31 Quand donc il fut sorti, Jésus dit :« Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui. |
32 Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera. |
33 Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent. |
34 Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. |
35 À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » |
36 Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. » |
37 Pierre lui dit : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je déposerai ma vie pour toi. » |
38 Jésus répond : « Tu déposeras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. |
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
22 Judas — pas l’Iscariote — lui dit : « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » |
23 Jésus lui répondit :« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. |
24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ; et ma parole n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé. |
25 Je vous ai dit cela tandis que je demeurais près de vous. |
26 Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. |
27 Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. |
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. |
29 Je vous le dis maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez. |
30 Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient, le Prince de ce monde ; sur moi il n’a aucun pouvoir, |
31 mais il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. Levez-vous ! Partons d’ici ! |
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. |
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. |
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. |
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. |
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. |
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. |
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. |
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. |
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
22 Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. |
23 Qui me hait, hait aussi mon Père. |
24 Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. |
25 Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. |
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera. |
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
6 J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole. |
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; |
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. |
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, |
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. |
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. |
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. |
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
1 Ayant dit cela, Jésus s’en alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra, ainsi que ses disciples. |
2 Or Judas, qui le livrait, connaissait aussi ce lieu, parce que bien des fois Jésus et ses disciples s’y étaient réunis. |
3 Judas donc, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les Pharisiens, vient là avec des lanternes, des torches et des armes. |
4 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui advenir, sortit et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » |
5 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazôréen. » Il leur dit : « C’est moi. » Or Judas, qui le livrait, se tenait là, lui aussi, avec eux. |
6 Quand Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent à terre. |
7 De nouveau il leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazôréen. » |
8 Jésus répondit : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller », |
9 afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite : « Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul. » |
10 Alors Simon-Pierre, qui portait un glaive, le tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Ce serviteur avait nom Malchus. |
11 Jésus dit à Pierre : « Rentre le glaive dans le fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » |
12 Alors la cohorte, le tribun et les gardes des Juifs saisirent Jésus et le lièrent. |
13 Ils le menèrent d’abord chez Anne ; c’était en effet le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. |
14 Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : « Il y a intérêt à ce qu’un seul homme meure pour le peuple. » |
15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l’emmenèrent chez Caïphe le Grand Prêtre, où se réunirent les scribes et les anciens. |
58 Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du Grand Prêtre ; il pénétra à l’intérieur et s’assit avec les valets, pour voir le dénouement. |
59 Or, les grands prêtres et le Sanhédrin tout entier cherchaient un faux témoignage contre Jésus, en vue de le faire mourir ; |
60 et ils n’en trouvèrent pas, bien que des faux témoins se fussent présentés en grand nombre. Finalement il s’en présenta deux, |
61 qui déclarèrent : « Cet homme a dit : Je puis détruire le Sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours. » |
62 Se levant alors, le Grand Prêtre lui dit : « Tu ne réponds rien ? Qu’est-ce que ces gens attestent contre toi ? » |
63 Mais Jésus se taisait. Le Grand Prêtre lui dit : « Je t’adjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » — |
64 « Tu l’as dit, lui dit Jésus. D’ailleurs je vous le déclare dorénavant, vous verrez le Fils de l’homme siégeant à droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel. » |
65 Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements en disant : « Il a blasphémé ! qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Là, vous venez d’entendre le blasphème ! |
66 Qu’en pensez-vous ? » Ils répondirent : « Il est passible de mort. » |
67 Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres lui donnèrent des coups |
68 en disant : « Fais le prophète, Christ, dis-nous qui t’a frappé. » |
69 Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui en disant : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » |
70 Mais lui nia devant tout le monde en disant : « Je ne sais pas ce que tu dis. » |
71 Comme il s’était retiré vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là : « Celui-là était avec Jésus le Nazôréen. » |
72 Et de nouveau il nia avec serment : « Je ne connais pas cet homme. » |
73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu en es : et d’ailleurs ton langage te trahit. » |
74 Alors il se mit à jurer avec force imprécations : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. |
75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Et, sortant dehors, il pleura amèrement. |
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
29 Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » |
30 Ils lui répondirent : « Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » |
31 Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi. » Les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort », |
32 afin que s’accomplît la parole qu’avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir. |
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » |
34 Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » |
35 Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » |
36 Jésus répondit :« Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » |
37 Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi.Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » |
38 Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
39 Mais c’est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » |
40 Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : « Pas lui, mais Barabbas ! » Or Barabbas était un brigand. |
1 Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. |
2 Les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre ; |
3 et ils s’avançaient vers lui et disaient : « Salut, roi des Juifs ! » Et ils lui donnaient des coups. |
4 De nouveau, Pilate sortit dehors et leur dit : « Voyez, je vous l’amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » |
5 Jésus sortit donc dehors, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : « Voici l’homme ! » |
6 Lorsqu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. » |
7 Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : « Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier ? » |
11 Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché. » |
12 Dès lors Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs vociféraient, disant : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César : quiconque se fait roi, s’oppose à César. » |
13 Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors et alla siéger au tribunal, en un lieu dit le Dallage, en hébreu Gabbatha. |
14 Or c’était la Préparation de la Pâque ; c’était vers la sixième heure. Il dit aux Juifs : « Voici votre roi. » |
15 Eux vociférèrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Crucifierai-je votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons de roi que César ! » |
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. |
2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. |
3 Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. |
4 À sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. |
5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. |
6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, |
7 et vite allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. » Voilà, je vous l’ai dit. » |
8 Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. |
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. |
10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » |
11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. |
12 Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, |
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : « Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. » |
14 Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » |
15 Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour. |
16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. |
17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent. |
18 S’avançant, Jésus leur dit ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. |
19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, |
20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge. » |
16 Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, qui est le Prétoire, et ils convoquent toute la cohorte. |
17 Ils le revêtent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mettent. |
18 Et ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs ! » |
19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau et ils lui crachaient dessus, et ils ployaient le genou devant lui pour lui rendre hommage. |
20 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Ils le mènent dehors afin de le crucifier. |
21 Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs. |
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
26 L’inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : « Le roi des Juifs. » |
27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche [ |
28 ]. |
29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête et disant : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, |
30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » |
31 Pareillement les grands prêtres se gaussaient entre eux avec les scribes et disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! |
32 Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions ! » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient. |
33 Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, |
34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. |
35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. |
36 Puis, s’étant assis, ils restaient là à le garder. |
37 Ils placèrent aussi au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » |
38 Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche. |
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête |
40 et disant : « Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix ! » |
41 Pareillement les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : |
42 « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! |
43 Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui ! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu ! » |
44 Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient de la sorte. |
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
32 On emmenait encore deux malfaiteurs pour être exécutés avec lui. |
33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. |
34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. |
35 Le peuple se tenait là, à regarder. Les chefs, eux, se moquaient : « Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! » |
36 Les soldats aussi se gaussèrent de lui : s’approchant pour lui présenter du vinaigre, |
37 ils disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » |
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » |
39 L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi. » |
40 Mais l’autre, le reprenant, déclara : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! |
41 Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » |
42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » |
43 Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » |
44 C’était déjà environ la sixième heure quand, le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure. |
45 Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu, |
46 et, jetant un grand cri, Jésus dit : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela, il expira. |
47 Voyant ce qui était arrivé, le centenier glorifiait Dieu, en disant : « Sûrement, cet homme était un juste ! » |
48 Et toutes les foules qui s’étaient rassemblées pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. |
49 Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui l’accompagnaient depuis la Galilée, et qui regardaient cela. |
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
28 Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit :« J’ai soif. »
|
29 Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. |
30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. |
31 Comme c’était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour —, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. |
32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. |
33 Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, |
34 mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. |
35 Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez. |
36 Car cela est arrivé afin que l’Écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé.
|
37 Et une autre Écriture dit encore :Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.
|
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. |
45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. |
46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. |
47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. |
38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. |
39 Nicodème — celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus — vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. |
40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. |
41 Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. |
42 À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Un Vendredi saint, un Vendredi saint qui n'est pas loin de nous mais plus proche que jamais, même si nous n'étions pas encore de ce monde, le métropolite Antoine de Souroge prononçait en chaire ces paroles : « <...> La Mère se tenait près de la Croix ; Son Fils, trahi, outragé, rejeté, battu, déchiré, torturé, mourait sur la Croix. Et Elle mourait avec Lui… Beaucoup, sans doute, regardaient le Christ ; beaucoup, sans doute, eurent honte et peur et ne regardèrent pas Sa Mère en face. Et voici que nous nous tournons vers Elle en disant : Mère, je suis coupable — parmi d'autres, certes — de la mort de Ton Fils ; je suis coupable : intercède pour moi. Sauve-nous par Ta prière, par Ta protection, car si Tu pardonnes, personne ne nous condamnera ni ne nous perdra… Mais si Tu ne pardonnes pas, Ta parole sera plus forte que toute parole prononcée pour notre défense… <...> Tenons-nous donc devant le jugement de notre conscience, éveillée par Sa douleur, et apportons un cœur repentant et contrit ; adressons au Christ la prière de nous donner la force de nous réveiller, de reprendre nos esprits, de revivre, de devenir humains, de rendre notre vie profonde, vaste, capable d'accueillir l'amour et la présence du Seigneur. Et avec cet amour, allons dans la vie pour créer la vie, pour façonner et bâtir un monde profond et spacieux, qui serait comme un vêtement enveloppant la présence du Seigneur, qui rayonnerait de toute la lumière et de toute la joie du paradis. C'est notre vocation ; c'est ce que nous devons accomplir en nous brisant nous-mêmes, en nous donnant, en mourant s'il le faut — et il le faut ! —, car aimer, c'est mourir à soi-même, c'est ne plus s'estimer soi-même, mais estimer l'autre, qu'il soit Dieu ou un être humain ; c'est vivre pour l'autre en laissant de côté le souci de soi. Mourons autant que nous le pouvons, mettons toutes nos forces à mourir pour vivre d'amour et vivre pour Dieu et pour les autres. » Ce vendredi où le métropolite prononçait ces paroles nous est si proche, comme tous les Vendredis saints passés et à venir. « Je suis coupable. » Je n'étais pas encore de ce monde, mais je suis coupable. On ne peut voir dans ce jour une commémoration symbolique d'événements survenus autrefois. Non. Car le Corps et le Sang auxquels nous communions ne sont pas un symbole, mais le Corps Lui-même et le Sang Lui-même. Me voici, et je suis coupable ici et maintenant. Il est effrayant de voir des gens commencer à se souhaiter de joyeuses Pâques à l'avance — cela arrive vraiment, et souvent ! Aujourd'hui, je ne sais rien de Pâques ; je sais seulement une chose : femme ou homme, je suis coupable, car Il est mort, et je n'ai rien fait pour l'empêcher.
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera. |
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
En parlant à ses disciples de son chemin et de son ministère, Jésus ne pouvait manquer de leur parler aussi du sens de la mort qui l'attendait. Il dit aux apôtres: mon chemin terrestre est achevé, le temps de la séparation est venu (v. 5-6). Mais ce n'est pas une simple séparation: Jésus part afin que le Royaume puisse se révéler au monde dans toute sa plénitude. Il dit: si je n'achève pas mon chemin terrestre et humain, ma plénitude divine demeurera elle aussi cachée au monde. Alors les apôtres eux-mêmes ne sentiront pas le souffle de Dieu et ne connaîtront pas l'Esprit-Paraclet dont Jésus leur a parlé (v. 6-7).
Pendant ce temps, le Sauveur parle aux disciples de la venue du Royaume. Il dit: venu dans le monde, l'Esprit de Dieu deviendra le témoin principal de tout ce que beaucoup n'ont pas voulu entendre de moi ni de vous: le témoin de ma mission, de la défaite des forces des ténèbres, ainsi que du péché qui consiste à rejeter le Messie envoyé par Dieu (v. 8-11). Le sens d'un tel témoignage est évident: c'est un témoignage sur le Royaume et sur Jésus comme le Messie qui a apporté le Royaume dans le monde. Aucun témoignage en lui-même ne prive évidemment personne de la liberté de choisir, et ceux qui rejettent le témoignage de l'Esprit de Dieu deviendront les persécuteurs des témoins du Royaume (v. 1-4). C'est là l'essentiel; les disciples apprendront et comprendront le reste en participant au Royaume et en recevant la révélation de l'Esprit de Dieu (v. 12-15).
Pourtant, les disciples ne semblent pas encore croire jusqu'au bout que Jésus leur parle de sa mort. Ils sont perplexes: que veut-il dire? Où veut-il aller, pourquoi veut-il se cacher d'eux (v. 16-18)? Alors Jésus parle aux apôtres de sa mort et de sa résurrection avec toute la clarté possible. Il avertit ses disciples qu'ils devront éprouver une grande tristesse, qui sera bientôt remplacée par une joie plus grande encore (v. 21-22). Il leur promet qu'un jour viendra où ils se rencontreront de nouveau, un jour où tout leur deviendra clair et où ils n'auront plus aucune question (v. 22-23). Enfin, Jésus dit directement aux disciples: je suis venu dans le monde d'auprès du Père, et maintenant je quitte de nouveau le monde et je vais vers le Père (v. 28).
Après ces paroles du Maître, les apôtres pensent avoir enfin tout compris, mais Jésus semble penser autrement. Il leur dit directement que bientôt ils se disperseront tous et le laisseront seul (v. 29-32). Mais même la fuite des disciples désemparés n'a aucune importance: la victoire sur les forces du mal qui tiennent le monde captif est remportée, et aucune souffrance des témoins du Royaume ne peut désormais l'annuler (v. 33).
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera. |
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Les disciples ne peuvent pas comprendre les paroles mystérieuses de Jésus : « Encore un peu de temps et vous ne Me verrez plus, puis encore un peu de temps et vous Me verrez... ». Nous pouvons, nous aussi, partager leur perplexité. Même si nous savons qu’Il leur a dit ces paroles en pensant à la crucifixion prochaine, à la mort, puis à la rencontre après Sa résurrection, pourquoi ces paroles nous sont-elles maintenant adressées ? Nous ne L’avons vu ni avant la croix ni après la Résurrection.
Parle-t-Il peut-être de la Seconde Venue ? Peut-être... Mais ici même, nous entendons que les paroles, l’image et la présence même du Christ peuvent nous rencontrer avant la fin du monde, lorsque le Consolateur les apportera avec Lui, Lui qui parlera avec la voix de Jésus, enseignera comme le Seigneur enseignait, parce qu’Il vient Lui aussi du même lieu que le Christ : du Père.
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
6 J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole. |
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; |
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. |
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, |
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. |
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. |
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. |
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
La prière que Jésus adresse pour ses disciples résume tout ce qui a été dit pendant la dernière Cène. On l'appelle habituellement la prière pour l'unité, ce que l'on peut sans aucun doute accepter. Mais il n'y est pas seulement question d'une unité extérieure. Jésus demande de nouveau au Père de préserver entre lui-même et ses disciples cette même union qui existe entre lui et le Père (v. 21-23). Sans une telle union, aucun témoignage n'est manifestement possible; sans elle, le monde ne croira pas que les apôtres ont réellement été envoyés dans le monde par le Sauveur lui-même.
Or le témoignage sur le Royaume et sa manifestation au monde sont précisément la tâche principale des envoyés. En s'adressant au Père, Jésus transmet en quelque sorte aux apôtres la mission que le Père lui avait confiée et confie les apôtres eux-mêmes au Père. Il dit: j'ai donné la vie du Royaume que tu m'as remise à quiconque voulait la recevoir; j'ai accompli tout ce que tu m'as confié (v. 1-5). Je me suis révélé moi-même, et je t'ai révélé, toi et ton Royaume, à ceux que tu m'as envoyés, et ils ont tout reçu (v. 6-8). Et maintenant, dit Jésus, je pars tandis qu'ils demeurent, et je prie pour eux, pour ceux qui t'appartiennent (v. 9-11).
Une telle demande était tout à fait naturelle, car les apôtres devenaient maintenant les témoins de ce Royaume dont Jésus avait auparavant parlé au monde, et la communauté apostolique devait devenir le noyau de l'Église. Auparavant, Jésus lui-même gardait ses disciples dans un monde qui leur était hostile. Maintenant, en allant vers le Père, il demande que le Père aide les apôtres à préserver la joie du Royaume qu'ils ont connue pendant le ministère terrestre du Sauveur (v. 12-13). Il ne s'agit pas d'emmener les apôtres hors du monde vers une autre réalité particulière: le Royaume devait être manifesté ici, et non quelque part sur une autre planète ou dans une autre dimension (v. 14-16). Mais pour le manifester, la communauté apostolique devait être sanctifiée en recevant la plénitude de la révélation vivante de Dieu, dont le Sauveur lui-même est devenu l'incarnation (v. 17). Alors seulement les apôtres pourraient devenir témoins du Royaume et leur communauté le noyau de l'Église, dont le sens même de l'existence serait de préserver le Royaume dans notre monde encore imparfaitement transfiguré et de lui rendre témoignage. Et ce noyau grandirait, l'Église s'étendrait en accueillant quiconque cherche le Royaume et la vie éternelle (v. 18-21).
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
6 J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole. |
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; |
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. |
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, |
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. |
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. |
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. |
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
Dans l’Évangile de Jean, le Seigneur Jésus dit plusieurs fois qu’Il est venu pour que les hommes qui entendent Son message, Ses disciples, croient et aient la vie qu’Il a apportée du Père. C’est pourquoi, dans Sa dernière prière avant Son arrestation, Il prie pour les disciples et pour ceux qui les suivront, et non pour le monde, non pour ceux qui ne L’ont pas reçu.
Mais en même temps, Il prie aussi pour le monde, sous une forme indirecte, afin que le monde croie en Lui en voyant l’unité des disciples. Ainsi, Il attend de ceux qui ont cru en Lui qu’ils poursuivent Son œuvre : contribuer au salut et à la vivification du monde entier, non pas en remplaçant le Christ, mais en manifestant Sa présence dans leur unité, qui témoigne qu’ils vivent déjà de la vie divine en imitant l’unité inimitable du Père et du Fils.
1 Ayant dit cela, Jésus s’en alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra, ainsi que ses disciples. |
2 Or Judas, qui le livrait, connaissait aussi ce lieu, parce que bien des fois Jésus et ses disciples s’y étaient réunis. |
3 Judas donc, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les Pharisiens, vient là avec des lanternes, des torches et des armes. |
4 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui advenir, sortit et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » |
5 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazôréen. » Il leur dit : « C’est moi. » Or Judas, qui le livrait, se tenait là, lui aussi, avec eux. |
6 Quand Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent à terre. |
7 De nouveau il leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazôréen. » |
8 Jésus répondit : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller », |
9 afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite : « Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul. » |
10 Alors Simon-Pierre, qui portait un glaive, le tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Ce serviteur avait nom Malchus. |
11 Jésus dit à Pierre : « Rentre le glaive dans le fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » |
12 Alors la cohorte, le tribun et les gardes des Juifs saisirent Jésus et le lièrent. |
13 Ils le menèrent d’abord chez Anne ; c’était en effet le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. |
14 Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : « Il y a intérêt à ce qu’un seul homme meure pour le peuple. » |
15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
En décrivant l'arrestation de Jésus et les événements qui l'ont précédée dans le jardin de Gethsémani, Jean se montre sensiblement plus laconique et plus réservé que les autres évangélistes. Il ne mentionne notamment ni la prière que le Sauveur fit avant son arrestation, ni comment les apôtres, incapables de supporter une tension trop forte pour eux, s'endormirent malgré les demandes de leur Maître. Il rapporte seulement en quelques mots que Judas connaissait bien le jardin de Gethsémani, tout comme les autres apôtres, parce que Jésus avait coutume de s'y réunir et d'y converser avec eux (v. 1-2). À en juger par le témoignage de l'évangéliste, ceux qui vinrent arrêter Jésus n'étaient pas des soldats romains, mais les gardes du Temple, et l'arrestation eut lieu en présence de représentants du mouvement pharisien (v. 3).
Jésus, qui attendait son arrestation, sortit lui-même à la rencontre des représentants des autorités venus le chercher (v. 4-5). L'influence de la personne du Sauveur sur tous ceux qui se trouvaient près de lui était si grande que ceux qui étaient venus le chercher n'osèrent pas immédiatement faire ce pour quoi ils étaient venus (v. 5-12). Pendant ce temps, Jésus fit tout son possible pour éviter à ses disciples d'être arrêtés (v. 7-9).
Il comprenait manifestement que les apôtres saisissaient difficilement le sens et la portée de ce qui se passait et craignait peut-être qu'ils ne tentent de profiter de l'occasion pour opposer une résistance armée aux représentants des autorités et déclencher ainsi une révolte qui, dans leur projet, devait se transformer en une guerre à grande échelle menée sous des mots d'ordre religieux et messianiques. Ses craintes n'étaient manifestement pas sans fondement: Pierre, le plus résolu des apôtres, tenta effectivement de résister (v. 10), mais Jésus l'arrêta (v. 11).
Une telle réaction de Jésus déconcerta manifestement les apôtres. Ne sachant que faire ensuite, ils se dispersèrent tout simplement, à en juger par le témoignage des autres évangélistes, et ils ne sont de nouveau mentionnés par la suite que dans les récits de la crucifixion du Sauveur. Jean ne parle pas directement de la fuite des apôtres, mais la description des événements suivants montre clairement que seuls deux hommes suivirent Jésus: Pierre et un autre disciple dont l'évangéliste ne donne pas le nom (v. 15-16). Eux aussi, cependant, n'espéraient apparemment plus rien et désiraient seulement voir comment se terminerait le procès de leur Maître.
Quant aux attentes messianiques et aux espoirs d'un triomphe prochain du Royaume, il n'en restait probablement rien: leur Maître venait lui-même de renoncer volontairement à toute résistance! Il ne leur restait désormais qu'à attendre l'issue de la procédure judiciaire. Il restait l'attachement personnel et humain au Maître qui, aux yeux des apôtres, avait perdu, mais dont la personne n'avait manifestement rien perdu de son attrait aux yeux des disciples. Il semblait que les disciples n'avaient plus que le souvenir du Maître. Mais ce souvenir était sacré à leurs yeux.
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
Les paroles de Jésus sur son unité avec le Père, prononcées pendant la dernière Cène, se chargent d'un sens nouveau par rapport à celui qu'elles avaient auparavant. Jésus parle maintenant de cette unité comme du chemin, de la vérité et de la vie. Sa vie elle-même se révèle non seulement la plénitude de la vérité vivante, mais aussi l'incarnation vivante du chemin que chacun doit parcourir, le chemin du Royaume. À cette époque, les notions de chemin, de vérité et de vie étaient traditionnellement associées à la Torah. La Torah était considérée comme le chemin, chemin de vérité et chemin de vie, qui conduisait celui qui le suivait vers Dieu et jusqu'au seuil du Royaume messianique. L'idéal était une Torah vivante, que l'homme pouvait devenir si sa vie lui correspondait entièrement.
En se nommant le chemin, la vérité et la vie, Jésus parle de lui-même comme de la Torah vivante. Mais son chemin devient le chemin du Royaume. Dans sa relation avec le Père existe une dynamique qui se révèle au monde comme la dynamique du Royaume qui y entre. Il va vers le Père, et le Royaume entre dans le monde. Tel est le chemin de l'Homme qui a révélé au monde la Torah dans toute sa plénitude, la Torah vivante. Mais tel est aussi le chemin de chaque chrétien, de quiconque veut suivre le Christ dans son Royaume et parcourir ce chemin jusqu'au bout.
Le Sauveur s'en va afin qu'une place dans son Royaume se trouve pour chacun de ses disciples et de ceux qui le suivent. Mais pour devenir véritablement son disciple, pour parvenir jusqu'aux demeures du Royaume qu'il promet de préparer pour eux, il faut répéter son chemin. Non l'imiter extérieurement, mais le répéter dans son essence, le parcourir soi-même et devenir soi-même une Torah vivante.
Bien sûr, l'homme ne demeure pas seul sur ce chemin; autrement, personne ne pourrait devenir une Torah vivante, car cela est impossible à un homme pécheur sans l'aide d'en haut. Pourtant chacun doit marcher lui-même. On peut aider un homme à marcher, mais seulement s'il marche au lieu de rester assis à l'écart. C'est à ce chemin que Jésus appelle ses disciples. Il est certain qu'ils le connaissent, car lui-même se tient devant leurs yeux comme un exemple vivant. Ils ne voient ni ne comprennent encore tout, bien sûr, mais ce qu'ils ne voient ni ne comprennent encore ne peut être compris que par leur propre expérience, que chacun d'eux acquerra en son temps. Les paroles sont inutiles ici. Jésus a déjà dit l'essentiel à ses disciples; le reste leur deviendra clair lorsqu'ils se mettront en chemin.
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
Le Seigneur poursuit le dernier entretien avec les disciples au sujet de Sa nouvelle alliance avec eux. Si, depuis l’époque de Moïse, le lien de Dieu avec Israël s’accomplissait par les rites sacrés dans la Tente, puis dans le Temple, désormais Jésus devient le centre de la présence de Dieu, le nouveau Temple (Jn 2) ; Il est le chemin vers le Père, la manifestation de la vérité et la vie même qui vit dans les hommes.
Mais une séparation les attend : Il part là où l’accès reste fermé aux disciples pour l’instant. Il a promis de revenir, mais combien de générations devront passer avant que Ses paroles s’accomplissent ? Comment les disciples garderont-ils le lien avec Dieu si Jésus les quitte ? Et le Seigneur leur révèle un nouveau mystère : Il demeure malgré Son départ ; Il restera avec eux par Celui que le Père leur enverra, le Consolateur, qui leur rappellera Jésus, rendra manifeste Sa présence parmi eux, afin que chacun puisse reconnaître dans l’Esprit le visage du Christ et, L’ayant reconnu, voir en Lui le Père...
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
Le Christ dit aux disciples qu'ils savent où Il va et qu'ils en connaissent même le chemin ; pourtant, ils avouent aussitôt leur ignorance. Il est significatif que cet aveu vienne de Thomas, porté à examiner d'un regard critique ce qu'il entend ; mais il semble qu'il exprime aussi la perplexité qui préoccupait les autres disciples.
Ces connaissances qui se déposent dans l'esprit sous forme d'informations présentées rationnellement manquent effectivement aux disciples, comme à nous tous. Mais la connaissance qu'ils ont reçue du Maître, celle de Son amour, est bien plus importante que les données intellectuelles, et plus encore que ce que beaucoup ont l'habitude de prendre pour des « connaissances secrètes ». Ce que le Christ nous donne n'est peut-être pas toujours perceptible à la raison, mais, accueilli dans le cœur, cela fournit des repères sûrs. Dans ce cas, si la raison ne donne pas la bonne réponse, celle-ci peut venir du Christ.
Philippe, qui demande à voir le Père, fut parmi les premiers appelés par Jésus. Même tout près, on peut ne pas comprendre le sens de ce qui se passe à côté de soi ; souvent, c'est seulement à distance que l'on comprend ce que l'on n'avait pas discerné. Mais voici venue l'heure où le disciple demande précisément ce pour quoi le Maître est venu auprès des hommes. Nous ne savons pas s'il a compris aussitôt la réponse ; deux mille ans plus tard, tous ne l'entendent ni ne l'acceptent encore. Il est difficile de comprendre comment se réalise l'unité du Fils avec le Père, mais aussi de saisir ce que doit être, dans sa plénitude, notre unité avec le Fils de Dieu. Pourtant, c'est précisément l'unité avec Lui, et par Lui avec le Père, qui permet d'accomplir des œuvres semblables aux Siennes et de plus grandes encore.
1 Ayant dit cela, Jésus s’en alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra, ainsi que ses disciples. |
2 Or Judas, qui le livrait, connaissait aussi ce lieu, parce que bien des fois Jésus et ses disciples s’y étaient réunis. |
3 Judas donc, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les Pharisiens, vient là avec des lanternes, des torches et des armes. |
4 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui advenir, sortit et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » |
5 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazôréen. » Il leur dit : « C’est moi. » Or Judas, qui le livrait, se tenait là, lui aussi, avec eux. |
6 Quand Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent à terre. |
7 De nouveau il leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazôréen. » |
8 Jésus répondit : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller », |
9 afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite : « Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul. » |
10 Alors Simon-Pierre, qui portait un glaive, le tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Ce serviteur avait nom Malchus. |
11 Jésus dit à Pierre : « Rentre le glaive dans le fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » |
12 Alors la cohorte, le tribun et les gardes des Juifs saisirent Jésus et le lièrent. |
13 Ils le menèrent d’abord chez Anne ; c’était en effet le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. |
14 Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : « Il y a intérêt à ce qu’un seul homme meure pour le peuple. » |
De toute évidence, les disciples de Jésus n'étaient nullement préparés à ce qui allait se produire dans le jardin de Gethsémani, à l'arrestation de leur Maître. Selon le témoignage des autres évangélistes, ils s'enfuirent tous au moment de l'arrestation. Pierre seul fait exception : il tenta de résister et prit l'épée. Jésus l'arrête, et c'est alors que tous, sauf deux — Pierre et Jean —, prennent la fuite. Pourquoi donc ? Peu auparavant, tous avaient juré qu'ils n'abandonneraient pas le Maître. Pourtant, seul Pierre tenta de tenir sa promesse.
L'explication de ce qui se passe est pourtant évidente et tient précisément aux représentations messianiques que les apôtres partageaient avec la plupart de leurs contemporains de même foi. Ils les partageaient malgré les paroles de leur Maître. Quoi qu'Il dise, les disciples restaient persuadés qu'un soulèvement et une grande guerre messianique les attendaient. Ils se l'imaginaient probablement comme une guerre semblable à celle des Maccabées, encore présente dans toutes les mémoires, mais de plus grande ampleur et sans doute plus riche en événements miraculeux, comme l'apparition d'armées angéliques. Ce à quoi ils ne s'attendaient absolument pas, c'était à l'arrestation de leur Maître.
Surtout pas à une arrestation comme celle qui eut lieu : stupide et maladroite, de leur point de vue. C'était une catastrophe. Le chef était saisi avant d'avoir pu faire quoi que ce soit, le soulèvement étouffé dans l'œuf ; tout était fini avant d'avoir commencé. Le plus résolu d'entre eux tenta de faire au moins quelque chose, mais le Maître Lui-même l'arrête. Que signifie donc tout cela ? Impossible de comprendre. Le Maître semble S'être tout simplement livré aux autorités. Pourquoi ? Dans quel but ? On ne sait pas. Une chose est claire : ils n'ont plus rien à faire à Ses côtés, Il n'a plus besoin d'eux puisqu'Il a renoncé à tous Ses projets.
Et les disciples se dispersent pour sauver leur vie, comme le font souvent les participants à un complot manqué ou à un soulèvement avorté, ou les soldats d'une armée vaincue qui comprennent qu'il est inutile de poursuivre la résistance. Dans ce qui se passait à Gethsémani, les apôtres ne voyaient qu'une défaite, et rien d'autre. Jésus le comprend parfaitement. Bien plus, Il sait d'avance qu'il en sera ainsi. Le comportement de Ses disciples ne L'a pas surpris. Il est même heureux qu'ils se soient tous enfuis. Il savait qu'à cet instant on ne pouvait attendre d'eux une meilleure compréhension de la situation. Et ce dont Il avait le moins besoin, c'était de les voir résister.
Il était probablement plutôt heureux que les choses se soient limitées à la seule tentative de Pierre. L'essentiel, à cet instant, était de préserver tous les disciples, afin qu'aucun ne meure en vain en essayant de déclencher une guerre totalement inutile. Afin qu'aucun ne soit arrêté : aucun des disciples ne L'aurait ainsi aidé en quoi que ce soit. Seule une prière profonde et recueillie aurait pu L'aider, mais les disciples étaient alors justement tout à fait incapables d'une telle prière. Jésus reste seul.
1 Ayant dit cela, Jésus s’en alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra, ainsi que ses disciples. |
2 Or Judas, qui le livrait, connaissait aussi ce lieu, parce que bien des fois Jésus et ses disciples s’y étaient réunis. |
3 Judas donc, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les Pharisiens, vient là avec des lanternes, des torches et des armes. |
4 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui advenir, sortit et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » |
5 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazôréen. » Il leur dit : « C’est moi. » Or Judas, qui le livrait, se tenait là, lui aussi, avec eux. |
6 Quand Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent à terre. |
7 De nouveau il leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazôréen. » |
8 Jésus répondit : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller », |
9 afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite : « Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul. » |
10 Alors Simon-Pierre, qui portait un glaive, le tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Ce serviteur avait nom Malchus. |
11 Jésus dit à Pierre : « Rentre le glaive dans le fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » |
12 Alors la cohorte, le tribun et les gardes des Juifs saisirent Jésus et le lièrent. |
13 Ils le menèrent d’abord chez Anne ; c’était en effet le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. |
14 Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : « Il y a intérêt à ce qu’un seul homme meure pour le peuple. » |
À quoi pouvait ressembler l'arrestation de Jésus dans le jardin de Gethsémani ? Elle ne devait guère différer d'autres arrestations et « opérations de force » semblables : une cohorte conduite par un officier, une foule armée de piques, l'obscurité, les pitoyables tentatives de résistance des disciples, leur accablement, leur confusion et leur fuite... Mais aux yeux de l'évangéliste Jean, qui voit les événements de la vie terrestre du Sauveur dans leur véritable dimension spirituelle, même à ce moment-là Il ne cesse pas d'être le Roi de l'univers, la Parole par qui tout a été créé. Il prononce le Nom sacré révélé à Moïse auprès du buisson ardent dans le désert : « Je suis », et les gardes tombent à terre, saisis d'une crainte sacrée. Avec autorité, Il leur ordonne de laisser partir les disciples et commande à Pierre de remettre son épée, de ne pas L'empêcher d'accomplir Son ministère sacré : boire la coupe que Lui présente le Père. Comme nous le verrons par la suite, Jean discerne clairement la dignité divine de Jésus même dans les moments les plus terribles, lorsque l'interrogatoire infamant, les coups et l'exécution deviennent, pour l'apôtre éclairé par la foi, l'heure du triomphe du Messie.
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
6 J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole. |
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; |
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. |
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, |
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. |
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
Aujourd'hui nous lisons un passage de la prière du Seigneur Jésus-Christ, qu'il éleva pendant le dernier entretien avec ses disciples. C'est précisément sur les paroles de cette prière que les pères du Premier Concile œcuménique fondèrent en grande partie leur foi et la nôtre en la consubstantialité du Père et du Fils. Le Seigneur parle de sa gloire, qu'il avait avant que le monde fût, c'est-à-dire depuis l'éternité. Cela signifie, démontraient les pères du Concile, que les ariens pensent en vain que le Fils est inférieur au Père, qu'il est une créature. En s'adressant au Père par ces paroles: « tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi », le Seigneur parle de la plénitude de son pouvoir, et cela sert aussi d'argument pour notre foi en l'égalité et l'égale dignité du Père et du Fils.
Il semblerait qu'après dix-sept siècles, la dispute qui avait alors ébranlé l'Église soit devenue matière d'histoire. Mais dans la vraie doctrine formulée au Concile, dans la victoire de la théologie nicéenne, nous voyons l'accomplissement de la promesse du Christ selon laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre l'Église. En outre, à notre époque, parmi diverses sectes proches du christianisme, on rencontre aussi des tendances ariennes; ainsi les actes des pères du Premier Concile n'ont nullement perdu leur actualité.
Dans le passage évangélique lui-même, cependant, les paroles du Christ sur ce qu'est la vie éternelle sont peut-être les plus importantes pour nous. En raison des circonstances historiques, nous nous sommes habitués à une représentation de la vie éternelle issue de la mythologie hellénique. Dans la culture européenne, nous nous représentons le paradis comme un lieu où les âmes des morts goûtent la béatitude parmi les fleurs et les plaisirs innocents. Et de petits cupidons volent çà et là... Ce sanatorium des dieux olympiens est une image agréable pour le temps des vacances, mais y rester éternellement serait infiniment ennuyeux.
À la Bible, y compris au Nouveau Testament, cette image est tout à fait étrangère. Le Seigneur Jésus-Christ formule ainsi l'essence de la vie éternelle: « Or la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ». Connaître Dieu, voilà la condition principale de la vie. Connaître le Christ, voilà ce qui transfigure n'importe quelle existence, même la plus misérable, en y édifiant le paradis. C'est précisément pourquoi les ermites à demi affamés, gelant dans les forêts de la Russie du Nord ou languissant de chaleur dans les déserts d'Égypte, demeurent déjà au paradis, vivent la vie éternelle. C'est précisément pourquoi la vie éternelle est accessible à quiconque connaît Dieu et fait sa volonté. Il est fondamentalement important que cette vie éternelle dont parle le Christ nous soit ouverte dès maintenant, et non pas plus tard, après la mort.
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
6 J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole. |
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; |
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. |
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, |
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. |
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
La prière de Jésus, Son adresse au Père, comme tout Son ministère terrestre, devient elle aussi un témoignage du Royaume. Avant tout, bien sûr, cela concerne Ses paroles sur la glorification du Père par Lui et sur Sa glorification par le Père. Si l’on se souvient que, dans le langage biblique, la gloire désigne une théophanie ou la présence de Dieu, ces paroles décrivent pleinement le sens du ministère terrestre du Sauveur tel qu’il Lui est révélé à Lui-même. Comme il ressort des paroles de Jésus, la tâche principale de Son ministère terrestre était de glorifier le Père, de manifester au monde le Royaume qui Lui appartient entièrement et qu’Il ouvre au monde par Son Fils. Pour que ce Royaume fût ouvert au monde jusqu’au bout et dans sa plénitude, il devait devenir une partie organique de ce monde ; Celui par qui il se révélait devait donc Lui aussi en devenir une partie organique. Voilà pourquoi le Messie, portant en Lui toute la plénitude du Royaume, devait aussi naître dans le monde comme y naît tout homme et vivre la même vie humaine que tout homme y vit. Pendant Son ministère terrestre, Sa nature humaine ne devait même pas être révélée au monde dans son état transfiguré, car elle serait alors devenue en partie étrangère au monde qui n’était pas encore transfiguré. Une seule chose ne pouvait s’y trouver : le péché, car le péché est incompatible avec le Royaume. Le moment de l’achèvement de Son chemin terrestre était maintenant proche, et avec lui approchait le temps où le Père glorifierait le Fils. Le moment arrivait où le Royaume que le Fils avait apporté dans le monde devait commencer à s’y révéler ; le premier pas sur ce chemin était le triomphe du Royaume dans le Fils par Sa victoire sur la mort, qui n’a pas plus de place dans le Royaume que le péché. La principale préoccupation du Fils, ce sont ceux qu’Il laisse dans le monde comme habitants de Son Royaume. Ils devaient devenir, en substance, non pas simplement les continuateurs de Son œuvre, mais, en un certain sens, Son propre prolongement dans le monde, afin que l’achèvement de Son ministère terrestre ne devienne pas la fin de l’histoire du Royaume entrant dans le monde. Pour cela, l’unité était nécessaire : l’unité du Père avec le Fils et l’unité des disciples et des fidèles du Sauveur avec Lui-même. Cette unité constitue le fondement du Royaume dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore entièrement transfiguré.
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
6 J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole. |
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; |
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. |
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, |
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. |
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
En se préparant à quitter ce monde, Jésus prie pour ceux qui restent. Cela se comprend: le christianisme est inséparable de la personne même du Christ. Le christianisme n'est pas une nouvelle religion, ni une nouvelle théologie, ni une nouvelle morale; il est une vie nouvelle. C'est de cette vie que Jésus parle, et c'est précisément elle qu'il a ouverte à ceux qui sont devenus ses disciples. Car le christianisme est bien l'état de disciple du Christ: on appela autrefois chrétiens (c'est-à-dire messianistes) seulement certains de ses disciples dans une ville précise, et ce n'est que plus tard que tous ses disciples adoptèrent ce nom.
Pourtant, le christianisme est un apprentissage tout à fait particulier. Habituellement, le maître enseigne aux disciples un métier, des techniques, des pratiques, quelque chose qui, une fois la formation terminée, peut devenir une propriété inaliénable du disciple. Cela vaut pour tout apprentissage, depuis l'acquisition d'un métier auprès d'un artisan expérimenté jusqu'à l'enseignement des pratiques spirituelles et ascétiques auprès des maîtres de ces pratiques. Avec le Christ, tout est différent. Jésus, en priant, dit qu'il a révélé à ses disciples le nom du Père.
L'essentiel, cependant, est ailleurs: dans la vie à laquelle il les a rendus participants. Du reste, l'un ne va pas sans l'autre, car chez les yahvistes croyants le saint nom de Dieu a toujours été lié à la théophanie et à la communion avec Dieu. Connaître le nom sacré signifiait connaître Dieu lui-même dans la dynamique des relations vécues avec lui. Et devenir le nom incarné signifiait devenir homme de Dieu absolument, jusqu'au bout, dans la mesure où la nature humaine le permet.
Jusqu'au bout et dans toute sa plénitude, cela n'a réussi dans l'histoire de l'humanité qu'à un seul, Jésus, car il était dès le commencement libre du péché. Pour nous, tout le reste de l'humanité, il ne reste qu'une chose: participer à sa vie, à cette vie du Royaume qu'il a apportée dans notre monde séparé de Dieu par le mur de notre péché. L'apprentissage, ici, ne consiste pas à acquérir auprès de lui des compétences, des techniques ou des pratiques, même spirituelles ou ascétiques, mais à apprendre une vie nouvelle. Acquérir une qualité nouvelle de notre propre vie, car la vie nouvelle ne devient réelle pour nous que lorsqu'elle devient nôtre. Apprendre à demeurer dans la vie nouvellement reçue, à la garder, à la garder comme un état, car cette vie nouvelle ne pourra pas devenir notre propriété, même acquise, du moins à l'étape terrestre de notre chemin. Et alors seulement, si nous parvenons à résoudre cette tâche minimale, nous pourrons nous appeler de vrais disciples de notre Maître, des disciples pour qui le Royaume et sa vie ne sont pas de simples mots.
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
« Je suis le chemin et la vérité et la vie ». C'est ainsi, d'une manière inhabituelle pour notre oreille, que sonnent ces paroles. Nous sommes plus habitués à « Je suis le chemin, la vérité et la vie »; il s'agirait alors d'une énumération de termes homogènes de la phrase, dont chacun pourrait être placé en premier (voir à ce sujet le livre du père Gueorgui Tchistiakov, La lumière luit dans les ténèbres, chap. 19). Pourtant une telle approche déforme sensiblement le tableau: le mot « chemin » se trouve au début non par hasard, car le Christ est le chemin, et « l'expression « et la vérité et la vie » a, pour employer un terme scientifique, un caractère explicatif (du latin explication, explication) » (ibid.).
Mais il est difficile d'arriver à une telle conclusion en se limitant à une lecture attentive de cette seule phrase; il faut se tourner vers tout le texte du Nouveau Testament dans son ensemble. Rappelons les paroles où le chemin et la vie apparaissent de nouveau ensemble: « étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie » (Mt 7:14). Le chemin qui mène à la vie. Quel est donc ce chemin? Remarquons ceci: il est dit ici « la porte et le chemin ». Mais le Seigneur dit: « Je suis la porte: si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et sortira, et il trouvera un pâturage » (Jn 10:9).
