RÉFLEXIONS pour Lc 5:27-32
« Jésus leur répondit : ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin d'un médecin, mais les malades. » Le sens de ces paroles nous paraît parfaitement clair et, dans le contexte de toute la lecture d'aujourd'hui, il ne soulève aucune question. Pourtant, le texte évangélique a ceci d'unique que nous ne sommes jamais limités à un seul contexte immédiat. Sa nature divine consiste précisément en ce qu'il s'insère dans des contextes très différents de notre vie — sans parler des renvois internes à la Bible — et qu'il s'y révèle partout fécond. Mais, l'oubliant, nous passons souvent à côté d'une chose très importante et essentielle liée à ces paroles. Notre fragile organisme ecclésial fait face à de nombreuses forces adverses de ce monde. Nous n'essaierons même pas de toutes les énumérer ici, tant la liste est longue. Aujourd'hui, nous en rappellerons une, très puissante. Elle naît d'un milieu composé de personnes très intelligentes, très instruites, dotées d'un fort caractère et qui réussissent très bien dans leur domaine professionnel. Pour elles, il existe une règle intangible : on ne peut faire confiance qu'aux idées acquises non sous la pression des circonstances, mais au terme d'une recherche rigoureuse et du travail que l'on y a consacré. La recherche scientifique en est un exemple. Pour écrire un article, il faut travailler plusieurs mois, et les résultats doivent être absolument indépendants de tout, aussi bien de notre état intérieur que des conditions dans lesquelles ils ont été obtenus, faute de quoi ils n'ont aucune valeur pour la communauté scientifique. Lorsqu'une personne qui pense ainsi se livre à une sorte d'évaluation statistique de la société, elle constate que, dans l'Église, la plupart sont malades ou malheureux — pour les statistiques, disons 80 %, c'est déjà beaucoup —, et elle raisonne ainsi. Leurs idées (leur christianisme) sont déterminées par la situation désespérée où ils se trouvent ; elles n'ont donc aucune authenticité « scientifique ». Ils vont simplement si mal qu'ils veulent croire à quelque « gentil conte de fées ». S'il s'agissait de personnes parfaitement saines et prospères ayant adopté cet « enseignement » en toute liberté, on pourrait les écouter ; mais elles représentent au mieux 5 %, une quantité négligeable pour les statistiques, dans la marge d'erreur, et l'on peut donc n'en tenir aucun compte. Leur intérêt pour l'Église est alors épuisé. Mais, si l'on cherche à les atteindre, il faut d'abord leur montrer ces paroles et leur dire : notre Seigneur le comprenait aussi. Il comprenait qu'il y avait douze apôtres, mais des foules de malades — où donc auraient été les 5 % ! Pourtant, c'est précisément pour cela qu'Il est venu. Parce que « ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin d'un médecin, mais les malades ».
