisément comme des maîtres, même lorsqu'ils sont chrétiens, et même deux fois plus comme des maîtres. Car lorsque l'on traite un homme comme un frère, on ne le perçoit déjà plus ni comme concurrent ni comme « oppresseur ». La lutte des classes n'est au fond rien d'autre qu'une concurrence collective, s'appuyant sur de grandes masses humaines.
Dans des relations véritablement fraternelles, elle devient impossible : non pas parce que tous les problèmes sociaux se résoudraient d'un coup ou que toutes les contradictions disparaîtraient, mais parce qu'avec de telles relations on peut les résoudre en dehors du paradigme traditionnel « partenaires - concurrents ». C'est précisément à cela que l'apôtre appelle les chrétiens, et il conseille à Timothée d'éduquer ses coreligionnaires dans cet esprit. Non pas même parce que l'alternative est presque toujours une lutte sociale qui, tôt ou tard, mène inévitablement à la guerre et au sang versé, mais parce que, dans tout autre cas, l'homme devient serviteur de Mammon et non de Dieu.
Bien sûr, il existe une certaine quantité nécessaire de ce que nous appellerions aujourd'hui des biens sociaux, sans laquelle on ne peut vivre ; Paul ne le conteste pas. Il dit seulement qu'il ne faut pas poursuivre davantage, ce dont on pourrait très bien se passer, mais dont on ne veut pas se passer parce que d'autres, plus riches, peuvent se le permettre. L'homme qui s'est engagé sur un chemin spirituel, et plus encore sur le chemin chrétien, ne peut pas courir après la richesse, non parce qu'elle serait destructrice en soi, mais parce qu'en la poursuivant il est impossible de suivre Dieu ; c'est ce que l'apôtre rappelle à Timothée.
10 Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l'âme de tourments sans nombre. |
Que veut dire l'apôtre, en parlant de l'amour de l'argent, à cause duquel beaucoup se sont égarés loin de la foi et ont reçu beaucoup de problèmes dans la vie? Il s'agit bien sûr à peine du fait que quelqu'un vendait littéralement ses convictions. Il s’agit plutôt d’autre chose: du bien-être matériel, qui devient une fin en soi. Au fait, le Sauveur Lui-même disait qu'on ne peut servir Dieu et Mammon en même temps. Mais est-ce qui avait été dit était insuffisant, et parmi les chrétiens même dans les premières générations se trouvaient ceux qui souhaitaient essayer?
Il est bien sûr peu probable, que quelqu'un en bon sens et en mémoire ferme aurait commencé à expérimenter sur lui-même une telle expérience. Le problème est en autre chose: assez souvent elle se produit elle-même. Apparemment, la vie économique, l'économie en général représente un système d’auto organisation, qui a tendance à prendre l’homme et soumettre ses lois. Et non seulement dans le monde déchu elle donne constamment des défaillances, mais encore en plus et réprime entièrement la liberté de l’homme, si seulement cet homme lui permet d’avoir un pouvoir sur son âme.
Certes, l'apôtre n'appelle pas du tout à la misère totale, il parle seulement de la restriction des besoins par une certaine limite raisonnable, dont il ne faut pas aller plus loin. Mais c’est là le problème, qu’on n’est pas en état de stopper l’homme dont l’âme s'est déjà trouvée sous le pouvoir de ce que Jésus appelle Mammon. On parle aujourd'hui beaucoup dans le monde des drogues, mais au regard non du monde moderne (particulièrement dans sa partie, que nous appelons traditionnellement chrétienne) il devient évident que l'argent est devenu la principale drogue pour lui. L’argent, comme la drogue, lui est nécessaire déjà pas pour un but défini, mais une fin en soi.
Mais ce qui est devenu trop évident aujourd'hui, dans un certain degré était naturel au monde déchu à toutes les époques. Il est propre aux gens à part, tout comme aux communautés entières. Et même l'Église dans son histoire s'est avérée, hélas, pas du tout libre de cela. Encore que le problème ici n’est même pas dans la richesse en tant que telle, mais en ce que, est-ce cela (ou, plus exactement, le désir de la garder et retenir) qui définit toute la vie de l’homme ou de la société.
Si la réponse est oui, alors on peut vraiment oublier le Royaume. Même si tout se justifie (comme cela s’est assez souvent passée et se passe dans la vie d'église) avec des références au bien de l'Église et à la nécessité de résoudre les tâches et les problèmes se trouvant devant elle. En effet, la seule tâche comme de l’Église, et comme de chaque chrétien est le témoignage de Christ et du Royaume. S’il n’y a pas cela, n’est nécessaire et n’est importante aucune tâche. Même les plus signifiants et ambitieux.
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