La porte, comme les portes, est ce par quoi il faut passer pour sortir sur le chemin. Mais lorsque le chemin est achevé, il faut de nouveau passer par les portes et la porte, car c'est le commencement et la fin du chemin. Le Seigneur est le commencement et la fin, mais aussi ce qui est contenu entre les deux: le chemin lui-même. Rappelons encore ces paroles: « Je connais tes œuvres; voici, j'ai mis devant toi une porte ouverte, et personne ne peut la fermer; tu as peu de force, et tu as gardé ma parole, et tu n'as pas renié mon nom » (Ap 3:8). La porte ouverte devient comme une icône du Seigneur qui nous envoie sur le chemin et attend notre retour.
Ainsi avons-nous essayé de comprendre le lien « chemin et vie ». Tournons-nous maintenant vers l'expression « chemin et vérité ». Le mot « vérité », comme les mots « faire », « œuvres de Dieu », « lumière », « heure » et quelques autres, est un mot-clé de l'Évangile selon Jean et ne se rencontre pas dans le texte synoptique. Nous devons d'abord nous rappeler un fragment du prologue: « car la Loi a été donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » (Jn 1:17). Ce n'est pas lui-même qui est la vérité, comme on aurait pu le penser si les mots de la phrase que nous examinons étaient séparés par des virgules, mais la vérité est venue par lui. Et bien qu'il n'y ait ce lien étymologique ni dans les originaux grec ni latin, en russe le mot « provenir » a la même racine que le mot « marcher », et l'on ne peut marcher que par tel ou tel chemin.
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
En mathématiques, l'égalité de deux ensembles peut être démontrée ainsi : on montre d'abord que tous les éléments du premier ensemble appartiennent au second, puis inversement, que tous ceux du second appartiennent au premier. Or il apparaît qu'un tel mécanisme ne s'applique pas seulement aux mathématiques. Comme nous le lisons aujourd'hui dans l'Évangile, Jésus Lui-même l'utilise lorsqu'Il dit : « Je suis dans le Père et le Père est en Moi » (Jn 14:10).
Nous ne savons pas pourquoi Il ne dit pas directement aux disciples qu'Il est un avec le Père, puisqu'Il l'avait déjà dit publiquement (voir Jn 10:30). Il veut peut-être, aux personnes les plus proches de Lui, non seulement l'annoncer comme un fait, mais aussi expliquer pourquoi il en est ainsi. Cela suffit sans doute à notre compréhension de la manière dont le Père et le Fils peuvent être un : tout ce que fait l'un se fait par l'autre et dans l'autre. Si l'on tente de pénétrer dans le détail et de démonter « pièce par pièce » le mécanisme de l'unité intérieure de notre Dieu, il se peut que l'on n'aboutisse à rien. Le Seigneur nous demande simplement de croire qu'il en est ainsi. Et si nous n'y arrivons pas, de regarder simplement ce que fait le Christ, et d'y reconnaître le Père (voir Jn 14:11).
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
Il s’avère que l’Ascension du Seigneur Jésus-Christ n’a pas achevé le dessein de Dieu pour notre salut, mais a ouvert une nouvelle étape de l’histoire spirituelle du monde. C’est ce que le Seigneur nous dit dans la lecture d’aujourd’hui de l’Évangile selon Jean. «Je vous enverrai un autre Consolateur, l’Esprit de vérité».
Il parle d’une proximité de Dieu que nous sommes incapables d’imaginer et que nous ne pouvions attendre. L’Esprit même de Dieu, que le monde ne voit pas et ne connaît pas, sera non seulement avec nous, mais en nous. Le Seigneur dit que l’Esprit Consolateur nous conduira dans toute la vérité; par conséquent, nous ne serons plus seuls dans notre recherche de Dieu, mais lui-même nous mènera à lui. Et un autre nom de l’Esprit de Dieu est l’Esprit de vie, l’Esprit qui donne la vie, comme l’appelle notre Symbole de foi. Il crée en nous une vie qui ne finit jamais, ne s’appauvrit pas et ne cesse pas.
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
Au cours de la Cène, Jésus s'efforce, pour la dernière fois durant Son ministère terrestre et de la manière la plus détaillée possible, d'expliquer aux disciples ce qu'est ce Royaume qu'Il a apporté au monde. Et ils ont du mal à Le comprendre : même après la Résurrection, leurs idées sur le Royaume restaient pratiquement les mêmes que celles de leurs contemporains. Il leur dit qu'il y aura de la place pour tous dans la maison du Père, tandis qu'ils imaginent probablement un palais grandiose dans un royaume terrestre, peut-être même apparu miraculeusement là où il n'y avait rien, où il y aura vraiment de la place pour tous les disciples de leur Maître, et, bien sûr, pour eux aussi. Il leur dit : vous savez où Je vais, voulant dire qu'ils ont déjà vu et savent ce qu'est le Royaume, puisqu'ils ont passé plus d'une journée avec Lui et qu'Il leur a parlé plus d'une fois de la mort qui L'attend, comme de la résurrection qui suivra. Mais ils ont sans doute encore l'impression qu'Il s'apprête à partir, à se cacher pour préparer en secret cette dernière guerre messianique qui, ils en étaient sûrs, allait éclater d'un instant à l'autre, et à laquelle ils devraient eux-mêmes prendre une part tout à fait directe et immédiate. Et puis ils souhaitent enfin voir Dieu face à face. Car ensuite, après la victoire, le nouveau Royaume fondé par leur Maître sera sans aucun doute le Royaume de Dieu Lui-même, et eux, Ses disciples les plus proches, verront enfin Dieu, qu'Il appelle Son Père, d'aussi près qu'Il Le voit Lui-même. Ah, s'ils pouvaient voir Son Père dès maintenant, avant la dernière guerre, la plus dure, et avant la victoire ! Il n'y aurait rien de plus à désirer ; alors même mourir ne ferait plus peur, car après une telle rencontre il ne resterait aucun doute sur leur propre résurrection. Mais Il parle encore par énigmes ; Il dit : qui M'a vu a vu le Père. Et de nouveau, la perplexité : Qui est-Il donc, en définitive ? Où est Son Royaume ? Et comment se réalisera tout ce dont Il parle ? La Cène est pleine d'énigmes et d'incompréhensions. Rien d'étonnant : les disciples de Jésus n'ont pas encore compris l'essentiel. Et les évangélistes ont eu assez de franchise pour décrire la situation telle qu'elle était alors, sans rien embellir. Afin que nous aussi, en lisant ces lignes, nous comprenions : on ne naît pas apôtre, on le devient. Et on ne le devient pas d'un seul coup. Et seulement par la grâce.
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
Tout sarment qui porte du fruit, le Père le purifie afin qu’il porte encore plus de fruit. Jésus dit que les disciples sont déjà purifiés par la parole qu’Il a annoncée, et que maintenant la tâche est de demeurer en Lui.
Quelque chose en nous tend sans cesse vers l’indépendance, et c’est sans doute normal, car Dieu nous a créés libres. Mais lorsque nous commençons à chercher la liberté loin de Lui, tôt ou tard nous l’obtenons, et alors il apparaît que sans la Vigne vivante nous mourons, nous nous desséchons.
Cependant, le plus souvent, nous existons comme une branche fendue, qui semble encore unie à la vigne et se nourrir d’elle, mais cette union est fragile et la sève manque. De notre choix dépendra qu’elle se rompe définitivement ou qu’elle soit de nouveau greffée à la vigne.
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
Nous sommes appelés à demeurer sur la vigne parce que, séparés d'elle, les sarments sont coupés de la source de la vie et se dessèchent rapidement. Ils sont libres de se détacher, mais ils n'en tireront aucun profit. Aucun des sarments greffés sur cette vigne ne peut demeurer stérile. Si le Jardinier nous appelle à porter du fruit, c'est précisément parce qu'il purifie sans cesse les sarments et les rend capables d'en porter, chacun selon sa mesure; il ne faut pas être troublé si cette mesure diffère pour chacun. Mais si nous refusons de porter du fruit et voulons nous installer confortablement sur la vigne sans faire d'effort, nous nous en détacherons. Nous sommes avertis que, dans ce cas, nous serons jetés dehors et nous dessécherons. D'ailleurs, nous commencerons à nous dessécher avant même la séparation visible de la vigne, car le sarment qui ne s'est pas encore entièrement rompu, mais qui se sépare intérieurement de la vigne, se prive déjà de la sève qui donne la vie.
Ce n'est pas un hasard si les sarments tombés de la vigne sont pris comme symbole de stérilité spirituelle. Une fois coupés, ils ne peuvent servir à fabriquer des objets, par exemple des paniers ou des clôtures, car ils sont trop fragiles lorsqu'ils sont secs. Même comme combustible, ils sont inférieurs aux autres branches: ils brûlent vite et donnent peu de chaleur...
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
La lecture d’aujourd’hui nous permet de voir le fondement de ce que l’on appelle proprement le christianisme. Jésus dit à Ses disciples : Je suis la vigne, et Mon Père est le vigneron (v. 1). L’image de la vigne était déjà, chez les anciens prophètes, le symbole du Royaume messianique. Et Jésus, en Se nommant vigne, témoigne de Lui-même comme de l’axe spirituel de ce Royaume. Il ne s’agit pas d’une nouvelle religion du Royaume fondée par Jésus. La vigne n’est pas un enseignement ni une religion, mais Jésus Lui-même. C’est Lui qui a apporté le Royaume dans le monde, et s’il peut exister, ce n’est que parce qu’Il en restera désormais le centre et le soutien. Jésus porte en Lui la plénitude de Dieu, et donc la plénitude du Royaume, inséparable de Sa Personne. Pour parler le langage philosophique, c’est une unité ontologique, qui ne peut être détruite. Et le Père est réellement le vigneron, car c’est précisément Sa force qui vivifie le Royaume, et Jésus manifeste au monde Sa plénitude (Jn 14:8–11).
Le christianisme est donc la vie dans le Royaume, une vie inséparable de la vie de Jésus Lui-même, qui compare Ses disciples aux sarments de la vigne (v. 4–5). Voilà proprement le christianisme au sens évangélique du mot : vivre d’une seule vie avec le Christ dans Son Royaume. Comme on le voit, on ne peut parler de christianisme que lorsque la vie des disciples du Christ est aussi inséparable de la vie du Sauveur que la vie du Sauveur Lui-même est inséparable de la vie du Père. L’unité du Royaume n’est pas définie par une communauté d’enseignement, de religion ou de morale, mais par une communauté de vie.
Et la vie dépend de la sincérité et de la confiance dans les relations entre Jésus et ceux qui cherchent le Royaume ; c’est pourquoi, manifestement, est nécessaire à ceux qui y entrent cette purification par la parole dont Jésus parle lorsqu’Il raconte à Ses disciples le Royaume (v. 3). Être chrétien signifie proprement vivre de la vie du Royaume, et tous les autres éléments de la tradition chrétienne ne sont nécessaires que pour la « purification par la parole » ; ils ne sont qu’un moyen nécessaire pour que les paroles de Jésus, prononcées une fois, résonnent encore et encore, devenant un repère pour les nouvelles générations qui cherchent le Royaume.
Aucun autre christianisme ne peut exister par définition : Jésus Lui-même indique de manière parfaitement univoque qu’Il est l’unique fondement du Royaume, et donc de l’Église. Toute alternative est, pour parler le langage du Sauveur, l’alternative du « sarment desséché », voué à la perte (v. 4–6).
Et ce n’est pas étonnant : dans le monde non transfiguré, qui gît dans le mal, il n’y a rien qui puisse donner la vie à l’homme qui cherche le Royaume. Le monde est vaste, mais la Source de la vie n’y est qu’une. L’accepter ou la rejeter, chacun en décide lui-même.
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
Avant d’aller à la mort, Jésus adresse à Ses disciples les paroles les plus importantes. Il leur révèle l’essence même de ce que signifie être Son disciple. Chacun de nous est appelé à être un sarment sur la vigne, donc à être directement uni au Christ et nourri de la sève vivifiante, comme cela se produit dans une plante. Si l’on coupe une fleur de sa tige, si belle soit-elle, elle se flétrira inévitablement. De même, celui qui perd son lien avec Dieu perd la vie et devient incapable de porter du fruit.
L’Évangile indique à maintes reprises que ce lien avec le Seigneur se réalise par Sa Parole. Ici, Jésus S’adresse une fois encore aux apôtres et à nous tous, disant que « les paroles qui demeureront en vous » sont une condition nécessaire pour que le fruit apparaisse et que le sarment entier reste vivant. Et si cette condition est remplie, même ce qui paraît le plus incroyable devient possible ; alors, « demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé ».
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
En parlant de la parole par laquelle Il a purifié Ses disciples, Jésus témoigne de nouveau de Lui-même comme de la Torah vivante. C'est précisément des paroles de la Torah que l'on disait alors qu'elles purifiaient l'homme. Il ne s'agissait certes pas d'apprendre par cœur le texte du Pentateuque et de le répéter dans l'espoir que cette répétition même délivrerait celui qui répète de tous ses péchés. Même si, à cette époque, il y avait parmi les Juifs beaucoup de gens qui connaissaient réellement le Pentateuque par cœur, comme d'ailleurs aujourd'hui.
Mais il ne s'agissait pas d'apprendre le Pentateuque par cœur ; il s'agissait de laisser le commandement de Dieu changer sa vie. D'abord intérieure, puis extérieure. On ne regardait pas le commandement simplement comme une norme juridique ou même morale, mais comme une révélation directe de la volonté de Dieu. Comme l'intention de Dieu adressée à l'homme. Il fallait l'accueillir comme telle et bâtir sa propre vie en conformité avec elle. Accorder ses intentions humaines avec celles de Dieu. C'est ce qu'on appelait alors la Torah intérieure. Celle-là même qui purifiait l'homme. Parce qu'elle devenait réellement la parole vivante de Dieu, capable de purifier. Or Jésus parle de la force purificatrice de Ses paroles. Il affirme ainsi que chacune de Ses paroles est parole de Dieu. Mais la purification par la parole ne suffit pas. Il faut encore garder l'unité essentielle avec le Christ, sinon une vie plénière dans le Royaume est impossible. Essentielle signifie : vivre avec Lui d'une seule et même vie.
Comme les sarments sur la vigne : une vie normale n'est possible pour eux que tant qu'ils demeurent unis à cette vigne même. Cependant, une simple participation ne suffit pas : il faut encore que la même vie se poursuive dans le sarment lui-même. Les sarments secs, comme les branches sèches des arbres, ne servent à rien ; ils ne sont qu'un fardeau pour l'arbre ou pour la vigne. Il ne suffit pas d'être près de Jésus et de prendre part à Sa vie, il ne suffit pas d'éprouver le souffle du Royaume comme une réalité ; il faut encore devenir soi-même le réceptacle et le porteur de cette vie et de ce souffle.
Certes, le souffle du Royaume qui enveloppe l'homme le change, et la rencontre avec le Christ ne passe pas sans laisser de trace ; mais si, après tout cela, l'homme ne change pas intérieurement, ne devient pas lui-même, selon la parole de Paul, « temple du Saint-Esprit », lieu où l'Esprit demeure, on peut dire que toutes les rencontres ont été vaines et que toute l'expérience s'est perdue inutilement. C'est pour cela que le chrétien a besoin de la Torah intérieure, afin que ce qui a été reçu dans les rencontres avec le Christ et dans l'expérience du Royaume ne s'écoule pas de son âme comme l'eau à travers un tamis. C'est seulement dans cette double unité de la Loi, la Torah intérieure, et de la grâce que la vie du Royaume est possible, non pas épisodique et fortuite, mais plénière.
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
En parlant de la parole par laquelle Il a purifié Ses disciples, Jésus témoigne de nouveau de Lui-même comme de la Torah vivante. C'est bien des paroles de la Torah que l'on disait alors qu'elles purifiaient l'homme. Il ne s'agissait évidemment pas d'apprendre par coeur le texte du Pentateuque et de le répéter dans l'espérance que cette répétition même délivrerait celui qui répète de tous les péchés. Même si, à cette époque (comme d'ailleurs aujourd'hui), il y avait parmi les Juifs beaucoup de personnes qui connaissaient réellement le Pentateuque par coeur.
Mais il ne s'agissait pas d'apprendre le Pentateuque par coeur, il s'agissait de laisser le commandement de Dieu changer sa vie. D'abord intérieurement, puis extérieurement aussi. On ne regardait pas le commandement simplement comme une norme juridique, ni même morale, mais comme une révélation directe de la volonté de Dieu. Comme une intention de Dieu adressée à l'homme. Il fallait l'accueillir comme telle et construire sa propre vie en accord avec elle. Accorder ses intentions humaines avec celles de Dieu. C'est ce qu'on appelait alors la Torah intérieure. Celle-là même qui purifiait l'homme. Parce qu'elle devenait réellement une parole vivante de Dieu, capable de purifier. Et Jésus parle de la force purificatrice de Ses paroles. Il affirme ainsi que chacune de Ses paroles est parole de Dieu. Mais la purification par la parole ne suffit pas à elle seule. Il faut encore garder l'unité essentielle avec le Christ, sinon la vie pleine dans le Royaume est impossible. Essentielle signifie une unité où l'on vit avec Lui d'une seule vie.
Comme les sarments sur la vigne : leur vie normale n'est possible que tant qu'ils demeurent unis à cette vigne. Pourtant, la seule participation ne suffit pas : il faut encore que cette même vie se poursuive dans le sarment lui-même. Les sarments secs, comme les branches sèches des arbres, ne servent à rien, ils ne sont qu'un poids pour l'arbre ou pour la vigne. Il ne suffit pas d'être près de Jésus et de participer à Sa vie, il ne suffit pas de faire l'expérience du souffle du Royaume comme réalité, il faut encore devenir soi-même le réceptacle et le porteur de cette vie et de ce souffle.
Bien sûr, le souffle du Royaume qui enveloppe l'homme le change, et la rencontre avec le Christ ne passe pas sans laisser de trace ; mais si, après tout cela, l'homme ne change pas intérieurement, s'il ne devient pas lui-même, selon la parole de Paul, « temple du Saint-Esprit », lieu où l'Esprit demeure, on peut dire que toutes les rencontres ont été vaines et que toute l'expérience s'est perdue inutilement. C'est pour cela que le chrétien a besoin de la Torah intérieure : afin que ce qui a été reçu dans les rencontres avec le Christ et dans l'expérience du Royaume ne s'écoule pas de son âme comme l'eau à travers un crible. C'est seulement dans cette unité double de la Loi (la Torah intérieure) et de la grâce que la vie du Royaume est possible, non pas épisodique et fortuite, mais pleine.
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
Avant d’aller à la mort, Jésus adresse à Ses disciples les paroles les plus importantes. Il leur révèle l’essence même de ce que signifie être Son disciple. Chacun de nous est appelé à être un sarment sur la vigne, donc à être directement uni au Christ et nourri de la sève vivifiante, comme cela se produit dans une plante. Si l’on coupe une fleur de sa tige, si belle soit-elle, elle se flétrira inévitablement. De même, celui qui perd son lien avec Dieu perd la vie et devient incapable de porter du fruit.
L’Évangile indique à maintes reprises que ce lien avec le Seigneur se réalise par Sa Parole. Ici, Jésus S’adresse une fois encore aux apôtres et à nous tous, disant que « les paroles qui demeureront en vous » sont une condition nécessaire pour que le fruit apparaisse et que le sarment entier reste vivant. Et si cette condition est remplie, même ce qui paraît le plus incroyable devient possible ; alors, « demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé ».
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
La vigne, le cep sont d'anciens symboles vétérotestamentaires d'Israël (Is. 5:1-7; Ps. 79:9). Jésus Lui-même utilise aussi ces images dans Ses paraboles (Mt. 20:1-16; 21:28-46). Et maintenant, s'entretenant seul avec les disciples, Il leur révèle le mystère de leur vocation nouvelle: rassemblés autour de Lui pour le repas messianique, ils se joignent au vrai cep, à Celui qui est le véritable Élu, formant un peuple nouveau. Leur appartenance à la vraie religion, au vrai peuple, à tout ce que revendiquent toujours tous les « orthodoxes », les « patriotes » et les « vrais croyants », se définit désormais non par la nationalité, ni par la confession, ni par quelque orientation que ce soit, mais uniquement par le fait de « demeurer » en Jésus, de vivre de Sa vie, de porter Son fruit...
1 « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. |
2 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. |
3 Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. |
4 Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » |
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » |
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
Combien il est important pour nous que Jésus dise ces paroles : « Que votre coeur ne se trouble pas ; croyez en Dieu et croyez en Moi » (Jn 14:1). Avant tout, il devient clair que le Seigneur sait que nous pouvons être troublés et douter. Il ne dit pas que cela est mauvais ; mais le fait qu'Il nous appelle à ne pas nous troubler signifie qu'il existe quelque chose de meilleur pour le coeur humain : la joie, l'allégresse, la paix, et tout cela nous est donné comme fruit de la foi.
C'est pourquoi le Seigneur nous appelle à croire, en surmontant par la foi les troubles et les doutes. Certes, cela ne signifie pas que la joie et la paix viendront aussitôt à nous, car Dieu attend de nous la foi indépendamment de ce qui se passe autour de nous, et Il désire notre constance. Ainsi, le premier verset du passage d'aujourd'hui peut être reçu comme la devise d'une vie, suggérée par Dieu Lui-même.
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
En lisant le passage d'aujourd'hui de l'Évangile selon Jean, on a envie, à la suite de Pilate et de sa question « Qu'est-ce que la vérité ? » (Jn 18:38), de demander : qu'est-ce que la vie éternelle ?
Et en effet, il est sans doute difficile de compter les personnes que cette question a un jour occupées. Cela n'est probablement possible qu'à Dieu, qui connaît même le nombre des étoiles dans le ciel. Et à cette question, Jésus nous répondra aujourd'hui par ces mots : « Or, la vie éternelle, c'est qu'ils Te connaissent, Toi, le seul vrai Dieu, et Celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17:3).
Peut-être ne les dira-t-Il pas en s'adressant directement à nous, mais nous pouvons les entendre, comme les disciples de Jésus, dans Sa conversation avec le Père. Par l'Esprit Saint, le désir du Seigneur est révélé aux hommes : que chaque personne vienne à Lui, entre avec Lui dans une relation d'amour. Et c'est précisément dans ces paroles que l'on voit que ce désir remplit la Trinité : le désir que chaque personne « connaisse » le vrai Dieu et Jésus-Christ qu'Il a envoyé.
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit :« Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie |
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! |
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. |
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire. |
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde. |
En parlant de Sa glorification, Jésus exprime brièvement et avec force l'essence du Royaume qu'Il a apporté dans le monde. Celui-ci n'a, bien sûr, aucun rapport avec une quelconque organisation étatique terrestre. Jésus n'avait pas l'intention de devenir un roi terrestre. L'essence de Son Royaume est ailleurs. Celui qui y prend part reçoit la vie éternelle. Non au sens d'une existence terrestre qui se prolongerait indéfiniment et vainement, mais au sens de la plénitude qui caractérise le Royaume.
La plénitude de tous les espaces et de tous les temps possibles. Mais surtout, la plénitude de ce souffle de Dieu, de ce souffle de vie que le monde déchu ne connaît pas. Ce souffle pénètre, bien sûr, aussi dans le monde déchu, mais difficilement et dans une faible mesure. Non parce que quelque chose serait inaccessible à Dieu, mais parce que Son souffle, le souffle du Royaume, et le mal dans lequel gît le monde déchu sont incompatibles.
Or ce mal n'existe pas dans le Royaume. Et pour y entrer, il apparaît qu'une seule chose est nécessaire : une relation avec Dieu et avec le Messie qu'Il a envoyé. Avec le Christ. Ce sont ces relations qui font de l'être humain une partie du Royaume. De ce Royaume même dont le Messie est le Roi. Le Royaume n'est pas un lieu, un territoire, un espace, mais des relations. Les relations de ses habitants entre eux. Leurs relations avec Dieu et avec le Christ. Enfin, les relations du Christ Lui-même avec Son Père céleste.
Et au sein de ces relations se trouve le Royaume. La gloire qui glorifie dans le monde Celui qui y a apporté le Royaume. Et avec Lui, ceux qui L'y aident. Car chaque habitant du Royaume le porte lui aussi dans le monde. Par le fait même de participer à sa vie. Si, bien sûr, cette participation existe. Mais si elle n'existe pas, il n'y a pas non plus de christianisme. Du moins pas celui dont parle l'Évangile. Car ce christianisme n'est ni une nouvelle religion ni une nouvelle morale, mais une vie nouvelle. Cette vie même du Royaume.
C'est elle qui glorifie aussi bien le Roi Lui-même que Ses sujets. Qui les glorifie non au sens d'une notoriété particulière parmi les hommes, mais au sens de la manifestation de la gloire de Dieu. Or, dans la Bible, la gloire de Dieu est Sa présence. Cette présence réelle dont le contact transforme l'être humain et jusqu'à la nature même du monde encore non transfiguré. La transforme de telle sorte que le monde devient une partie du Royaume. Qu'il devient parfaitement transparent à l'action transfiguratrice de Dieu. Et qu'à la fin des temps, au retour du Sauveur, il apparaît autre. Nouveau. Une terre nouvelle sous un ciel nouveau.
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
En parlant à ses disciples du Royaume, Jésus a mentionné plus d'une fois son incompatibilité organique avec le monde non transfiguré. C'est par cela, et par rien d'autre, qu'il explique aussi les persécutions qui deviendront le compagnon inévitable des chrétiens tout au long du chemin historique de l'Église. Qu'est-ce donc qui se révèle pour le monde une dénonciation absolument insupportable, provoquant une réaction aussi violente?
Avant tout, bien sûr, le témoignage que « le prince de ce monde » est déjà jugé. Si, sans doute, il était précisément question du diable, des forces obscures, des forces du mal, il n'y aurait pas une réaction aussi vive à ce témoignage. Mais il s'agit du « prince de ce monde », et donc de tout l'ordre des choses existant dans le monde. Même les justes qui suivent la Torah y sont justifiés non parce qu'ils font partie de ce monde, mais parce que, et dans la mesure où, étant justes et suivant la Torah, ils ne lui appartiennent déjà plus. Le monde voudrait s'approprier tout ce qui arrive parfois de bon en lui malgré sa propre nature, et se dissocier de tout le mal qu'il engendre lui-même en vertu de cette nature; et le Royaume, en entrant dans le monde, témoigne de sa vraie nature, corrompue par le péché, provoquant ainsi la fureur des forces de ce monde, la fureur du malfaiteur à qui l'on a publiquement arraché le masque.
Un irritant supplémentaire est le rappel de celui que le monde voudrait oublier, mais qu'on lui rappelle sans cesse. Non, bien sûr, si l'on rappelait au monde Jésus comme, par exemple, un grand théologien, un réformateur religieux ou, à la rigueur, un maître de morale, ce serait encore supportable: après tout, il n'est ni le premier ni le dernier. Mais on le désigne comme quelqu'un d'unique et d'incomparable, qui de surcroît ne veut absolument tenir compte ni du monde, ni de ses faiblesses et de ses péchés.
À ce qu'il apparaît, le conflit est provoqué par l'essence même des différences qui séparent le Royaume et le monde embourbé dans le mal. Il n'est pas étonnant qu'il dure jusqu'à la fin des temps, ne faisant que s'aiguiser au fil des années.
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
À l'approche du jour de la Pentecôte, il est nécessaire d'écouter attentivement les paroles du Christ sur la venue de l'Esprit Saint, afin de ne pas être privés de Ses dons de grâce. Deux choses sont d'une importance fondamentale pour nous. Premièrement, le fait que le Consolateur, l'Esprit Saint, convaincra le monde en matière de péché, de justice et de jugement. Cela signifie que, dans la venue de l'Esprit, nous verrons tout cela; ces réalités deviendront présentes, deviendront visibles. Dans la force de l'Esprit Saint, l'Église saura que le péché, c'est l'incrédulité envers le Christ, que la justice, c'est Sa Résurrection, que le jugement, c'est Sa victoire sur le mal.
Et la seconde chose dont nous avons tant besoin, c'est d'être guidés vers toute la vérité. Le Seigneur dit que nous ne serons plus comme des aveugles tâtonnant dans la vie, sans savoir ni comprendre où est la vie et où est la mort. L'Esprit Saint nous guidera, et en Lui nous connaîtrons la vérité et nous pourrons vivre et avancer vers Dieu. C'est précisément cela le don principal et si nécessaire de l'Esprit.
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
5 Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » |
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
8 Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement : |
9 de péché, parce qu’ils ne croient pas en moi ; |
10 de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus ; |
11 de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. |
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
Le fait que le Seigneur ait Ses propres principes pédagogiques, incompréhensibles pour nous, n'a pas été inventé récemment ni par nous. Les paroles célèbres dites par Dieu par le prophète Isaïe portent précisément là-dessus : « Mes pensées ne sont pas vos pensées » (Is 55:8). Lui, le maître du temps, a Son propre moment pour chaque chose ; Il sait quand Ses disciples doivent apprendre et comprendre quelque chose.
Parfois Ses paroles peuvent sembler se contredire : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée » (Mt 10:34) et « Je ne suis pas venu juger le monde, mais sauver le monde » (Jn 12:46). Mais ce que nous essayons de percevoir de notre point de vue peut être tout autre chose pour Dieu. Et c'est pourquoi Il prend, pour ainsi dire, soin de nous, veille sur nous et attend le moment où il sera le meilleur pour nous d'entendre Sa parole, afin que nous puissions la recevoir (voir Jn 16:12).
Mais il arrive souvent que les paroles du Christ nous soient données « d'avance », pour l'avenir. Le Seigneur sait que nous ne comprendrons pas tout immédiatement, mais Il partage tout de même généreusement avec nous Sa Parole, Sa vie. Et peu Lui importe qu'il nous faille beaucoup de temps pour que le sens de ce qu'Il a dit nous parvienne, d'abord à la conscience, puis au coeur. Il nous parle quand même, afin que, plus tard, sur ce sol, l'Esprit Saint fasse pousser quelque chose de nouveau (voir Jn 16:13).
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
Jésus compare Ses auditeurs aux sarments d'une vigne, et non à des sarments stériles, qui sont retranchés, mais à des sarments qui portent du fruit et que le vigneron doit purifier : des parasites, des excroissances et cicatrices qui prennent la sève. Le Seigneur dit que la parole qu'Il a prêchée a apporté à Ses disciples une telle purification.
Que veut-Il dire ? Peut-être que Sa parole, Sa prédication construit en l'homme une dominante claire, la conscience du sens de la vie et de son orientation. La parole peut briser, mais elle peut aussi guérir. La parole du Christ, si elle est entendue et reçue, donne à l'homme une intégrité intérieure ; elle devient en lui une force agissante, lui permettant de porter au monde la joie et la lumière, car c'est une parole sur l'amour de Dieu pour nous et sur notre amour, une parole sur le salut et sur la vie éternelle.
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
L'image de la vigne est étonnante par tout ce qu'elle nous dit des relations avec Dieu. Et tout cela sort de la bouche de Jésus Lui-même. Comme il est merveilleux de comprendre que tu n'es pas seul dans ce monde : tout ce qui t'arrive vient de Dieu. Et c'est Lui qui donne les forces pour l'accueillir, comme la vigne nourrit les sarments. En outre, il y a encore le Vigneron, qui veille attentivement sur Sa vigne (voir Jn 15.1-2). Il suffit de se représenter les mains attentives du vigneron, tout ce qu'il fait, attacher et purifier chaque sarment, pour comprendre combien Dieu prend soin de nous. Les sarments n'ont qu'à prendre conscience qu'ils sont des sarments, sans chercher à devenir la vigne, et à recevoir le soin du Père.
6 J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole. |
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; |
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. |
9 C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, |
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. |
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. |
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. |
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
Lorsqu'Il parle de Ses relations avec les disciples, Jésus souligne constamment l'union essentielle qui les lie à Lui. Bien plus : Il compare Ses relations avec Ses disciples à Ses relations avec le Père. Pour Jésus, il s'agit manifestement des mêmes relations. Ou d'un autre aspect de Ses relations avec Son Père céleste. Ce sont en quelque sorte deux composantes d'un seul et même processus spirituel, qui constitue le fondement spirituel du Royaume. Et ce sont précisément les disciples de Jésus qui demeurent dans le monde qui constituent la frontière du Royaume dans le monde déchu. C'est en eux que Jésus est glorifié comme Roi de Son Royaume. Mais cette glorification n'est possible que dans la mesure où ils ne sont « pas du monde ».
Dans la mesure où ils appartiennent entièrement à leur Maître et à Son Père céleste. Non au sens d'une unité de vues, mais d'une unité de vie. De cette vie même du Royaume que Jésus porte en Lui dans toute sa plénitude. Et qu'Il leur a transmise à tous, sauf à un : celui qui l'a lui-même rejetée. Rejetée en Le rejetant. Mais il s'agit là du libre choix d'un être humain. Ceux qui L'avaient choisi se trouvaient, eux, devant une nouvelle tâche : préserver ce qu'ils avaient reçu. Non en quittant le monde déchu, mais en y demeurant. Sans toutefois laisser place, dans leur cœur et dans leur vie, au mal dans lequel gît le monde déchu. Sinon, leur vie n'a pas de sens.
S'ils étaient tous partis en quittant ce monde, le Royaume serait parti avec eux. L'œuvre du Sauveur serait restée inachevée. Mais s'ils avaient fait une place dans leur vie au mal de ce monde, Son œuvre aurait tout simplement échoué : car le Royaume devait entrer, et est entré, dans ce monde dans sa pureté et sa plénitude, sans se mêler à lui ni au mal dans lequel il gît. Cela ne signifie pas, bien sûr, qu'un abîme infranchissable sépare le monde du Royaume, mais il existe bel et bien une frontière entre eux. Et le monde ne peut franchir cette frontière qu'en changeant qualitativement.
En devenant autre, non par sa nature, mais en étant libéré du pouvoir du mal et du péché. Bien sûr, dans le Royaume, la nature même du monde change aussi. Mais ces changements ne peuvent survenir qu'après la purification du monde de tout mal. C'est pourquoi Jésus prie le Père pour Ses disciples, afin qu'Il les garde du mal, et non qu'Il les retire du monde. Il prie pour eux comme pour ceux qui poursuivront ce qu'Il a commencé. Qui le poursuivront en devenant des hommes du Royaume demeurant dans ce monde. Ceux par qui le Royaume continuera d'entrer dans le monde.
6 Jésus lui dit :« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. |
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
Les deux dernières lignes du passage d’aujourd’hui de l’Évangile selon Jean se lisent comme une seule parole, comme quelque chose de semblable et qui se répète. Mais dans les mots «Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai» (Jn 14:14), il y a, semble-t-il, une petite différence: il n’y est pas indiqué à qui nous pouvons demander quelque chose au nom de Jésus. On peut demander à n’importe qui: à un proche ou à un étranger, à une connaissance ou à un inconnu, à quelqu’un de méchant ou de bon. Malgré cela, il dit qu’il le fera. L’essentiel est que la demande soit faite en son nom.
Or l’homme qui, sans honte, prononce ouvertement le nom de son Seigneur, sans être sûr que celui qui l’écoute le comprendra, fait confiance à Dieu. Et sa foi est forte. C’est selon cette foi que le Seigneur accomplit ce que nous demandons.
6 Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs. |
7 Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. |
Jésus dit que Son départ, l'achèvement de Son chemin terrestre, n'est nullement la fin. Ce n'est que le commencement. Le commencement de ce processus que l'on peut appeler l'entrée du Royaume dans le monde. Son Royaume. Et le Royaume de Son Père. C'est pourquoi le déploiement de la plénitude de ce Royaume est lié à Son départ. Et il ne s'agit pas pour Lui de disparaître afin de céder la place à quelqu'un d'autre. Simplement, en entrant dans le monde, le Royaume devient toujours plus plein. Plus vaste. Plus profond. C'est cette profondeur que les apôtres commencent à sentir au moment de l'Ascension.
Il disparaît dans la profondeur de Son Royaume. Dans une profondeur que les apôtres ne connaissaient pas auparavant parce qu'ils ne la remarquaient pas. Maintenant, ils commencent à la remarquer. Mais Jésus avertit d'avance Ses disciples. Il ne s'agit pas du fait que ce souffle de Dieu, cet Esprit dont Il parle, Le remplace auprès des apôtres. Il s'agit d'autre chose. Il s'agit de Le suivre. Lui, le Messie. Le Roi de Son Royaume. Mais pour cela il faut d'abord entrer dans ce Royaume. Y prendre part. Il ne suffit pas simplement d'être physiquement près de Jésus. C'est comme avec le Royaume: on peut se trouver en sa présence, pour ainsi dire sur le territoire du Royaume, et ne pas le remarquer. Et pour le remarquer, il faut l'accueillir en soi.
Son souffle, qui est aussi le souffle de Dieu. Alors seulement on pourra voir en Jésus ce Roi même. Sinon, on peut se tenir à côté de Lui sans avoir aucun rapport avec Sa vraie vie. À quoi sert alors une telle proximité? Voilà pourquoi Jésus dit qu'il vaut mieux pour eux qu'Il parte maintenant. Il doit achever Son chemin terrestre. Il doit ressusciter d'entre les morts et poursuivre ce chemin déjà dans la plénitude du Royaume. Il doit faire entrer ce Royaume dans le monde. En un mot, mener jusqu'au bout tout ce pour quoi Il est venu. Et pour Ses disciples, ce sera vraiment meilleur ainsi.
Même s'il peut leur sembler que ce n'est pas le cas. Car eux veulent être auprès du Maître. Et le Maître veut les introduire dans Son Royaume, les faire participer à la plénitude de la vie dont Il vit Lui-même. Il veut qu'ils sentent eux-mêmes le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, qu'ils l'inspirent à pleins poumons. Et pour cela il faut que les apôtres entrent dans cette dynamique spirituelle du Royaume qui vient. Qu'ils en deviennent une partie, tout comme Lui-même. Car c'est aussi par eux que le Royaume entrera dans le monde. Même s'ils ne le savent pas encore: car la Pentecôte est encore devant eux.
6 Quand Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent à terre. |
7 De nouveau il leur demanda : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazôréen. » |
Quelle étrange arrestation! Les gens armés viennent, Jésus demande, qui ils cherchent, ils appellent Son nom, Jésus dit : «c’est Moi», - et ils tombent à terre. Le problème se pose visiblement sur les mots de Jésus, plus concrètement, sur un mot, puisqu'Il n’a dit qu’un seul mot : «Yahvé».
Regardons dans un autre sens. On a eu l'occasion d'entendre bien des fois des gens, essayant de comprendre : «Pourquoi on considère Jésus comme Dieu, Il ne s’est en effet jamais Lui-même appeler ainsi ?» Ici nous voyons qu’Il ne s’appelait pas seulement, mais était même beaucoup plus concret: Il utilisait ce nom de Dieu, qui était donné au départ à Moise (Exode 3:14), et ensuite taboué pour éviter le blasphème. Même entendre ce nom ne se permettait pas - c'est pourquoi les guerriers sont tombés à terre. Alors, la prononciation de ce nom pieux et instructeur dans la doctrine juive, comme était incontestablement Jésus, ne pouvait pas être un hasard – c’était un auto-témoignage.
Et la troisième considération. Il semble parfois aux lecteurs de la Bible qu’il n’y a aucune prouesse dans les souffrances et dans la mort de Jésus, Il se soumet à la violence, qui est justement impossible à supporter. Mais cette scène montre que même pendant l'arrestation il est le maître de la situation. Sa souffrance et la croix ne Lui sont pas obligées, mais sont un acte bénévole de Sa part. Quel amour de Dieu envers nous, si Celui dont rien que le nom paralyse les ennemis, va à la mort sans résister, «comme un agneau muet», pour notre salut.
7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. » |
8 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » |
9 Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ?Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ! » ? |
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
Le onzième verset de l'Évangile d'aujourd'hui est l'un des plus importants de notre vie. Le Seigneur nous appelle à Le croire, à croire Ses paroles selon lesquelles Il demeure dans le Père et le Père en Lui. Mais en même temps Il sait que parfois aucune parole ne nous suffit pour croire... Alors Il parle des oeuvres, nous appelant à Le croire à cause des oeuvres.
Et voici que s'ouvrent devant nous l'étonnante sagesse et l'étonnante miséricorde de Dieu : Jésus nous propose le chemin de la « foi », nous aidant à y entrer, sinon d'emblée par la foi en Ses paroles, du moins par la contemplation de ce qu'Il accomplit. Et si Dieu parle ainsi, cela nous suffit pour croire en Lui, et donc pour notre salut (voir Jn 5:24).
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
Jésus ne promet-il pas trop imprudemment l'accomplissement de nos désirs? Et si je désire... eh bien, quelque chose de ce genre? Mais que désirerai-je «de ce genre» si sa parole demeure vraiment en moi? Non dans un livre sur une étagère, non dans la prédication de quelqu'un, mais en moi-même? Que voudra ma volonté si j'existe comme un organe à l'intérieur du corps dont la tête, c'est-à-dire Celui qui prend les décisions essentielles, est le Christ lui-même?
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. |
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. |
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. |
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. |
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. |
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. |
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. |
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. |
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
22 Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. |
23 Qui me hait, hait aussi mon Père. |
24 Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. |
25 Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. |
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
En parlant du Royaume à ses disciples, Jésus les appelle sans cesse à l'amour mutuel (v. 9-12, 17). Ce n'est pas étonnant si l'on se souvient que le christianisme n'est rien d'autre que la vie dans le Royaume, et donc la vie dans l'amour. L'amour n'est évidemment pas l'unique caractéristique du Royaume. La vie du Royaume, c'est aussi le souffle de Dieu qui le pénètre et les manifestations de la puissance divine qui accompagnent partout Jésus pendant son ministère terrestre. Mais, dans notre monde encore imparfaitement transfiguré, l'amour propre à ceux qui portent le Royaume se révèle manifestement son témoignage le plus éclatant.
La force, par exemple, est bien connue du monde non transfiguré. Qui plus est, dans le monde qui gît au pouvoir du mal, il y en a parfois même trop. La force permet parfois de soumettre les hommes, mais il est impossible de les forcer à aimer. Des relations imposées par la force, et donc involontaires, ne conviennent pas au Royaume. Dans le monde déchu, la force ne sera guère perçue comme une alternative à l'ordre existant. On pourrait dire la même chose des phénomènes spirituels en eux-mêmes, car le monde déchu connaît lui aussi une sorte de spiritualité. Bien sûr, les phénomènes spirituels propres à la nature déchue diffèrent essentiellement et qualitativement des influences spirituelles qui viennent du Royaume. Mais ils peuvent parfois leur ressembler extérieurement, et la différence peut paraître imperceptible à celui qui ne voit que l'extérieur. Il apparaît ainsi que la spiritualité en elle-même ne signifie pas encore nécessairement l'apparition d'une alternative aux lois de ce monde.
Pour qu'une telle alternative apparaisse, il importe que chacun puisse non seulement voir clairement que les disciples et les fidèles du Christ possèdent une certaine spiritualité, mais aussi discerner ce qu'elle est. À cet égard, le témoignage de l'amour qui pénètre toutes les relations dans le Royaume se révèle le meilleur: l'amour mutuel montre visiblement au monde précisément ce qu'il ne possède pas et ce qui lui manque tant. C'est pourquoi, à la différence de la force et de la spiritualité comme telles, l'amour peut devenir l'alternative à l'ordre du monde existant que le monde désire tant et redoute tant. Il la redoute parce que, du point de vue des lois de notre monde encore non transfiguré, les relations d'amour sont réellement contre nature; la nature et la société, qui ne s'en est pas beaucoup éloignée, suivent d'autres principes, comptant sur la force, l'avantage et l'efficacité.
Il n'est pas étonnant que ceux qui veulent vivre autrement dans ce monde y deviennent un corps étranger (v. 18-19). Mais certains sont prêts au moins à essayer de trouver une alternative. Ceux qui vivent selon les lois du Royaume ne seront donc pas seulement persécutés: il y aura aussi des hommes prêts à écouter leur témoignage et à suivre leur chemin (v. 20). Pourtant, les disciples et les fidèles du Christ ne devraient apparemment ni tenter d'éviter les persécutions, ni espérer un succès massif de leur prédication, car, selon les paroles de Jésus, « le serviteur n'est pas plus grand que son maître ». Seul le témoignage importe fondamentalement. Chacun décide lui-même comment y répondre.
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. |
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. |
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. |
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. |
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. |
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. |
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. |
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. |
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. |
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
22 Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. |
23 Qui me hait, hait aussi mon Père. |
24 Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. |
25 Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. |
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
Comme elles sont poignantes, ces paroles sur l’amour qui donne « sa vie pour ses amis »... Face à ces paroles, je ressens de la perplexité et je comprends que cela est impossible par les seules forces humaines ; je prends donc conscience que moi-même, je n’aime pas... Combien faut-il aimer pour mourir pour les autres ? Nous n’avons devant nous qu’un seul exemple, le principal et le plus important pour chacun de nous : Jésus Christ. Combien il aime chacun de nous, puisqu’il est allé à la mort pour nous ! Et non pas simplement à la mort, mais à un supplice qui dépasse toutes les limites, lui qui était sans péché et sans faute. C’est justement là que se trouve l’essentiel : le regarder, en comprenant que lui seul peut aimer ainsi et partager cet amour avec ceux qui croient en lui ; nous réjouir de notre salut, venu par le Seigneur et son sacrifice, au lieu de nous affliger de ne pas pouvoir aimer ainsi par nous-mêmes. Alors il pourra accomplir en nous, comme en beaucoup d’autres, quelque chose qui soit digne de son nom. C’est ainsi, par exemple, qu’il a agi à travers Maximilien Kolbe et Mère Marie qui, dans les camps de concentration, ont pris dans les chambres à gaz la place de ceux qui avaient été condamnés à mort.
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. |
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. |
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. |
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. |
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. |
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. |
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. |
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. |
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
En parlant de l'amour comme d'un commandement nouveau, Jésus demande avant tout que chaque chrétien soit prêt à « déposer sa vie pour ses amis ». On comprend généralement cela comme la disposition à donner sa vie pour ses amis. Pourtant le verbe grec correspondant ne signifie pas « donner », mais précisément « poser », « placer », et non pas « à la place de », mais précisément « pour », « en faveur de » ses amis. Il ne s'agit donc manifestement pas du sacrifice de soi, ou du moins pas seulement de cela; il faut plutôt parler des relations qui unissent les hommes vivant de cet amour dont Jésus a aimé chacun. Mais qu'est-ce que cet amour qui est le sien, l'amour du Royaume? En quoi se distingue-t-il de l'amour connu des hommes bien avant sa venue dans le monde?
Avant tout en ceci: l'amour humain n'a jamais été total. Il demeurait seulement une intention, une relation, et en ce sens il était une réalité spirituelle. Mais le milieu dans lequel existaient les relations d'amour était naturel, psychique: l'homme, en effet, demeurait dans l'état déchu un être avant tout naturel, et le psychisme est lui aussi de la nature, seulement d'un genre particulier.
Jésus, lui, parle de l'amour du Royaume, de ce Royaume où le milieu même de la communion n'est pas naturel, mais spirituel. Là, l'amour peut être manifesté dans une plénitude absolue: les relations et le milieu du Royaume se correspondent pleinement. Mais la vie de l'homme dans le Royaume ne peut appartenir à lui seul.
Jésus lui-même l'explique simplement: celui qui veut garder sa vie pour lui-même la perd, mais celui qui la lui remet et en fait une part de la vie de son Royaume la conserve. Et il la conserve dans une plénitude introuvable dans le monde déchu. Mais si cela est vrai de la vie du Royaume comme totalité, cela l'est aussi lorsque sont en jeu les relations des habitants du Royaume entre eux: eux non plus ne s'appartiennent jamais seulement à eux-mêmes; leur vie n'est jamais, et ne peut jamais être, quelque chose d'isolé, comme l'est la vie de l'homme dans le monde non transfiguré.
Bien sûr, dans le Royaume aussi chacun vit sa propre vie, et non celle d'un autre. Mais si, dans le monde déchu, les frontières de cette vie se trouvent souvent fermées à toute interaction, dans le Royaume elles sont toujours ouvertes. Là, cette ouverture est sans danger: puisque la vie de chacun est déterminée par le souffle de Dieu, personne n'abuse de cette ouverture comme cela arrive parfois dans le monde déchu.
Et les possibilités qu'offre une telle ouverture sont immenses: si cela est nécessaire, chacun peut à tout moment céder entièrement à un autre son espace de vie, lorsque le besoin s'en présente. Il ne reste pas de problèmes insolubles pour les habitants du Royaume, car il n'y a pas non plus de barrières entre eux. Il n'y a donc pas de barrières pour le souffle de Dieu qui les unit. Chacun vit d'une vie pleine, qui appartient à la fois à lui-même et à quiconque veut participer à cette plénitude et y prendre part.
C'est une telle vie que le Sauveur commande à ses disciples. Elle est, au fond, le christianisme lui-même.
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. |
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. |
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. |
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. |
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. |
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. |
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. |
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. |
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
L’amour du Père pour le Fils se manifeste dans leur union indissoluble, et le Seigneur nous propose de demeurer, nous aussi, dans ce même amour. Sommes-nous prêts à un tel amour — non pas même à aimer ainsi nous-mêmes, car il est clair que nous n’y sommes pas prêts, mais à le recevoir du Christ ? Recevoir l’amour ne peut être passif, cela exige des efforts en réponse ; mais répondons-nous toujours activement à l’amour du Christ ? Pourtant, même sans recevoir de réponse, Il continue de nous aimer.
Ce ne sont pas des serviteurs, mais des amis qu’Il a appelés les disciples, non seulement ceux qui étaient près de Lui, mais tous ceux qu’Il a appelés à Le suivre. Il veut nous élever à une hauteur qu’il est difficile d’atteindre sans Lui ; avant même que l’ascension ne commence, la tête tourne déjà.
Mais si nous ne sommes pas pour Lui des serviteurs, cela signifie que nous ne devons pas non plus être les serviteurs les uns des autres. Pourtant, nous voulons dominer, et il est donc difficile d’accueillir Son don ; nous sommes tentés de répéter après le disciple : « éloigne-Toi de moi, car je suis un homme pécheur ». Le Christ peut effectivement S’éloigner si nous L’en supplions avec insistance ; Il ne S’impose pas par la force. Mais Il vient en libérateur, et celui qui Le rejette de sa propre volonté demeure esclave du péché.
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. |
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. |
Au fond, deux chemins sont devant nous : suivre le Christ en écoutant Sa Parole, ou nous détourner de Lui. Jésus nous appelle, frappe aux portes de nos cœurs (voir Ap 3,20) et demande : « Demeurez dans Mon amour » (Jn 15,9). Il aime déjà, indépendamment de qui nous sommes, de la manière dont nous nous comportons et de ce que nous faisons, mauvais ou bon. Rien ne nous séparera de Son Amour (voir Rm 8,35-39).
Mais, bien que l'Amour soit proche, on peut ne pas l'accueillir. Ne pas le voir, ou le mépriser en n'y prêtant aucune attention. Pourtant il existe, et il est éternel. Voilà pourquoi le Seigneur nous appelle à demeurer dans cet amour. Afin qu'Il puisse nous donner la vie, les forces pour vivre et, enfin, l'éternité, l'Amour même. En entrant dans cet Amour, chacun de nous ne répond pas seulement à l'Amour de Celui qui l'a créé, mais entre aussi dans l'Éternité, coopérant à l'œuvre de son salut.
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
Le fait que le Seigneur nous aime est un fait qui n'a pas besoin de preuve; Il aime sans condition, comme aucun de nous ne sait aimer. Et il est naturel que, lorsque cet amour reste sans réponse de notre part, cela ne Lui apporte pas de joie. Il veut que nous répondions à Son amour, bien que tous (Lui comme nous) comprenions qu'il ne peut par définition y avoir de réponse «digne» de notre part : notre amour est infiniment moindre que le Sien.
Et pourtant Il n'abaisse pas l'exigence, Il ne dit pas que Lui — Dieu — doit être respecté, craint, écouté, etc. Il dit : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ton intelligence» (Mt 22:37, voir Dt 6:5). Question : comment est-ce possible? Comment atteindre ce qu'Il attend de nous?
Aujourd'hui, le Christ Lui-même donne la réponse. Une réponse inhabituelle. Nous avons l'habitude de percevoir séparément les règles et les prescriptions, et séparément - séparément l'amour et les relations personnelles. Pour nous, par exemple, même dans la vie familiale, ce sont le plus souvent deux domaines différents. Mais Jésus montre aujourd'hui qu'il n'en est pas ainsi : celui qui garde Ses commandements, c'est celui-là qui L'aime (voir Jn 14:21).
Voilà. Tout, en réalité, est très simple et en même temps — très difficile, parce que L'aimer est aussi un commandement. On obtient un cercle fermé, que seul Dieu Lui-même aide à comprendre, Lui qui a promis qu'Il se manifestera à nous. C'est en cela que nous espérons — Il viendra à nous et nous enseignera tout (voir Jn 14:26).
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
En parlant du Royaume à ses disciples, Jésus le décrit à l'exemple des relations entre lui-même et son Père, ainsi qu'entre lui et ses disciples. Il dit, en s'adressant aux disciples: si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, je ferai ce que vous demandez, et si vous me demandez quelque chose, je le ferai. Ainsi, Jésus illustre, à ce qu'il apparaît, ses propres paroles selon lesquelles il est dans le Père et le Père en lui. Le Royaume, dans son exposé, apparaît avant tout comme un espace spirituel, l'espace des relations qui le relient au Père et à tous ses disciples, et les relient de telle sorte qu'il se trouve être Médiateur entre ses disciples et le Père.
C'est probablement cela même que Jésus a en vue lorsqu'il dit que son Royaume « n'est pas de ce monde ». En effet, la seule chose en nous qui ne dépende d'aucune manière des lois de notre monde non transfiguré, c'est notre relation à quelqu'un ou à quelque chose, car elle est déterminée exclusivement par notre volonté qui, à la différence du corps ou de l'âme, demeure libre en toutes circonstances. Et si l'espace du Royaume est précisément l'espace de nos relations, alors il peut réellement ne dépendre aucunement des lois du monde dans lequel nous vivons.
La seule chose qui puisse l'empêcher, c'est notre propre nature déchue. Car la chute a été avant tout le résultat d'un mauvais choix, d'une décision erronée, et la conséquence de telles erreurs est d'abord l'affaiblissement de la volonté, qui, chez l'homme déchu, tend à se soumettre à cette même nature qu'elle aurait dû gouverner dans un état normal. Et la seule issue à cette situation devient alors l'intervention d'une autre volonté, elle aussi humaine, mais non soumise au péché originel. C'est cette volonté qui devient, pour l'espace spirituel du Royaume, la volonté du Messie. Voilà pourquoi il devient Médiateur entre Dieu et ses disciples et ses suivants: sans sa volonté, le Royaume est impossible; il ne sera tout simplement pas le Royaume de Dieu au sens véritable du mot.
Lorsque l'espace des relations est créé, le souffle de Dieu le remplit; grâce à lui, cet espace peut s'étendre toujours plus largement, en incluant de nouveaux cœurs et en sauvant de nouvelles âmes, jusqu'au moment même où le retour du Sauveur marquera l'achèvement de ce processus et le plein triomphe du Royaume qui transfigure le monde.
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
Dans le dernier entretien avec les disciples, le Seigneur dit deux choses symétriques qui désignent le chemin du chrétien. Comme des bornes kilométriques, ces paroles se tiennent sur notre chemin. «Celui qui garde mes commandements, dit le Seigneur, celui-là m'aime». En même temps, il dit: «Celui qui m'aime gardera mes commandements». S'il avait dit seulement la première phrase, cela aurait fait du christianisme une religion de la loi, ne se distinguant en rien, dans son principe, de l'Ancienne Alliance. Si le Seigneur avait dit seulement la seconde, notre foi se serait trouvée dépendre des mouvements insaisissables du coeur, qu'un homme pécheur n'a pas la force de maîtriser.
Mais c'est précisément la combinaison paradoxale de ces deux affirmations, au fond opposées, qui place le Christ lui-même au centre et ouvre la possibilité du salut et de la vie pour tous et toujours. Certains d'entre nous sont plutôt portés à essayer d'accomplir la parole du Seigneur et, par là, peuvent le connaître, l'aimer de telle sorte que cet amour transforme l'homme tout entier. D'autres, au contraire, connaissent le Christ par la parole, par l'Église, ou par Dieu sait quel autre chemin, et, par amour pour lui, commencent dans la vie pratique à s'efforcer de faire ce à quoi ils n'avaient jamais pensé auparavant.
Dans les sciences naturelles existe une notion: un système à autocatalyse. Ce sont des systèmes dans lesquels deux processus s'accélèrent mutuellement, de sorte qu'une croissance incontrôlée du système commence. Ainsi se produisent, par exemple, les réactions explosives et en chaîne. Ainsi se produit la combustion dans les milieux actifs... Peut-être ce que le Seigneur nous propose est-il aussi un système à autocatalyse. L'amour pour Jésus, le désir de communion et d'unité avec lui changent notre vie et nous poussent à accomplir sa volonté. L'expérience de l'amour pratique envers les hommes, l'expérience de l'accomplissement des commandements conduisent à ce que tu ne puisses plus vivre un seul jour sans Jésus. Et le résultat est une croissance autocatalytique, «incontrôlée», du Royaume des Cieux dans ton coeur.
10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. |
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. |
13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. |
14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. |
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
La parole que nous lisons aujourd’hui : « Celui qui a Mes commandements et qui les garde, c’est celui qui M’aime ; et celui qui M’aime sera aimé de Mon Père ; Je l’aimerai et Je Me manifesterai à lui », est une parole merveilleuse, bonne et salutaire. Nous l’oublions souvent, emportés par une repentance qui tourne à l’autoflagellation. En réalité, la repentance est une joie, car l’obéissance est amour. Lorsque le Seigneur dit à Ses disciples ce qu’ils doivent faire, ils s’étonnent et cela leur paraît impossible. « Les disciples, ayant entendu cela, furent très étonnés et dirent : Qui peut donc être sauvé ? » (Mt 19:25) Il est difficile d’expliquer à un enfant de trois ans que sa mère ne lui donne pas un bonbon de plus non parce qu’elle est avare ou méchante, mais parce que cela lui ferait du mal. Et il est parfois tout simplement impossible d’expliquer à celui qui n’a pas trouvé Dieu combien il est bon d’écouter les commandements de Dieu et de leur obéir. Ce n’est qu’en grandissant jusqu’à la pleine maturité que nous y parvenons, et alors seulement nous comprenons enfin ce qu’est le véritable amour, qui ne veut rien pour soi, mais veut pour l’autre. Pourtant, lorsqu’on y arrive, que le cœur semble déjà si plein d’amour que tout brûle au-dedans et qu’on est prêt, pour l’autre, à passer par le feu et par l’eau, voire à monter sur l’échafaud... on découvre à un moment que l’amour s’est tari. Tous passent par là. Jean de la Croix a appelé cet état « la nuit obscure de l’âme ». Mais cela n’arrive que pour nous faire comprendre que Dieu seul est la source de l’amour, et que nous aimons non parce que nous sommes si bons et merveilleux, mais parce qu’Il donne. Car, comme l’a si bien dit notre poète : « et la compassion nous est donnée comme nous est donnée la grâce » (F. Tiouttchev).
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. |
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. |
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
Nous savons tous que Jésus est venu dans ce monde et s'est fait homme. Cela signifie que le Seigneur a connu toutes les faiblesses de notre existence corporelle, qu'il a éprouvé sur lui-même ce que c'est que d'avoir soif et faim, d'avoir froid et de languir de chaleur, de souffrir et de prendre plaisir à une bonne nourriture. Et tout cela afin qu'il ne se trouve personne qui puisse lui faire ce reproche: « Toi, mon Dieu, qui m'as envoyé dans ce monde cruel, tu n'as pas toi-même éprouvé tout ce que j'ai dû éprouver! » Nous avons la possibilité de regarder Jésus, de voir comment il enseigne, parle avec ses disciples, rompt le pain, souffre. Et le plus souvent, une image très, très sérieuse se présente à nous. Mais cela signifie que nous ne voyons pas tout, ou que nous ne voulons pas tout voir: il nous est plus facile, et d'une certaine manière plus convenable, de voir Dieu précisément ainsi.
Et pourtant le Seigneur est un Dieu qui se réjouit. Et il ne se réjouit pas simplement de choses matérielles, comme nous le faisons tous, mais il se réjouit d'une joie parfaite. Lui-même, en s'adressant au Père, en parle et demande cette joie pour nous tous aussi (voir Jn 17:13). Il se réjouit d'être un avec le Père et d'aller vers lui. Cela signifie que notre joie aussi sera parfaite précisément lorsque lui-même, avec sa joie, viendra à nous et fera sa demeure chez nous (voir Jn 14:23).
11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. |
12 Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. |
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. |
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. |
17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. |
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
Dans ce passage, Jésus dit une fois encore que Ses disciples, comme Lui-même, « ne sont pas du monde ». Les chrétiens sont appelés à vivre selon les Béatitudes, qui ne correspondent en rien aux conceptions habituelles de la réussite terrestre. Ce à quoi le Seigneur nous appelle ne garantit ni reconnaissance universelle, ni richesse, ni prospérité. Il parle ici d'une récompense tout autre—de Sa « joie parfaite », pour laquelle le Seigneur « Se consacre Lui-même ». Il va au sacrifice de la Croix afin que nous portions la joie dans ce monde qui Le rejette.
Les disciples de Jésus sont appelés à vivre dans ce monde difficile sans tenter d'éviter tout ce qui ne correspond pas à leurs conceptions du juste. Combien souvent, lorsque nous rencontrons quelque chose de non chrétien, essayons-nous de ne pas le voir et demandons-nous à Dieu de le retirer de notre champ de vision. Pourtant, le Christ a clairement prié le Père non pas de nous enlever du monde, mais de nous « garder du mal ».
11 Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. |
La foi, dont Jésus parle, est semblable à un exploit. Il a l'air d’un homme ordinaire, Il avance, comme une personne ordinaire. Il parle - comme une personne exceptionnelle, mais tout de même comme une personne. Et Il nous propose de croire qu’Il est dans Dieu, et Dieu - dans Lui. C'est-à-dire, si on utilisait une terminologie théologique plus tardive qu’Il est Homme-Dieu. C’est autant que sauter à une hauteur de deux mètres et demie – c’est théoriquement possible, mais on rencontre peu de gens pouvant effectuer un tel saut!
On ne peut pas dire que Jésus ne comprend pas cela. C'est pourquoi Il utilise l’expression : «du moins», - c'est-à-dire, si vous ne parvenez pas à croire en ce qu’Il dit, alors croyez «à cause de ces œuvres». Jésus est Lui-même dans Ses œuvres tout le temps supérieur que les capacités humaines – dans Sa justice, Sa fidélité, Son amour envers Dieu et envers les hommes, dans la réalisation des miracles... Une vision impartiale de Ses œuvres peut pousser à la foi (confiance) en Lui, et en cela sera déjà un petit pas vers la foi en Lui.
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. |
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. |
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. |
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. |
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. |
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
Dans ce passage, le Seigneur révèle aux disciples l’essence du commandement qu’Il leur laisse. Et la mesure de l’amour à laquelle Il les appelle se révèle égale à la mort. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » : telle est cette mesure. Jésus appelle à s’oublier soi-même, à ne pas penser à son propre confort ni à son avantage, à « ne pas chercher son intérêt », à donner et non à exiger. Mourir à soi-même et ressusciter pour ses amis : voilà ce commandement nouveau.
Nous savons que le Christ Lui-même nous a aimés précisément selon cette mesure suprême, en donnant Sa vie sur la Croix. Et, en nous efforçant d’aimer nos proches, nous pénétrons peu à peu ce mystère de l’amour divin. En accomplissant librement cette alliance, nous cessons d’être des serviteurs et devenons Ses amis, ceux qui « savent ce que fait le maître » et comprennent vraiment ce que Jésus a « entendu du Père ».
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. |
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. |
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. |
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. |
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. |
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
Le texte d’aujourd’hui attire bien sûr d’abord l’attention sur le commandement nouveau que le Christ nous donne comme le seul nécessaire à la vie. Mais aujourd’hui, je voudrais souligner la ligne que Jésus trace littéralement en deux mots et qui contient toute l’histoire des relations entre l’homme et Dieu. Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis. Et la mesure de l’amour pour les amis devient la mort de Dieu pour la vie des hommes.
En lisant à la suite l’Évangile selon Jean, on a sans cesse envie d’accélérer le rythme et de ne pas s’arrêter au sens littéral des paroles prononcées par Jésus, parce que leur simplicité ne laisse aucune échappatoire. Une possibilité de choix nous est donnée, mais ce choix se situe entre les mots « oui » et « non ». Et, en choisissant « oui », la foi en l’amour de Dieu pour chacun, en Sa mort et Sa résurrection, dans trois jours seulement nous entendrons, près du tombeau vide, Jésus dire à Marie Madeleine : « ...va vers mes frères ». Ainsi, en passant par la mort, Dieu est devenu notre frère.
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. |
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. |
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera. |
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
Dans les versets du passage d'aujourd'hui de l'Évangile selon Jean, le Seigneur parle de l'Esprit qui viendra et nous conduira «dans toute la vérité». Et pourquoi pourra-t-Il le faire — manifester la vérité, nous libérer de notre «incapacité à porter» (voir Jn. 16:12)? Parce qu'«Il ne parlera pas de Lui-même, mais Il dira ce qu'Il entendra», Il accomplira la volonté de Celui qui L'a envoyé. C'est cela seul qui garantit le succès — non pas un succès personnel, mais l'obtention authentique de l'éternité.
On pourrait se demander à quoi cela rime, puisque l'Esprit Saint est Dieu, et qu'Il pourrait parler de Lui-même… Mais nous voyons que Jésus aussi accomplit la volonté du Père qui L'a envoyé. Le fait est, apparemment, qu'entre les Personnes de la Sainte Trinité il n'y a pas une séparation semblable à celle qui existe entre nous et Dieu, et l'accomplissement même de la volonté — cette très profonde concordance dans les actions de la Trinité — se produit d'une manière tout à fait différente. Cette volonté fait justement partie de ces réalités qui Les (les Personnes de la Trinité) unissent…
Ainsi pour nous aussi : la volonté de Dieu, ou plus précisément notre libre consentement à celle-ci, est appelée à servir de lien entre nous et le Royaume des Cieux.
13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. |
« La joie parfaite », nous lisons aujourd'hui à son sujet, et cette parole est une révélation unique faite à Jean le Théologien. Il l'emploie quatre fois : ici, 15:11, 16:24, 1 Jn 1:4. Elle est donc très importante pour lui. Qu'est donc cette joie parfaite ? Un prêtre, lorsqu'on l'interrogea à ce sujet, raconta l'histoire suivante. Un soir, il rentrait chez lui quand des jeunes gens l'attaquèrent, le frappèrent, lui prirent son argent et brisèrent ses lunettes. Sans argent ni lunettes, il ne pouvait rentrer chez lui que par miracle. Et il se souvenait que, pendant qu'on le frappait, il avait éprouvé une joie parfaite. Ce récit peut susciter chez beaucoup incompréhension et refus. Mais il ne s'agit en aucun cas de la joie de se dire : comme je suis grand d'avoir été jugé digne de souffrir. Beaucoup le comprendront ainsi. Non ! En aucun cas ; il y a ici quelque chose de tout autre. Une joie tout autre. Avec prudence, en comprenant toute l'insuffisance des mots, disons : la joie de se remettre entre les mains de Dieu. On peut entendre dire que la « joie parfaite » est une sorte d'enthousiasme spirituel devant la proximité de Dieu. Quelque chose de semblable à ce qui est décrit dans le beau vers de K.R. :
Il existe de lumineux instants :
La terre est alors incomparablement belle.
Et l'âme est pleine d'une exaltation non terrestre.
Au Créateur des mondes le parfum
D'une fleur s'élève, et l'oiseau offre son chant :
La créature de son Créateur Lui rend grâce.
Oh, pouvoir se fondre en un seul être
Avec la fleur et l'oiseau, et toute la terre
Et avec eux, comme eux, prier d'une même prière ;
Sans paroles, sans pensée, sans demande,
Brûler de l'âme dans un ravissement tremblant
Et révérer dans un oubli plein de joie de vivre.
Est-ce cela, la « joie parfaite » ? Il semble que non. Car presque chacun a connu cet état ; il s'atteint facilement dans des conditions appropriées, tandis que toute perfection, au contraire, est inaccessible : on ne peut que tendre vers elle de toute son âme. C'est précisément pourquoi le témoignage du prêtre dont nous avons rapporté l'histoire au début nous paraît profondément vrai.
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
22 Judas — pas l’Iscariote — lui dit : « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » |
23 Jésus lui répondit :« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. |
24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ; et ma parole n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé. |
25 Je vous ai dit cela tandis que je demeurais près de vous. |
26 Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. |
27 Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. |
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. |
29 Je vous le dis maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez. |
30 Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient, le Prince de ce monde ; sur moi il n’a aucun pouvoir, |
31 mais il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. Levez-vous ! Partons d’ici ! |
En parlant à ses disciples de son chemin et de son ministère, Jésus mentionne un « Paraclet » que le Père leur enverra et dont Jésus lui-même dit que le monde ne peut ni le voir ni le connaître (v. 16-17). Ce « Paraclet », que Jésus appelle aussi « l'Esprit Saint » (v. 26) et « l'Esprit de vérité » (v. 17), rappellera en son temps aux apôtres tout ce qu'ils entendent maintenant de leur Maître (v. 25-26). La mention de l'esprit, ou du souffle, de Dieu — le mot grec correspondant, comme son équivalent hébreu, peut signifier l'un et l'autre — dans le contexte du récit sur le Royaume n'est évidemment pas fortuite. Les prophètes de l'Ancien Testament ont été les premiers à parler de l'esprit, ou du souffle, de Dieu. Pour eux, l'esprit n'était pas un concept théologique ou philosophique abstrait, mais une partie de l'expérience vivante de la communion avec Dieu; ils sentaient réellement Dieu respirer dans leur cœur.
Mais Jésus veut manifestement dire quelque chose de plus. Il parle de l'esprit comme d'une réalité à l'échelle universelle, cosmique, qui demeure cependant cachée au monde, car elle appartient à un autre ordre que notre monde encore non transfiguré. Le souffle de Dieu unit tous ceux qui demeurent dans le Royaume, faisant d'eux un seul tout: le Père, Jésus lui-même, les apôtres et tous ceux qui entreront dans le Royaume par leurs prières et sous l'action de leur prédication. Si autrefois seuls quelques hommes ressentaient le souffle de Dieu à des moments particuliers et exceptionnels de leur vie, il se révèle désormais à chacun de ceux qui demeurent dans le Royaume. Rien d'étonnant: le souffle de Dieu pénètre le Royaume, lui donne la vie et lui donne la force d'agir sur le monde en le transfigurant. Grâce à lui, il n'y a pas de distances dans le Royaume: seules la qualité des relations et l'intensité de l'amour déterminent la proximité mutuelle.
Jusqu'ici, les apôtres n'avaient vu le Royaume que grâce à Jésus: ils le regardaient, et par lui la puissance de Dieu se révélait à eux. Maintenant, ils devaient entrer à l'intérieur et voir du dedans ce qu'ils n'avaient auparavant vu que du dehors. Le temps approchait où Jésus deviendrait invisible au monde, qui n'est capable de voir que ce qui n'est pas encore transfiguré. Les apôtres eux-mêmes ne le verraient donc plus de leurs yeux physiques; mais, entrés dans le Royaume, ils l'y trouveraient, le voyant non plus des yeux, mais du cœur (v. 19-20). Ce n'est pas un hasard si Jésus parle d'une paix que le monde non transfiguré ne connaît pas (v. 27): la paix et l'harmonie véritables ne sont possibles que dans le Royaume pénétré par le souffle de Dieu et uni par les liens de l'amour. Jésus appelle encore et encore les apôtres dans ce Royaume afin que, devenus une partie de celui-ci, ils puissent le porter dans le monde qui a tant besoin de transfiguration et de sanctification.
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
22 Judas — pas l’Iscariote — lui dit : « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » |
23 Jésus lui répondit :« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. |
24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ; et ma parole n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé. |
25 Je vous ai dit cela tandis que je demeurais près de vous. |
26 Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. |
27 Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. |
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. |
29 Je vous le dis maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez. |
30 Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient, le Prince de ce monde ; sur moi il n’a aucun pouvoir, |
31 mais il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. Levez-vous ! Partons d’ici ! |
Quelqu’un, quelque part, a dit : « L’amour est un instrument de connaissance ». Et en effet, que pouvons-nous savoir de celui que nous n’aimons pas ? En se détournant d’une personne, on ne peut pas entrer en contact avec elle, devenir plus proche d’elle, la comprendre. Cela est vrai aussi lorsqu’il s’agit de la connaissance de Dieu. Ce que l’on peut savoir de Lui sans L’aimer, sans tendre vers Lui, n’est qu’une « scolastique » sèche et relative disant qu’Il est, prétend-on, si grand, si fort et si sage.
Mais Le connaître vraiment, Le « connaître », dans la langue de l’Écriture, c’est-à-dire s’unir à Lui, « demeurer en Lui », n’est donné qu’à celui qui est prêt à aimer. C’est précisément pourquoi Jésus dit qu’Il Se révélera non pas au monde entier, mais seulement aux disciples, qui recevront l’Esprit de vérité, révélant le Père à ceux qui peuvent Le comprendre, c’est-à-dire L’aimer.
15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
Depuis longtemps, les chrétiens ont des opinions diverses sur la question de savoir si le reniement de Pierre doit être considéré comme une trahison au plein sens du terme, ou s'il s'agit malgré tout d'autre chose. La réponse, comme souvent, dépend de ce que l'on entend exactement par christianisme. Si l'on y voit une sorte de nouvelle religion, le reniement de Pierre peut alors être considéré comme un simple malentendu, et rien de plus. En effet, l'essentiel de ce dont leur Maître leur parlait, à ce qu'il semblait à Pierre comme aux autres apôtres, avait échoué. Il n'y aurait aucune guerre messianique. Tout était fini sans avoir vraiment commencé. En reniant, Pierre ne trahit au fond rien ni personne : il n'y a plus rien ni personne à trahir. Il ne reste que la fidélité à ce qui était et n'est plus. Aux relations d'autrefois. Aux buts et aux idéaux d'autrefois. Bien sûr, il faut considérer comme un héros celui qui garde une telle fidélité, même face à la possibilité de mourir.
Mais nous pouvons difficilement exiger un tel héroïsme de chacun. D'autant qu'il était important pour Pierre de surveiller la cour du grand prêtre, de suivre ce qui arrivait au Maître. Sa relation personnelle avec Lui restait de toute façon d'une importance absolue pour Pierre. Or voici qu'on l'importune avec des questions gênantes sur ce qui n'a désormais plus aucun sens, mais risque de l'empêcher de faire ce qu'il fait. Il écarte ceux qui l'interrogent comme des mouches importunes : je ne sais rien, laissez-moi tranquille. Quelle différence cela fait-il vraiment, à présent ? Ce qui, une heure plus tôt, donnait sens à la vie s'est maintenant effondré, et il n'y a pas lieu de le rappeler. Mais si l'on considère le christianisme comme une vie nouvelle, alors le reniement se révèle bien être une trahison.
Ce n'est pas un hasard si le chant du coq rappelle à Pierre les promesses faites au Maître. En réalité, rien n'est encore terminé. Au contraire, tout ne fait que commencer. L'essentiel est encore à venir. Et pour cet essentiel, rien n'importe davantage que la relation qui unit Pierre à Jésus. Pierre est allé seul dans la cour du grand prêtre, apparemment sans but précis : il ne pouvait en effet aider le Maître en aucune manière. Mais c'est précisément le sentiment de la profondeur de la relation qui le liait à Jésus qui l'a poussé à aller là où il est allé.
Et voici qu'il écarte maintenant avec désinvolture ce qui était, tout récemment encore, le fondement de cette relation. Bien sûr, Pierre lui-même ne comprend pas encore ce qui se passe. Il comprend seulement que tout s'est révélé plus grave qu'il ne l'avait cru au premier instant : le coq a bien chanté, comme le Maître l'avait prédit, et le reniement a bien été prononcé. La véritable compréhension viendra plus tard, au moment de la rencontre avec le Ressuscité. Alors viendra aussi le véritable repentir, celui qui rétablit pleinement la relation de Pierre avec le Maître. Cette fois pour toujours.
15 Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, |
16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. |
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
18 Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait. |
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
Le reniement de Pierre paraît être une conduite parfaitement raisonnable et sensée dans une situation critique. Il lui faut rester tout près et il veut apprendre quelque chose ; pour cela, personne ne doit le reconnaître. Dans un tel moment, l'un s'enfuit et se cache, tandis qu'un autre essaie de passer inaperçu jusqu'au lieu où se déroulent les événements principaux. Il est insensé de risquer sa vie en reconnaissant que l'on connaît le détenu. On pourrait vous saisir vous aussi, et à qui cela servirait-il ? Nous ignorons toutefois ce qui animait l'apôtre Pierre. Il est tout à fait possible que ces premières raisons superficielles, compréhensibles pour chacun, n'aient pas du tout été l'essentiel à cet instant. Ce qui importe, c'est qu'il arrive parfois un moment où reconnaître ouvertement que l'on suit Jésus est l'unique choix possible. De l'autre côté, on entend le mot terrible de « reniement ».
15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; |
16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, |
17 l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. |
18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. |
19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez. |
20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. |
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
22 Judas — pas l’Iscariote — lui dit : « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » |
23 Jésus lui répondit :« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. |
24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ; et ma parole n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé. |
Un autre Consolateur demeurera avec les disciples. Il n'est pas dit qu'Il demeurera avec tous les hommes, probablement parce que ceux qui rejettent le Fils rejettent aussi l'Esprit de Vérité. Il faut accueillir Jésus, et ceux qui L'accueillent pourront alors recevoir aussi le Père et l'Esprit. Le Christ S'est abaissé, mais par Son abaissement nous pouvons atteindre la plénitude de la communion avec Dieu.
Le Christ promet aux disciples de ne pas les laisser orphelins et de revenir. De quelle venue parle-t-Il : de Sa Résurrection, de la prochaine descente du Saint-Esprit ou de la Seconde Venue ? Quelle que soit la manière de comprendre ces paroles, Il est proche de Ses fidèles, Il nous aime et ne nous abandonne pas.
Le signe de l'amour — garder les commandements — peut paraître trop simple, et il est facile, si on le souhaite, de le déclarer expression d'un légalisme formaliste. Mais la profondeur commence à la surface. Observer les règles élémentaires n'est ni du formalisme ni une simple discipline, mais le gage et la première manifestation d'une relation profonde avec Dieu, qui dépasse tout ce que l'on pouvait imaginer au départ.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
À ce qu'il apparaît, les disciples de Jésus comprennent difficilement leur Maître. Et lui continue à leur parler par sous-entendus et par images. On pourrait penser que si l'on ne te comprend pas, ou pas jusqu'au bout, il vaudrait mieux s'abstenir d'images, car dans une telle situation elles peuvent encore davantage compliquer les choses. Et pourtant Jésus continue à parler comme il parle. Pourquoi donc?
D'un côté, on pourrait dire qu'il avait déjà plus d'une fois, et peut-être ouvertement, parlé aux apôtres de ce qui l'attendait. Ils ne le comprenaient manifestement pas alors, comme ils ne le comprennent pas maintenant; c'est pourquoi Jésus recourt aux images et aux allégories pour mieux transmettre aux disciples ce qu'il leur est si important de comprendre.
Mais il ne s'agissait sans doute pas seulement de cela. Pourquoi les apôtres comprenaient-ils difficilement Jésus lorsqu'il leur parlait de sa mort sur la croix et de sa résurrection? Sans doute avant tout parce qu'ils n'étaient absolument pas prêts à entendre quelque chose de tel, et ce qu'ils entendirent fut pour eux un choc. Or dans un état de choc, l'homme n'est pas capable de percevoir ni d'analyser quoi que ce soit; il tombe simplement dans la stupeur.
Voyant cette réaction des disciples, Jésus recourt aux images, aux allégories et aux paroles figurées, car tout cela oblige l'auditeur non seulement à écouter, mais aussi à réfléchir sans cesse à ce qu'il a entendu, de telle sorte qu'il puisse lui-même parvenir aux conclusions qui, autrement, l'auraient simplement choqué. Mais lorsque l'on arrive soi-même à des conclusions choquantes, à la suite de sa propre réflexion, elles restent choquantes et demandent encore à être méditées, mais elles ne font pas perdre pied comme peuvent le faire les paroles d'un homme en qui l'on a confiance et qui expose devant soi les mêmes faits déjà tout prêts.
Et Jésus, en pédagogue sage, essaie, lors de sa dernière rencontre terrestre avec ses disciples, de les conduire à la compréhension de choses sans lesquelles on ne peut entrer dans le Royaume. Car il comprend parfaitement ce qu'ils auront à vivre dans les jours prochains, et il s'efforce de faire tout son possible pour que la perspective du Royaume qui vient dans le monde ne soit pas voilée par ce qu'ils devront éprouver.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
Pour nous, ce qui se passe précisément au moment présent est souvent très important. Ce qui nous préoccupe avant tout, ce sont nos propres réactions à ce qui arrive. Et si nous avons mal, alors tout le monde autour de nous nous apparaît noir et méchant. Mais si nous nous sentons bien, notre disposition est bienveillante, le soleil brille et le monde entier nous sourit. Bien sûr, tout n'est pas toujours aussi net, mais le plus souvent nos sensations tendent vers l'un des pôles...
Le Seigneur, Lui, tente de nous apprendre un procédé sage : nous souvenir que notre état est changeant, parce que rien d'humain n'est éternel. Éternel est seulement ce qui vient de Dieu : « Ma justice demeurera pour toujours, et Mon salut de génération en génération » (Is 51:8). En parlant aujourd'hui de la femme qui se prépare à enfanter, le Christ souligne que nous ne devons pas nous appuyer sur ce que nous ressentons maintenant, ni pleurer et gémir à cause des afflictions, mais nous souvenir non de l'affliction, mais de la joie qui viendra après elle (voir Jn 16:20-22). Penser non avec le sentiment de l'instant, mais voir plus large et plus loin. Essayer de regarder ce qui arrive avec le regard de Dieu : chercher en toute chose un sens et un motif de joie et de gratitude envers Dieu.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
Le Seigneur dit aux disciples qu'après la joie entrée en eux avec sa venue viendra une tristesse qui ensuite se changera de nouveau en joie. Comme deux jours séparés par une nuit. Il est très important de comprendre que cette nuit de tristesse, lorsque le Seigneur repose au tombeau et qu'il n'est plus avec nous, cette nuit d'abandon de Dieu, est ce que traverse nécessairement quiconque parcourt vraiment le chemin de la formation spirituelle. Le témoignage en est que nos grands maîtres ont eux aussi vécu un état semblable, lourd et plein de grâce. On sait que saint Tikhon de Zadonsk, qui vécut au XVIIIe siècle, connut la nuit mystique de l'âme; mais plus tôt encore, au XVIe siècle, le grand mystique espagnol saint Jean de la Croix créa une notion étonnamment profonde et riche: «la nuit obscure de l'âme». Il est impossible de l'expliquer en deux mots, mais dans le poème qui porte ce titre, il donne une allusion à l'hymne pascal «Exsultet», que les catholiques chantent le Samedi saint. Voici les paroles de cet hymne :
C'est la nuit,
où jadis nos pères, les fils d'Israël,
tu les as fait sortir d'Égypte
et tu leur as fait traverser la mer Rouge à pied sec.(...)
C'est la nuit,
où, brisant les liens de la mort,
le Christ est remonté victorieux des enfers. (...)
Ô nuit vraiment bienheureuse -
la seule qui ait mérité de connaître le temps et l'heure
où le Christ est ressuscité des enfers.
C'est la nuit dont il est écrit:
et la nuit sera claire comme le jour;
et la nuit sera ma lumière et ma joie. (...)
Ô nuit vraiment bienheureuse,
où s'unissent la terre et le ciel,
l'humain et le divin.
Revenons encore à l'expérience des ascètes orthodoxes. Théophane le Reclus écrit ainsi dans son commentaire de la lecture d'aujourd'hui: «On dit que toute âme, sur le chemin de la perfection, subit une semblable atteinte. Une ténèbre universelle la couvre, et elle ne sait où aller; mais le Seigneur vient, et change sa tristesse en joie». Efforçons-nous, nous aussi, lorsque nous enveloppe l'obscurité de l'abandon de Dieu, de la perte de la foi, lorsque «l'intelligence cherche la Divinité et le coeur ne la trouve pas», de ne pas perdre courage, mais de comprendre que cette nuit est inévitable, et que devant nous nous attend un Jour nouveau.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
Le Seigneur dit aux disciples qu'après la joie entrée en eux avec sa venue viendra une tristesse qui ensuite se changera de nouveau en joie. Comme deux jours séparés par une nuit. Il est très important de comprendre que cette nuit de tristesse, lorsque le Seigneur repose au tombeau et qu'il n'est plus avec nous, cette nuit d'abandon par Dieu, est ce que traverse nécessairement quiconque parcourt vraiment le chemin de la formation spirituelle. Le témoignage en est que nos grands maîtres ont eux aussi vécu un état semblable, lourd et plein de grâce. On sait que saint Tikhon de Zadonsk, qui vécut au XVIIIe siècle, connut la nuit mystique de l'âme; mais plus tôt encore, au XVIe siècle, le grand mystique espagnol saint Jean de la Croix créa une notion étonnamment profonde et riche: «la nuit obscure de l'âme». Il est impossible de l'expliquer en deux mots, mais dans le poème qui porte ce titre, il donne une allusion à l'hymne pascal «Exsultet», que les catholiques chantent le Samedi saint. Voici les paroles de cet hymne :
C'est la nuit,
où jadis nos pères, les fils d'Israël,
tu les as fait sortir d'Égypte
et tu leur as fait traverser la mer Rouge à pied sec.(...)
C'est la nuit,
où, brisant les liens de la mort,
le Christ est remonté victorieux des enfers. (...)
Ô nuit vraiment bienheureuse -
la seule qui ait mérité de connaître le temps et l'heure
où le Christ est ressuscité des enfers.
C'est la nuit dont il est écrit:
et la nuit sera claire comme le jour;
et la nuit sera ma lumière et ma joie. (...)
Ô nuit vraiment bienheureuse,
où s'unissent la terre et le ciel,
l'humain et le divin.
Revenons encore à l'expérience des ascètes orthodoxes. Théophane le Reclus écrit ainsi dans son commentaire de la lecture d'aujourd'hui: «On dit que toute âme, sur le chemin de la perfection, subit une semblable atteinte. Les ténèbres la couvrent de toutes parts, et elle ne sait où aller; mais le Seigneur vient, et change sa tristesse en joie». Efforçons-nous, nous aussi, lorsque nous enveloppe l'obscurité de l'abandon par Dieu, de la perte de la foi, lorsque «l'intelligence cherche la Divinité et le coeur ne la trouve pas», de ne pas perdre courage, mais de comprendre que cette nuit est inévitable, et qu’un Jour nouveau nous attend.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. |
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
Votre tristesse se changera en joie : ces paroles étonnantes du Christ expriment très exactement l'essence de l'espérance chrétienne. Il serait inexact de dire qu'à la tristesse, qui cessera, succédera la joie, que la joie remplacera la tristesse. Il serait inexact de dire que la joie apparaîtra à côté de la tristesse, en complément de celle-ci. Mais la tristesse elle-même deviendra joie, et l'une se révélera alors inséparable de l'autre. Il n'y a pas de christianisme sans la peine devant les souffrances et la mort du Christ sur la Croix, pas plus qu'il n'y en a sans la joie de la Résurrection. Pour souligner ce caractère inséparable, le Seigneur prend l'image des douleurs de l'enfantement, transfigurées par la joie de la naissance d'un nouvel être humain.
Les diverses tentatives de présenter le christianisme tantôt comme « l'opium du peuple », une religion de consolation sans fondement, tantôt comme une religion de protestation sociale, tantôt comme un culte de la souffrance, se brisent sur ce mystère de la transfiguration de la tristesse en joie. La vie des hommes est toujours assez terrible, et le Seigneur souffre toujours dans les opprimés et ceux que l'on persécute pour la justice. Pourtant, même dans cette vie, il y a place pour une joie qui n'appartient pas à ce monde et n'est pas donnée par lui. Cette joie qui est la nôtre naît de l'affliction et de la tristesse ; elle n'entraîne donc pas les chrétiens dans un monde d'illusions. C'est la joie du Royaume des cieux à venir, qui nous est donnée dès aujourd'hui. Voilà pourquoi le Seigneur prononce ces paroles essentielles qui affermissent les chrétiens : « et votre joie, nul ne vous l'enlèvera ». L'apôtre Paul écrira plus tard : « rien ne peut nous séparer de l'amour du Christ ».
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
Pourquoi Jésus ne parle-t-Il pas clairement aux disciples de Sa mort et de Sa résurrection ? Les expressions imagées qu'Il emploie sont assurément belles et pleines de sens, mais, à en juger par leurs questions, les apôtres ne les comprenaient toujours pas. Il est cependant tout à fait possible que, même si le Sauveur avait parlé clairement de Sa mort et de Sa résurrection d'entre les morts, Ses paroles leur auraient été tout aussi peu compréhensibles. Pour nous, aujourd'hui, tout est clair : nous avons lu l'Évangile. Du moins le pensons-nous. Pourtant, au fond, même aujourd'hui, nous connaissons moins le mystère de la Résurrection que les paroles habituelles à propos de ce mystère. Peut-être est-ce justement ces paroles habituelles que Jésus veut éviter.
Le problème est ici le même que pour Sa messianité : s'Il en avait parlé directement, Ses auditeurs auraient réagi moins au sens profond de Ses paroles qu'à leurs propres clichés associés à des mots familiers. La même chose aurait pu se produire s'Il avait parlé clairement de Sa résurrection. À l'époque évangélique, les Juifs avaient déjà une certaine idée de la résurrection générale au jour du Jugement, et celle-ci ressemblait peu à ce que les apôtres allaient très bientôt voir de leurs propres yeux.
Les représentations populaires traditionnelles de la résurrection supposaient la venue de la fin des temps, des scènes apocalyptiques et autres choses semblables. Personne n'aurait pu imaginer que la résurrection et la venue du Royaume puissent se produire de façon aussi ordinaire. Personne ne s'attendait à pouvoir marcher aux côtés du Ressuscité sur une route de Palestine. Et à ce que le monde ne s'effondre pas d'un coup, ne change pas instantanément. Personne n'attendait un miracle aussi « ordinaire ». Or il était pratiquement impossible d'expliquer tout cela aux disciples.
Non parce que les mots manquaient : les Évangiles ont bien fini par être écrits, et l'on a trouvé les mots pour les écrire. Simplement, il fallait que les disciples eux-mêmes deviennent autres. Qu'ils voient le Ressuscité de leurs propres yeux. Qu'ils voient l'Ascension. Qu'ils vivent la Pentecôte et prennent part au souffle du Royaume. En attendant, on ne pouvait parler que de ce que les apôtres allaient éprouver dans les jours qui approchaient. De la douleur et de la joie. Du désespoir et de l'espérance. Et du chemin sur lequel ils devraient alors s'engager pour le parcourir jusqu'au bout. Jusqu'au Royaume dans toute sa plénitude.
16 « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez. » |
17 Quelques-uns de ses disciples se dirent entre eux : « Qu’est-ce qu’il nous dit là : « Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez », et : « Je vais vers le Père » ? » |
18 Ils disaient : « Qu’est-ce que ce : « un peu » ? Nous ne savons pas ce qu’il veut dire. » |
19 Jésus comprit qu’ils voulaient le questionner et il leur dit : « Vous vous interrogez entre vous sur ce que j’ai dit :“Encore un peu et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me verrez.” |
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
Jésus dit : « Vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie ». Nous sommes habitués à ces paroles et nous ne remarquons plus qu'en réalité le lien logique n'est pas évident. La logique ordinaire serait en effet : « Maintenant il y aura des problèmes, mais ne vous inquiétez pas, ensuite tout s'arrangera et tout ira bien ». Or Jésus dit que ce qui était cause de tristesse deviendra précisément cause de joie ; s'il n'y a pas de tristesse, il n'y aura pas non plus de joie.
En effet, sans le Vendredi saint il ne peut y avoir de dimanche de Pâques. Et dans la vie de chacun de nous, il y a des moments où il faut traverser, vivre quelque chose de très effrayant et douloureux, parce qu'à travers cette petite mort le Seigneur donnera la résurrection.
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
22 Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. |
23 Qui me hait, hait aussi mon Père. |
24 Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. |
25 Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. |
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
Jésus avertissait souvent Ses disciples qu'ils rencontreraient dans le monde le rejet, voire la persécution. Et Il en voit la cause non dans des désaccords religieux ou autres avec la majorité, mais dans l'essence même du christianisme. Car Il a apporté le Royaume dans le monde, et Il veut que Ses disciples soient non les partisans d'une doctrine nouvelle — religieuse, éthique, politique ou autre —, mais les habitants du Royaume. Il comprend évidemment très bien que le monde rejettera toujours de telles personnes : elles lui resteront étrangères jusqu'à la fin des temps, jusqu'à sa transfiguration complète. Mais que peut opposer l'Église au monde ? Jésus Lui-même indique ce moyen : l'amour. Bien sûr, l'amour — non comme émotion, mais comme manière d'être en relation — est en lui-même étranger au monde déchu. Il est illogique et sans utilité pratique, car aimer, c'est vouloir le bien de son prochain et chercher à rendre sa vie meilleure sans rien attendre en retour. N'importe quel cynique, mais aussi un simple pragmatique, dira qu'il est déraisonnable et peu utile de vivre ainsi : pour être tant soit peu acceptable aux yeux du monde déchu, l'amour devrait au moins être mutuellement avantageux. Or, par définition, il ne peut l'être. Et Jésus ne parle pas seulement de l'amour comme relation entre les êtres humains : Il en parle comme du milieu spirituel qui constitue la nature du Royaume. Si l'amour humain ordinaire, lorsqu'il est authentique, suscite généralement moqueries et méfiance, l'amour du Royaume peut susciter une véritable haine. Rien d'étonnant à cela : si le monde déchu conserve l'illusion d'être non seulement stable, mais même inébranlable, c'est en grande partie parce que ses adeptes ont réussi à convaincre, sinon tout le monde, du moins un très grand nombre de personnes qu'il n'existe aucune alternative à l'état de choses actuel. Lorsque paraissent ceux qui peuvent proposer une telle alternative, les partisans de l'ordre existant désirent naturellement la détruire — avec Celui qui a apporté le Royaume dans le monde et avec ceux qui témoignent aujourd'hui de cette alternative.
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
22 Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. |
23 Qui me hait, hait aussi mon Père. |
24 Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. |
25 Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. |
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
Le passage du Dernier entretien du Christ avec les disciples que nous lisons aujourd’hui nous révèle comment le Seigneur Lui-même regarde les disciples. Le fait est qu’Il les assimile en réalité à Lui-même. Le monde a d’abord haï le Christ, puis Ses disciples. Ils n’appartiennent pas au monde. On a gardé la parole du Christ, on gardera aussi la parole des disciples. Enfin, témoigner de Jésus sera l’œuvre de l’Esprit de vérité, qui procède du Père, et des disciples.
Et tout cela, le Seigneur le dit en expliquant le commandement : « Aimez-vous les uns les autres ». Cela signifie que la ressemblance à Dieu et l’adoption filiale (car c’est bien de cela qu’il s’agit) ne proviennent pas de qualités surhumaines particulières de ces pêcheurs galiléens, mais du fait qu’ils accompliront ce commandement. Par conséquent, les paroles du Christ s’adressent aussi à tous ceux qui suivent les disciples du Christ dans l’Église, qu’Il a Lui-même fondée précisément par ces disciples.
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. |
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
Jésus construit son entretien avec les disciples sur un contraste: je vous donne le commandement de vous aimer les uns les autres parce que le monde vous hait. Dans le monde, la haine; entre vous, l'amour.
Deux questions surgissent aussitôt ici. Premièrement, l'amour des disciples peut-il vaincre la haine du monde, si le monde est toujours plus grand, et si les disciples eux-mêmes ne savent pas vraiment aimer? Et deuxièmement, il est évident que la situation n'est pas du tout aussi polarisée: dans le monde qui ne croit pas au Christ, l'amour est toujours présent, car les hommes ne peuvent pas vivre tout à fait sans amour; et parmi les chrétiens, l'amour, pour le dire doucement, n'est pas non plus l'hôte le plus fréquent.
À propos de la première question, on peut seulement remarquer qu'il ne s'agit pas de l'amour propre des disciples, mais de la miséricorde du Père; quant à savoir qui est le plus fort, Dieu ou le mal du monde, c'est une question adressée au plus profond de notre être, puisqu'il n'existe pas de réponse « extérieure ». Quant à la polarité, il ne s'agit manifestement pas de diviser entre « croyants et incroyants », car on ne voit pas comment les répartir, mais de l'opposition du Christ et du « monde » à l'intérieur, encore une fois, de chaque personne.
17 La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? » Lui dit : « Je n’en suis pas. » |
Le reniement de Pierre a toujours été l'un des thèmes favoris pour prêcher sur le péché et la repentance. D'ordinaire, on établit alors des parallèles avec le reniement de Judas, qui a péri non parce qu'il avait péché, mais parce qu'il s'est révélé incapable de se repentir. Pourtant, si l'on regarde attentivement la situation, il n'est pas difficile de voir qu'en réalité tous ont quitté Jésus, sauf deux, dont l'un était Pierre, et l'autre, si l'on suit la tradition chrétienne ancienne, Jean, l'auteur du quatrième Évangile et du livre de l'Apocalypse.
Et l'un d'eux, Pierre, répond aux témoignages accusateurs en disant de Jésus : je ne le connais pas. Qu'est-ce qui a précédé cela ? Pourquoi les disciples se sont-ils dispersés ? Ils n'étaient nullement lâches, et lorsqu'ils promettaient de mourir pour leur Maître, ils ne parlaient guère sous le coup de l'émotion. Mais en pratique, tout s'est révélé tout autre que ce qu'ils attendaient. Ils pensaient que l'heure du soulèvement messianique était venue.
Ils étaient prêts à mourir au combat, et Pierre, si l'on en était venu à la guerre, aurait été l'un des premiers ; ce n'est pas par hasard que c'est lui qui arrache une épée au moment critique. Mais il s'est avéré qu'il n'y aurait pas de soulèvement, que leur Maître se remet simplement entre les mains des représentants de l'autorité, que tout est perdu : le soulèvement a échoué sans même commencer. Après tout, les apôtres ne comprenaient pas encore pleinement ce que le Maître leur avait dit de sa mort et de sa résurrection.
Pierre le suivit dans la cour du grand prêtre non parce qu'il espérait encore quelque chose, mais simplement pour être plus près du Maître, pour voir comment l'affaire finirait, simplement pour rester avec lui jusqu'au bout. Et voici qu'on l'accuse de quelque chose, d'une certaine participation à la préparation d'un soulèvement. Quelle importance tout cela a-t-il maintenant, quand tout est fini ? Pierre n'a plus rien dont témoigner, rien à espérer ; au fond, il lui est désormais indifférent de savoir ce que les gens penseront de lui, car tout est déjà derrière lui.
Sa réaction est une réaction assez ordinaire de quelqu'un qu'on harcèle de sottises alors qu'il est occupé par une affaire importante. Il écarte les questionneurs comme des mouches importunes : laissez-moi tranquille, je ne sais rien et je ne connais personne ! Et seul le chant du coq le fait sortir de sa torpeur spirituelle. Pierre comprend soudain que l'affaire n'est pas encore terminée, que tout ce dont ils avaient parlé si récemment pendant le seder pascal demeure en vigueur, que tout, en général, s'est passé autrement qu'il ne l'attendait, mais... Mais il a renié le Maître, et il l'a renié publiquement. C'est un fait amer et douloureux.
Il ne reste plus maintenant à Pierre qu'à pleurer, à se reprocher une trahison inattendue même pour lui-même, et à se repentir de ce qu'il a fait. Il ne sait pas encore que très bientôt viendra le jour où il rencontrera le Maître, et que celui-ci le comprendra, sans longues explications.
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
22 Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. |
23 Qui me hait, hait aussi mon Père. |
24 Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. |
25 Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. |
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
Le Christ ne promet pas à ceux qui Le suivent les commodités de la vie ni la prospérité terrestre. Nous sommes clairement avertis : si quelqu'un voulait voir dans le christianisme un moyen de résoudre les problèmes accumulés et un instrument pour atteindre le confort, il s'est trompé de porte. D'ailleurs, le Seigneur ne nous refuse nullement Son aide : lorsque la solution de ces problèmes est nécessaire, Il est prêt à répondre à nos demandes et nous donne le droit et la possibilité de récolter aussi des fruits terrestres. Mais en plaçant au centre de notre attention non Dieu Lui-même, mais Ses dons, nous nous détournons de Lui — peut-être involontairement, sans y penser, mais cela ne change rien au fond de l'affaire.
Si nous choisissons le Christ, il nous faut être prêts à rencontrer l'opposition. L'appel à porter sa croix, adressé à chacun des disciples, découle d'une vision claire de la réalité du mal qui domine dans le monde. On peut, si on le veut, se soustraire à cet appel; cependant, alors, nous serons inévitablement vaincus par le mal. Le mal paraît souvent attirant et séduisant, mais son poids, à la différence du poids de la croix, écrasera et enfoncera dans la boue.
Nous sommes aussi avertis que beaucoup des persécuteurs seront convaincus de servir Dieu, mais le Christ a dit clairement de tels hommes qu'ils n'ont connu ni le Père ni le Fils. Les persécuteurs eux-mêmes ne seront pas d'accord avec un tel reproche et, en réponse, commenceront à invoquer leurs propres connaissances théologiques. Mais connaître des représentations au sujet de Dieu, ce n'est pas encore connaître Dieu Lui-même, et ici l'avertissement s'adresse à nous tous : les persécuteurs ne sont pas les seuls à risquer de faire cette substitution — comme le montre l'histoire, les persécutés, lorsque les circonstances changeaient, sont eux aussi devenus plus d'une fois persécuteurs...
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
Maintenant, dans la plus grande partie du monde civilisé, on ne parle que d'unité. On appelle cette unité de différentes manières : certains disent simplement et sans détour que "ensemble nous sommes forts", certains luttent pour ou contre la mondialisation, certains prient pour l'unité de l'Église, certains réfléchissent à l'aspiration profonde de l'homme à vivre avec les autres et à la "communion". Certains ne font que réfléchir, et d'autres essaient même de construire quelque chose : ils créent des organisations, des unions et des conseils. En somme, le sujet est actuel.
Seulement, si l'on essayait de réunir tous les gens occupés par cette affaire et de leur proposer de se mettre d'accord sur ce que devrait être cette communauté recherchée, alors il s'en passerait des choses ! Et tout cela parce que, malgré l'aspiration commune, chacun tire quand même la couverture à soi. Chacun voit l'unité à sa manière et distribue les places selon ses propres représentations. Et il se peut que les hommes ne puissent jamais se mettre d'accord sur la forme.
Parce que la véritable unité est celle que Jésus demande pour nous au Père. Une unité qu'il est impossible d'atteindre humainement : l'unité de la Trinité. Être aussi proches que le sont les personnes de la Trinité, proches et unes, nous ne sommes même pas capables de laisser quelqu'un s'approcher ainsi de nous, sans parler de demeurer constamment dans une telle "communion", où nous sommes à la fois différents et un. Pourtant, c'est précisément cela que Dieu attend de nous. Et c'est Lui qui peut en faire une réalité. Il faut seulement le vouloir vraiment.
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
«À chaque office, nous prions «pour l'union de tous» dans l'Église du Dieu vivant. De quelle unité prions-nous, et pourquoi faut-il précisément prier pour elle?
Nous prions parce que l'unité que l'homme a détruite ne peut être restaurée que par Dieu: ses critères sont trop élevés, ses mesures ne sont pas humaines, mais divines. Une telle unité est un mystère par nature, un miracle par essence. L'unité chrétienne ne peut pas être définie dans les catégories de l'association ou de la communauté. Ce n'est pas le «fait d'être ensemble», c'est l'«unité»: «Qu'ils soient un, comme Nous sommes un», disait le Seigneur au Père dans Sa dernière prière.
C'est un appel et un modèle glorieux et redoutable, car il contient un ordre souverain adressé à tout le genre humain: atteindre la ressemblance avec la Sainte Trinité, être Son image et Sa révélation; c'est une promesse, mais aussi une responsabilité. Et nous oublions facilement l'une et l'autre. L'expérience de cette unité glorieuse et redoutable est l'être même, la substance de l'Église, sa nature: L'Église est cette unité même; l'Église est une et indivisible, bien que le monde chrétien soit morcelé par nos péchés. Demandez la paix pour Jérusalem, cité fondue en un seul tout... (voir Ps 121).»
(Antoine, métropolite de Souroge: «… et pour l'union de tous, prions le Seigneur»)
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. |
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. |
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
En rassemblant les êtres humains et en édifiant à partir d'eux l'Église, le Seigneur ne S'oppose pas seulement à la division humaine qui vient du péché. Il ne s'agit pas seulement du fait que nous sommes tous, comme Caïn, incapables d'être ensemble. Nous sommes différents, et la cause en est la volonté du Créateur, non notre péché. Surmonter la division n'a rien à voir avec l'effacement de l'individualité de chaque personne. Aujourd'hui, nous lisons dans un passage du dernier entretien du Christ avec Ses disciples que, pour reprendre les mots de l'apôtre Paul, « Dieu a prévu pour nous quelque chose de meilleur ». Il nous donne de participer au mystère de l'unité de la Trinité, à cette unité qui n'absorbe pas les personnes et n'efface pas leur singularité. À cette unité dans laquelle la vie donnée à l'autre ne disparaît pas, mais s'accroît. À cette unité par laquelle le Père et le Fils sont un.
Cette unité est impossible pour ce monde ; c'est pourquoi le Christ dit : « qu'ils soient un en Nous ». Et derrière ces mots se trouve une réalité non moins étonnante : Il veut que nous soyons en Eux, dans le Père et le Fils. Après l'Ascension, dans la Trinité telle que nous La voyons sur l'icône de Roublev, l'Un des Trois est le Dieu-homme, donc aussi un homme ! Et en Jésus-Christ, dans Sa Chair et Son Sang, chacun de nous trouve sa place non pas simplement auprès du trône de Dieu, mais en Eux-mêmes ! Voilà ce que veulent dire les Pères orientaux de l'Église lorsqu'ils affirment que le salut consiste dans la déification de l'être humain.
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
Et voici que résonnent de nouveau des paroles de consolation… Mais pas seulement de consolation : aussi de cette miséricorde et de cet amour du Seigneur dont chaque personne a tant besoin. Jésus souffre déjà, se heurtant à l’éloignement et au refus de la part de ceux qui L’entourent. Que doivent donc attendre ceux qui Le suivront ? Oui, la croissance de l’Église, la joie des païens et bien d’autres grâces (voir, par exemple, Ac 4:33, 6:7, 13:48), mais en même temps le refus.
Cela n’est pas dit pour que nous nous fixions sur la lutte, mais pour que les vierges aient de l’huile dans leurs lampes (voir Mt 25:1-13). Et le Seigneur dit dans le passage d’aujourd’hui que la situation où les chrétiens sont persécutés est naturelle, parce que Lui-même est persécuté. Le monde demeure le monde, et l’on y trouvera toujours des personnes qui s’opposent à Sa parole.
Pourtant, dans ces mêmes lignes, nous voyons un soutien et un encouragement étonnants. Car si l’on ne t’accueille pas, tu partages avec Lui Son sort, et donc tu es à Lui.
18 « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. |
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. |
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
Jésus dit : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. La conséquence paraît tout à fait évidente : si Jésus a été persécuté, pourquoi Ses disciples ne le seraient-ils pas ? Ce qui n’est pas évident, c’est autre chose. Il dit que le serviteur n’est pas plus grand que son maître, puis Il poursuit : « S’ils ont gardé Ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » Ainsi, par la grâce du maître, le serviteur reçoit aussi Son privilège : parler avec autorité. Dans quelle situation la parole des disciples peut-elle être « avec autorité », comme celle du Maître ? La réponse est simple : lorsqu’il s’agit de la même parole ou, plus exactement, de la même Parole qui s’est faite chair et a habité parmi nous. Lorsque c’est Lui-même qui parle et agit à travers eux.
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
Dans le fragment d'aujourd'hui de l'Évangile selon Jean se trouve une idée très importante pour le chrétien, l'idée d'unité, une idée qui est l'un des fondements de la compréhension et de l'expérience de l'Église. Bien plus, dans l'Évangile elle apparaît comme ce que Jésus désirait pour ses disciples presque plus que toute autre chose au monde.
Autre chose est de savoir quelle unité est visée par ces paroles: « ...Qu'ils soient tous un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi... », et la suite. On les interprète habituellement ainsi: Jésus appelait tous à s'en tenir aux mêmes formulations doctrinales et à appartenir à une seule organisation ecclésiale englobante. Pourtant, comme on le sait, le formalisme et l'organisation excessive tuent, tandis que les relations vivantes donnent la vie.
Il s'agit plutôt moins d'une structure ecclésiale réunissant tous sous sa juridiction, bien qu'elle découle souvent naturellement de l'unité de foi et de vie de la communauté chrétienne: après tout, dans notre monde, tous sont obligés d'assumer certaines obligations juridiques pour coexister pleinement avec les autres hommes. Il est beaucoup plus vraisemblable que Jésus proposait à ses disciples de tendre vers une unité intérieure, non sur l'horizontale, mais sur la verticale: à l'image de son unité avec le Père, que chacun ait l'unité avec le Père et le Fils, qui viennent à celui qui garde leur parole et « font leur demeure » dans son cœur et dans sa vie. À proprement parler, c'est seulement par le lien mystique vivant avec le Père et avec la Parole qui le révèle que se construit le Royaume intérieur, qui spiritualise l'existence humaine jusque dans ses dernières profondeurs. Alors toutes les affaires de la vie et tous les projets ecclésiaux reçoivent un fondement ferme dans les cœurs humains accordés aux cœurs des trois: le Père, le Fils et l'Esprit...
Tout est mortel dans ce monde, les pays, les peuples et les structures ecclésiales; toutes peuvent même se détruire littéralement sous les yeux d'une seule génération, comme ce fut le cas dans les tragiques années 20 et 30 du siècle dernier en URSS. Mais demeure immuable cette unité, cette participation personnelle à Dieu qui, dans toutes les conditions historiques et toutes les circonstances de la vie, reste la source éternellement jaillissante de la prière et de l'action chrétiennes.
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
Dans la lecture d'aujourd'hui, Jésus prie le Père pour son Église. Et ce qu'il demande principalement, c'est l'unité. Aujourd'hui, deux mille ans plus tard, nous voyons que ceux qui ont cru par la parole des apôtres, les croyants au Christ, ne sont pas unis. Que de barrières, que de cloisons entre nous!
Et ce n'est pas par hasard que Jésus dit: « Qu'ils soient un en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé ». Pour beaucoup d'incroyants, la division des chrétiens est un témoignage de plus contre l'Église. En effet, va donc comprendre qui a raison et qui a tort... Il est plus simple de dire: puisque les chrétiens ne sont pas capables de régler leurs différends et de parvenir à une opinion commune, alors ce qui les unit n'est sans doute pas si important...
Mais nous savons que c'est le Seigneur lui-même qui nous unit. Que peut faire chacun de nous pour l'unité de l'Église? Rien, et en même temps beaucoup. Car l'unité commence aujourd'hui, maintenant: lorsque nous reconnaissons les uns dans les autres des frères et des sœurs, lorsque nous prions ensemble, lorsque nous travaillons ensemble pour Dieu... lorsque nous cherchons ce qui unit, et non ce qui nous divise.
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
Nous voici devant la Cène, le discours d’adieu aux disciples. Aujourd’hui, l’Église ne nous propose, semble-t-il, que sept versets de plusieurs longs chapitres dans lesquels Jésus s’entretient une dernière fois avec les futurs apôtres. Il y a tant à dire avant Son « départ » : il faut les préparer à l’épreuve principale de leur vie... C’est précisément pourquoi ces versets sont si riches : Jésus ne peut Se permettre de perdre du temps ni en paroles superflues ni en longues explications. De toute façon, les disciples ne sont pas en mesure de comprendre maintenant tout ce qu’Il dit, mais plus tard l’Esprit viendra et leur rappellera tout (voir Jn 14:26). Il leur rappellera cette prière du Maître, Son ardent désir de l’unité de Ses disciples et de tous ceux qui croiront grâce à leur témoignage. Et les mots « qu’ils soient parfaitement un » signifient bien plus que des idéologies, des aspirations communes et autres choses semblables : il s’agit d’une unité parfaite qui embrasse toutes les sphères de nos vies. Jésus prie aussi pour que chaque personne sache que le Père l’a aimée comme Il a aimé le Fils (voir Jn 17:23). Car c’est précisément cette connaissance qui peut transformer le monde en unissant tous les hommes dans l’unité que notre Seigneur attend.
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
Jésus prie pour Ses disciples comme pour ceux qui poursuivront Son œuvre dans le monde, tout en demeurant un avec Lui-même. Il ne prie pas pour eux comme pour des adeptes au sens religieux ou idéologique. Ni comme pour des continuateurs de Son œuvre au sens où les compagnons du fondateur d'un mouvement religieux poursuivent l'œuvre de celui-ci. Jésus prie pour Ses disciples comme pour des habitants de Son Royaume, qui porteront ce Royaume dans le monde comme Il l'y a porté Lui-même. Mais on ne peut le porter qu'en étant soi-même un habitant du Royaume. En vivant de sa vie, et donc de la vie de son Roi. C'est précisément cette vie pour Ses disciples que Jésus demande à Son Père céleste. En tant que Maître, Il les y a fait participer, mais ils devront désormais vivre cette vie par eux-mêmes. Bien sûr, Il ne les laissera pas sans soutien. Mais une nouvelle étape du chemin commence maintenant pour les disciples.
Auparavant, ils pouvaient participer à la vie du Christ, à la vie du Royaume, simplement en étant en communion avec le Maître. Directement, face à face. Tant qu'il y avait communion, il y avait aussi la vie. Mais la situation changeait désormais. Bien sûr, il est encore possible aujourd'hui de rencontrer le Christ face à face. Beaucoup L'ont rencontré après Sa résurrection et Son ascension : Paul fut le premier, mais nullement le dernier. Pourtant, beaucoup plus dépendra désormais de la personne elle-même. De son état spirituel. De sa propre vie et de sa richesse spirituelle.
Auparavant, Jésus seul portait en Lui la plénitude du Royaume. Désormais, Ses disciples la porteront dans le monde avec Lui. Et pas seulement les douze qui étaient avec Lui lors de la Cène, mais d'autres aussi. Ceux qui L'accueilleront sur le témoignage des douze. Le Royaume commencera à se répandre dans le monde. C'est cela, au fond, la mission chrétienne. Car le christianisme n'est pas quelque nouvelle religion, mais précisément cette vie du Royaume. Faire de quelqu'un un chrétien n'est pas au pouvoir des hommes ; l'aider à rencontrer le Christ, en revanche, l'est.
Lui montrer le Royaume et sa vie. Ensuite, chacun décidera lui-même s'il a besoin de tout cela ou non. Et s'il décide que oui, puis reste cohérent avec sa décision, la présence du Royaume dans le monde grandira encore un peu. Puis encore et encore. Jusqu'à ce qu'une certaine mesure de la plénitude de la présence du Royaume soit ainsi manifestée au monde. Alors deviendront possibles le retour du Christ dans la gloire et la transfiguration du monde, qui, à la fin des temps, devient une terre nouvelle sous un ciel nouveau.
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, |
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. |
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : |
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. |
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. |
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. |
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » |
Nous pouvons dire que nous devons nous estimer heureux, parce qu'il nous est possible d'« entendre » comment notre Dieu priait et aussi parce qu'Il priait pour nous. En lisant attentivement Sa prière, nous voyons comme des cercles concentriques : Jésus ; Ses disciples, les apôtres pour lesquels Il prie au début du chapitre 17 de l'Évangile selon Jean ; et nous, le troisième cercle, qui croyons en Lui par la parole des apôtres (voir Jn 17:20). Pourquoi sommes-nous seulement dans le troisième cercle, pouvons-nous demander ? Cela paraît bien loin ! En même temps, il est vrai que peu d'entre nous prétendraient au rôle et à la croix des apôtres... Mais regardons les choses autrement : Il prie aussi pour nous, nous sommes nous aussi très importants pour Lui, et Il se souvient de chacun de nous avant Sa mort. En outre, pour quoi Jésus prie-t-Il ? Pour l'unité. Non pas pour une unité quelconque, mais pour cette plénitude que l'on ne trouve qu'entre Lui et le Père (voir Jn 17:21) ! Plus tôt, Il prie pour l'unité des disciples, et maintenant pour la nôtre. Il devient alors clair que chacun de nous est pour Lui un apôtre appelé à annoncer la Bonne Nouvelle et à « unir » le monde dans l'amour.
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
Un remarquable catéchiste a une réponse universelle aux questions trop subtiles: « Tu mourras, et tu le lui demanderas toi-même ». Mais dans la lecture d'aujourd'hui, Jésus prononce des paroles bouleversantes: « En ce jour-là, vous ne me demanderez rien! »
Comment cela? Pourquoi? Pourquoi toutes les questions disparaissent-elles? Parce qu'il nous verra; et remarquez bien: ce n'est pas nous qui le verrons, c'est lui qui nous verra. Et lorsqu'il regardera chacun dans les yeux, alors il ne restera plus de questions. Parce qu'il m'attendait, parce qu'il voulait me revoir, et lorsque lui me voit, la véritable Rencontre a lieu, après laquelle il ne reste plus de questions.
C'est précisément ce qu'écrit l'apôtre Paul: « Maintenant nous voyons comme dans un miroir, d'une manière obscure; alors nous verrons face à face. Maintenant je connais en partie; alors je connaîtrai comme j'ai été connu » (1 Co 13:12).
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. |
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. |
22 Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. |
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
En vérité, quelle joie et quelle allégresse dans ce qui vient après la tristesse ! Le Seigneur dit à Ses disciples : « Votre tristesse se changera en joie » (Jn 16,20). Oui, il s’agit ici de la tristesse causée par la mort du Maître et de la joie de la Résurrection. Et la joie vient parce que le Seigneur ressuscite et Se manifeste de nouveau à ceux qui Le cherchent. Mais qu’est-ce qui nous empêche d’appliquer ce passage à nos tristesses quotidiennes ? Quelqu’un nous a offensés, lésés ou contrariés, et nous ne voyons aucune issue au ressentiment qui ronge notre âme... Mais où est le Seigneur à ce moment-là ? Notre cœur se souvient-il vraiment de Sa Résurrection et du fait qu’Il ne nous abandonnera jamais ? Alors pourquoi ne se réjouit-il pas ? Je ne peux pas croire que les petits chagrins, et peut-être même les grands, soient plus grands que la joie de Sa Résurrection ! Il existe des saints, ou simplement des personnes heureuses, qui s’en souviennent toujours et qui ne connaissent pas ces moments où elles sont tristes et doivent lutter contre leur orgueil et leur amour-propre. Mais, d’un autre côté, nous avons encore de quoi grandir, et nous avons cette possibilité merveilleuse : vivre la Résurrection de notre Seigneur chaque fois qu’après avoir surmonté le ressentiment et l’amertume, nous revenons en Sa présence.
20 Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont. |
21 Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. |
En parlant de l’inévitabilité des persécutions qui attendent les chrétiens, Jésus en définit en même temps clairement la cause. Ses paroles montrent que ces persécutions ne peuvent pas être appelées religieuses, pas plus que le christianisme ne peut être appelé une religion. Jésus ne parle en effet d’aucune nouvelle religion. Il parle d’une vie nouvelle. De la vie de ce Royaume qu’Il a apporté dans le monde. Et du fait que cette vie nouvelle est incompatible avec la vie du monde dans son état présent. S’il s’était agi de religion, l’opposition aurait peut-être pu être évitée.
Toute religion possède habituellement une certaine capacité d’adaptation. Toutes les religions, d’une manière ou d’une autre, se sont adaptées et s’adaptent dans une certaine mesure aux exigences de ce monde, et les religions nées sur le sol chrétien ne font pas exception. Mais adapter la vie du Royaume à la vie de ce monde, personne n’y est jamais parvenu. Sous aucune forme de ce monde, ni séculière ni religieuse. Ce n’est pas par hasard que le judaïsme lui-même, devenu le milieu religieux et, dans une certaine mesure, la forme religieuse d’existence de l’Église primitive, n’a pas accepté le christianisme.
Ce qui, dans le judaïsme, dépassait les cadres proprement religieux, c’est-à-dire la tradition de la Révélation vivante, l’enseignement sur la Torah intérieure et sur la Torah vivante, a été accepté et assimilé par le christianisme (même si quelque chose s’en est ensuite perdu). Mais le judaïsme comme religion n’est jamais devenu une partie organique de la vie chrétienne. Et cela ne tient pas aux païens nouvellement convertis, mais au fait que le christianisme, comme vie nouvelle, n’entrait dans aucun cadre religieux. Même dans ceux qui faisaient partie du sol où il avait grandi. Et la religiosité née sur le sol du christianisme historique s’est elle aussi révélée trop étroite pour la vie chrétienne.
Ce n’est pas par hasard que l’histoire chrétienne a connu si souvent des cas où des justes chrétiens (ou, comme on les appelle dans certaines Églises, des saints), qui cherchaient la plénitude de la vie du Royaume et la trouvaient, étaient persécutés précisément par des hommes religieux et par des autorités religieuses, désormais chrétiennes. La religion fait partie de ce monde, et lorsqu’elle rencontre le Royaume et sa vie, cette particularité se manifeste nécessairement. Voilà pourquoi Jésus parle de l’inévitabilité des persécutions. Jusqu’à la fin des temps. Jusqu’au triomphe complet du Royaume. Et jusqu’à la transfiguration complète de la nature même de ce monde.
21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » |
22 Judas — pas l’Iscariote — lui dit : « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » |
23 Jésus lui répondit :« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. |
24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ; et ma parole n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé. |
25 Je vous ai dit cela tandis que je demeurais près de vous. |
26 Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. |
Les choses les plus simples sont les plus difficiles à accepter. Il est très difficile de répondre à une question qui n’admet que deux réponses, « oui » ou « non ». Rien de plus simple pourtant : il faut décider qui est Jésus. Si la réponse est : « Il est le Messie », alors, selon Ses paroles, tout ce qui suit est simple. Tu L’aimes, tu gardes Sa parole, et la vie devient quelque chose de littéralement surnaturel. Dieu le Créateur, le Tout-Puissant, établira Sa demeure en celui qui aime le Fils. Ce qui dérange le plus ici, c’est la simplicité du choix. Tu aimes ou tu n’aimes pas. Tu crois ou tu ne crois pas. Tu accomplis ou tu n’accomplis pas. Je crois, semble-t-il, mais je n’accomplis pas. Qu’en est-il alors ? Celui qui aime accomplit nécessairement, donc je n’aime pas. Et je ne pourrai pas devenir une demeure ? On pourrait continuer ainsi à tourner dans ce cercle vicieux, dont il ne semble exister qu’une seule issue humaine : puisque tout est si terrible et que, par mes propres forces, je ne pourrai jamais accomplir les paroles de Jésus, il est inutile d’essayer. Et aussitôt vient la réponse. Par nos seules forces humaines, bien sûr, rien ne réussira. Mais Celui qui va à la Croix pour le salut de chaque homme enverra le Consolateur, qui rappellera tout ce qui a été oublié dans l’agitation et relèvera chacun de ceux qui tombent sans cesse, même sur un terrain plat.
22 Judas — pas l’Iscariote — lui dit : « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » |
23 Jésus lui répondit :« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. |
L'entretien de la Cène est consacré, au fond, à un seul thème : celui du Royaume. Avant Sa mort et la résurrection qui L'attend, le Sauveur veut raconter le plus possible à Ses disciples ce qui les attend. Eux Le comprennent de manière tout humaine, conformément aux représentations messianiques populaires propres à l'époque. L'un des thèmes les plus importants liés au Royaume était celui de l'Esprit Saint. Cela se comprend : le souffle de Dieu traverse le Royaume jusqu'à ses ultimes limites. Ce souffle constitue, à proprement parler, la nature du Royaume, ou plutôt ce qui, dans le Royaume, remplace la nature. Tout ce qui devient partie du Royaume en est pénétré. Tous ses habitants y participent. Le chemin de Jésus, qui s'achève sur terre, se poursuit dans le Royaume. Et à Ses disciples et à Ses fidèles, le Royaume s'ouvre précisément comme ce souffle de Dieu, le souffle de l'Esprit Saint.
Mais les disciples attendent autre chose. Ils ne parviennent pas à comprendre : où donc est ce Royaume messianique visible de tous et de chacun, dont on parle tant parmi le peuple ? Quand viendra-t-il ? Ils attendent le début d'un soulèvement messianique auquel ils devront tous participer. Ils attendent l'armée céleste, les légions angéliques qui apparaîtront bien sûr à l'appel de leur Maître, car pour Lui rien n'est impossible. Ils ne comprennent pas pourquoi leur Maître se prépare finalement à se manifester à eux seuls, et non au monde entier. Cela signifie-t-il qu'il n'y aura pas de Royaume ? Qu'il n'y aura qu'un petit cercle de partisans et de disciples ?
Il leur était encore incompréhensible qu'il est impossible d'entrer physiquement dans le Royaume que leur Maître a apporté au monde, qu'on peut être en sa présence et ne pas remarquer cette présence. Ils ne comprendront tout cela qu'après la Pentecôte. Alors il leur deviendra clair que le Royaume « n'est pas de ce monde » non parce qu'il y agirait des lois particulières, mais parce que sa nature est autre. Une nature qu'on ne trouve pas dans ce monde.
Et cette nature est précisément déterminée par le souffle de Dieu. Seul peut le voir celui qui le veut et le cherche. Mais cette compréhension du Royaume viendra aux apôtres plus tard. Pour l'instant, ils attendent le Royaume qu'ils connaissent. Et ils s'étonnent en écoutant le Maître. Mais l'étonnement, en soi, n'empêche pas la communion avec le Christ. Ce qui l'empêche, c'est la défiance. L'étonnement, lui, passe. La confiance des disciples envers le Maître, elle, était là. Malgré tout. C'est elle qui les a aidés à traverser tout ce qui suivit. Et à vivre jusqu'à la Pentecôte.
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
De quel jour Jésus parle-t-il à ses disciples? On pourrait bien sûr penser qu'il s'agit du jour de sa Résurrection, lorsque tout deviendra enfin clair pour les apôtres et que toutes leurs questions et perplexités se résoudront. Mais se sont-elles résolues après la Résurrection de leur Maître? La question est ambiguë. Bien sûr, après la Résurrection ils comprirent ce que Jésus voulait dire lorsqu'il leur parlait de l'achèvement de son chemin terrestre, mais pour le reste les apôtres avaient encore beaucoup de questions et de perplexités, ainsi que des illusions. Il suffit de rappeler comment, le jour même de l'Ascension, ils attendent encore que leur Maître « rétablisse le royaume pour Israël ».
À ce qu'il apparaît, la compréhension n'était pas si simple, et elle n'est venue en plénitude aux apôtres qu'au jour de la Pentecôte, lorsque, sous l'action du souffle de Dieu, ils devinrent d'autres hommes en participant au Royaume. Mais cela signifie-t-il que toutes leurs questions disparurent d'un seul coup et que toutes leurs perplexités furent résolues? En partie, sans doute, oui; mais si l'on parle d'une pleine clarté, il est évident qu'elle ne peut venir qu'au jour du Jugement, lorsque le Royaume se révélera dans toute sa plénitude. Avant ce jour, parler d'une telle résolution est prématuré. Peut-être, en parlant du jour où ses disciples ne lui poseront plus aucune question, Jésus a-t-il tout de même en vue non pas le jour de sa Résurrection, mais le jour de son retour dans la gloire, le jour du Jugement et du triomphe définitif du Royaume.
En attendant, il dit aux apôtres: Je suis venu dans le monde de la part du Père, et maintenant je quitte de nouveau le monde et je vais vers le Père. Et il leur semble qu'ils le comprennent. Ils pensent sans doute qu'il les laisse pour revenir bientôt avec une armée céleste victorieuse, revenir en vainqueur triomphant, tel que, selon eux, le Messie devait apparaître à Israël. Mais lui, bien sûr, comprend parfaitement ce qu'ils attendent et ce qu'ils espèrent, et c'est pourquoi il dit que très bientôt ils se disperseront tous, le laissant seul: car il n'y aura aucune guerre victorieuse. Et de toute façon il n'y aura aucune guerre, seulement la mort sur la croix et la Résurrection, et le Royaume qui « n'est pas de ce monde ».
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Dans le passage évangélique d'aujourd'hui, nous lisons que les apôtres ont soudain décidé, pour une raison ou pour une autre, qu'ils croyaient que Jésus était sorti de Dieu. Ils annoncent au Christ que Ses paroles, qui leur avaient paru intelligibles et convaincantes, les ont enfin satisfaits. Et les apôtres ont décidé qu'ils croyaient. Mais, comme le dira plus tard l'apôtre Paul, « c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu » (Ep 2:8). C'est pourquoi le Christ doit refroidir un peu l'ardeur des disciples, en leur prédisant directement qu'ils Le trahiront bientôt.
Mais, comme le Christ Lui-même l'explique, cette prophétie n'est pas faite pour accuser, mais pour consoler. Pour que, plus tard, les disciples comprennent que le Maître allait vers la croix tout en sachant tout. Pour qu'ils aient l'espérance de Son pardon. Pour que leur coeur puisse retrouver la paix perdue (voir Jn 16:33).
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. |
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. |
Serait-il vraiment possible désormais de tout demander dans la prière ? Pourtant, en Jn 15:7 nous lisons : « Si vous demeurez en Moi, et que Mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé ». Il en résulte que tout est finalement lié au Message de Jésus : on peut tout demander, mais à une condition : que nos désirs coïncident avec les désirs du Père céleste, révélés dans la vie et le destin de Son Fils.
Mais n’est-ce pas là fixer un niveau trop élevé ? Sans aucun doute, il est élevé, parce qu’il est éternel et ouvre une perspective infinie, vertigineuse, de développement personnel. Or cela n’est possible que dans une sortie constante hors des limites de ses propres désirs, projets et accomplissements ; cela suppose donc une ouverture constante à Dieu dans la prière et la vie quotidienne, et une croissance dans l’unité avec Lui jusqu’à Ses desseins et Ses dimensions.
Quant à l’aisance matérielle et à la prospérité, il semble que, du point de vue de Jésus, ces choses n’étaient qu’un moyen que l’on peut employer de différentes manières. En tout cas, elles ne peuvent guère être l’objet des désirs passionnés des disciples du Christ, car en elles-mêmes de telles choses ne rapprochent pas de Dieu et n’éloignent pas de Lui. En fin de compte, certains ont plus de chance dans la vie, d’autres moins ; l’un peut devenir millionnaire, un autre se retrouver au fond ; mais, parmi toutes les circonstances possibles de la vie, l’essentiel demeure la capacité de l’homme à ne pas perdre la joie et l’optimisme qui naissent du fait que nous sommes aimés de notre Père céleste, et à regarder tout malheur ou tout succès seulement comme une nouvelle tâche : changer quelque chose en soi et autour de soi, chercher à comprendre Ses désirs et Ses décisions pour la tâche la plus grandiose qui porte le nom de « vie humaine ».
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté. |
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, |
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu. |
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Aujourd’hui, nous lisons un passage du dernier entretien du Christ avec Ses disciples, dans lequel le Seigneur parle de ce que l’apôtre Paul appellera plus tard l’adoption par la foi. Le dessein de Dieu consiste donc à donner aux hommes un accès direct au Père grâce à l’incarnation, à la souffrance et à la résurrection du Christ. Le Seigneur, que l’apôtre appellera l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, S’est pleinement uni aux hommes en tout, à l’exception du péché. C’est pourquoi Il dit aux disciples que le Père Lui-même les aime, que ce ne sera plus le Christ qui priera pour eux, mais que le Père Lui-même les entendra.
Il s’agit donc de surmonter l’abîme que la chute a creusé entre chacun de nous et Dieu. Demandez en Mon nom, recommande le Seigneur à Ses disciples. En nous unissant au Christ par la foi, nous recevons la possibilité de nous adresser au Père au nom du Christ. En devenant un seul Corps avec Jésus dans la communion, nous devenons nous aussi enfants de Dieu, comme l’écrit si clairement l’évangéliste Jean dans sa première épître. C’est en cela que se révèle à nous la source de la vie véritable. Et tout ce qui est indigne des enfants de Dieu peut enfin disparaître de notre vie, si nous œuvrons dans ce but.
25 Je vous ai dit cela tandis que je demeurais près de vous. |
26 Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. |
27 Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. |
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. |
29 Je vous le dis maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez. |
30 Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient, le Prince de ce monde ; sur moi il n’a aucun pouvoir, |
31 mais il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. Levez-vous ! Partons d’ici ! |
L’Esprit Saint vous enseignera toutes choses, mais Il vous rappellera aussi tout ce que le Christ a dit. Ces paroles contiennent la réponse à une question souvent posée : selon quel principe les Évangiles canoniques ont-ils été retenus, puisque l’on sait que les récits évangéliques étaient bien plus nombreux ? Les paroles et les épisodes consignés par les quatre évangélistes ont été conservés précisément parce que l’Esprit Saint n’a pas permis qu’ils tombent dans l’oubli. Par ailleurs, quiconque connaît un tant soit peu les « évangiles apocryphes » conviendra que, bien qu’ils reprennent certains motifs évangéliques, ils appartiennent à un autre genre de littérature.
En partant, Il laisse la paix à Ses disciples, mais souligne que Sa paix ne ressemble pas à celle à laquelle les hommes sont habitués. Malheureusement, la paix qui s’établit ordinairement dans les relations humaines ne peut se définir que négativement, comme une absence temporaire de guerre et d’hostilité, et c’est là que résident sa faiblesse et sa fragilité. Mais la paix apportée par le Christ équivaut à l’authenticité de la vie. À côté d’elle, toute hostilité ressemble à une sombre fissure où la lumière n’a pas encore pénétré.
26 Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. |
27 Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. |
1 « Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. |
2 On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. |
3 Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. |
4 Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. « Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous. |
Dans notre monde, tout est lié : tout événement entraîne nécessairement autre chose, et nous ne pouvons pas toujours dire ce que ce sera. Par exemple, un sourire au prochain peut lui remonter le moral, ou même l'aider à comprendre qu'il existe la joie et l'amour, et lui rendre le désir de vivre. L'huile tristement célèbre renversée par Annouchka peut devenir la cause d'une mort... Tout est lié, et les conséquences peuvent être très graves. Cela nous impose le devoir d'être extrêmement attentifs dans nos rapports avec le monde et avec ceux qui nous entourent, en comprenant que seul l'Amour entraîne toujours le bien.
Dans la lecture d'aujourd'hui de l'Évangile selon Jean, Jésus parle aussi du lien entre tout ce qui arrive. Il annonce le témoignage de l'Esprit de Vérité, le Consolateur qui nous est envoyé (voir Jn 15:26). Or l'Esprit du Seigneur, qui vient remplir les coeurs de ceux qui croient en Lui, est un don de Dieu. Les paroles « Et vous aussi, vous rendrez témoignage » (Jn 15:27) disent qu'après le don vient notre travail : son emploi pour le service de Dieu, la transmission de l'Esprit aux autres, comme le faisaient les Apôtres. Si l'on ne partage pas ce que Dieu te donne, ce que tu t'es approprié disparaîtra tout simplement, comme se fane une fleur serrée fortement dans la main. Ainsi, si quelque chose est donné d'en haut, il faut l'utiliser, car rien n'est donné sans raison.
26 Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. |
En prononçant le mot «Consolateur», chacun se représente quelque chose à sa manière, mais il y a aussi des traits communs que l’on peut dégager. Le Consolateur doit délivrer de la tristesse et de l’angoisse, essuyer les larmes, caresser la tête et dire quelque chose d’agréable. Est-ce ainsi que le Seigneur comprend ce mot lorsqu’il parle du Consolateur?
Nous ne trouvons rien de tel: le Consolateur enseignera tout et rappellera tout. La consolation se présente devant nous comme connaissance, accueil et assimilation des paroles du Christ. C’est seulement là que le Seigneur voit pour nous la possibilité d’être consolés, de trouver le bonheur et la liberté.
26 Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. |
La traduction russe du mot grec «Paraklètos» souligne seulement un sens de ce mot polysémique. Et nous attendons parfois de l’Esprit Saint d’abord la consolation dans nos peines. Mais remarquons que Jésus parle d’œuvres de l’Esprit tout à fait différentes, qui se rapportent plutôt à d’autres traductions de Son Nom. On appelait Paraklètos l’avocat dans une audience judiciaire, celui qui pouvait suggérer à l’accusé le comportement juste, les paroles justes. Il est dit aussi ailleurs dans le Nouveau Testament que l’Esprit Saint donne la force et les paroles pour témoigner du Christ (voir Mt 10:19-20; Jn 15:26; Ac 1:8). Mais l’Esprit ne met pas seulement des paroles dans la bouche; Il apporte l’amour et la vérité dans le cœur, et ce sont précisément l’amour et la vérité qui deviennent la source de toutes nos relations, la force motrice de tous nos actes. C’est ce qui s’est produit avec les apôtres à la Pentecôte, et c’est ce qui se produira aussi avec nous, si seulement nous le demandons, parce que «le Père céleste donnera l’Esprit Saint à ceux qui Le lui demandent» (Lc 11:13).
27 Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. |
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. |
29 Je vous le dis maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez. |
30 Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient, le Prince de ce monde ; sur moi il n’a aucun pouvoir, |
31 mais il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. Levez-vous ! Partons d’ici ! |
1 « Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. |
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit. |
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. |
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. |
5 Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. |
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. |
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. |
En décrivant le Royaume, Jésus recourt à l'image de la vigne, du cep, traditionnelle pour le yahvisme et le judaïsme. Mais dans cette image traditionnelle, il met un sens nouveau lié à l'essence du Royaume qu'il a apporté au monde. Bien sûr, il y a place ici pour la compréhension traditionnelle du Royaume comme lieu où n'agit qu'une seule volonté: la volonté de Dieu, créateur du monde. Ce n'est pas par hasard que Jésus dit que « le prince de ce monde » « n'a rien en lui »: car le Royaume qu'il a apporté au monde n'existe pas selon les lois de ce monde, de sorte que « le prince de ce monde » ne peut avoir aucun pouvoir sur lui, même si, demeurant dans notre monde non transfiguré, le Royaume est constamment en contact avec lui.
Mais l'image du cep devient aussi l'image des relations à l'intérieur du Royaume, où tous sont liés les uns aux autres et au Christ comme les sarments sur le cep. Ce lien est absolu, immédiat et organique: chaque sarment est le prolongement du cep; si on l'en arrache, il se dessèche. Tous les sarments vivent d'une seule vie avec le cep, se nourrissant avec lui des mêmes sucs venus d'une même source. De toute évidence, c'est de cette manière que les habitants du Royaume sont liés les uns aux autres et au Christ.
De ce point de vue, on peut définir le Royaume comme un espace unique de relations qui relient entre eux tous ses habitants, au centre duquel se trouve le Christ. Et c'est précisément le fait de la présence du Christ qui fait du Royaume le Royaume. Car pour qu'il reste lui-même, il lui faut une constance des relations, une stabilité de celles-ci, impensables dans le monde déchu pour une volonté humaine endommagée par la chute. Seule la volonté de celui qui, étant Homme, est demeuré non soumis au péché peut devenir le fondement d'une unité stable, nécessaire comme condition indispensable de l'existence du Royaume dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré. C'est précisément cela, à ce qu'il semble, que le Sauveur a en vue lorsqu'il dit: « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ».
Bien sûr, même dans l'état déchu, l'homme peut parfois, avec l'aide de Dieu, faire quelque chose de bon. Mais faire quoi que ce soit pour le Royaume n'est possible qu'en étant une partie du Royaume. Et être une partie de celui-ci est impossible sans l'unité spirituelle avec celui qui constitue son fondement spirituel, qui est l'axe spirituel sur lequel le Royaume tient.
Une extrémité de cet axe est tenue par Dieu, qui a ressuscité son Fils d'entre les morts. À l'autre, nous sommes là, nous qui nous considérons comme chrétiens et qui essayons de l'être autant que nous le pouvons. Et entre nous se trouve le Royaume, qui entre dans le monde à travers nous.
27 Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. |
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. |
29 Je vous le dis maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez. |
30 Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient, le Prince de ce monde ; sur moi il n’a aucun pouvoir, |
31 mais il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. Levez-vous ! Partons d’ici ! |
Pour décrire l'union avec Lui qui est possible, le Christ choisit l'image de la vigne. Même si, comme toute image et toute parabole, elle a ses limites, cette image est néanmoins d'une précision saisissante. Elle montre notre vie sous de multiples aspects à la fois, décrivant exactement notre place par rapport à Dieu. D'un côté, nous ne pouvons être plus que ce que nous sommes ; nous ne sommes pas capables de porter du fruit par nous-mêmes. Nous ne sommes que des sarments, qui ne sont rien sans la vigne (voir Jn 15:5). D'un autre côté, nous ne pouvons être moins que ce que Dieu a voulu pour nous. Car, en parlant du sarment retranché parce qu'il ne porte pas de fruit (voir Jn 15:2), le Christ nous appelle à la responsabilité : puisque nous nous disons sarments, il nous faut l'être. Et cette image fait aussi très clairement comprendre que nous ne sommes pas seuls dans l'Église. Nous, les sarments, sommes nombreux, mais tous nous nous nourrissons de la sève d'une seule vigne. Et, comme le dira plus tard l'apôtre Paul (voir 1 Co 12:12–27), lorsqu'un sarment souffre, la vigne et tous les autres sarments souffrent avec lui. Et lorsqu'un sarment se réjouit, la vigne et les autres se réjouissent avec lui. Quand l'un accomplit une bonne action, toute l'Église est dans la joie. Quand l'un pèche, tous en souffrent. Le Christ en premier lieu.
27 Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. |
En parlant de la paix qui n’est pas de ce monde, Jésus appelle Ses disciples à ne pas craindre. Il s’agit bien sûr de la paix au sens où ce mot est employé dans le yahvisme et le judaïsme, puis chez les chrétiens: de la paix comme présence de Dieu, ou plutôt comme l’action de la présence de Dieu sur la nature humaine, action qui provoque chez l’homme un sentiment de paix intérieure et de repos. Mais l’essentiel n’est pas dans les sensations, il est dans la Présence elle-même. Elle était bien sûr connue de ceux qui cherchaient Dieu avant la venue du Christ, surtout des yahvistes: Dieu n’a jamais abandonné Son peuple.
Mais se libérer complètement de la peur, cela n’avait jamais existé; même ceux qui semblaient se tenir fermement sur le chemin de la justice éprouvaient la peur. Cela se comprend: la justice n’est pas propre à l’homme par nature. Elle n’est pas une propriété ni une qualité de l’homme déchu; elle est seulement un état dans lequel on peut demeurer, mais qu’il est facile de perdre. Au fond, l’homme déchu est juste contre sa nature. Et, dans tous les cas, il doit s’opposer au mal et au péché qu’il porte en lui. Cela signifie que les peurs peuvent aussi trouver une place dans la vie du juste. Tant que la nature humaine ne sera pas transfigurée complètement et jusqu’au bout, on ne pourra pas s’en délivrer définitivement.
On peut seulement faire en sorte qu’elles ne déterminent pas le cours de la vie spirituelle et de la vie tout court. Mais avec la venue du Christ, la situation a changé: avec Lui, le Royaume est entré dans le monde. Et donc aussi la possibilité de cette transfiguration complète et définitive de la nature humaine. Et, par conséquent, de la délivrance de toutes les peurs liées à la chute. Y compris la peur de la mort et la peur de ce que les hommes considèrent comme surnaturel: les deux principales peurs de l’homme contemporain. Dans le Royaume, il n’y a pas de peurs; et Jésus appelle Ses disciples précisément là, à Sa suite.
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
C'est peut-être la description la plus brève de la mission du Christ: il est venu, puis il est parti. Mais entre ces deux moments s'est accompli quelque chose de très important, qui a changé le monde pour toujours. Le monde dans lequel Jésus est venu et celui qu'il laisse derrière lui sont, en un certain sens, deux mondes différents.
Le monde d'il y a deux mille ans ressemble à une pièce avec une seule porte, derrière laquelle vient une puanteur infecte; la venue du Christ ouvre une nouvelle porte, donnant une autre sortie, et, en partant vers le Père, il laisse cette porte grande ouverte. Le jour de la Pentecôte, par cette porte ouverte, un vent frais fait irruption dans la pièce, emportant dans son courant toute la puanteur et le renfermé. La vie change qualitativement: une perspective positive y apparaît.
Lorsque nous regardons notre quotidien, nous perdons parfois cette perspective. La saleté qui rampe dans notre vie par cette première porte, à travers les commérages, les injures et les rumeurs, empêche de respirer à pleins poumons. Mais la porte vers Dieu demeure ouverte: nous pouvons nous y frayer nous-mêmes un passage et y conduire d'autres personnes.
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père. » |
Voici enfin venu le moment où Jésus parle aux disciples presque directement, à mots ouverts, du chemin qui L'attend. Il dit : Je suis venu du Père et je retourne au Père. Qu'ont alors pensé les disciples ? Il ne reste qu'à le deviner. Mais Jésus Lui-même leur dit directement que très bientôt ils se disperseront tous, Le laissant seul. Et alors il ne restera avec Lui que Son Père.
Ces paroles montrent clairement que les disciples n'ont pas réellement compris le sens des paroles de leur Maître, et les événements tout proches le confirmeront bientôt. Il s'est produit la même chose qu'avec les paroles du Sauveur sur Sa messianité et sur le Royaume messianique : les apôtres les ont comprises à leur manière, conformément aux représentations du Messie et du Royaume qui étaient propres à la religiosité populaire de l'époque évangélique. Apparemment, dans les paroles de Jésus, ils voyaient une allusion à une glorification de leur Maître, mais plutôt terrestre et purement humaine. Il est probable qu'ils aient compris les mots « je vais vers le Père » non au sens de Sa mort et de Sa résurrection, mais au sens du triomphe extérieur qu'ils attendaient. Les apôtres n'étaient pourtant pas naïfs au point de ne pas comprendre l'imagerie et le symbolisme auxquels Jésus recourt. Simplement, ce symbolisme comportait plusieurs couches de sens. La glorification comme le retour vers le Père pouvaient se comprendre de diverses manières.
On pouvait voir dans tout cela quelque chose qui correspondait aux représentations populaires traditionnelles du Royaume, ou bien ce que Jésus avait en vue. Dans le premier cas, tout était simple et clair : Jésus parle de Lui-même comme du Messie, Il parle directement et sans allégories. Dieu, Son Père céleste, L'a envoyé, et c'est de Lui qu'Il vient comme envoyé du Ciel (c'est précisément ainsi que la conscience religieuse populaire se représentait le Messie). Et maintenant Il retourne de nouveau vers le Père, de qui Il recevra enfin toute la plénitude du pouvoir pour établir le Royaume messianique. Évidemment, un royaume terrestre : la plupart des Juifs croyants d'alors ne s'en représentaient aucun autre.
Très probablement, les disciples de Jésus ont compris les paroles de leur Maître précisément ainsi. Et Jésus, bien sûr, le sait. C'est pourquoi Il dit que très bientôt ils se disperseront tous : Il prévoit leur réaction à Son arrestation, qui sera pour eux une surprise totale et absolue. Mais Il a tout de même essayé de leur parler de Son chemin aussi clairement que cela était possible, compte tenu de leurs attentes et de leur état spirituel. On ne pouvait pas en dire davantage. La suite dépendait entièrement d'eux-mêmes et de leur choix.
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi. |
Pendant la Cène, Jésus cherche sans cesse à faire comprendre à Ses disciples une pensée simple : Il s'en va, mais la vie continue. Et pas seulement la vie, mais la vie dans le Royaume. Plus encore : Son départ est lié au processus d'avènement de ce Royaume même. À l'entrée du Royaume dans le monde et à son déploiement dans le monde. Il s'en va pour accomplir ce pour quoi Il est venu.
C'est pourquoi Il dit aux disciples : si vous M'aimiez vraiment, vous vous réjouiriez de Mon départ. Car Je vais accomplir ce que, selon vos propres paroles, vous attendez. Mais les apôtres ne le comprennent pas. Ils ne comprennent pas quel est ce Royaume dont le Roi doit partir pour qu'il apparaisse. Humainement, cela ne pouvait pas se comprendre. Dans ce monde, cela n'arrive pas. Ici, tout est à l'inverse : si le roi disparaît, cela signifie que le royaume n'existe plus. Car un royaume, du moins au sens où on le comprenait dans l'Antiquité, c'est avant tout un roi et des sujets, non un territoire.
Le territoire, on peut toujours l'acquérir. Mais s'il n'y a pas de roi, il n'y aura certainement pas de royaume, même si tout va bien du côté du territoire. Ne serait-ce que parce que, sans roi, l'ordre disparaîtra très vite. Les disciples, bien sûr, comprenaient parfaitement tout cela, et c'est pourquoi ils étaient perplexes devant le comportement étrange du Maître, tel qu'il leur semblait. Au lieu de commencer la création du Royaume messianique et de faire au moins quelques pas compréhensibles et naturels dans ce sens, Il semble se préparer à partir quelque part, à se cacher.
Pourquoi ? La seule explication raisonnable qui pouvait venir à l'esprit des disciples était qu'Il voulait rassembler davantage de gens avant de commencer le soulèvement. Peut-être avait-Il des partisans secrets ? Peut-être allait-Il justement vers eux, afin de revenir avec des forces plus impressionnantes que les onze hommes présents ? Après tout, ceux qui Lui étaient favorables étaient nombreux, et l'accueil à l'entrée de Jérusalem avait été solennel.
Quoi qu'il en soit, lorsque Jésus se leva de table et appela les disciples à Le suivre, ils comprirent que quelque chose allait se produire. Peut-être, enfin, se produirait-il quelque chose qui, sinon expliquerait l'affaire, donnerait au moins un indice de la solution. D'autant plus que, pour l'instant, Il semble les appeler à Le suivre, ce qui signifie que, quoi qu'il arrive, ils seront de toute façon participants de ce qui se passera. La confiance en Jésus demeurait chez les apôtres malgré l'incompréhension. Et c'est cela l'essentiel : elle suffit pour suivre le Christ malgré toutes les perplexités.
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Le Seigneur ne nous parle pas de la paix pour la première fois. Ce mot étonnant traverse tout l'Évangile: lorsqu'il pardonne les péchés ou guérit, Jésus renvoie l'homme « en paix » (voir par exemple, Lc 8:48), Siméon le Théophore parle aussi de paix (Lc 2:29) en quittant la vie. Mais le plus important, c'est l'appel que Jésus nous adresse: « Ayez la paix entre vous » (Mc 9:50). La paix, entre les hommes comme la paix intérieure du cœur, est ce qu'il y a de plus important dans notre vie. Les paroles de l'apôtre Paul nous le rappellent aussi: « Et que la paix de Dieu règne dans vos cœurs, à laquelle vous avez été appelés » (Col 3:15).
Oui, le Seigneur nous appelle à cette paix, qui nous aide à vivre là où nous sommes et colore de joie tout ce que Dieu nous donne; et, dans son entretien avec les disciples, il prononce des paroles terribles sur leur trahison précisément afin qu'ils aient la paix en lui (voir Jn 16:33). Contrairement à la manière dont nous avons l'habitude de vivre de telles situations, il appelle à la paix du cœur même après la trahison elle-même, afin de se lever et d'aller plus loin, en continuant à communiquer avec lui.
29 Ses disciples lui disent : « Voilà que maintenant tu parles en clair et sans figures ! |
30 Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. À cela nous croyons que tu es sorti de Dieu. » |
31 Jésus leur répondit :« Vous croyez à présent ? |
32 Voici venir l’heure — et elle est venue — où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi. |
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde. » |
Il nous semble toujours que ce que le Seigneur donne est médiocre et insuffisant. Les paraboles nous sont incompréhensibles, et les explications trop directes et trop rudes. Les apôtres ont entendu bien des choses ce soir-là, mais les paroles les plus amères étaient encore à venir. À peine avaient-ils annoncé qu’ils avaient tout compris qu’ils reçurent cette réponse : « Vous serez dispersés chacun de votre côté et vous Me laisserez seul. » Il semble si important de comprendre de quoi il est question, et nous désirons tant disposer d’instructions détaillées sur la manière d’entrer en relation avec Dieu et avec le monde. Mais la compréhension ne remplacera ni l’amour, ni le dévouement, ni la fidélité au Dieu qui va vers la Croix.
31 Quand donc il fut sorti, Jésus dit :« Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui. |
32 Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera. |
33 Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent. |
34 Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. |
35 À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » |
36 Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. » |
37 Pierre lui dit : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je déposerai ma vie pour toi. » |
38 Jésus répond : « Tu déposeras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. |
Au moment de quitter Ses disciples, le Christ les a appelés Ses enfants. La première pensée que cette manière de s'adresser à eux fait naître est celle de Ses liens étroits avec Ses disciples, de l'amour qu'Il a apporté au monde. Mais si l'on n'oublie pas Celui que le Christ appelait constamment Son Père, avec qui Il demeure dans une unité indissoluble, il faut reconnaître que, derrière l'assimilation de Ses relations avec Ses disciples à celles d'un père et de ses enfants, se trouve un autre témoignage qu'Il rend à Lui-même comme Dieu.
Les paroles du Christ annonçant qu'Il donne un commandement nouveau suscitent souvent la perplexité. Que peut-il y avoir de nouveau dans le commandement d'aimer, puisque de grands sages et maîtres y appelaient déjà, semble-t-il ? À vrai dire, même chez les sages qui reconnaissaient la valeur de l'amour, la manière de le comprendre différait, à des degrés divers, de celle de l'Évangile. Mais ce n'est même pas là l'essentiel. La nouveauté du commandement donné par le Christ tient à son lien étroit avec Son sacrifice de Lui-même. En allant vers la croix, Il nous commande de nous aimer les uns les autres comme Lui-même nous a aimés. Jésus avait déjà appelé Ses disciples à prendre leur croix et à Le suivre. Cela ne signifie pas qu'il soit littéralement demandé à chacun d'aller vers la souffrance, mais la disposition au don sacrificiel de soi, mû par l'amour, doit devenir la norme, et non quelque chose d'exceptionnel.
Cela est extrêmement difficile et paraît encore impossible aujourd'hui. Le Seigneur sait que nous sommes faibles et, pour la plupart, incapables d'être à la hauteur de l'exigence si élevée qu'Il nous a montrée. Mais cette hauteur nous est montrée. Il nous aidera à nous y élever.
31 Quand donc il fut sorti, Jésus dit :« Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui. |
32 Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera. |
33 Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent. |
34 Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. |
35 À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » |
Le Seigneur nous a donné un commandement nouveau (voir Jn 13:34), un commandement qui n'existait pas auparavant dans l'Ancien Testament. Nous pouvons nous rappeler le commandement de l'amour du prochain (voir Lv 19:18), mais ce n'est pas la même chose, comme Jésus Lui-même le dit. C'est un commandement nouveau. Mais quelle est donc la différence ? Dans les deux cas, après tout, le Seigneur appelle chacun de nous à aimer... Dans le second cas, cependant, il est question d'un amour réciproque—de l'amour les uns pour les autres. « Aimez-vous les uns les autres » : Jésus adresse ces paroles à Ses disciples, à une communauté de personnes, précisément parce que l'amour réciproque suppose l'effort de chacun. On ne peut pas tout rejeter sur son prochain en se disant que c'est difficile pour nous, tandis que lui serait obligé d'aimer puisqu'il est chrétien. Oui, ces paroles ont été dites à un groupe afin que personne ne puisse se détourner et feindre de ne pas savoir ou de ne pas comprendre de quoi il s'agit. C'est ainsi que le Seigneur nous tourne les uns vers les autres, nous obligeant à nous ouvrir et à travailler en entendant Sa voix : « Aimez-vous les uns les autres. »
34 Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. |
35 À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » |
Les paroles du Sauveur sur l'amour comme commandement nouveau peuvent, au premier abord, paraître un peu étranges. Qu'y a-t-il donc de nouveau ici ? Aux temps évangéliques, chacun savait que l'essence de la Torah se ramenait à deux commandements : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces, et aimer son prochain comme soi-même. C'était un lieu commun de la tradition rabbinique de cette époque. Qu'y a-t-il donc de nouveau dans le commandement de Jésus sur l'amour ? Avant tout : c'est l'amour du Royaume. Aimez-vous les uns les autres comme Je vous aime, voilà le sens principal du commandement donné par Jésus. Mais que signifie l'amour du Royaume ? La Bible parle beaucoup de l'amour. Et si l'on réfléchit à tout ce qui est dit, on peut conclure que, dans la Bible, l'amour est avant tout une relation.
Une intention tournée vers l'homme ou vers Dieu. Une volonté avant tout, et non des émotions ni des réflexions. Mais aussi des relations au sens où l'on dit qu'elles unissent les personnes entre elles. L'amour est aspiration à la communion, la haine est refus de communier. Et s'il n'y a pas de relations, pas d'intention, il n'y a ni amour ni haine. Mais le milieu dans lequel la communion a lieu reste, dans notre monde, naturel. Psychique. Or le psychisme fait partie de la nature, même s'il en est une partie tout à fait particulière.
Et notre communion dans ce monde demeure en grande partie un processus naturel grâce au milieu dans lequel elle a lieu. L'intention, comme fondement de la communion, est spirituelle, tandis que le milieu est naturel. Dans le Royaume, tout est différent. Les structures naturelles existent par elles-mêmes selon les lois de la nature. Mais le Royaume n'est pas la nature ; sa structure est formée par les relations. Les relations de ses habitants avec Dieu et avec le Christ, leurs relations entre eux, et enfin les relations du Christ Lui-même avec Son Père céleste comme fondement du Royaume, forment sa structure, la structure du Royaume.
Quant à la nature du Royaume, ou plutôt ce qui y remplace la nature, c'est l'amour. Le souffle de Dieu qui remplit le Royaume y devient amour. Et toutes les relations y ne sont possibles que comme relations d'amour. L'amour est le milieu du Royaume, dans lequel se produisent toutes les interactions entre ses habitants. Et le sens du commandement nouveau donné par Jésus consiste précisément en ceci : que Ses disciples vivent dans ce milieu. Qu'ils demeurent dans le Royaume. Avec Lui. Cette vie nouvelle, voilà le christianisme.
36 Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. » |
37 Pierre lui dit : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je déposerai ma vie pour toi. » |
38 Jésus répond : « Tu déposeras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. |
Avant son reniement, juste après la Cène, Pierre pensait pouvoir servir Dieu, que son amour suffisait, qu'il avait tout ce qu'il fallait pour donner sa vie pour le Christ, pour Le suivre. Nous aussi, nous pensons souvent: «pour cela, j'ai sûrement assez de forces; jusque-là, je n'irai jamais», et ainsi de suite. Puis nous faisons encore pire, ou nous ne venons pas à bout de quelque chose d'encore moins difficile.
Pierre a subi une défaite; il n'a pas dit à Jésus: «Aide-moi à tenir bon, donne-moi la force de Te suivre». Il a dit, comme nous le faisons souvent, ce qu'il ferait, en comptant sur ses propres forces. Après le reniement, après le repentir et le pardon, Pierre est devenu le chef de l'Église; il savait désormais qu'il fallait mettre toute son espérance en Dieu.
Souvent, même les personnes les moins sûres d'elles sont en réalité extrêmement présomptueuses. Nous ne comprenons pas jusqu'au bout que sans Dieu nous ne pourrions rien faire, y compris, et surtout, Le suivre. Mais si nous Lui demandons de ne pas permettre le reniement, si nous demandons à Dieu la fidélité, Il nous la donnera.
57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l’emmenèrent chez Caïphe le Grand Prêtre, où se réunirent les scribes et les anciens. |
58 Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du Grand Prêtre ; il pénétra à l’intérieur et s’assit avec les valets, pour voir le dénouement. |
59 Or, les grands prêtres et le Sanhédrin tout entier cherchaient un faux témoignage contre Jésus, en vue de le faire mourir ; |
60 et ils n’en trouvèrent pas, bien que des faux témoins se fussent présentés en grand nombre. Finalement il s’en présenta deux, |
61 qui déclarèrent : « Cet homme a dit : Je puis détruire le Sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours. » |
62 Se levant alors, le Grand Prêtre lui dit : « Tu ne réponds rien ? Qu’est-ce que ces gens attestent contre toi ? » |
63 Mais Jésus se taisait. Le Grand Prêtre lui dit : « Je t’adjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » — |
64 « Tu l’as dit, lui dit Jésus. D’ailleurs je vous le déclare dorénavant, vous verrez le Fils de l’homme siégeant à droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel. » |
65 Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements en disant : « Il a blasphémé ! qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Là, vous venez d’entendre le blasphème ! |
66 Qu’en pensez-vous ? » Ils répondirent : « Il est passible de mort. » |
67 Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres lui donnèrent des coups |
68 en disant : « Fais le prophète, Christ, dis-nous qui t’a frappé. » |
69 Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui en disant : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » |
70 Mais lui nia devant tout le monde en disant : « Je ne sais pas ce que tu dis. » |
71 Comme il s’était retiré vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là : « Celui-là était avec Jésus le Nazôréen. » |
72 Et de nouveau il nia avec serment : « Je ne connais pas cet homme. » |
73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu en es : et d’ailleurs ton langage te trahit. » |
74 Alors il se mit à jurer avec force imprécations : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. |
75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Et, sortant dehors, il pleura amèrement. |
La lecture d'aujourd'hui achève le thème de la trahison et de l'apostasie des apôtres en nous racontant le reniement de Pierre (v. 69-75). L'image de Pierre dans ce passage se révèle essentielle: au tout début du récit, il est question de Pierre qui suit Jésus de loin, en secret (v. 57); et le récit s'achève par la mention du chant du coq, signe de l'accomplissement de la prophétie de Jésus (v. 74-75). Pierre reste ici encore fidèle à lui-même: il se souvient manifestement de la promesse faite au Maître de rester avec lui jusqu'au bout et maintenant, comme il le peut, il l'accomplit. Il ne peut bien sûr rien changer, mais il veut au moins tout voir.
Il n'est pas difficile de deviner que toute l'attention de Pierre est fixée sur Jésus; il n'a ni force ni temps pour autre chose, et la nuit tendue et sans sommeil ne pouvait évidemment pas passer sans laisser de traces. Et c'est précisément à ce moment que l'on fait attention à lui, qu'on lui fait remarquer qu'il était lui aussi avec Jésus. Or Pierre n'attend rien de tel; il se souvenait sans doute de ses promesses, mais tout s'était révélé absurde, la guerre messianique s'était achevée sans avoir eu le temps de commencer, et maintenant que tout était fini, il n'était plus question de parler de fidélité. Peut-être est-ce pour cela qu'il renie si facilement, en passant, sans même avoir eu le temps de comprendre vraiment ce qui se passe.
Apparemment, pour Pierre comme pour les autres apôtres, Jésus était indissociable de leurs propres représentations de lui, tout comme des représentations de l'entreprise à laquelle ils s'apprêtaient à prendre une part si active. Or maintenant, lorsqu'il s'est avéré qu'il n'y aurait aucune « entreprise », il ne pouvait déjà plus être question de trahison: à première vue, il ne se trouvait plus personne ni rien à trahir! Si tout est fini, s'il n'y aura aucun Royaume, quelle importance Pierre connaissait-il Jésus ou non? On peut garder fidélité même à la mémoire des morts, mais quel sens y a-t-il à reconnaître sa participation à un complot qui n'a pas eu lieu?
Mais alors le coq chanta, et Pierre sembla s'éveiller, secouant de lui la torpeur spirituelle qui l'avait saisi après sa tentative ratée de défendre le Maître au jardin de Gethsémani. Et aussitôt il comprit clairement ce qui s'était passé. Peut-être comprit-il pour la première fois qu'il aimait le Maître non seulement comme le chef de ses partisans, ni même seulement comme le Messie, mais aussi comme un ami proche qu'il devait croire perdre pour toujours. Et il comprit qu'il n'avait pas renié une insurrection manquée, mais cet amour. L'amour que l'on ne peut retrouver que par le repentir.
Et Pierre, ayant tout compris, se repent réellement; il quitte la cour, comprenant que la fidélité au Maître doit être gardée d'une manière tout autre que celle qu'il avait imaginée auparavant (v. 75). Et cette contrition du cœur le sauve: très bientôt il rencontrera de nouveau le Maître déjà ressuscité, qui accueillera son repentir (Jn 21:15–18).
L'apostat qui ne se repent pas devient un traître, comme Judas; l'apostat qui se repent demeure un disciple fidèle, comme Pierre.
57 Ceux qui avaient arrêté Jésus l’emmenèrent chez Caïphe le Grand Prêtre, où se réunirent les scribes et les anciens. |
58 Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu’au palais du Grand Prêtre ; il pénétra à l’intérieur et s’assit avec les valets, pour voir le dénouement. |
59 Or, les grands prêtres et le Sanhédrin tout entier cherchaient un faux témoignage contre Jésus, en vue de le faire mourir ; |
60 et ils n’en trouvèrent pas, bien que des faux témoins se fussent présentés en grand nombre. Finalement il s’en présenta deux, |
61 qui déclarèrent : « Cet homme a dit : Je puis détruire le Sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours. » |
62 Se levant alors, le Grand Prêtre lui dit : « Tu ne réponds rien ? Qu’est-ce que ces gens attestent contre toi ? » |
63 Mais Jésus se taisait. Le Grand Prêtre lui dit : « Je t’adjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » — |
64 « Tu l’as dit, lui dit Jésus. D’ailleurs je vous le déclare dorénavant, vous verrez le Fils de l’homme siégeant à droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel. » |
65 Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements en disant : « Il a blasphémé ! qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Là, vous venez d’entendre le blasphème ! |
66 Qu’en pensez-vous ? » Ils répondirent : « Il est passible de mort. » |
67 Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres lui donnèrent des coups |
68 en disant : « Fais le prophète, Christ, dis-nous qui t’a frappé. » |
69 Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui en disant : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » |
70 Mais lui nia devant tout le monde en disant : « Je ne sais pas ce que tu dis. » |
71 Comme il s’était retiré vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là : « Celui-là était avec Jésus le Nazôréen. » |
72 Et de nouveau il nia avec serment : « Je ne connais pas cet homme. » |
73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu en es : et d’ailleurs ton langage te trahit. » |
74 Alors il se mit à jurer avec force imprécations : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. |
75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Et, sortant dehors, il pleura amèrement. |
Les récits du reniement de Pierre et du procès du Sanhédrin continuent encore aujourd'hui, de nombreux siècles plus tard, à retenir l'attention de ceux qui cherchent dans l'Évangile des réponses aux questions les plus importantes. Ces récits nous mettent inévitablement à la place de tel ou tel personnage, parce que les principes des relations avec Dieu demeurent inchangés: accueil ou refus, fidélité ou reniement. Le reniement de Pierre est un portrait vivant et proche de nous de la vie humaine. Il prend conscience de sa chute quand tout est déjà terminé, quand il ne reste plus qu'à pleurer.
Quant à la position des membres du Sanhédrin, il arrive souvent qu'une seule qualité nous distingue d'eux: la tolérance envers le blasphème. Pour eux, c'est un crime; pour nous, en général, c'est l'affaire personnelle de chacun. À leur place, nous n'aurions pas condamné Jésus à mort, mais le fond de la relation serait resté le même: devant Son affirmation de Sa dignité messianique, on peut soit tomber à genoux devant Lui et Lui consacrer toute sa vie, soit se détourner et suivre son propre chemin.
1 Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. |
2 Les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre ; |
3 et ils s’avançaient vers lui et disaient : « Salut, roi des Juifs ! » Et ils lui donnaient des coups. |
4 De nouveau, Pilate sortit dehors et leur dit : « Voyez, je vous l’amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » |
5 Jésus sortit donc dehors, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : « Voici l’homme ! » |
6 Lorsqu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. » |
7 Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : « Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier ? » |
11 Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché. » |
12 Dès lors Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs vociféraient, disant : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César : quiconque se fait roi, s’oppose à César. » |
13 Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors et alla siéger au tribunal, en un lieu dit le Dallage, en hébreu Gabbatha. |
14 Or c’était la Préparation de la Pâque ; c’était vers la sixième heure. Il dit aux Juifs : « Voici votre roi. » |
15 Eux vociférèrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Crucifierai-je votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons de roi que César ! » |
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. |
En ordonnant de frapper le Christ, Pilate ne commettait pas un acte de cruauté insensée ; cet ordre peut même être considéré comme une tentative de Le sauver : la sentence avait été prononcée et exécutée, donc, selon la loi, l'affaire devait être close, et personne n'avait plus le droit d'exiger ni un nouveau procès sur les anciennes accusations, ni, à plus forte raison, la peine de mort. Après cela, même les paroles de Pilate aux accusateurs déchaînés, « Prenez-Le vous-mêmes et crucifiez-Le », résonnent au fond comme une moquerie, puisque tous savent qu'ils n'ont pas le droit de crucifier.
Mais voici que la question se pose de savoir qui est Jésus, et quelque chose remue chez Pilate le sceptique. Si seulement Pilate avait davantage fait confiance aux mouvements de son âme, qui témoignaient, confusément mais réellement, de l'existence de la vérité qu'il rejetait ! Mais les accusateurs savent sur quel point faible de Pilate appuyer : voici que se profile devant lui la menace d'une dénonciation politique ; or, devant l'arbitraire de l'empereur, tous sont également dépourvus de droits. Les considérations pratiques, mêlées de peur, l'ont une fois encore emporté. Comme cela nous est familier à tous…
En cherchant à obtenir la condamnation à mort, les grands prêtres reconnaissent César pour leur seul roi. Si seulement ils s'étaient bornés à reconnaître la réalité du pouvoir impérial, à l'image de la formule évangélique : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22:21) ! Mais ne comprenaient-ils pas alors qu'en le reconnaissant ainsi, ils reniaient l'Unique Roi, le Seigneur ? « Le Seigneur votre Dieu est votre roi » (1 S 12:12), « Le Seigneur est roi pour toujours » (Ps 10:16) : tel est le témoignage de l'Écriture. De même que Pierre renia le Maître sans comprendre ce qu'il faisait, les chefs du peuple juif, sous l'emprise d'une colère injuste, accomplirent ce à quoi des milliers de chrétiens et de Juifs ont fermement résisté pendant des siècles : ils reconnurent un empereur païen comme l'égal de Dieu.
6 Lorsqu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. » |
7 Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : « Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier ? » |
11 Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché. » |
«Nous adorons Ta Croix, ô Christ...» Que signifient pour nous ces paroles? Une compassion infinie pour le juste innocent, battu, nu, suspendu à ce bois. L'amour pour Lui, une gratitude sans limite. Et encore la compréhension de combien notre propre croix est infiniment plus légère. Tous les problèmes qui semblent insupportables ne sont rien en comparaison de la mesure de souffrance qu'Il a prise sur Lui pour nous. «Toi qui as tant aimé Ton monde...»
Et encore d'autres paroles: «puis Il dit au disciple: voici ta mère». Sur ces paroles est édifiée l'Église, la plus solide des forteresses. Nous sommes tous adoptés comme fils et filles, et cela signifie que nous ne pourrons jamais être orphelins. L'orphelinat, c'est un mot venu d'une autre vie. Nous vivons souvent dans la prière la Passion du Christ, mais il est bien plus difficile de vivre les souffrances de Marie. Sa douleur physique à Lui est inconcevable, et sa douleur spirituelle à elle l'est aussi. Cette douleur embrasse le monde entier.
6 Lorsqu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. » |
7 Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : « Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier ? » |
11 Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché. » |
La lecture d’aujourd’hui est consacrée à la fête de l’Exaltation de la Précieuse et Vivifiante Croix du Seigneur. En son centre se trouve la vénération de la Croix, par laquelle nous avons été sauvés « de l’asservissement à l’ennemi », comme le chante la mégalynaire de la fête.
L’évangéliste Jean témoigne de la Crucifixion et de ceux qui se tiennent auprès de la Croix. Le pied de la Croix est le seul endroit « juste » pour chacun de nous, car c’est précisément dans la Mort du Sauveur sur la Croix que s’accomplit le salut du monde et que la vie nous est donnée à tous, même si cela ne nous vient pas à l’esprit. Le monde est plein de souffrances, explicables parfois, mais le plus souvent inexplicables, et ce mystère ne peut laisser personne indifférent. Cela nous est pénible ; notre désir de nous cacher de la souffrance, de nous en détourner lorsqu’elle ne nous touche pas personnellement, est donc tout à fait compréhensible. Mais l’Évangile nous dit que toute souffrance humaine véritable, non imaginée, est un lieu de présence particulière du Christ. C’est Lui qui souffre en chaque être humain, et c’est précisément là que nous Le rencontrons.
7 Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
Qui manipule l'homme, et comment ? Et qu'est-ce qui donne aux manipulateurs un pouvoir sur les âmes ? On pourrait croire que Ponce Pilate n'est pas de ceux qu'on peut mener comme on veut : représentant haut placé de ce qu'on appellerait aujourd'hui le « centre », disposant en Palestine de tous les pouvoirs nécessaires, de toute l'autorité et même des moyens requis, s'il le faut, pour une intervention de force, il n'a personne à craindre, sauf Rome. En réalité, tout se passe autrement.
Pilate comprend parfaitement que l'Homme que les chefs du Temple lui ont amené pour faire confirmer une condamnation à mort n'est coupable de rien, du moins selon les lois romaines. Il faut donc Le relâcher. Mais agir ainsi signifie entrer en conflit avec le Temple ! Pilate est un politicien expérimenté, il comprend très bien qui se tient derrière la foule de la rue qui réclame l'exécution d'un Prédicateur inoffensif. Certes, Il se dit Roi, mais si son royaume n'est qu'un « royaume de vérité », alors Il n'est évidemment pas dangereux pour Rome. Après tout, qu'est-ce que la vérité ? C'est une question philosophique, qui n'a rien à voir avec la politique réelle. Mais le Temple, lui, y a rapport, et de la façon la plus directe et immédiate. Il faut s'entendre avec le Temple.
Et une inquiétude vague se glisse dans le cœur de Pilate : si cet Homme est devenu l'ennemi du Temple et de la Synagogue, ne deviendra-t-il pas, lui aussi, Pilate, leur ennemi s'il soutient Jésus ? Et voici encore des allusions sans équivoque à une possible dénonciation à Rome, qui suivra sans aucun doute : les cris de la foule ne sont pas fortuits, derrière eux se tiennent ceux pour qui rédiger une telle dénonciation ne coûte rien, et leur lettre, là-bas, au centre, recevra certainement attention...
Et Pilate cède. Car il est un politicien réaliste, un homme du système, il a quelque chose à perdre. Et il a peur. Or la peur est un passe-partout pour le cœur humain. L'amour est la clé, la peur est le passe-partout. La clé est dans la main de Dieu, mais Il n'entre pas dans le cœur sans qu'on Le lui demande. L'ennemi de Dieu, lui, avec son passe-partout, ne demande pas la permission. Il entre dans les cœurs où l'on ne laisse pas entrer Dieu. On ne Le laisse pas entrer pour qu'Il ne gêne pas la « politique réelle ». Alors, dans le cœur d'un tel « politicien réaliste », un autre entre. Celui qui ne se soucie ni de politique ni de politicien. Celui qui n'a besoin que d'un cœur étranger pour s'y installer lui-même.
15 Eux vociférèrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Crucifierai-je votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons de roi que César ! » |
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. |
L'humeur de la foule est changeante : quelques jours seulement séparent « hosanna ! » de « crucifie-le ! » Mais une foule est précisément une foule pour que la personne y disparaisse. Elle se dissout dans un grand « nous » collectif et irresponsable. Dans certaines circonstances, on peut la détruire physiquement, mais il est tout à fait inutile d'essayer d'entrer en communion avec elle. Tout simplement parce qu'il n'y a personne avec qui communiquer : dans une foule, il n'y a pas une seule personne.
Mais une foule peut être manipulée. Parfois. Avec certaines précautions et, d'ordinaire, jusqu'à une certaine limite. Et le grand prêtre, comme toute l'élite du Temple, maîtrisait parfaitement cet art. Son pouvoir reposait en grande partie là-dessus. Et, bien sûr, sur les jeux politiques qu'il menait, comme chef de la Judée, avec l'autorité romaine. Il y jouait en effrayant Rome avec les extrémistes religieux, les zélotes, avec lesquels il entretenait aussi son propre jeu secret, inconnu de Rome. Ou connu, mais toléré, Rome fermant les yeux et comptant sur le grand prêtre et son entourage comme sur un moindre mal. Il y jouait en laissant entendre la possibilité d'une grande guerre religieuse, vers laquelle il poussait lui-même en silence ceux qui étaient prêts à la déclencher. Et c'est ainsi que, sur une peur en partie réelle et en partie fantomatique, il bâtissait sa politique.
Et Jésus n'était pas seulement absent de ses yeux comme Personne ; il n'était même pas une personne avec une minuscule. Seulement une monnaie d'échange. Une occasion de prouver sa loyauté : nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur ! Et de livrer à l'exécution un prédicateur gênant, absolument impossible à contrôler. Barabbas, c'était autre chose : un zélote, bien sûr, un extrémiste, mais l'un des leurs, un patriote, un ennemi des Romains, et surtout quelqu'un de compréhensible. Le Temple était en contact depuis longtemps avec de tels gens ; avec eux, on savait comment se comporter et à quoi s'attendre. Mais ici, il n'y avait qu'une surprise continue, inutile et incontrôlable, donc dangereuse. Mieux valait se débarrasser de ce prédicateur, mais pas de ses propres mains. Mieux valait le faire par les mains des Romains : pour le grand prêtre, c'était une option presque sans risque. Et si le procurateur s'obstinait, le grondement de la foule pouvait lui suggérer que des rapports pourraient parvenir à Rome sur son indulgence envers de dangereux rebelles, que le grand prêtre combattait et que lui, le procurateur, main et oeil de l'empereur, graciait.
Chacun joue son propre jeu. Sauf Jésus seul ; lui ne joue aucun jeu avec personne. Un tel homme n'est utile à personne. Et il ne lui reste qu'une chose : la croix. Il n'y a pour lui pas d'autre chemin.
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
29 Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » |
30 Ils lui répondirent : « Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » |
31 Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi. » Les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort », |
32 afin que s’accomplît la parole qu’avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir. |
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » |
34 Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » |
35 Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » |
36 Jésus répondit :« Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » |
37 Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi.Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » |
38 Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
39 Mais c’est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » |
40 Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : « Pas lui, mais Barabbas ! » Or Barabbas était un brigand. |
Les Évangiles nous parlent beaucoup du Royaume de Dieu, mais seul Jean voit dans les souffrances de Jésus une manifestation de ce Royaume ; ce n'est pas par hasard que, dans cet Évangile, Pilate interroge Jésus sur Sa dignité royale. Pour Pilate, « le roi des Juifs » n'est que le titre des anciens rois juifs, dont le dernier fut Hérode. Mais Jésus lui parle d'un autre Royaume, donné par Dieu, qui « n'est pas d'ici », « n'est pas de ce monde » et qui n'agit pas là où les hommes ne connaissent pas Dieu et ne savent pas « ce qu'est la vérité ». Le choix de l'homme est la condition même de la réalisation du Royaume de Dieu : il a été « donné d'en haut » à Pilate de tuer ou de relâcher le véritable Roi. À la différence de l'appartenance aux autres royaumes, la soumission à ce Roi est volontaire, car même les prêtres sont libres de nommer l'empereur romain leur unique roi. À l'inverse, Celui qui accomplit la volonté de Celui qui L'a envoyé devient le centre où se réalise Son Royaume, même si, extérieurement, celui-ci ne s'exprime que par l'inscription placée sur la croix.
37 Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi.Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » |
38 Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
Pendant le procès de Jésus, une chose très importante pour comprendre tout ce qui se passe saute aux yeux : comme homme, Il n’intéresse personne. Non pas comme Homme (l’Homme avec une majuscule, ni l’élite du Temple ni le procurateur romain ne Le voyaient en Lui), mais précisément comme homme. Le plus ordinaire. Celui avec une minuscule. Celui par-dessus qui tous les pouvoirs de tous les temps, civils comme religieux, avaient l’habitude de passer lorsqu’il les gênait en quelque chose.
Ils passaient par-dessus, souvent sans même le remarquer. Bien sûr, le grand prêtre comme le procurateur avaient leurs raisons et leurs motifs d’agir comme ils agissaient. Leurs intérêts. Souvent, à leurs propres yeux, extrêmement importants. Bien plus importants qu’une vie particulière d’un homme particulier. Le bien-être du peuple, par exemple. Ou la tranquillité de l’empire.
Bien sûr, l’un comme l’autre valent la vie d’un prédicateur quelconque. D’autant plus d’un prédicateur douteux, qui ne jouit pas de la confiance des gens sérieux et autorisés. De quelqu’un qui ne peut que troubler la foule. Et Lui, pendant ce temps, ne cherche même pas à leur prouver quoi que ce soit. Il répond aux questions simples de Pilate avec tant de simplicité et de profondeur qu’il est difficile de ne pas Le comprendre. Mais pour un sceptique de tempérament, Ses réponses n’ont pas de sens. Tout comme, du reste, la question posée par Pilate lui-même sur la vérité, question parfaitement rhétorique.
Ici, on ne peut rien prouver ni expliquer. Pour le reste… la valeur d’une vie humaine, pour un haut fonctionnaire, est déterminée par le statut social de la personne évaluée. Tout est simple et prosaïque. Et c’est pourquoi c’est effrayant pour nous aujourd’hui. Si le Christ avait été exécuté par quelques criminels infernaux, nous pourrions nous sentir relativement en sécurité : de tels criminels, s’il s’en trouve parmi nous, sont très peu nombreux. Or Il a été exécuté, en fait, par des gens tout à fait ordinaires, avec des intérêts assez ordinaires.
Certes, des gens haut placés, investis du droit de prendre des décisions, mais… pour le reste, tout à fait ordinaires. Des gens comme nous. Et tout ce qu’il fallait pour exécuter le Messie, c’était placer certains intérêts, apparemment supérieurs, avant l’homme. Pas même l’Homme avec une majuscule, mais simplement l’homme comme image de Dieu. S’ils L’avaient vu au moins ainsi, cela aurait suffi pour que le Messie ne meure pas sur la croix. Mais cela ne s’est pas fait. Il en est allé autrement. Et aujourd’hui, comme à toute autre époque, tout aurait pu finir de la même manière. Voilà ce qui est vraiment effrayant.
8 Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. |
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. |
10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » |
11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. |
12 Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, |
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : « Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. » |
14 Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » |
15 Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour. |
Regardons les femmes qui vinrent au tombeau pour embaumer le corps de Jésus. Comme il est écrit au début du chapitre 28 de l’Évangile selon Matthieu, il se produisit « un grand tremblement de terre », et les deux Marie, les femmes myrophores, virent un ange du Seigneur qui leur annonça la Résurrection du Seigneur. Il me semble évident qu’elles furent effrayées. Pourtant, l’Évangéliste parle encore de la crainte et du tremblement qui saisissent le cœur des myrophores, nous aidant à voir ce qu’elles éprouvent (voir Mt 28:8). Les femmes sont effrayées par le tremblement de terre, puis par le messager de Dieu. Mais que leur dit-il ? Il exprime l’attente de leurs cœurs affligés et permet à la pousse de l’espérance de parvenir à la lumière, de devenir une joie manifeste et une certitude. Leur joie est déjà grande, et elles courent la partager avec les disciples. Et ensuite ? Celui qui est Lui-même cette Joie désire ardemment les en combler ! Il vient à leur rencontre, heureux qu’elles aient cru à la merveilleuse nouvelle de Sa Résurrection, et leur adresse ces paroles que l’on entend si souvent de la bouche de Dieu : « N’ayez pas peur. » La place qu’occupait la peur dans leur cœur est alors submergée d’allégresse. Ce passage nous aide à discerner l’un des chemins qui permettent de « recevoir la joie parfaite » : comme les myrophores, nous devons venir au Seigneur et croire en Lui et en Sa Résurrection. Alors Il viendra nous apaiser par ces mots : « N’aie pas peur », et nous aidera à ouvrir tout notre cœur à Sa joie.
8 Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. |
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. |
10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » |
11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. |
12 Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, |
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : « Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. » |
14 Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » |
15 Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour. |
En apprenant la nouvelle de la Résurrection, les femmes se réjouirent — mais elles eurent aussi peur. Le mot « peur » comporte de nombreuses nuances. Bien sûr, ce que ressentent les femmes myrrhophores peut être appelé une sainte crainte. Mais Jésus, qui voit les cœurs, leur dit : « Ne craignez pas. » Il y avait donc dans leur peur quelque chose qui empoisonnait leur joie. Il me semble que c’était de la méfiance, une infime, toute petite nuance de méfiance, qui disparaît lorsque Jésus dit : « Ne craignez pas. » La méfiance n’est pas l’incrédulité ; elle est précisément l’incertitude quant à ce que cette situation signifie pour moi et à la manière dont je dois y agir. Les femmes myrrhophores savaient l’essentiel : il fallait aller trouver les disciples et leur raconter. Elles y vont et elles se réjouissent. Pourtant, quelque chose demeure encore qui les gêne. Pour Jésus, il était apparemment très important que leur joie soit véritablement parfaite, sans être assombrie par la peur. Le plus remarquable est la manière dont elles sont guéries de la peur. Rien n’était demandé aux femmes. Il a simplement dit : « Ne craignez pas », et la peur s’en est allée, elle a fondu.
16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. |
17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent. |
18 S’avançant, Jésus leur dit ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. |
19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, |
20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge. » |
Matthieu ne raconte pas en détail les rencontres du Ressuscité avec les apôtres, mais il expose brièvement l’essentiel de leur communion.
Le fait que le Christ ait rassemblé les apôtres sur une montagne rappelle le Sermon sur la montagne, la montée sur le mont de la Transfiguration et bien d’autres montagnes où le Seigneur a proclamé Sa volonté. Matthieu ne cache pas que tous ceux qui virent le Maître ne crurent pas immédiatement que c’était bien Lui. Mais le Christ ne rejeta aucun des disciples. Il S’approcha d’eux, et ce rapprochement n’est pas seulement physique : Il Se rend proche du cœur de ceux qui L’ont accueilli.
À présent, Il révèle clairement aux disciples Sa nature divine, car nul autre que Dieu ne possède la plénitude du pouvoir au ciel et sur la terre. C’est précisément pourquoi l’heure est venue de porter l’enseignement au-delà du peuple juif et de l’annoncer au monde entier.
L’appel à baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit est un témoignage clair de la Trinité de Dieu. Il est étrange d’entendre les jugements de ceux qui assurent que la Sainte Écriture ne fait aucune mention de la Trinité.
Enfin, le Christ a attesté qu’Il est avec nous jusqu’à la fin du monde. Remarquons qu’Il n’a pas dit : « Je serai avec vous. » Ce qu’Il a dit aux apôtres, Il nous le dit aussi, ici et maintenant.
19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau et ils lui crachaient dessus, et ils ployaient le genou devant lui pour lui rendre hommage. |
20 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Ils le mènent dehors afin de le crucifier. |
21 Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs. |
Selon la lettre du verdict judiciaire, le Christ n'avait été condamné qu'à la crucifixion. Mais les hommes trouvent trop souvent que les souffrances « légales » ne suffisent pas. Les uns sont possédés par la haine, les autres sont excités par l'ardeur de la traque. Et voici que, du côté des soldats qui se divertissent, puis de la foule qui regarde, commencent des moqueries et des tourments supplémentaires avant la mort. En ce long jour interminable, ils ne se sont pas achevés, et depuis vingt siècles nous continuons d'infliger au Seigneur des blessures en plus de celles mentionnées dans les pages de l'Évangile.
Ce même jour, il revint à Simon de Cyrène de porter un peu la croix, et d'alléger ainsi un tout petit peu le chemin de croix. Le Christ ne force personne à porter Sa croix ; Il appelle chacun de nous à porter la sienne, qui n'est pas comparable à la Sienne. Nous cherchons déjà à éviter cela, mais il peut arriver qu'en nous dérobant au port de notre propre croix, nous refusions au Christ d'alléger Son fardeau.
Et il sera bon que nous le voyions assez tôt, non pas avec le centurion qui comprit Qui avait été crucifié quand l'exécution avait déjà eu lieu.
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
Aujourd'hui nous nous tenons devant notre Seigneur déchiré, et, comme une tragique résonance de tout ce qui se déroule, les heures sonnent la troisième, la sixième et la neuvième heure. Avez-vous remarqué comme parfois les heures sonnent douloureusement, quand nous attendons quelqu'un ? Même lorsque nous n'attendons déjà plus, mais que nous restons simplement assis, pétrifiés, comme hors de ce monde, soudain les heures peuvent sonner avec tant de gravité, d'effroi, mais aussi de sobriété. Et il est si remarquable que nous ayons ces prières des Heures. Tournons-nous maintenant vers elles. Et essayons de revivre encore une fois la troisième, la sixième, la neuvième...
Mais voilà que la troisième heure, en réalité, parle d'autre chose : elle parle de la Pentecôte, et non du clouage à la croix. « Seigneur, toi qui, à la troisième heure, as envoyé ton très saint Esprit à tes apôtres, ne nous le retire pas, ô Bon, mais renouvelle-nous, nous qui te prions. » Pourquoi ? Pourquoi soudain une telle rupture dans la logique de construction du texte liturgique ? Mais, bien sûr, nous nous souvenons : « ...ils ne sont pas ivres, comme vous le pensez, car il n'est encore que la troisième heure... » (Ac 2,15) Certains trouveront cette circonstance insignifiante, une coïncidence fortuite ; d'autres y verront une falsification consciente au service de la prédication de « leur » vérité ; d'autres diront que l'évangéliste Luc a symboliquement rattaché l'événement de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres au moment du commencement de l'exécution, comme symbole du commencement de la prédication de la Parole de Dieu dans le monde. Mais peut-être n'avons-nous besoin ni de l'un, ni de l'autre, ni du troisième raisonnement. Il nous faut simplement nous tenir devant les événements qui se produisent et crier : « Ne me rejette pas loin de ta face, et ne retire pas de moi ton Esprit Saint ».
« Toi qui, à la neuvième heure, as goûté la mort dans la chair pour nous, fais mourir les pensées de notre chair, Christ Dieu, et sauve-nous. » Fais mourir, car « pour moi, le monde est crucifié, et moi pour le monde » (Ga 6,14). On interprète souvent ces paroles de manière traditionnelle ainsi : je suis mort pour le monde, et le monde est mort pour moi. Mais si l'apôtre Paul avait voulu dire cela, il l'aurait dit ainsi ; or il a dit « crucifié »...
Lorsque notre Seigneur a été crucifié, le monde a changé à tel point qu'il est désormais impossible de vivre dans un monde où le Seigneur n'est pas crucifié. Et bien que beaucoup vivent ainsi, nous vivons autrement, et c'est pourquoi nous aussi, nous sommes crucifiés. Avec lui.
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
Lorsque les pharisiens exigèrent que le Christ fasse taire le peuple qui criait à Son entrée à Jérusalem : « Hosanna au Fils de David », le Seigneur leur répondit : « s’ils se taisent, les pierres crieront ». Aujourd’hui, peu avant le début du Grand Carême, nous lisons le récit de ce jour décisif de l’histoire où les voix humaines se turent et où les pierres crièrent. Les ténèbres qui couvrirent toute la terre de la sixième à la neuvième heure et le tremblement de terre nous révèlent que ce qui s’accomplit au Golgotha concerne toute la création. Le voile déchiré dans le Temple devient le signe de l’abaissement sans limites de Dieu pour nous. Pendant tout le temps qui suivra, nous nous préparerons à revivre cet événement dans notre cœur.
Nous avons l’habitude de penser que Pâques est une fête joyeuse, faite de gâteaux pascals et de cadeaux. Cela est vrai, bien sûr. Mais l’Église ancienne appelait fête de la Pâque précisément le jour de la Crucifixion, et la Résurrection était célébrée avec elle le même jour. La forme même de cette célébration était le jeûne, un recueillement dans la prière au jour de la mort de Jésus Christ. À l’origine, ce jeûne durait un ou deux jours, et ce n’est qu’à partir de l’an 330 que le jeûne de quarante jours entra dans les usages. Ainsi, d’une manière générale, le Grand Carême n’est pas tant une préparation à la célébration de Pâques. Il est plutôt lui-même la célébration de l’événement central de notre vie : la mort et la résurrection de Jésus Christ.
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
Jésus meurt sur la croix. « La terre trembla, et les rochers se fendirent ». La nature « sent » l'importance de ce qui se passe et marque l'événement, comme elle avait marqué Sa naissance. Mais alors il y avait l'étoile de Noël, signe joyeux d'espérance ; maintenant, il y a le tremblement de terre, avertissement redoutable adressé aux hommes qui ont mis à mort le Prince de la vie (voir Ac 3.15).
Mais la mort du Christ n'est pas seulement le crime des hommes, le triomphe temporaire du mal ; elle est aussi l'acte créateur de Dieu, la Rédemption. En témoigne le voile du Temple déchiré, ce voile qui séparait toujours les hommes du Sanctuaire, lieu de la présence de Dieu, symbolisant l'abîme infranchissable entre la sainteté de Dieu et le péché humain. Et voici que la mort du Fils de Dieu, qui a pris sur Lui nos péchés, accomplit la rédemption et nous réconcilie avec Dieu. L'abîme est franchi, le voile est retiré. Le chérubin qui barrait le chemin de l'arbre de vie (Gn 3.24) retire son épée.
Au milieu de toutes nos réflexions sur la fiabilité de la Bible ou sur le Fils de Dieu prééternel, ne perdons-nous pas de vue cette réalité absolument essentielle pour notre salut : le corps sans vie du Fils de l'Homme, suspendu sans force à la croix, sur le fond d'un ciel redoutablement et douloureusement obscurci ?
35 Le peuple se tenait là, à regarder. Les chefs, eux, se moquaient : « Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! » |
36 Les soldats aussi se gaussèrent de lui : s’approchant pour lui présenter du vinaigre, |
37 ils disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » |
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » |
39 L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi. » |
40 Mais l’autre, le reprenant, déclara : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! |
41 Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » |
42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » |
43 Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » |
Il arrive à chaque personne, au moins une fois dans sa vie, de supporter une forte douleur physique. Dans cet état, on devient irritable, on se fâche contre tout et contre tous, en ne rêvant que d'une chose: que tout le monde nous laisse en paix et que la douleur cesse enfin.
Il est même difficile d'imaginer la douleur physique d'un homme crucifié. Il est donc d'autant plus facile de comprendre pourquoi l'un des brigands crie et insulte. Et il est d'autant plus étonnant que l'autre, lui aussi brigand et meurtrier, se comporte tout autrement.
Et le fait que Jésus lui promette le paradis nous parle encore une fois du Dieu de miséricorde, et non d'un Dieu de justice stricte. Car ce qui importe pour lui, ce n'est pas le moment où nous faisons le choix en sa faveur, mais le fait que nous fassions ce choix.
42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » |
43 Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » |
Il existe une notion que l’on appelle « moment de vérité ». C’est cet instant où le voile tombe comme de nos yeux, et où nous voyons soudain quelque chose tel qu’il est réellement. Ce n’est pas toujours un instant agréable, mais bienheureux celui qui l’a vécu : il cherchera toujours désormais cette authenticité, sans accepter aucune tromperie.
Le brigand « prudent » (c’est ainsi qu’on l’appelle habituellement dans la Tradition) vit le moment de vérité juste avant sa mort sur la croix. Éprouvant les terribles tourments de la douleur et de l’étouffement, il regarde Jésus souffrir exactement de la même manière, nu, déchiré, ensanglanté, mourant, et il voit en Lui... le Roi et le Seigneur ! Et non pas un ex-Roi ayant perdu Son Royaume et périssant, mais le Roi à venir, entrant dans la plénitude du pouvoir. C’est une clairvoyance saisissante, l’acquisition de la foi qui ouvre à la Vérité. C’est pourquoi Jésus lui répond que, dès aujourd’hui, il entre au paradis, dans cette plénitude de vie que Dieu a préparée pour tous ceux qui croient en Lui et dans le Fils qu’Il a envoyé.
Au fond, la différence essentielle du christianisme et des chrétiens réside en ceci : nous devenons tous disciples de Jésus de Nazareth lorsque nous saisissons par le cœur la gloire de Son Royaume dans Sa Croix.
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
28 Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit :« J’ai soif. »
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«Nous adorons Ta Croix, ô Christ...» Que signifient pour nous ces paroles? Une compassion infinie pour le juste innocent, battu, nu, suspendu à ce bois. L'amour pour Lui, une gratitude sans limite. Et encore la compréhension de combien notre propre croix est infiniment plus légère. Tous les problèmes qui semblent insupportables ne sont rien en comparaison de la mesure de souffrance qu'Il a prise sur Lui pour nous. «Toi qui as tant aimé Ton monde...»
Et encore d'autres paroles: «puis Il dit au disciple: voici ta mère». Sur ces paroles est édifiée l'Église, la plus solide des forteresses. Nous sommes tous adoptés comme fils et filles, et cela signifie que nous ne pourrons jamais être orphelins. L'orphelinat, c'est un mot venu d'une autre vie. Nous vivons souvent dans la prière la Passion du Christ, mais il est bien plus difficile de vivre les souffrances de Marie. Sa douleur physique à Lui est inconcevable, et sa douleur spirituelle à elle l'est aussi. Cette douleur embrasse le monde entier.
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
28 Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit :« J’ai soif. »
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La lecture d’aujourd’hui est consacrée à la fête de l’Exaltation de la Précieuse et Vivifiante Croix du Seigneur. En son centre se trouve la vénération de la Croix, par laquelle nous avons été sauvés « de l’asservissement à l’ennemi », comme le chante la mégalynaire de la fête.
L’évangéliste Jean témoigne de la Crucifixion et de ceux qui se tiennent auprès de la Croix. Le pied de la Croix est le seul endroit « juste » pour chacun de nous, car c’est précisément dans la Mort du Sauveur sur la Croix que s’accomplit le salut du monde et que la vie nous est donnée à tous, même si cela ne nous vient pas à l’esprit. Le monde est plein de souffrances, explicables parfois, mais le plus souvent inexplicables, et ce mystère ne peut laisser personne indifférent. Cela nous est pénible ; notre désir de nous cacher de la souffrance, de nous en détourner lorsqu’elle ne nous touche pas personnellement, est donc tout à fait compréhensible. Mais l’Évangile nous dit que toute souffrance humaine véritable, non imaginée, est un lieu de présence particulière du Christ. C’est Lui qui souffre en chaque être humain, et c’est précisément là que nous Le rencontrons.
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
L'apôtre se tient près de la très pure Vierge au pied de la Croix et, par la parole du Seigneur Jésus, la reçoit comme sa mère. Dès lors, écrit l'apôtre, « ce disciple », et il lui est très caractéristique de ne pas se nommer quand il le peut, la prit chez lui. Beaucoup de chrétiens, surtout orthodoxes et catholiques, sont convaincus qu'à ce moment l'apôtre Jean représente toute l'Église, toutes les générations de disciples du Christ. À cet instant, il est le premier d'entre nous, et en sa personne nous devenons tous frères de Jésus et enfants de Marie.
Cette conviction des chrétiens est plus profonde qu'il n'y paraît au premier regard. Le fait est que, dans le Nouveau Testament, notre lien avec le Seigneur Jésus peut être vraiment si immédiat et si fort que sa famille devient la nôtre. En achevant son Évangile, déjà âgé, il dit de lui-même, de sa vie et de l'Évangile du Christ : « C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses... et son témoignage est vrai. » Ainsi toute la vie de l'apôtre est un témoignage de l'amour cruciforme du Fils de Dieu, et cela aussi n'est pas seulement un fait de la biographie personnelle de Jean, fils de Zébédée, mais un chemin pour chaque chrétien.
Dans ces moments décisifs, la présence au pied de la Croix, l'adoption de Marie et le témoignage rendu à Jésus, l'apôtre Jean incarne toute l'Église, comme Pierre l'incarne dans la prédication du jour de la Pentecôte, comme chacun de nous l'incarne lorsqu'il accomplit pour lui-même la volonté de Dieu.
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
Les Évangiles parlent en général très sobrement de la vie de la Mère de Dieu; les petits détails qu’ils transmettent n’en sont que plus importants. Le plus jeune des disciples, Jean, celui que Jésus aimait, prend soin de la Mère de Jésus. Même sur la croix, Jésus ne l’oublie pas et la confie à son disciple bien-aimé. Il y a là un sens tout pratique: les femmes en Israël ne subvenaient pas elles-mêmes à leurs besoins; elles étaient maîtresses de maison, et les moyens de vivre étaient gagnés d’abord par les pères, puis par les maris, puis par les fils. Avec la mort de Jésus, Marie n’a plus personne pour assurer sa vie, et elle n’avait aucune réserve : la Sainte Famille a toujours vécu dans la pauvreté. C’est pourquoi le souci de Jésus pour elle dans les derniers instants de sa vie terrestre est très important pour eux deux.
Mais il y a aussi un autre sens. L’Église créée par le Christ est appelée à poursuivre son œuvre, à accomplir tout ce qu’il accomplissait. En accueillant Marie, les disciples se manifestent comme frères de Jésus, et l’Église devient une seule famille, où il y a un Père, une Mère et des enfants : des frères et des sœurs les uns pour les autres, vivant dans l’unité avec le Christ, dans l’obéissance au Père et dans le soin de la Mère qui les couvre de son amour maternel.
30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. |
La mort de Jésus sur la croix, l'évangéliste la décrit précisément comme une mort. La mort d'un homme tout ordinaire. Comme s'il n'y avait pas en Lui cette plénitude divine qui s'était si souvent manifestée pendant Son ministère terrestre. Mais il ne pouvait en être autrement. Car Il est vraiment homme. Homme non pas moins, mais plus que chacun de nous. Sa divinité n'a nullement diminué Son humanité. Au contraire, elle l'a révélée dans toute sa plénitude. Elle en a fait l'Humanité avec une majuscule. Or l'homme, dans le monde déchu, est mortel.
Et même libre du péché, l'homme peut en principe mourir. Pourtant, si l'on est libre du péché, mourir n'est pas obligatoire. En ce sens, la mort de Jésus est absolument volontaire. Mais on peut toujours tuer un homme qui vit dans les limites de ce monde. Seulement, il est vrai, dans les limites de ce monde. Au-delà de ces limites, la mort n'aura pas de pouvoir sur celui qui vit de la vie du Royaume. Et encore moins sur Celui qui porte en Lui-même la plénitude de ce Royaume. Mais le Sauveur devait parcourir jusqu'au bout Son chemin précisément dans notre monde encore non transfiguré.
Afin de rendre possible sa transfiguration. Or un chemin dans le cadre de ce monde suppose la possibilité de la mort. Dans la situation concrète du monde déchu, non seulement la possibilité, mais aussi l'inévitabilité pratique. Bien sûr, Jésus vient dans le monde non pour mourir, mais pour lui apporter le Royaume. S'il n'y avait pas eu la chute, s'il n'y avait pas eu ce mal dans lequel notre monde s'est trouvé après la chute, le Sauveur du monde n'aurait pas eu à mourir sur la croix. Mais Il est venu dans le monde tel qu'il est.
Comprenant parfaitement, bien sûr, où Il allait et ce qui L'y attendait. Ceux qui désiraient Sa mort, eux, ne voyaient pas au-delà de notre monde limité par le mal. Ils étaient sûrs que, s'Il mourait maintenant, tout serait fini. Bien sûr, à leur avantage. Quand Il mourait, ils se sentaient vainqueurs. Et ils ont réellement vaincu dans leur monde limité, gisant dans le mal. Lequel d'entre eux pouvait savoir qu'il y a encore le Royaume, le grand monde de Dieu, où leur victoire ne vaut rien et où ils ont déjà subi une défaite totale ? Bientôt ils devront s'en convaincre. Mais pour l'instant ils triomphent.
31 Comme c’était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour —, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. |
32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. |
33 Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, |
34 mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. |
35 Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez. |
36 Car cela est arrivé afin que l’Écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé.
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37 Et une autre Écriture dit encore :Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.
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En demandant que l’on brise les jambes des crucifiés, les Juifs font preuve d’une inconséquence apparemment étonnante. Pour le Romain Pilate, c’était un nouveau témoignage du zèle religieux des habitants de la Palestine, un zèle qui confinait à la folie. La situation semblerait tout aussi étrange de nos jours. Un criminel que l’on avait eu tant de peine à accuser et à condamner à mort aurait dû souffrir aussi longtemps que possible et subir jusqu’au bout le châtiment qui lui était réservé. Pourtant, pour des raisons religieuses étranges et incompréhensibles à un païen non initié, on voulait alléger son supplice en y mettant fin prématurément. Mais il s’avère que Jésus est déjà mort. Le Christ meurt avant les autres malfaiteurs suspendus à Ses côtés. Il apparaît que les craintes des Juifs étaient vaines : le dangereux criminel qu’ils avaient condamné n’était pas un roi puissant, mais seulement un homme solitaire qui ne possédait même pas assez de force physique pour tenir jusqu’à la fin du supplice. Pour les chrétiens, cependant, cette faiblesse du Christ révèle le profond mystère de l’Homme-Dieu.
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. |
45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. |
46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. |
47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. |
Ce n'est pas sans raison que l'on appelle ce jour la « journée des femmes » chrétienne. Les lectures d'aujourd'hui nous montrent très clairement pourquoi. En regardant l'histoire biblique, on voit d'ailleurs que le rôle de la femme dans le christianisme prenait une importance bien plus grande que ne le permettaient les normes sociales en vigueur. La figure féminine la plus importante du christianisme est sans doute Marie, la Mère de Dieu. Elle est devenue la plus parfaite de tous les êtres humains : elle a su dire « oui » à Dieu au point qu'Il a pu s'incarner en elle. Viennent ensuite précisément celles dont nous lisons l'histoire aujourd'hui : les femmes myrrhophores. On ne sait pas exactement combien elles étaient — les récits des évangélistes diffèrent —, mais là n'est pas l'essentiel. L'essentiel est que ce sont des femmes, celles qui, peut-être, à la différence des apôtres, n'ont plus rien à perdre puisqu'on leur a déjà enlevé leur Seigneur, qui viennent au tombeau et qui reçoivent les premières l'annonce de la Résurrection. Le Seigneur voit la profondeur de l'âme féminine mieux que nous tous, mieux que tous les psychologues et autres spécialistes. Et Il veut que ce soit de cette profondeur même que se répande dans le monde la joyeuse nouvelle : le Christ est ressuscité ! Le Seigneur ne confie pas cela aux hommes. Pourquoi ? Il le sait mieux que nous. Cela réfute entièrement la théorie selon laquelle le christianisme pratiquerait une discrimination envers les femmes. Le Seigneur a Lui-même déterminé la vocation de chacun ; Il a Lui-même mis chaque chose à sa place. Quant à ce qui arrive lorsqu'on déplace involontairement ce qu'Il a disposé, le passage des Actes nous l'explique fort bien. Le fait que les premiers chrétiens aient oublié les veuves pauvres devient l'un des signes du « refroidissement » et de l'extinction progressive de l'amour qui existait dans l'Église. Souvenons-nous donc de nos mères, de nos sœurs, de nos épouses et de nos filles. Rendons grâce à Dieu pour elles !
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
Aujourd'hui nous lisons dans l'Évangile l'une des manifestations de la véritable grandeur humaine. La fidélité et l'amour qui animaient Joseph d'Arimathie sont vraiment dignes de toute louange et d'imitation. Lorsque toute espérance avait cessé, lorsque Jésus mourut sur la Croix et que tout était fini, c'est précisément à ce moment-là qu'il resta des hommes qui Lui étaient fidèles.
Demeurer près du Dieu crucifié n'est pas facile. Il est encore plus difficile de pleurer Sa mort. Qu'ont vécu, à quoi ont pensé Joseph d'Arimathie, Nicodème, Marie Madeleine, le Grand Samedi, lorsque le Seigneur demeurait corporellement au tombeau ? Et comment Joseph s'est-il résolu à entrer chez Pilate pour demander le Corps du Christ, méprisant les lois de l'impureté rituelle (ce matin-là, les grands prêtres n'entrèrent pas chez le païen Pilate), méprisant aussi le danger d'être accusé de complicité dans l'affaire du Condamné ? Ils traversent jusqu'au bout l'horreur du vendredi et du samedi et demeurent avec Celui qui a péri et avec Sa Mère. Être avec Dieu jusqu'au bout, partout où Il va. Et lorsqu'Il descend aux enfers, là où les hommes ne peuvent pas aller avec Lui, ils pleurent et L'attendent sur la terre.
Et cette attente ne demeure pas vaine.
38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. |
39 Nicodème — celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus — vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. |
Les relations avec Jésus peuvent être très différentes selon les personnes. Joseph d'Arimathie et Nicodème en avaient, eux aussi. Les leurs. Qui ne ressemblaient à aucune autre. Ces hommes n'étaient pas des apôtres ; très probablement, ils ne se considéraient même pas comme des disciples de Jésus. Mais ils sont venus pour accomplir le rite funéraire. À première vue, ce n'est pas grand-chose, mais aucun des disciples les plus proches ne l'a fait. Presque tous se sont dispersés. Et tous étaient convaincus que tout était fini.
Il est difficile de les blâmer : tous étaient sincères, tous agissaient selon ce que leur propre compréhension de la situation leur dictait. Et il s'est avéré que, pour tous, sauf peut-être Pierre et Jean, ce qui les liait au Maître était d'abord une oeuvre. Une perspective. Le grand avenir qui les attendait aux côtés de cet Homme. Et quand il s'est avéré qu'il n'y aurait aucun avenir de ce genre, ils ont décidé qu'ils ne Lui étaient plus nécessaires. Et Lui, leur était-Il nécessaire ? Bien sûr que oui, mais Il avait Lui-même décidé de renoncer à tout. Alors comment auraient-ils pu L'aider ?
Pour quelques-uns seulement, la relation avec Lui s'est révélée inconditionnelle et précieuse en elle-même. Oui, bien sûr, pour Pierre et sans doute pour Jean ; sinon, il ne se serait pas trouvé au pied de la croix. Et pour les femmes qui se tenaient là aussi, près de cette même croix. Et encore, qui aurait pu le penser !, pour Nicodème et pour Joseph. Car ils avaient moins fréquenté Jésus que tous les autres. Ils Le connaissaient moins que les autres.
Mais il arrive parfois qu'une rencontre survienne dans la vie, peut-être l'unique, une rencontre telle qu'elle ne se reproduira jamais, et qu'elle demeure pour toujours avec celui qui l'a vécue. Et qu'elle détermine entièrement, ou en grande partie, toute sa vie ultérieure. Et personne, sauf les deux êtres qui se sont rencontrés, ne sait rien de cette rencontre. Et peut-être ne reverra-t-on jamais celui, ou Celui, qui a bouleversé toute la vie. Mais la vie, elle, est déjà bouleversée. Elle est déjà autre, et l'ancienne n'existe plus. Et la relation avec Celui qui l'a bouleversée demeure pour toute la vie. Peu importe désormais ce que Celui qui a bouleversé la vie a réussi ou non à accomplir. L'essentiel, de toute façon, Il l'a déjà fait. C'est pourquoi la relation avec Lui demeurera pour toujours.
Et même la mort, eh bien, dans notre monde tout le monde meurt... Même la mort ne détruira pas ces relations. Parce qu'elles appartiennent au Royaume. Et tout ce qui leur est lié aussi. Là-bas, rien n'est oublié et rien ne disparaît sans laisser de trace. Et tout est absolument important et absolument précieux.
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
29 Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » |
30 Ils lui répondirent : « Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » |
31 Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi. » Les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort », |
32 afin que s’accomplît la parole qu’avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir. |
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » |
34 Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » |
35 Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » |
36 Jésus répondit :« Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » |
37 Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi.Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » |
38 Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
39 Mais c’est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » |
40 Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : « Pas lui, mais Barabbas ! » Or Barabbas était un brigand. |
1 Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. |
2 Les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre ; |
3 et ils s’avançaient vers lui et disaient : « Salut, roi des Juifs ! » Et ils lui donnaient des coups. |
4 De nouveau, Pilate sortit dehors et leur dit : « Voyez, je vous l’amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » |
5 Jésus sortit donc dehors, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : « Voici l’homme ! » |
6 Lorsqu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. » |
7 Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : « Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier ? » |
11 Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché. » |
12 Dès lors Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs vociféraient, disant : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César : quiconque se fait roi, s’oppose à César. » |
13 Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors et alla siéger au tribunal, en un lieu dit le Dallage, en hébreu Gabbatha. |
14 Or c’était la Préparation de la Pâque ; c’était vers la sixième heure. Il dit aux Juifs : « Voici votre roi. » |
15 Eux vociférèrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Crucifierai-je votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons de roi que César ! » |
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. |
Dans le récit évangélique de la condamnation du Sauveur, un élément retient l'attention : le désir d'échapper à toute responsabilité que manifestent les représentants du Temple comme ceux du pouvoir romain. Ce n'est pas par hasard que Jésus refuse de répondre à la question du grand prêtre sur Son enseignement et Ses disciples (Jn 18,19–21). Il comprend qu'il ne saurait être question ici d'un procès équitable et que tout cet interrogatoire ne sert qu'à Le prendre au mot afin de trouver un fondement pour fabriquer contre Lui un dossier qui permette de Le condamner à mort. En réalité, tout avait déjà été décidé lorsque Caïphe avait jugé possible de sacrifier Un seul homme au bien du peuple tel qu'il le concevait (Jn 18,14).
Mais tous les participants au procès de Jésus souhaitaient naturellement que la décision fût prise de manière collégiale et dans le respect des formalités prévues par la loi. Ainsi, personne en particulier ne pourrait plus être accusé de meurtre. On pourrait croire que les représentants des élites du Temple n'avaient personne à craindre, mais leur conscience religieuse n'était probablement pas tranquille : un meurtre ordinaire aurait constitué une violation directe de la Torah. Une exécution décidée par le Sanhédrin était une tout autre affaire. Un tel verdict, rendu dans des formes irréprochables, aurait rassuré tout le monde, puisqu'une exécution prononcée par un tribunal n'aurait évidemment pas été considérée comme une violation de la Torah.
Un obstacle très sérieux se dressait cependant sur le chemin de ces « juges » : les condamnations à mort prononcées par le Sanhédrin devaient être confirmées par le pouvoir romain, représenté en Judée par le procurateur. C'est donc auprès de lui qu'ils se rendirent (Jn 18,28). Les dirigeants du Sanhédrin comptaient apparemment sur une simple formalité et, au début, ne voulaient même pas entrer dans les détails, pensant que Pilate signerait la sentence sans la lire (Jn 18,29–32).
Mais Pilate manifesta pour l'affaire un intérêt inattendu et décida d'interroger lui-même l'accusé (Jn 18,33). Jésus, qui était resté silencieux devant le Sanhédrin, témoigna devant Pilate de ce qu'il était désormais inutile d'attester au Sanhédrin : Il répondit à la question du procurateur au sujet de Son Royaume (Jn 18,34–37). Or, si le Royaume dont Jésus témoignait paraissait hostile aux dirigeants du mouvement pharisien et aux élites du Temple, Pilate y était simplement indifférent, comme la plupart des agnostiques à l'esprit pragmatique. Toutefois, comme tout agnostique, il ne voyait aucun crime dans la prédication d'idées quelles qu'elles fussent, même étranges ou erronées, et proposa aux représentants du Sanhédrin venus le trouver d'épargner à un innocent le châtiment (Jn 18,38–40). Voyant qu'ils refusaient tout compromis, Pilate décida apparemment de s'en tenir à la peine prévue par le droit romain pour les non-citoyens coupables d'avoir enfreint les lois locales, et fit flageller Jésus (Jn 19,1–3).
Après cela, il considéra l'incident comme clos (Jn 19,4–5). Les représentants du Sanhédrin durent alors mettre le procurateur au courant de l'affaire et lui expliquer ce qu'ils reprochaient à Jésus (Jn 19,6–7). Cette explication impressionna fortement Pilate (Jn 19,8). Le calme et la force intérieure de l'accusé lui firent apparemment une impression encore plus grande (Jn 19,9–11). Il aurait probablement libéré Jésus si la foule rassemblée dans la cour du prétoire ne l'avait accusé, en Le relâchant, de négliger les intérêts de l'empire (Jn 19,12). La provocation réussit : ne voulant ni prendre ses responsabilités ni devoir répondre d'éventuelles accusations de sympathie envers les rebelles, Pilate condamne un innocent à mort (Jn 19,13–16). Ainsi, la lâcheté et l'irresponsabilité des uns, jointes à la haine du Royaume chez les autres, conduisent le Sauveur du monde à la croix.
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
29 Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » |
30 Ils lui répondirent : « Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » |
31 Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi. » Les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort », |
32 afin que s’accomplît la parole qu’avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir. |
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » |
34 Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » |
35 Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » |
36 Jésus répondit :« Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » |
37 Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi.Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » |
38 Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
39 Mais c’est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » |
40 Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : « Pas lui, mais Barabbas ! » Or Barabbas était un brigand. |
Les Évangiles nous parlent beaucoup du Royaume de Dieu, mais seul Jean voit dans les souffrances de Jésus une manifestation de ce Royaume ; ce n'est pas par hasard que, dans cet Évangile, Pilate interroge Jésus sur Sa dignité royale. Pour Pilate, « le roi des Juifs » n'est que le titre des anciens rois juifs, dont le dernier fut Hérode. Mais Jésus lui parle d'un autre Royaume, donné par Dieu, qui « n'est pas d'ici », « n'est pas de ce monde » et qui n'agit pas là où les hommes ne connaissent pas Dieu et ne savent pas « ce qu'est la vérité ». Le choix de l'homme est la condition même de la réalisation du Royaume de Dieu : il a été « donné d'en haut » à Pilate de tuer ou de relâcher le véritable Roi. À la différence de l'appartenance aux autres royaumes, la soumission à ce Roi est volontaire, car même les prêtres sont libres de nommer l'empereur romain leur unique roi. À l'inverse, Celui qui accomplit la volonté de Celui qui L'a envoyé devient le centre où se réalise Son Royaume, même si, extérieurement, celui-ci ne s'exprime que par l'inscription placée sur la croix.
21 Ayant dit cela, Jésus fut troublé en son esprit et il attesta :« En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera. » |
22 Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant de qui il parlait. |
23 Un de ses disciples était installé tout contre Jésus : celui qu’aimait Jésus. |
24 Simon-Pierre lui fait signe et lui dit : « Demande quel est celui dont il parle. » |
25 Celui-ci, se penchant alors vers la poitrine de Jésus, lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » |
26 Jésus répond : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. » Trempant alors la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote. |
27 Après la bouchée, alors Satan entra en lui. Jésus lui dit donc : « Ce que tu fais, fais-le vite. » |
28 Mais cela, aucun parmi les convives ne comprit pourquoi il le lui disait. |
29 Comme Judas tenait la bourse, certains pensaient que Jésus voulait lui dire : « Achète ce dont nous avons besoin pour la fête », ou qu’il donnât quelque chose aux pauvres. |
30 Aussitôt la bouchée prise, il sortit ; c’était la nuit. |
31 Quand donc il fut sorti, Jésus dit :« Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui. |
32 Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera. |
33 Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent. |
34 Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. |
35 À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » |
36 Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. » |
37 Pierre lui dit : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je déposerai ma vie pour toi. » |
38 Jésus répond : « Tu déposeras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. |
La lecture de ce jour nous permet de mieux comprendre la nature du Royaume et ce qui le distingue de notre monde, qui n'est pas encore transformé. Il s'agit des paroles prononcées par Jésus lors de la Cène et généralement appelées le « commandement de l'amour » (versets 34–35). À première vue, ces paroles paraissent quelque peu étranges. En effet, que pouvaient trouver de nouveau les apôtres dans un appel à l'amour mutuel ? La nécessité d'aimer son prochain est largement évoquée dans l'Ancien Testament, les écrits des rabbins érudits et les enseignements des maîtres de la Torah. Pourtant, les paroles de Jésus contenaient quelque chose dont personne n'avait parlé avant Lui. Ce n'est pas un hasard si l'appel à l'amour mutuel suit immédiatement Ses paroles sur la gloire dont le Père est glorifié dans le Fils, et le Fils dans le Père (versets 31–32). La « gloire » désigne ici manifestement la présence de Dieu qui a accompagné le peuple juif tout au long de son histoire, depuis l'Exode, et qui a demeuré d'abord dans le Tabernacle, puis dans le Temple. Il n'est donc pas étonnant que le Royaume soit lui aussi pénétré de cette présence. Mais ce sont les disciples de Jésus qui devaient porter le Royaume dans notre monde en cours de transformation ; cette tâche a été confiée aux apôtres et à ceux qui deviendraient leurs disciples (Jean 17,18–21). Et c'est apparemment aux manifestations de l'amour, signes du Royaume apporté au monde par le Sauveur, que l'on reconnaît le plus facilement les disciples de Jésus. Bien sûr, de telles manifestations de l'amour étaient connues avant la venue du Christ. Au sens biblique, l'amour n'est pas d'abord une émotion, mais une attitude envers autrui. Celui qui aime n'est pas celui qui admire l'être aimé ou s'en émerveille, ni, bien entendu, celui qui le flatte, mais celui qui lui veut du bien — non en paroles seulement, mais en actes. Dans le Royaume, cependant, l'amour devient davantage qu'une simple attitude. Toute relation suppose une interaction avec celui à qui elle nous lie, et l'interaction n'est possible qu'au sein d'un milieu déterminé qui lui sert de véhicule. Dans notre monde, qui n'est pas encore entièrement transformé, ce milieu est celui de la vie psychique, lié aux manifestations de notre vie intérieure qui ne dépassent pas l'ordre existant des choses. Ce qu'on appelle l'amour terrestre n'est que le reflet du Royaume pénétrant dans un monde atteint par le mal et le péché. Jésus, Lui, parle d'un amour que l'on peut considérer comme une manifestation du Royaume lui-même, d'un amour qui constitue, pour ainsi dire, la substance même du Royaume. L'homme est incapable d'un tel amour ; il ne peut le recevoir que comme un don transmis par le Sauveur de la part du Père. Mais il peut devenir porteur de cet amour dans un monde qui attend sa transformation et son renouvellement, et c'est manifestement à cela que Jésus appelle Ses disciples. Il les appelle à accueillir le Royaume, à y entrer, à y demeurer et, en vivant dans le Royaume, à le porter avec eux et à le manifester au monde. C'est là la tâche principale et unique de l'Église. Tout le reste n'est qu'un moyen de l'accomplir.
21 Ayant dit cela, Jésus fut troublé en son esprit et il attesta :« En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera. » |
22 Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant de qui il parlait. |
23 Un de ses disciples était installé tout contre Jésus : celui qu’aimait Jésus. |
24 Simon-Pierre lui fait signe et lui dit : « Demande quel est celui dont il parle. » |
25 Celui-ci, se penchant alors vers la poitrine de Jésus, lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » |
26 Jésus répond : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. » Trempant alors la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote. |
27 Après la bouchée, alors Satan entra en lui. Jésus lui dit donc : « Ce que tu fais, fais-le vite. » |
28 Mais cela, aucun parmi les convives ne comprit pourquoi il le lui disait. |
29 Comme Judas tenait la bourse, certains pensaient que Jésus voulait lui dire : « Achète ce dont nous avons besoin pour la fête », ou qu’il donnât quelque chose aux pauvres. |
30 Aussitôt la bouchée prise, il sortit ; c’était la nuit. |
31 Quand donc il fut sorti, Jésus dit :« Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui. |
32 Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera. |
33 Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent. |
34 Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. |
35 À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » |
36 Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. » |
37 Pierre lui dit : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je déposerai ma vie pour toi. » |
38 Jésus répond : « Tu déposeras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. |
Jésus a réuni ses disciples pour le dernier repas, le repas de l'Alliance; il leur donne une loi nouvelle, différente de l'ancienne. Son commandement concerne l'amour dans sa communauté. Il est si simple, après tout, d'aimer ceux qui partagent nos convictions, nos frères...
Mais le Seigneur leur annonce que l'un d'eux est un traître. Son commandement devient alors presque impossible à accomplir: comment s'aimer les uns les autres si chacun peut soudain se révéler un ennemi? Tous cherchent à se mettre à l'abri de la terrible marque du traître, mais Jésus les arrête. Il prédit qu'ils se montreront tous infidèles — et très bientôt, avant même le matin.
Les disciples, puis après eux tous les croyants, ne se divisent pas en bons et mauvais, en fidèles et infidèles. Ils sont unis par une même faiblesse humaine et par un même commandement incompréhensible: s'aimer les uns les autres sans chercher à deviner qui se révélera un ennemi, et imiter l'amour du Maître qui les aime sans condition.
69 Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui en disant : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » |
70 Mais lui nia devant tout le monde en disant : « Je ne sais pas ce que tu dis. » |
71 Comme il s’était retiré vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là : « Celui-là était avec Jésus le Nazôréen. » |
72 Et de nouveau il nia avec serment : « Je ne connais pas cet homme. » |
73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu en es : et d’ailleurs ton langage te trahit. » |
74 Alors il se mit à jurer avec force imprécations : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. |
75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Et, sortant dehors, il pleura amèrement. |
1 Le matin étant arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent un conseil contre Jésus, en sorte de le faire mourir. |
2 Et, après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur. |
Pierre ne manquait nullement de courage. Le fait qu’il ne se soit pas enfui après l’arrestation du Christ, mais se soit précipité à la suite de son Maître dans la cour du grand prêtre, le montre déjà. Pourtant, les seules qualités de combattant ne suffirent pas. Il semble que la foi de Pierre ait vacillé, car bien que son Maître l’ait averti à plusieurs reprises, il continue de penser selon ses catégories habituelles. Le verset 58 en témoigne : Pierre... entra à l’intérieur... pour voir la fin. Malgré tout son amour pour le Christ, Pierre s’était donc facilement résigné à Sa perte.
La suite est pire encore. Apparemment, après ne pas avoir pris peur et ne pas s’être enfui, Pierre surestima ses capacités. Il arrive que l’humble reconnaissance de sa faiblesse permette de devenir fort. Mais l’inverse arrive aussi : le désir orgueilleux de paraître fort conduit à la chute.
Parfois encore, nous nous croyons très intelligents et ingénieux, mais nous ne trompons que nous-mêmes. Pierre pensait lui aussi accomplir une habile manœuvre de clandestinité. Mais celle-ci se révéla être un reniement du Christ. Bien plus, à chaque nouveau refus de reconnaître qu’il connaissait Jésus, Pierre approfondit son éloignement de Lui : d’abord un simple reniement, puis un reniement accompagné d’un serment, enfin un faux serment. Ainsi, les « bonnes intentions » conduisirent au reniement du Christ, aggravé par le péché du faux témoignage.
19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. |
20 Jésus lui répondit : « C’est au grand jour que j’ai parlé au monde, j’ai toujours enseigné en synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s’assemblent et je n’ai rien dit en secret. |
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux, ils savent ce que j’ai dit. » |
22 À ces mots, l’un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? » |
23 Jésus lui répondit : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » |
24 Anne l’envoya alors, toujours lié, au grand prêtre, Caïphe. |
25 Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. Ils lui dirent : « N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? » Lui le nia et dit : « Je n’en suis pas. » |
26 Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ? » |
27 De nouveau Pierre nia, et aussitôt un coq chanta. |
28 Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque. |
29 Pilate sortit donc au-dehors, vers eux, et il dit : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » |
30 Ils lui répondirent : « Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » |
31 Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi. » Les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort », |
32 afin que s’accomplît la parole qu’avait dite Jésus, signifiant de quelle mort il devait mourir. |
33 Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » |
34 Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » |
35 Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » |
36 Jésus répondit :« Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » |
37 Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi.Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » |
38 Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? » Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs. Et il leur dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. |
39 Mais c’est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » |
40 Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : « Pas lui, mais Barabbas ! » Or Barabbas était un brigand. |
1 Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. |
2 Les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre ; |
3 et ils s’avançaient vers lui et disaient : « Salut, roi des Juifs ! » Et ils lui donnaient des coups. |
4 De nouveau, Pilate sortit dehors et leur dit : « Voyez, je vous l’amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » |
5 Jésus sortit donc dehors, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : « Voici l’homme ! » |
6 Lorsqu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le, vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. » |
7 Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » |
8 Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. |
9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. |
10 Pilate lui dit donc : « Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier ? » |
11 Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché. » |
12 Dès lors Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs vociféraient, disant : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César : quiconque se fait roi, s’oppose à César. » |
13 Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors et alla siéger au tribunal, en un lieu dit le Dallage, en hébreu Gabbatha. |
14 Or c’était la Préparation de la Pâque ; c’était vers la sixième heure. Il dit aux Juifs : « Voici votre roi. » |
15 Eux vociférèrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Crucifierai-je votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons de roi que César ! » |
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus. |
Dans le récit évangélique de la condamnation du Sauveur, un élément retient l'attention : le désir d'échapper à toute responsabilité que manifestent les représentants du Temple comme ceux du pouvoir romain. Ce n'est pas par hasard que Jésus refuse de répondre à la question du grand prêtre sur Son enseignement et Ses disciples (Jn 18,19–21). Il comprend qu'il ne saurait être question ici d'un procès équitable et que tout cet interrogatoire ne sert qu'à Le prendre au mot afin de trouver un fondement pour fabriquer contre Lui un dossier qui permette de Le condamner à mort. En réalité, tout avait déjà été décidé lorsque Caïphe avait jugé possible de sacrifier Un seul homme au bien du peuple tel qu'il le concevait (Jn 18,14).
Mais tous les participants au procès de Jésus souhaitaient naturellement que la décision fût prise de manière collégiale et dans le respect des formalités prévues par la loi. Ainsi, personne en particulier ne pourrait plus être accusé de meurtre. On pourrait croire que les représentants des élites du Temple n'avaient personne à craindre, mais leur conscience religieuse n'était probablement pas tranquille : un meurtre ordinaire aurait constitué une violation directe de la Torah. Une exécution décidée par le Sanhédrin était une tout autre affaire. Un tel verdict, rendu dans des formes irréprochables, aurait rassuré tout le monde, puisqu'une exécution prononcée par un tribunal n'aurait évidemment pas été considérée comme une violation de la Torah.
Un obstacle très sérieux se dressait cependant sur le chemin de ces « juges » : les condamnations à mort prononcées par le Sanhédrin devaient être confirmées par le pouvoir romain, représenté en Judée par le procurateur. C'est donc auprès de lui qu'ils se rendirent (Jn 18,28). Les dirigeants du Sanhédrin comptaient apparemment sur une simple formalité et, au début, ne voulaient même pas entrer dans les détails, pensant que Pilate signerait la sentence sans la lire (Jn 18,29–32).
Mais Pilate manifesta pour l'affaire un intérêt inattendu et décida d'interroger lui-même l'accusé (Jn 18,33). Jésus, qui était resté silencieux devant le Sanhédrin, témoigna devant Pilate de ce qu'il était désormais inutile d'attester au Sanhédrin : Il répondit à la question du procurateur au sujet de Son Royaume (Jn 18,34–37). Or, si le Royaume dont Jésus témoignait paraissait hostile aux dirigeants du mouvement pharisien et aux élites du Temple, Pilate y était simplement indifférent, comme la plupart des agnostiques à l'esprit pragmatique. Toutefois, comme tout agnostique, il ne voyait aucun crime dans la prédication d'idées quelles qu'elles fussent, même étranges ou erronées, et proposa aux représentants du Sanhédrin venus le trouver d'épargner à un innocent le châtiment (Jn 18,38–40). Voyant qu'ils refusaient tout compromis, Pilate décida apparemment de s'en tenir à la peine prévue par le droit romain pour les non-citoyens coupables d'avoir enfreint les lois locales, et fit flageller Jésus (Jn 19,1–3).
Après cela, il considéra l'incident comme clos (Jn 19,4–5). Les représentants du Sanhédrin durent alors mettre le procurateur au courant de l'affaire et lui expliquer ce qu'ils reprochaient à Jésus (Jn 19,6–7). Cette explication impressionna fortement Pilate (Jn 19,8). Le calme et la force intérieure de l'accusé lui firent apparemment une impression encore plus grande (Jn 19,9–11). Il aurait probablement libéré Jésus si la foule rassemblée dans la cour du prétoire ne l'avait accusé, en Le relâchant, de négliger les intérêts de l'empire (Jn 19,12). La provocation réussit : ne voulant ni prendre ses responsabilités ni devoir répondre d'éventuelles accusations de sympathie envers les rebelles, Pilate condamne un innocent à mort (Jn 19,13–16). Ainsi, la lâcheté et l'irresponsabilité des uns, jointes à la haine du Royaume chez les autres, conduisent le Sauveur du monde à la croix.
1 Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. |
2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. |
3 Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. |
4 À sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. |
5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. |
6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, |
7 et vite allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. » Voilà, je vous l’ai dit. » |
8 Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. |
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. |
10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » |
11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. |
12 Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, |
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : « Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. » |
14 Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » |
15 Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour. |
16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. |
17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent. |
18 S’avançant, Jésus leur dit ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. |
19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, |
20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge. » |
Comparé aux autres évangiles, le récit de la Résurrection dans l’Évangile selon Matthieu est assez bref, et l’élément le plus remarquable de la description de l’évangéliste est qu’ici encore il parle du mensonge dont on tenta d’entourer Jésus même après Sa résurrection (v. 11–15). L’épisode de la corruption des gardes ne se trouve que chez Matthieu ; les autres évangélistes ne mentionnent pas ce fait. Chez Matthieu, il se trouve au centre du récit et s’oppose à un autre épisode qui décrit l’apparition des anges aux femmes venues au tombeau (v. 1–8). Les deux épisodes sont séparés par une brève insertion sur la rencontre avec le Ressuscité (v. 9–10), et le récit de la Résurrection s’achève par un bref épilogue (v. 16–20).
Cette structure du passage souligne encore plus nettement l’opposition des deux épisodes, qui constitue le fondement de l’intrigue du récit de la Résurrection dans l’Évangile selon Matthieu. Ce n’est évidemment pas un hasard : l’évangéliste attire de nouveau l’attention de ses lecteurs sur l’affrontement entre le Royaume et ceux qui le rejettent. Et cet affrontement, semble-t-il, ne s’est pas arrêté même après la résurrection de Jésus. On pourrait croire la victoire remportée et une nouvelle époque commencée, celle du Royaume qui approche. Mais ceux qui rejettent le Royaume semblent ne pas remarquer le changement. Il est d’ailleurs fort probable qu’ils ne le remarquent réellement pas, car on ne peut voir le Royaume que lorsqu’on le veut.
Il ne s’agit pas ici d’un jeu de l’imagination, mais du fait qu’on ne peut voir le Royaume sans accueillir Celui qui l’a apporté dans le monde, et il faut vouloir L’accueillir. Il en était de même pendant le ministère terrestre du Sauveur : Il n’imposait à personne ni Sa personne, ni Sa messianité, ni le Royaume. Il ne Se révélait et n’ouvrait le chemin du Royaume qu’à ceux qui le voulaient. Aujourd’hui, rien n’a changé : le chemin est ouvert à chacun, mais imposé à personne. C’est pourquoi ceux qui ne veulent pas du Royaume ne le voient pas. En Jésus, ils ne voient ni le Messie-Christ ni le Fils de Dieu, mais, au mieux, un maître de morale et, au pire, un imposteur qui Se faisait passer pour le Messie. Cette dernière manière de voir, bien que plus offensante, est au moins plus honnête : Jésus Lui-même n’a jamais essayé de Se faire passer pour un quelconque maître de morale. Il parlait de telle manière qu’on pouvait soit L’accueillir tel qu’Il est, soit Le rejeter avec indignation, comme beaucoup de pharisiens Le rejetèrent.
Le compromis du « maître de morale » ne tiendra pas : tôt ou tard, chaque lecteur de l’Évangile devra tout de même choisir l’une des deux explications proposées par l’évangéliste. Ce choix se présentait à tous ceux qui rencontraient Jésus pendant Son ministère terrestre, et il demeure le même aujourd’hui.
1 Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. |
2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. |
3 Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. |
4 À sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. |
5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. |
6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, |
7 et vite allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. » Voilà, je vous l’ai dit. » |
8 Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. |
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. |
10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » |
11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. |
12 Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, |
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : « Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. » |
14 Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » |
15 Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour. |
16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. |
17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent. |
18 S’avançant, Jésus leur dit ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. |
19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, |
20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge. » |
Déjà pendant Son ministère terrestre, Jésus a dit qu'Il était venu apporter non pas la paix, mais l'épée, entendant par là la division que provoquerait Son témoignage au Royaume. Il en fut ainsi avant Sa résurrection, et la séparation entre ceux qui acceptent et ceux qui rejettent devint encore plus visible après cet événement. Il semblerait que tenter de passer sous silence un événement aussi important, même pour les non-croyants, soit d'emblée voué à l'échec ; pourtant, on tente de le faire dès le commencement, dès le premier jour où le Ressuscité apparut à ceux qui n'espéraient déjà plus Le voir vivant.
Par la suite, ceux qui niaient le christianisme n'ont presque jamais essayé d'expliquer ce que les apôtres et les autres témoins avaient vu et attesté ; toute leur argumentation se ramenait généralement à dire que tous les témoignages étaient une tromperie, volontaire ou involontaire (dans le second cas, on parle d'ordinaire de l'erreur sincère de témoins ayant pris leurs hallucinations ou le fruit de leur imagination échauffée pour la réalité).
Pourquoi donc, au cours des siècles et des millénaires de l'histoire chrétienne, les adversaires du christianisme n'ont-ils inventé aucune autre explication plus convaincante ? Chacun devrait pourtant comprendre qu'un mouvement fondé sur la tromperie, ou même sur une erreur sincère, ne peut pas exister pendant des millénaires ! La réponse à cette question est plus simple qu'on ne pourrait le penser, et elle se trouve dans l'Évangile même.
Même au temps du ministère terrestre du Sauveur, beaucoup accueillaient Ses paroles avec hostilité non parce que ceux qui les niaient avaient des arguments logiques ou d'un autre genre, mais parce que le Royaume et Celui qui l'avait apporté dans le monde leur étaient inacceptables par principe, en tout cas tels qu'ils se présentaient devant eux. Accueillir le Royaume dont le Christ témoigne, et ses lois, signifie pour chacun cesser d'être ce qu'il est, changer radicalement, et donc se séparer de son ancien moi, même si celui qui l'accueille se plaît parfois à lui-même. Si l'homme ne le veut pas et n'y est pas prêt, il dit au Christ et au Royaume un « non » qui, pour lui-même, n'a déjà plus besoin d'explication.
Et pour l'entourage, le plus simple est d'expliquer son refus en déclarant toute l'histoire mensonge, erreur, invention des adeptes, en un mot, quelque chose qui exclurait d'avance toute discussion ultérieure. Il en fut ainsi au jour de la résurrection du Sauveur, il en fut ainsi des siècles plus tard, et la situation reste la même aujourd'hui. Bien sûr, chacun a le droit de faire son propre choix quand il s'agit de son salut. L'essentiel est de ne pas se tromper soi-même sur les motifs de ce choix. Ni les autres non plus.
1 Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. |
2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. |
3 Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. |
4 À sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. |
5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. |
6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, |
7 et vite allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. » Voilà, je vous l’ai dit. » |
8 Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. |
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. |
10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » |
11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. |
12 Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, |
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : « Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. » |
14 Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » |
15 Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour. |
16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. |
17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent. |
18 S’avançant, Jésus leur dit ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. |
19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, |
20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge. » |
L'ange qui annonça la Résurrection s'adresse aux femmes venues au tombeau, mais non aux gardes qui se trouvent tout près. Sans doute parce qu'il ne convient pas d'imposer une connaissance factuelle à ceux qui ne sont pas encore prêts à l'assimiler. Car accueillir le message évangélique ne signifie pas apprendre par coeur le contenu d'un texte; cela signifie commencer une vie nouvelle. Les gardes sont donc libres de décider comment ils doivent se rapporter au miracle survenu. L'ange s'adresse en revanche à ceux qui ont accueilli Jésus et qui L'aiment; c'est à eux que l'ange confie d'annoncer aux disciples la nouvelle de la Résurrection.
Sur la route vers les apôtres, elles rencontrèrent le Ressuscité Lui-même. Eh bien, la rencontre avec Lui peut justement se produire lorsque, accomplissant notre devoir, nous allons vers nos frères. Et comme le témoignage de Matthieu sur la fidélité de ces femmes est important!
Le comportement des grands prêtres peut paraître étrange. Sont-ils donc aveuglés à ce point qu'ils sont incapables d'accueillir cette apparition miraculeuse comme un témoignage que Jésus est réellement le Fils de Dieu?
Oui, précisément à ce point. Le niveau d'enseignement qu'ils ont assimilé est pour eux la plénitude de la vérité, et ce qui sort de cadres rigides leur est difficile à percevoir. Quant à reconnaître qu'ils se sont trompés, qu'ils ont envoyé à la mort un innocent, l'orgueil et les «considérations politiques» les en empêchent. La Vérité ne leur est pas nécessaire. Mais Elle est néanmoins ressuscitée.
1 Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. |
2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. |
3 Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. |
4 À sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. |
5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. |
6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, |
7 et vite allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. » Voilà, je vous l’ai dit. » |
8 Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. |
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. |
10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » |
11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. |
12 Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, |
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : « Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. » |
14 Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » |
15 Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour. |
16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. |
17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent. |
18 S’avançant, Jésus leur dit ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. |
19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, |
20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge. » |
Le trait principal de la Résurrection fut sans doute son caractère inattendu, absolument pour tous, pour les amis comme pour les ennemis du Ressuscité. Les femmes allèrent au tombeau afin d’achever le rite funéraire inachevé ; la rencontre avec Jésus ressuscité fut pour elles une surprise totale. Quant aux apôtres, même après avoir entendu parler de la Résurrection, ils ne crurent pas : à ce qu’on voit, ils décidèrent que les femmes avaient simplement eu une apparition dans l’obscurité.
Une question naturelle se pose : pourquoi ? Pour les ennemis du Ressuscité, tout est clair : Sa Résurrection fut sans doute la conclusion la plus cauchemardesque possible de cette histoire. Mais à la lecture des récits évangéliques de la Résurrection, on commence parfois à penser que, aussi paradoxal que cela paraisse, même aux disciples de Jésus Sa Résurrection parut étrange et même superflue. Ils refusent de croire ; il leur semble que tous les récits de la Résurrection ne font que troubler les gens. Certes, ils n’attendaient réellement rien de tel. Mais il y avait peut-être autre chose : les disciples de Jésus ne pouvaient pas encore se détacher de leurs représentations traditionnelles et très humaines du Messie et du messianisme.
Après la terrible nuit de Gethsémani, ils ne comprirent qu’une chose : tout était perdu, Il n’était pas Celui pour qui ils L’avaient pris, il n’y aurait pas de guerre messianique, il fallait se séparer du rêve. Et en même temps, il restait la mémoire sacrée du Maître, qu’on ne pouvait déjà plus oublier, avec qui, malgré l’échec, tant de choses étaient liées qu’il était impossible de renier Son souvenir. C’est là aussi une vision du monde tout à fait constituée, même tragique, que l’on peut porter toute sa vie et avec laquelle on peut vivre cette vie. Et soudain il apparaît que tout n’est pas encore fini, qu’après le cauchemar et l’horreur des jours pascals vécus, cela n’a pas suffi, que l’histoire n’est pas encore terminée ; on dit qu’on L’a de nouveau vu vivant ! Quoi encore ? Qu’est-ce donc cette fois ? Quelles nouvelles espérances donnera-t-Il pour les détruire ensuite ? Ou bien n’est-ce pas Lui du tout ? Peut-être les femmes sont-elles simplement devenues folles de chagrin ? Il ne manquerait plus que des exaltées insensées ternissent la mémoire du Maître !
Il n’est pas étonnant que Jésus doive, après Sa Résurrection, convaincre à plusieurs reprises Ses disciples qu’Il est bien Lui, qu’Il est réellement vivant, que le plus terrible est vraiment passé, et que devant eux s’ouvre toute une vie avec Lui dans Son Royaume. Et que c’est seulement là, dans le Royaume qui « s’est approché », que l’histoire s’achèvera. Et que commencera la vie. La vie dans toute sa plénitude.
1 Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. |
2 Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. |
3 Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. |
4 À sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. |
5 Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. |
6 Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, |
7 et vite allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. » Voilà, je vous l’ai dit. » |
8 Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. |
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. |
10 Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » |
11 Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. |
12 Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, |
13 avec cette consigne : « Vous direz ceci : « Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. » |
14 Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » |
15 Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour. |
16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous. |
17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent. |
18 S’avançant, Jésus leur dit ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. |
19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, |
20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge. » |
Les quatre évangélistes commencent leurs récits de la Résurrection par le témoignage du tombeau vide. Le tombeau vide doit à la fois préparer les femmes qui ont apporté les aromates à comprendre la victoire du Christ et en exprimer l'essence même: le tombeau est vide, et il n'y a plus de mort.
Comme, pour les anges, la Résurrection de Jésus paraît beaucoup plus naturelle que sa mort, ils disent aux femmes étonnées: « Il est vivant, il est la vie même. Pourquoi cherchez-vous la source de la vie dans un tombeau sombre? Il ne pouvait pas vous quitter longtemps: vous le rencontrerez bientôt ».
Et elles le rencontrent réellement. Il continue d'estimer leur liberté: on peut en effet douter, ou l'on peut croire, précisément croire même en le voyant face à face, prendre part à l'accomplissement par lui de la volonté du Père, le salut du monde, et entendre les dernières paroles de l'Évangile selon Matthieu, qui sont déjà en elles-mêmes la Bonne Nouvelle.
16 Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, qui est le Prétoire, et ils convoquent toute la cohorte. |
17 Ils le revêtent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mettent. |
18 Et ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs ! » |
19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau et ils lui crachaient dessus, et ils ployaient le genou devant lui pour lui rendre hommage. |
20 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Ils le mènent dehors afin de le crucifier. |
21 Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs. |
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
26 L’inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : « Le roi des Juifs. » |
27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche [ |
28 ]. |
29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête et disant : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, |
30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » |
31 Pareillement les grands prêtres se gaussaient entre eux avec les scribes et disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! |
32 Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions ! » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient. |
33 Quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. |
34 Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : « Élôï, Élôï, lema sabachthani », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
35 Certains des assistants disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle Élie ! » |
36 Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant : « Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! » |
37 Or Jésus, jetant un grand cri, expira. |
38 Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas. |
39 Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! » |
La mort du Christ sur la croix paraît à beaucoup une énigme. Elle est en effet mystérieuse, et si aujourd'hui elle ne nous semble plus telle, c'est seulement parce que les récits évangéliques nous sont devenus familiers. Si familiers que nous ne réfléchissons plus à leur mystère et percevons tout ce qui y est décrit comme connu de tous et allant de soi. En réalité, la mort de Jésus est un événement absolument incroyable. Non pas la mort sur la croix: là, tout s'explique justement par la péché de l'humanité déchue; mais le fait que la mort soit devenue pour lui une réalité.
Il ne s'agit même pas du fait qu'il est le Dieu-homme: la plénitude divine en lui pouvait se cacher, devenir pour lui-même inconsciente, et lui seul sait ce qu'il a vécu en cet instant. L'état d'abandon de Dieu nous est familier et même, en un certain sens, habituel; notre nature abîmée par le péché s'est adaptée à une existence aussi anormale pour elle. Mais on ne peut rien dire de tel de lui: il est né et a grandi en ayant conscience en lui de la plénitude divine, et en être privé fut pour lui une épreuve que nous sommes tout simplement incapables d'imaginer. Il s'agit aussi du fait que, pour la nature humaine en général, et particulièrement pour la nature humaine transfigurée, telle qu'est la nature humaine du Sauveur, la mort est un phénomène contre nature. Elle nous paraît naturelle, et en un certain sens elle l'est effectivement pour nous, mais seulement au sens où, pour un toxicomane par exemple, la présence dans son organisme de la drogue qui le tue est «naturelle». Pour une nature humaine normale, la mort est quelque chose de contre nature; pour une nature transfigurée, elle est franchement impossible.
Comment donc le Sauveur a-t-il pu mourir, même du point de vue de sa propre humanité? La mort, pour lui, ne pouvait manifestement devenir une réalité que si... que si lui-même, de manière absolument volontaire, en accomplissant la volonté du Père, avait consenti et s'était résolu à y entrer. À entrer en contact avec elle. À la rendre volontairement, pour lui-même et pour sa propre existence, aussi réelle qu'elle l'est pour nous indépendamment de notre volonté. À le faire pour nous, parce qu'autrement même la plénitude de la vie du Royaume qu'il nous a apportée serait restée incompatible avec notre nature déchue. La plénitude divine devait être apportée au monde non simplement dans une nature humaine: elle devait entrer dans le monde revêtue d'une nature humaine mortelle, absolument identique à la nôtre dans notre état présent.
La différence tenait seulement à ceci: notre mortalité s'est révélée être la conséquence involontaire d'un péché commis volontairement, tandis que sa mortalité était un état temporaire qu'il avait volontairement pris sur lui, sans aucun lien avec aucun péché. En ce sens, la mort de Jésus fut vraiment absolument volontaire: sans aucune contrainte ni nécessité, il a accepté d'entrer dans un état totalement contre nature pour lui et absolument étranger à lui. Ce qui le mouvait alors n'était plus la nécessité ni l'inéluctabilité, mais l'amour: pour le Père et pour ceux qu'il veut sauver.
16 Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, qui est le Prétoire, et ils convoquent toute la cohorte. |
17 Ils le revêtent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mettent. |
18 Et ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs ! » |
19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau et ils lui crachaient dessus, et ils ployaient le genou devant lui pour lui rendre hommage. |
20 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Ils le mènent dehors afin de le crucifier. |
21 Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs. |
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
26 L’inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : « Le roi des Juifs. » |
27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche [ |
28 ]. |
29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête et disant : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, |
30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » |
31 Pareillement les grands prêtres se gaussaient entre eux avec les scribes et disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! |
32 Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions ! » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient. |
33 Quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. |
34 Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : « Élôï, Élôï, lema sabachthani », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
35 Certains des assistants disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle Élie ! » |
36 Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant : « Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! » |
37 Or Jésus, jetant un grand cri, expira. |
38 Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas. |
39 Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! » |
40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé, |
41 qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem. |
42 Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, |
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. |
45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. |
46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. |
47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. |
La lecture d'aujourd'hui nous aidera peut-être, dans une certaine mesure, à réfléchir à la question la plus aiguë qui se pose à l'homme: comment le Dieu tout-puissant permet-Il l'existence des souffrances, du mal, alors que ce sont toujours les personnes les plus pures et les plus innocentes qui souffrent? Aujourd'hui nous est un peu dévoilée la manière dont Dieu se rapporte au mal dans le monde. Nous lisons comment le Seigneur Lui-même traverse le coeur même de la souffrance humaine. Il descend des cieux pour partager avec l'homme toute la noirceur, toute l'horreur de sa solitude et de sa douleur. Jésus est abandonné par Ses disciples, Il passe par les moqueries des soldats, la marche infamante vers le lieu d'exécution, la crucifixion douloureuse sur la croix. Pour boire jusqu'au bout toute l'amertume des tourments humains, Il refuse de boire le vin mêlé de myrrhe qui atténue la douleur.
Le Roi de toute la terre, le Fils de Dieu, est «compté parmi les malfaiteurs». Il ne descend pas de la croix, afin de traverser ce qu'il y a de plus terrible: «Mon Dieu! pourquoi M'as-Tu abandonné?»; afin de traverser les ténèbres de l'abandon de Dieu propres à l'humanité déchue. Après cela, Lui, comme chacun de nous, plonge dans le froid de la mort. Le voile du temple, qui séparait Dieu des hommes, s'est déchiré: le Fils de Dieu a parcouru jusqu'au bout le chemin humain. Les quelques disciples restés près de Lui L'ensevelissent comme n'importe lequel des mortels.
Telle est la réponse de Dieu à l'existence des souffrances sur la terre. Il ne fait pas que compatir: Il souffre pleinement avec nous, Il souffre avec nous et pour nous.
Ici se trouve aussi notre réponse: les chrétiens, chacun à sa mesure, participant aux souffrances du Christ, compatissent au monde, participant ainsi au sacrifice rédempteur du Christ, et par là aussi à Sa Résurrection.
16 Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, qui est le Prétoire, et ils convoquent toute la cohorte. |
17 Ils le revêtent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mettent. |
18 Et ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs ! » |
19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau et ils lui crachaient dessus, et ils ployaient le genou devant lui pour lui rendre hommage. |
20 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Ils le mènent dehors afin de le crucifier. |
21 Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs. |
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
26 L’inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : « Le roi des Juifs. » |
27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche [ |
28 ]. |
29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête et disant : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, |
30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » |
31 Pareillement les grands prêtres se gaussaient entre eux avec les scribes et disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! |
32 Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions ! » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient. |
33 Quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. |
34 Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : « Élôï, Élôï, lema sabachthani », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
35 Certains des assistants disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle Élie ! » |
36 Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant : « Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! » |
37 Or Jésus, jetant un grand cri, expira. |
38 Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas. |
39 Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! » |
40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé, |
41 qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem. |
42 Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, |
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. |
45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. |
46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. |
47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. |
Dans le récit évangélique de la crucifixion du Sauveur, la description du triomphe que vivent tous ceux qui haïssaient Jésus pendant Sa vie terrestre fait une impression particulière. Et à ceux qui L'aimaient, il ne reste qu'à s'affliger et pleurer. Bien sûr, c'est un triomphe apparent; il ne fait que faire ressortir plus vivement ce qui arrivera très bientôt, trois jours plus tard, lorsque tout reprendra sa place. Mais ces trois jours doivent encore passer, il faut les vivre, et pourtant personne, pas même parmi les disciples les plus proches de Jésus, n'attendait la Résurrection. Ces jours étaient d'autant plus lourds que le triomphe des forces du mal n'était pas une convention ni une mise en scène; il était aussi réel que la mort même de Jésus sur la croix. Au fond, ici, au pied de la croix, deux réalités, deux mondes, se sont touchés: le grand monde de Dieu et le petit monde limité de ceux qui s'opposent à Dieu, séparé de lui. Mais pour ceux qui se trouvent dans ce petit monde, il paraît toujours être la seule réalité. Et dans cette réalité, c'est précisément le mal qui triomphe, et il triomphe aussi réellement que ce petit monde lui-même est réel. Physiquement, le grand monde de Dieu et le petit monde de ceux qui s'opposent à Dieu peuvent se trouver dans le même espace et dans le même temps; ceux qui leur appartiennent peuvent se voir et se parler. Mais spirituellement, ce sont deux mondes différents, et au jour du Jugement dernier, la différence entre eux, auparavant visible seulement à quelques-uns, devient évidente pour chacun: le grand monde de Dieu devient ce Royaume dont parle Jésus, et le petit monde de ceux qui s'opposent à Dieu devient les ténèbres extérieures de la parabole évangélique. Dans les ténèbres extérieures triomphe la mort; dans le Royaume, la vie. Et la victoire des ténèbres, qui paraît si réelle dans le petit monde, se révèle être leur véritable et totale défaite dans le grand monde de Dieu au jour de la Résurrection. Quant au monde dans lequel vivre, chacun le décide pour lui-même, comme l'ont décidé ceux qui, le jour de la mort du Sauveur, se tenaient au pied de la croix.
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
26 L’inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : « Le roi des Juifs. » |
27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche [ |
28 ]. |
29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête et disant : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, |
30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » |
31 Pareillement les grands prêtres se gaussaient entre eux avec les scribes et disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! |
32 Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions ! » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient. |
33 Quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. |
34 Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : « Élôï, Élôï, lema sabachthani », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
35 Certains des assistants disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle Élie ! » |
36 Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant : « Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! » |
37 Or Jésus, jetant un grand cri, expira. |
38 Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas. |
39 Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! » |
40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé, |
41 qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem. |
Aujourd’hui sont lus deux textes qui frappent, à première vue, par la divergence des pensées. La Deuxième lettre de Jean peut être appelée une lettre d’un pasteur à ses amis, dans laquelle il les bénit et les informe de sa venue. Dans le texte évangélique, nous lisons le récit de l’exécution et de la mort du Christ. Et, après avoir lu ces textes, il semble qu’après une telle exécution du maître, un groupe de personnes continue son œuvre, parle de ce dont il parlait, se souvient de lui. Mais il n’en est pas ainsi. Jésus avant sa mort : « Mon Dieu, Mon Dieu ! Pourquoi M’as-tu abandonné ? ». Et comme en réponse aux paroles du Christ, s’adressant à la famille des chrétiens, l’apôtre écrit : « celui qui demeure dans l’enseignement du Christ a le Père et le Fils ». C’est pour nous une indication que, en suivant le Christ, nous ne sommes pas seuls sur ce chemin. Les doutes et les peurs peuvent nous tourmenter, ainsi que le sentiment d’abandon et de désarroi, mais nous sommes gardés et conduits par le Christ. La mort du Christ nous a annoncé la Résurrection d’entre les morts et le salut du monde par Son sacrifice, par la Communion. Et en suivant le Christ, nous devons nous souvenir de Son sacrifice et communier à Ses Saints Mystères. Le Carême est un temps de prière constante et de marche sur le chemin du repentir. Par le Carême, l’Église aide le chrétien sur ce chemin. Mais le chemin du repentir passe toujours par la Communion, sans condamnation, avec un cœur pur et dans l’humilité. Parcourons le chemin de ceux qui L’ont suivi en Galilée, qui sont venus à Jérusalem et sont devenus les témoins muets et souffrants de l’exécution. Et approchons des jours lumineux de Pâques dans la prière et dans une participation particulière aux œuvres du Christ.
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
26 L’inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : « Le roi des Juifs. » |
27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche [ |
28 ]. |
29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête et disant : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, |
30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » |
31 Pareillement les grands prêtres se gaussaient entre eux avec les scribes et disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! |
32 Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions ! » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient. |
33 Quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. |
34 Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : « Élôï, Élôï, lema sabachthani », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
35 Certains des assistants disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle Élie ! » |
36 Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant : « Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! » |
37 Or Jésus, jetant un grand cri, expira. |
38 Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas. |
39 Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! » |
40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé, |
41 qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem. |
Si muet que soit l’effort pour surmonter sa propre douleur et sa souffrance, tout homme cherche malgré tout à mettre ses expériences en mots. La philosophie connaît un problème appelé théodicée. Il pose la question de savoir comment le Dieu souverainement bon a pu permettre la souffrance et le mal. Chacun l’aborde à sa manière : l’un se souvient de Leibniz et de ses paroles selon lesquelles le Seigneur a créé le meilleur des mondes possibles, un autre d’Ivan Karamazov, un autre encore de Job. Nous remplaçons souvent par leurs paroles notre propre refus de la souffrance. Pourtant, il subsiste toujours le sentiment que cette question ne peut recevoir de réponse positive, qu’elle est absolument insoluble. Beaucoup tournent alors leur regard vers la Croix. Il est impossible de comprendre pourquoi de petits enfants tombent malades et meurent, mais il est possible de comprendre que le Seigneur a partagé leur souffrance : Il S’est Lui-même livré comme objet au mal, et désormais le mal n’est plus le mal. Car le plus terrible et le seul véritable mal est l’absence de Dieu, le shéol ; or Dieu est présent dans la souffrance, elle n’est donc plus le même mal, puisqu’Il y souffre avec nous. La seule pensée que mes souffrances sont partagées par le Christ est le plus grand bonheur. On se rappelle le dicton : « Avec celui que l’on aime, même une cabane est un paradis » ; de même, avec Dieu, le mal n’est pas le mal.
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Selon la mesure ordinaire du temps, la mort sur la croix est venue vite, mais peut-on mesurer avec des horloges ordinaires le cours du temps des souffrances de la croix, lorsque chaque seconde s'étire sans fin?..
Lorsque presque tous les disciples s'enfuirent et se cachèrent, auprès du Maître que l'on exécutait se trouvèrent ceux qui, formellement, ne comptaient pas parmi les disciples les plus proches. Mais combien souvent la fermeté et le courage se manifestent chez des personnes qui, dans les circonstances ordinaires, n'étaient pas au premier plan. Il y a quelque chose d'important, peut-être même de prophétique, dans le fait qu'au jour du Golgotha les femmes n'aient pas faibli. Depuis les origines de l'histoire de l'Église jusqu'à nos jours, nous voyons constamment des ascètes remarquables, des femmes qui ont plus d'une fois défendu la foi et l'ont gardée dans les années les plus difficiles.
Parmi ceux qui se tenaient là, nous voyons la mère des fils de Zébédée. Tout récemment encore, elle sollicitait naïvement une faveur pour ses fils, mais l'heure est venue, et maintenant elle a pu voir ce que le Maître devait traverser, et ce dont Il demandait aux disciples de ne pas se détourner. Désormais, comme les autres chrétiennes, elle doit porter sa croix, invisible aux yeux de ceux qui l'entourent, mais si lourde: la croix du service domestique et de la douleur pour les enfants.
Dans une grotte étrangère commença le chemin terrestre du Christ; dans une grotte funéraire étrangère il s'acheva. Celui qui S'est donné tout entier aux hommes ne S'est rien approprié. Et ceux des hommes qu'Il a appelés les Siens allaient connaître des jours et des nuits amers. Il semble que peu de disciples se soient souvenus alors des avertissements du Maître au sujet de Sa Résurrection.
27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte. |
28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, |
29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » |
30 et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. |
31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. |
32 En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix. |
33 Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, |
34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. |
35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. |
36 Puis, s’étant assis, ils restaient là à le garder. |
37 Ils placèrent aussi au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » |
38 Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche. |
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête |
40 et disant : « Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix ! » |
41 Pareillement les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : |
42 « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! |
43 Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui ! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu ! » |
44 Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient de la sorte. |
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Pour les premiers disciples de Jésus, Sa mort exigeait une compréhension nouvelle, chrétienne. L’idée répandue parmi leurs compatriotes selon laquelle Jésus aurait vécu et serait mort en vain, sans atteindre Son but, était inacceptable pour ceux qui connaissaient Sa victoire par expérience. Cette compréhension nouvelle se reflète dans le récit évangélique. Les souffrances et la mort de Jésus y sont décrites dans un cadre de citations bibliques tirées des prophètes et des psaumes, qui montrent que le triomphe du Messie devait être précédé de Son humiliation et que Sa souffrance n’est pas le signe d’un échec ou d’une défaite, mais le signe du véritable Oint, qui agit non par la puissance militaire ou par des miracles incroyables, mais par l’Esprit du Père, devenant non pas celui qui châtie les pécheurs, mais le sacrifice pour les péchés du monde. Dans la culture contemporaine, l’affirmation selon laquelle la mission de Jésus aurait échoué et qu’Il serait mort en vain—voir, par exemple, l’opéra « Jesus Christ Superstar », ou l’interprétation quelque peu différente dans « Le Maître et Marguerite »—est presque aussi répandue qu’elle l’était parmi les habitants de Jérusalem au premier siècle. Les nouveaux disciples du Christ doivent répondre de nouveau à ce défi : vivre de manière à manifester clairement que la mort de Jésus est pleine de sens et que Sa Résurrection est devenue une réalité pour de nombreux cœurs.
27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte. |
28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, |
29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » |
30 et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. |
31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. |
32 En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix. |
33 Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, |
34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. |
35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. |
36 Puis, s’étant assis, ils restaient là à le garder. |
37 Ils placèrent aussi au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » |
38 Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche. |
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête |
40 et disant : « Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix ! » |
41 Pareillement les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : |
42 « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! |
43 Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui ! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu ! » |
44 Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient de la sorte. |
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Les grands prêtres et les anciens se moquent du Crucifié précisément pour la manière dont Il manifeste Sa miséricorde envers eux. Car s'Il était soudain descendu de la croix, s'Il « s'est sauvé Lui-même », auraient-ils pu résister à Sa gloire ? Mais Il meurt comme le plus ordinaire des brigands, ouvrant à beaucoup de Ses persécuteurs et ennemis la possibilité de vivre, et de vivre jusqu'au moment où ils pourront comprendre leur erreur et recevoir le pardon et le salut. La mort du Fils de Dieu est la conséquence de la liberté humaine : accueillir le Rédempteur ou Le tuer. Mais c'est précisément dans cette liberté que se révèlent le respect et l'amour de Dieu pour l'homme.
27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte. |
28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, |
29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » |
30 et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. |
31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. |
32 En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix. |
33 Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, |
34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. |
35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. |
36 Puis, s’étant assis, ils restaient là à le garder. |
37 Ils placèrent aussi au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » |
38 Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche. |
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête |
40 et disant : « Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix ! » |
41 Pareillement les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : |
42 « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! |
43 Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui ! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu ! » |
44 Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient de la sorte. |
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Chacun des évangélistes décrit à sa manière la crucifixion et la mort sur la croix du Sauveur. Et si, dans d'autres évangiles, il est fait mention, par exemple, du disciple bien-aimé debout près de la croix ou du brigand repenti, dans l'Évangile selon Matthieu il n'y a aucune mention de ce genre. L'évangéliste note seulement qu'après la mort de Jésus certains des soldats romains qui gardaient le Crucifié furent saisis et effrayés, reconnaissant qu'il était « vraiment le Fils de Dieu » (v. 54). Il mentionne aussi les femmes, il est vrai, mais dans sa description elles « regardent de loin » (v. 55-56), si bien qu'auprès de la croix il ne se trouve personne qui puisse le soutenir, ne serait-ce que par sa présence. Une telle fin s'inscrit pleinement dans la conception générale de l'évangéliste, qui décrit toute l'histoire des derniers jours et des dernières heures du ministère terrestre du Sauveur comme une histoire de trahison et d'apostasie. Et au moment de sa mort sur la croix, les fidèles ou bien se tiennent au loin, ou bien, comme Joseph d'Arimathie, apparaissent lorsque tout est déjà fini (v. 57-61), tandis qu'au pied de la croix ne demeurent que le mal qui se réjouit et les ténèbres triomphantes (v. 39-44).
Sur le fond des descriptions des autres évangélistes, un tel tableau pourrait paraître excessivement contrasté, presque jusqu'au schématisme, si ce n'était la logique de l'auteur sacré, qui considère tout le ministère terrestre du Sauveur comme le conflit du Royaume avec les forces qui lui sont opposées et qui brûlent de détruire Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. De ce point de vue, ce qui se passe au pied de la croix ne peut malheureusement pas être appelé quelque chose d'exceptionnel. Nous y voyons tout et tous ceux que Jésus a dû affronter tout au long de son ministère terrestre. Il y a là les moqueries méchantes de gens de la foule de la rue qui ne comprennent rien et ne veulent rien comprendre (v. 39-40), la jubilation mauvaise des rigoristes religieux, les railleries des théologiens savants (v. 41-43), et même les outrages de ceux à qui il ne convenait vraiment pas d'outrager: les brigands crucifiés près de Jésus (v. 44). Et une seule chose unissait tous ces hommes si différents: le refus du Royaume. Il gênait chacun d'eux à sa manière, et maintenant les voilà tous réunis près de la croix pour se réjouir de leur victoire, une victoire imaginaire sur Celui dont la vie même ne leur laissait pas de repos.
Bien sûr, aucun d'eux ne se doutait que cette victoire était imaginaire. Car dans leur monde, le monde où il y avait place pour tout et pour tous sauf pour le Christ et le Royaume, leur victoire était réellement absolue; elle ne devenait rien que dans un autre monde, plus grand, le monde de Dieu. Mais de ce monde, ceux qui se moquaient du Crucifié ne savaient rien du tout, ou n'en avaient que les représentations les plus approximatives et les plus confuses. C'est pourquoi la Résurrection fut pour eux comme un coup de tonnerre dans un ciel clair, le même coup de tonnerre que deviendra sans doute pour beaucoup le retour du Sauveur, peut-être même pour ceux qui ont l'habitude de se considérer comme chrétiens.
26 Quand ils l’emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. |
27 Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. |
28 Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! |
29 Car voici venir des jours où l’on dira : Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri ! |
30 Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous !
|
31 Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? » |
32 On emmenait encore deux malfaiteurs pour être exécutés avec lui. |
33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. |
34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. |
35 Le peuple se tenait là, à regarder. Les chefs, eux, se moquaient : « Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! » |
36 Les soldats aussi se gaussèrent de lui : s’approchant pour lui présenter du vinaigre, |
37 ils disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » |
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » |
39 L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi. » |
40 Mais l’autre, le reprenant, déclara : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! |
41 Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » |
42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » |
43 Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » |
44 C’était déjà environ la sixième heure quand, le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure. |
45 Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu, |
46 et, jetant un grand cri, Jésus dit : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela, il expira. |
47 Voyant ce qui était arrivé, le centenier glorifiait Dieu, en disant : « Sûrement, cet homme était un juste ! » |
48 Et toutes les foules qui s’étaient rassemblées pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. |
49 Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui l’accompagnaient depuis la Galilée, et qui regardaient cela. |
50 Et voici un homme nommé Joseph, membre du Conseil, homme droit et juste. |
51 Celui-là n’avait pas donné son assentiment au dessein ni à l’acte des autres. Il était d’Arimathie, ville juive, et il attendait le Royaume de Dieu. |
52 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
53 Il le descendit, le roula dans un linceul et le mit dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n’avait été placé. |
54 C’était le jour de la Préparation, et le sabbat commençait à poindre. |
55 Cependant les femmes qui étaient venues avec lui de Galilée avaient suivi Joseph ; elles regardèrent le tombeau et comment son corps avait été mis. |
56 Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et le sabbat, elles se tinrent en repos, selon le précepte. |
En décrivant la mort du Sauveur sur la Croix, Luc mentionne la conversion de l'un des deux brigands crucifiés à ses côtés. Les autres évangélistes ne rapportent pas ce détail. En décrivant la crucifixion comme il le fait, Luc ne laisse auprès de Jésus qu'un seul homme qui l'accueille : le brigand qui s'est repenti et converti. Tous les autres se tiennent à distance (v. 49), tandis que seuls restent près de la Croix ceux qui se moquent et l'insultent. L'évangéliste semble vouloir nous dire que la prédication et le témoignage de Jésus n'ont pas cessé lorsqu'il s'est tu après son arrestation ; ils ont désormais pris une autre forme, qui n'est pourtant pas moins efficace : en dehors de l'expérience de la proximité du Royaume, presque rien n'aurait pu amener le brigand crucifié au repentir. Bien sûr, un choix restait possible ici aussi : deux hommes se trouvaient auprès de Jésus, mais un seul se repentit et se convertit.
La situation décrite par Luc est, en un certain sens, universelle : tôt ou tard, chacun se trouve au seuil de la mort. Et si tout le monde ne mène pas une vie de brigand et ne meurt pas sur une croix, les justes, hélas, ne sont pas non plus si nombreux dans le monde. Le repentir au seuil de la mort n'est pas une situation si rare. Du point de vue de notre monde, qui n'est pas encore transfiguré, un repentir aussi tardif est inutile : sur son lit de mort, il est trop tard pour songer à se corriger et à corriger sa vie. Mais du point de vue du Royaume, tout n'est pas encore perdu : on peut repartir de zéro même à la dernière minute de sa vie, pourvu qu'on le veuille. Celui qui se repent participe alors à la vie du Royaume, à cette vie nouvelle plus forte que la mort, dont la toute-puissance ne s'exerce que dans le monde où règne le péché. Et le brigand qui s'est converti et a fait son choix au seuil de la mort n'est pas perdu pour le Royaume. Ainsi, alors même qu'il meurt sur la Croix, Jésus continue de porter le Royaume à chacun de ceux qui sont prêts à l'accueillir. Il donne l'espérance non seulement à ceux qui se sont convertis au soir de leur vie ou même sur leur lit de mort, mais aussi à ceux qui semblent perdus pour toujours pour le Royaume, faute d'avoir accueilli le Christ durant leur vie terrestre. Car une dernière rencontre avec lui attend chacun au Jugement dernier, lorsque Jésus, revenu, révélera de nouveau le Royaume au monde, cette fois dans toute sa puissance, qui transfigurera définitivement la création. Alors, au jour de ce jugement, tous ceux qui auront jamais vécu sur terre recevront une dernière chance : ceux qui n'auront pas encore fait leur choix pourront le faire à ce moment-là.
Ce jour-là, il n'y aura plus, entre Jésus et ceux qui se tiendront devant lui, aucun des obstacles qui empêchent souvent de le voir aujourd'hui. Il dépendra seulement de la personne elle-même d'accepter ou de rejeter le salut qui lui sera offert. Et aucun de ceux qui l'ont réellement cherché ne sera alors perdu pour le Royaume venu dans sa puissance.
26 Quand ils l’emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. |
27 Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. |
28 Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! |
29 Car voici venir des jours où l’on dira : Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri ! |
30 Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous !
|
31 Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? » |
32 On emmenait encore deux malfaiteurs pour être exécutés avec lui. |
33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. |
34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. |
35 Le peuple se tenait là, à regarder. Les chefs, eux, se moquaient : « Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! » |
36 Les soldats aussi se gaussèrent de lui : s’approchant pour lui présenter du vinaigre, |
37 ils disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » |
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » |
39 L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi. » |
40 Mais l’autre, le reprenant, déclara : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! |
41 Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » |
42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » |
43 Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » |
44 C’était déjà environ la sixième heure quand, le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure. |
45 Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu, |
46 et, jetant un grand cri, Jésus dit : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela, il expira. |
47 Voyant ce qui était arrivé, le centenier glorifiait Dieu, en disant : « Sûrement, cet homme était un juste ! » |
48 Et toutes les foules qui s’étaient rassemblées pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. |
49 Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui l’accompagnaient depuis la Galilée, et qui regardaient cela. |
50 Et voici un homme nommé Joseph, membre du Conseil, homme droit et juste. |
51 Celui-là n’avait pas donné son assentiment au dessein ni à l’acte des autres. Il était d’Arimathie, ville juive, et il attendait le Royaume de Dieu. |
52 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
53 Il le descendit, le roula dans un linceul et le mit dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n’avait été placé. |
54 C’était le jour de la Préparation, et le sabbat commençait à poindre. |
55 Cependant les femmes qui étaient venues avec lui de Galilée avaient suivi Joseph ; elles regardèrent le tombeau et comment son corps avait été mis. |
56 Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et le sabbat, elles se tinrent en repos, selon le précepte. |
À la différence des autres évangélistes, Luc, dans sa description de la crucifixion et de la mort de Jésus, met l'accent principal non sur Sa souffrance, mais sur la miséricorde de Dieu et le pardon. Chez Luc, il n'y a pas de description de l'agonie et des tourments de Jésus avant la mort, de Sa soif, de Son désespoir, de Son abandon par Dieu. Ses dernières paroles — une prière juive traditionnelle avant le sommeil, Ses derniers actes — une prière pour le pardon de Ses bourreaux et la promesse du paradis au brigand qui avait manifesté ne fût-ce qu'une goutte d'humanité. Dans Sa réponse aux femmes qui pleurent, Il déplace l'accent de la pitié pour Lui vers la pitié pour les personnes que le malheur et les épreuves attendent.
La crucifixion — l'un des thèmes centraux de l'Évangile, de l'enseignement chrétien et de la prière. Et dans cette image du Fils de Dieu souffrant, il nous faut apprendre à voir l'image de Sa miséricorde sans limites, de Son pardon, de Sa confiance. Alors notre contemplation de la Croix deviendra aussi pour nous une source de force pour aimer et pardonner.
26 Quand ils l’emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. |
27 Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. |
28 Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! |
29 Car voici venir des jours où l’on dira : Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri ! |
30 Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous !
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31 Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? » |
32 On emmenait encore deux malfaiteurs pour être exécutés avec lui. |
33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. |
34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. |
35 Le peuple se tenait là, à regarder. Les chefs, eux, se moquaient : « Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! » |
36 Les soldats aussi se gaussèrent de lui : s’approchant pour lui présenter du vinaigre, |
37 ils disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » |
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » |
39 L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi. » |
40 Mais l’autre, le reprenant, déclara : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! |
41 Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » |
42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » |
43 Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » |
44 C’était déjà environ la sixième heure quand, le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure. |
45 Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu, |
46 et, jetant un grand cri, Jésus dit : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela, il expira. |
47 Voyant ce qui était arrivé, le centenier glorifiait Dieu, en disant : « Sûrement, cet homme était un juste ! » |
48 Et toutes les foules qui s’étaient rassemblées pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. |
49 Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui l’accompagnaient depuis la Galilée, et qui regardaient cela. |
50 Et voici un homme nommé Joseph, membre du Conseil, homme droit et juste. |
51 Celui-là n’avait pas donné son assentiment au dessein ni à l’acte des autres. Il était d’Arimathie, ville juive, et il attendait le Royaume de Dieu. |
52 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
53 Il le descendit, le roula dans un linceul et le mit dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n’avait été placé. |
54 C’était le jour de la Préparation, et le sabbat commençait à poindre. |
55 Cependant les femmes qui étaient venues avec lui de Galilée avaient suivi Joseph ; elles regardèrent le tombeau et comment son corps avait été mis. |
56 Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et le sabbat, elles se tinrent en repos, selon le précepte. |
Pour l'homme, la mort est un événement contre nature. Et cela pour tout homme, dans quelque état qu'il soit, même après la chute et même pour le dernier des pécheurs. Car l'homme a été conçu dès l'origine comme un être profondément unique. Unique non pas comme espèce, car tout être vivant comme espèce est absolument irrépétable, mais comme personne. C'est pourquoi la mort apparaît pour l'homme comme quelque chose de tout à fait contre nature. Pour les animaux, même les plus hautement organisés, il en va autrement. L'animal n'est pas une personne; il n'est que l'expression et l'incarnation de son genre, de son espèce, de sa sous-espèce, de ce qui, dans le Poème biblique de la création, est nommé par un mot hébreu que l'on pourrait traduire par «type» ou «variété». La mort d'un animal particulier ne change rien de fondamental dans l'existence du genre, de l'espèce ou de la sous-espèce à laquelle il appartient; l'essentiel est la conservation de l'espèce dans son ensemble.
Il n'en va pas ainsi avec l'homme. Ici, chaque personne concrète compte. Et son importance augmente à mesure que croît la plénitude de l'humanité. Or l'humanité, du point de vue biblique, est avant tout ressemblance avec Dieu. Si l'on pouvait imaginer un homme qui aurait complètement perdu l'image de Dieu, non pas figurativement, comme on le dit parfois de personnes totalement déchues, mais littéralement, un tel homme ne vaudrait pas plus, aux yeux de Dieu, que n'importe quel animal. Mais cela, heureusement, n'arrive pas: appliquée à l'homme, la perte de l'image de Dieu n'est toujours qu'une figure de style et jamais le constat d'un fait réel. Dans ce cas, la mort devient inévitablement la destruction de cette unicité personnelle et irrépétable que l'homme possède comme image de Dieu. Ce n'est pas un hasard si, en tout temps et chez tous les peuples, on a regardé la mort comme un mal et comme une anomalie, comme ce qui ne peut pas déterminer entièrement le chemin de l'homme. De là viennent tous les enseignements sur l'après-mort, sur l'immortalité de l'âme, sur le fait que la mort ne peut ni ne doit recevoir sur l'homme un pouvoir total.
Dans le yahvisme, et donc dans le judaïsme, il n'y a aucun enseignement sur l'après-mort; en revanche, il y a la représentation de la résurrection universelle. Le yahvisme et le judaïsme attendent la pleine victoire du Dieu de la vie sur la mort. Et pourtant Celui qui a apporté au monde la plénitude de la vie du Royaume passe par la mort. Non pas une mort imaginaire ou illusoire, mais pleinement réelle. Aussi pleine et absolue pour lui que l'est sa vie. Car le Dieu-homme existe toujours dans la réalité absolue, qu'il s'agisse de la réalité de la vie ou de celle de la mort. L'absence de vie est vécue par lui avec la même plénitude que sa présence. Et si la plénitude de sa vie est le Royaume, alors la plénitude de sa mort est le shéol, ce que le grec appelle l'hadès, l'enfer, cette absence totale de vie, son envers, son inversion, qui s'oppose proprement au Royaume. C'est dans un tel enfer que descend le Sauveur en mourant.
Mais chez Dieu, seule la vie est absolue dans toute sa plénitude. La mort ne peut pas seulement ne pas être absolue pour lui: elle ne peut même pas être pour lui une réalité. Elle n'est réelle que pour le monde séparé de Dieu, dans lequel s'est déroulé le ministère terrestre du Messie. C'est pourquoi la Résurrection suit inévitablement la mort, comme le triomphe de la plénitude de la vie divine sur ce qui, par définition, ne peut triompher. Jésus connaît ce triomphe, mais son savoir ne rend pas pour lui la mort temporaire dans le monde séparé de Dieu moins réelle. Les disciples ne le connaissent pas, et le désespoir les saisit. Cependant, le jour de la Résurrection approche.
26 Quand ils l’emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. |
27 Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. |
28 Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! |
29 Car voici venir des jours où l’on dira : Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri ! |
30 Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous !
|
31 Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? » |
32 On emmenait encore deux malfaiteurs pour être exécutés avec lui. |
33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. |
34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. |
35 Le peuple se tenait là, à regarder. Les chefs, eux, se moquaient : « Il en a sauvé d’autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! » |
36 Les soldats aussi se gaussèrent de lui : s’approchant pour lui présenter du vinaigre, |
37 ils disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » |
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » |
39 L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi. » |
40 Mais l’autre, le reprenant, déclara : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! |
41 Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » |
42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » |
43 Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » |
44 C’était déjà environ la sixième heure quand, le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure. |
45 Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu, |
46 et, jetant un grand cri, Jésus dit : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela, il expira. |
47 Voyant ce qui était arrivé, le centenier glorifiait Dieu, en disant : « Sûrement, cet homme était un juste ! » |
48 Et toutes les foules qui s’étaient rassemblées pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. |
49 Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui l’accompagnaient depuis la Galilée, et qui regardaient cela. |
50 Et voici un homme nommé Joseph, membre du Conseil, homme droit et juste. |
51 Celui-là n’avait pas donné son assentiment au dessein ni à l’acte des autres. Il était d’Arimathie, ville juive, et il attendait le Royaume de Dieu. |
52 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
53 Il le descendit, le roula dans un linceul et le mit dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n’avait été placé. |
54 C’était le jour de la Préparation, et le sabbat commençait à poindre. |
55 Cependant les femmes qui étaient venues avec lui de Galilée avaient suivi Joseph ; elles regardèrent le tombeau et comment son corps avait été mis. |
56 Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et le sabbat, elles se tinrent en repos, selon le précepte. |
L'Évangéliste considère les événements de la Passion et de l'exécution de Jésus-Christ sans décrire ce qu'ont vécu les témoins, leur état, leur accablement et leur horreur. Il voit la croix de Jésus rétrospectivement, regardant les événements de Sa mort à partir de l'expérience de la Résurrection. Pour lui, ce récit ne témoigne donc pas de la haine, du désespoir et de la défaite, mais de la victoire de l'amour.
On le voit aisément en suivant le récit des dernières paroles et des derniers actes de Jésus. Il prend en pitié les femmes de Jérusalem, demande au Père de pardonner aux soldats qui Le crucifient et pardonne au larron repenti. Comme au moment de s'endormir, Il remet Son esprit entre les mains du Père, montrant que la souffrance ne brise pas Sa confiance en Dieu. Ses amis viennent Lui rendre un dernier hommage d'amour. La mort est vaincue dans la mort de Jésus ; le désespoir se dissout dans Sa confiance. Seul un homme sachant que l'amour est plus fort que la mort, sachant que Jésus est vivant, pouvait écrire ces lignes.
1 Puis toute l’assemblée se leva, et ils l’amenèrent devant Pilate. |
2 Ils se mirent alors à l’accuser, en disant : « Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César et se disant Christ Roi. » |
3 Pilate l’interrogea en disant : « Tu es le roi des Juifs ? » « Tu le dis », lui répondit-il. |
4 Pilate dit alors aux grands prêtres et aux foules : « Je ne trouve en cet homme aucun motif de condamnation. » |
5 Mais eux d’insister en disant : « Il soulève le peuple, enseignant par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a commencé, jusqu’ici. » |
6 À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. |
7 Et s’étant assuré qu’il était de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à Hérode qui se trouvait, lui aussi, à Jérusalem en ces jours-là. |
8 Hérode, en voyant Jésus, fut tout joyeux ; car depuis assez longtemps il désirait le voir, pour ce qu’il entendait dire de lui ; et il espérait lui voir faire quelque miracle. |
9 Il l’interrogea donc avec force paroles, mais il ne lui répondit rien. |
10 Cependant les grands prêtres et les scribes se tenaient là, l’accusant avec véhémence. |
11 Après l’avoir, ainsi que ses gardes, traité avec mépris et bafoué, Hérode le revêtit d’un habit splendide et le renvoya à Pilate. |
12 Et, ce même jour, Hérode et Pilate devinrent deux amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant. |
13 Ayant convoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple, Pilate |
14 leur dit : « Vous m’avez présenté cet homme comme détournant le peuple, et voici que moi je l’ai interrogé devant vous, et je n’ai trouvé en cet homme aucun motif de condamnation pour ce dont vous l’accusez. |
15 Hérode non plus d’ailleurs, puisqu’il l’a renvoyé devant nous. Vous le voyez ; cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. |
16 Je le relâcherai donc, après l’avoir châtié. » |
17 ... |
18 Mais eux se mirent à pousser des cris tous ensemble : « À mort cet homme ! Et relâche-nous Barabbas. » |
19 Ce dernier avait été jeté en prison pour une sédition survenue dans la ville et pour meurtre. |
20 De nouveau Pilate, qui voulait relâcher Jésus, leur adressa la parole. |
21 Mais eux répondaient en criant : « Crucifie-le ! crucifie-le ! » |
22 Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort ; je le relâcherai donc, après l’avoir châtié. » |
23 Mais eux insistaient à grands cris, demandant qu’il fût crucifié ; et leurs clameurs gagnaient en violence. |
24 Et Pilate prononça qu’il fût fait droit à leur demande. |
25 Il relâcha celui qui avait été jeté en prison pour sédition et meurtre, celui qu’ils réclamaient. Quant à Jésus, il le livra à leur bon plaisir. |
26 Quand ils l’emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. |
27 Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. |
28 Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! |
29 Car voici venir des jours où l’on dira : Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri ! |
30 Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous !
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31 Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? » |
32 On emmenait encore deux malfaiteurs pour être exécutés avec lui. |
33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. |
34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. |
La compréhension et l’interprétation de ce que nous lisons aujourd’hui viennent ensuite. Le récit austère et concis de l’évangéliste suit simplement l’ordre des événements. Le Fils de Dieu, incarné dans le sein de Marie et qui nous a révélé l’amour du Père céleste, est arrêté, condamné et tué. Tué non pour des crimes, mais parce qu’Il disait une vérité qui déplaisait à certaines personnes. Tué non par la sentence d’un tribunal, mais par l’arbitraire d’une foule déchaînée dans un rassemblement, parce que « leurs cris et ceux des grands prêtres l’emportèrent ». Un petit chef de province, qui n’a pas atteint l’ampleur des forfaits de son ancêtre et homonyme, L’humilie en raillant l’impuissance de cet Homme. Le condamné est battu sans raison, pour s’amuser, car pourquoi encore battre Celui qui sera bientôt crucifié ?
Même sur la Croix, souffrant d’une douleur terrible aux mains et aux pieds, suffoquant, Il entend les moqueries et les outrages... Le Jour du Seigneur, dont nous avons entendu parler hier par le prophète Joël, s’est révélé un jour d’injustice monstrueuse, un jour où triomphaient la méchanceté et la cruauté humaines les plus extrêmes.
Mais même sur la Croix, Il est Dieu et Homme. Tout ce déchaînement de la bassesse humaine pâlit devant l’éclat de la vie véritable lorsque Jésus dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ces seules paroles témoignent de manière incontestable de Sa divinité...
Et à côté de la folie meurtrière de la foule, nous voyons encore une poignée de personnes qui demeurent fidèles. Ce n’est plus comme disciples du prophète galiléen ni comme partisans d’un nouvel enseignement religieux, mais simplement comme amis fidèles de Jésus qu’ils L’ensevelissent et Le pleurent. Chacun de nous se trouve donc, au fond, devant un choix : être dans la foule qui se moque de Lui ou dans la poignée de ceux qui pleurent sur Lui.
1 Puis toute l’assemblée se leva, et ils l’amenèrent devant Pilate. |
2 Ils se mirent alors à l’accuser, en disant : « Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César et se disant Christ Roi. » |
3 Pilate l’interrogea en disant : « Tu es le roi des Juifs ? » « Tu le dis », lui répondit-il. |
4 Pilate dit alors aux grands prêtres et aux foules : « Je ne trouve en cet homme aucun motif de condamnation. » |
5 Mais eux d’insister en disant : « Il soulève le peuple, enseignant par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a commencé, jusqu’ici. » |
6 À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. |
7 Et s’étant assuré qu’il était de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à Hérode qui se trouvait, lui aussi, à Jérusalem en ces jours-là. |
8 Hérode, en voyant Jésus, fut tout joyeux ; car depuis assez longtemps il désirait le voir, pour ce qu’il entendait dire de lui ; et il espérait lui voir faire quelque miracle. |
9 Il l’interrogea donc avec force paroles, mais il ne lui répondit rien. |
10 Cependant les grands prêtres et les scribes se tenaient là, l’accusant avec véhémence. |
11 Après l’avoir, ainsi que ses gardes, traité avec mépris et bafoué, Hérode le revêtit d’un habit splendide et le renvoya à Pilate. |
12 Et, ce même jour, Hérode et Pilate devinrent deux amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant. |
13 Ayant convoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple, Pilate |
14 leur dit : « Vous m’avez présenté cet homme comme détournant le peuple, et voici que moi je l’ai interrogé devant vous, et je n’ai trouvé en cet homme aucun motif de condamnation pour ce dont vous l’accusez. |
15 Hérode non plus d’ailleurs, puisqu’il l’a renvoyé devant nous. Vous le voyez ; cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. |
16 Je le relâcherai donc, après l’avoir châtié. » |
17 ... |
18 Mais eux se mirent à pousser des cris tous ensemble : « À mort cet homme ! Et relâche-nous Barabbas. » |
19 Ce dernier avait été jeté en prison pour une sédition survenue dans la ville et pour meurtre. |
20 De nouveau Pilate, qui voulait relâcher Jésus, leur adressa la parole. |
21 Mais eux répondaient en criant : « Crucifie-le ! crucifie-le ! » |
22 Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort ; je le relâcherai donc, après l’avoir châtié. » |
23 Mais eux insistaient à grands cris, demandant qu’il fût crucifié ; et leurs clameurs gagnaient en violence. |
24 Et Pilate prononça qu’il fût fait droit à leur demande. |
25 Il relâcha celui qui avait été jeté en prison pour sédition et meurtre, celui qu’ils réclamaient. Quant à Jésus, il le livra à leur bon plaisir. |
26 Quand ils l’emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. |
27 Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. |
28 Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! |
29 Car voici venir des jours où l’on dira : Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri ! |
30 Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous !
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31 Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? » |
32 On emmenait encore deux malfaiteurs pour être exécutés avec lui. |
33 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils l’y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. |
34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. |
Et pourtant : les autorités, religieuses comme civiles, comprenaient-elles au moins un peu à qui elles avaient affaire lorsqu’il s’agissait de Jésus ? Parfois, on en vient malgré soi à penser que, si elles ne le savaient pas exactement, elles pressentaient au moins confusément quelque chose. Si c’était un prophète, c’était un prophète inhabituel, étrange ; si c’était un maître, c’était un maître tout à fait « non traditionnel ». Hérode veut de Lui des miracles, mais il n’a nullement l’intention de prendre une décision sur Son sort ultérieur ; il ne veut pas assumer la responsabilité que le procurateur essaie de faire retomber sur lui. Et il renvoie le prisonnier. Pilate, lui, n’a pas du tout besoin d’un casse-tête supplémentaire ; au fond de lui, il comprend que, quelle que soit la décision prise, tout se passera mal et à son désavantage. Et la peur, une peur à demi consciente, se fait sentir sans cesse dans son cœur. Il vaudrait mieux, bien sûr, Le relâcher sous quelque prétexte plausible ; justement, c’est la fête, on pourrait Le libérer et étouffer l’affaire... Ah, le peuple ne veut pas ? Eh bien, tant mieux : allons au-devant du peuple ; après tout, Il s’est bien déclaré leur Roi... Ainsi le pouvoir terrestre se débattait-il devant Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. Il gêne ; il serait bon de se débarrasser de Lui, mais le mieux serait qu’Il disparaisse de Lui-même d’une manière ou d’une autre, comme s’Il n’avait jamais existé. Alors tout redeviendrait sinon bon, du moins normal, comme auparavant. Et exécuter, bien sûr, ce n’est pas difficile ; Il n’est pas le premier, Il ne sera pas le dernier. Mais quelque part, presque à la limite de la conscience, l’idée pointe que l’exécution n’est pas une issue, que quelque chose arrivera, que l’affaire ne s’achèvera pas simplement ainsi, quelle que soit la garde mise au tombeau. Et pourtant, il n’y a, semble-t-il, pas d’issue. Exécuter, non gracier. La virgule est posée.
31 Comme c’était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour —, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. |
32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. |
33 Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, |
34 mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. |
35 Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez. |
36 Car cela est arrivé afin que l’Écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé.
|
37 Et une autre Écriture dit encore :Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.
|
38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. |
39 Nicodème — celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus — vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. |
40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. |
41 Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. |
42 À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. |
Jésus mourut avant qu'on ait pu Lui briser les jambes, et ainsi s'accomplit la prophétie selon laquelle « aucun de Ses os ne sera brisé ». Tandis que les Juifs mangeaient l'agneau pascal, dont il était interdit de briser les os, l'Agneau sans tache S'offrit en un sacrifice surpassant tous les sacrifices précédents.
Comme le dit le proverbe, « la peur a fait mourir l'un et revivre l'autre » ; et lorsque certains des disciples qui suivaient ouvertement le Maître prirent peur, d'autres, qui ne rendaient pas publiques leurs rencontres avec Lui, s'enhardirent et prirent ouvertement en charge les préparatifs nécessaires pour que l'ensevelissement du supplicié soit aussi digne que possible avant le début du repos sabbatique. Bien plus, en venant trouver Pilate dans sa résidence — il n'avait probablement guère de temps pour négocier par des intermédiaires —, Joseph d'Arimathie risque de se souiller au contact des païens. Mais Joseph, mû par l'amour, s'en préoccupe moins que ces membres du Sanhédrin qui craignaient de se souiller en entrant chez Pilate, sans craindre de souiller leur âme en réclamant une exécution illégale.
…Le Christ fut enseveli dans un jardin. Jadis, Adam, tombé sous le pouvoir de la mort, avait été chassé du jardin du paradis. À présent, le Nouvel Adam, qui a donné Sa vie pour libérer les descendants du Vieil Adam du pouvoir de la mort, est enseveli au milieu d'un jardin terrestre.
17 Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne — ce qui se dit en hébreu Golgotha — |
18 où ils le crucifièrent et avec lui deux autres : un de chaque côté et, au milieu, Jésus. |
19 Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la croix. Il y était écrit : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs. » |
20 Cet écriteau, beaucoup de Juifs le lurent, car le lieu où Jésus fut mis en croix était proche de la ville, et c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. |
21 Les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : « Le roi des Juifs », mais : « Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs. » » |
22 Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » |
23 Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique. Or la tunique était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut ; |
24 ils se dirent donc entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l’aura » : afin que l’Écriture fût accomplie :Ils se sont partagé mes habits, et mon vêtement, ils l’ont tiré au sort. Voilà donc ce que firent les soldats. |
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
28 Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit :« J’ai soif. »
|
29 Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. |
30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. |
31 Comme c’était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour —, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. |
32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. |
33 Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, |
34 mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. |
35 Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez. |
36 Car cela est arrivé afin que l’Écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé.
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37 Et une autre Écriture dit encore :Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.
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38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. |
39 Nicodème — celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus — vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. |
40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. |
41 Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. |
42 À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. |
La crucifixion et la mort de Jésus ne sont pas seulement un moment de sa biographie; leur récit n'est donc pas seulement un épisode de sa vie. C'est un témoignage. L'évangéliste désigne plusieurs fois les témoins de l'exécution: le disciple bien-aimé, Marie, les autres femmes, ceux qui ont «rendu témoignage», dont le «témoignage est vrai». Jean veut nous transporter au lieu de la crucifixion, afin que nous puissions, avec lui, nous tenir auprès de la croix et confirmer aux autres disciples la véracité de son récit.
Pourquoi ce témoignage est-il nécessaire, pourquoi ces citations de la Loi et des prophètes? Douterions-nous qu'un Homme qui a vécu il y a deux mille ans soit mort? Bien sûr que non. Le témoignage de Jean n'est donc pas un témoignage sur la mort, mais le témoignage d'une victoire accomplie...
17 Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne — ce qui se dit en hébreu Golgotha — |
18 où ils le crucifièrent et avec lui deux autres : un de chaque côté et, au milieu, Jésus. |
19 Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la croix. Il y était écrit : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs. » |
20 Cet écriteau, beaucoup de Juifs le lurent, car le lieu où Jésus fut mis en croix était proche de la ville, et c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. |
21 Les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : « Le roi des Juifs », mais : « Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs. » » |
22 Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » |
23 Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique. Or la tunique était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut ; |
24 ils se dirent donc entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l’aura » : afin que l’Écriture fût accomplie :Ils se sont partagé mes habits, et mon vêtement, ils l’ont tiré au sort. Voilà donc ce que firent les soldats. |
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
28 Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit :« J’ai soif. »
|
29 Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. |
30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. |
31 Comme c’était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour —, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. |
32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. |
33 Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, |
34 mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. |
35 Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez. |
36 Car cela est arrivé afin que l’Écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé.
|
37 Et une autre Écriture dit encore :Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.
|
38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. |
39 Nicodème — celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus — vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. |
40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. |
41 Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. |
42 À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. |
Dans le récit que Jean fait de la crucifixion, la solitude du Sauveur sur la croix retient l'attention. L'évangéliste ne mentionne pas les apôtres qui se tiennent à distance ; il ne décrit en général rien d'autre que la croix elle-même et ce qui se passe à son pied, peut-être parce qu'il s'y tenait lui-même à ce moment-là (v. 25–27 ; de nombreux commentateurs pensent qu'en mentionnant le disciple qui n'est pas nommé, Jean parle de lui-même). Mais l'apôtre ne dit rien non plus de la conversion de l'un des brigands crucifiés avec Jésus, ni des paroles du Sauveur rapportées par les autres évangélistes. À en juger par le témoignage de Jean, Jésus ne prononça sur la croix que deux paroles : « J'ai soif ! » (v. 28) et « Tout est accompli ! » (v. 30). Auparavant encore, en deux brèves phrases, Il avait confié l'un à l'autre Sa Mère et le disciple qui se tenait près de la croix, probablement Jean lui-même (v. 26–27). De toute évidence, Jean ne retient dans les paroles du Sauveur que ce qui le concerne lui-même et ce qui lui paraît le plus important. Il semble que l'évangéliste voie dans ces deux paroles de Jésus le sens de tout ce qui se passe.
La scène décrite par Jean n'était probablement pas seulement un souvenir des événements survenus près de la croix, mais le fruit de longues années de réflexion à leur sujet. Pour l'évangéliste, semble-t-il, « Tout est accompli ! » ne signifiait pas simplement que le Sauveur avait achevé Sa mission terrestre, bien qu'en se tenant au pied de la croix l'apôtre ait probablement dû comprendre Ses paroles précisément ainsi. Mais plus tard, après avoir rencontré le Ressuscité et reçu la révélation qu'il décrivit dans le Livre du même nom, Jean comprit apparemment que Jésus parlait aussi de la fin de l'histoire, de cette fin des temps que beaucoup attendaient et que très peu remarquèrent. Jean ne mentionne pas les signes décrits par les autres évangélistes : la tempête qui transforma le jour en nuit, le tremblement de terre, le voile déchiré du Temple. Pour lui, tout tenait en une seule parole, « Tout est accompli ! », prononcée par Jésus au moment de Sa mort sur la croix.
Mais quelque chose d'autre encore frappa l'apôtre. Jésus mourait sur la croix comme un homme tout à fait ordinaire. Celui Qui, durant Son ministère terrestre, pouvait nourrir des milliers de personnes avec quelques pains souffrait de la soif, de la même soif ordinaire que chacun aurait éprouvée à Sa place, et ne pouvait rien y faire. Il ne le pouvait pas, non parce qu'Il avait cessé d'être Celui qu'Il était né parmi les hommes pour être, mais parce qu'une mort humaine ordinaire faisait elle aussi partie de Son ministère terrestre, au même titre que les miracles et les manifestations du Royaume, impossibles dans le monde pour quiconque sauf Lui.
Jean ne mentionne pas les appels moqueurs adressés à Jésus pour qu'Il descende de la croix, dont témoignent les autres évangélistes. Peut-être ne les avait-il pas entendus, car de tous les apôtres il était le seul à se trouver aussi près du Maître crucifié, et il est fort possible qu'il n'ait prêté aucune attention à la foule qui se tenait à une certaine distance. Mais il comprit sans aucun doute l'essentiel : tout ce qui se passait n'était devenu possible que par la libre volonté du Sauveur du monde, Qui avait tout accepté pour ceux qu'Il voulait sauver. Tel était le prix du salut et le prix du Royaume.
17 Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne — ce qui se dit en hébreu Golgotha — |
18 où ils le crucifièrent et avec lui deux autres : un de chaque côté et, au milieu, Jésus. |
19 Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la croix. Il y était écrit : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs. » |
20 Cet écriteau, beaucoup de Juifs le lurent, car le lieu où Jésus fut mis en croix était proche de la ville, et c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. |
21 Les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : « Le roi des Juifs », mais : « Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs. » » |
22 Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » |
23 Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique. Or la tunique était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut ; |
24 ils se dirent donc entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l’aura » : afin que l’Écriture fût accomplie :Ils se sont partagé mes habits, et mon vêtement, ils l’ont tiré au sort. Voilà donc ce que firent les soldats. |
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
28 Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit :« J’ai soif. »
|
29 Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. |
30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. |
Que cache le refus de Pilate de modifier l’inscription ? Est-ce seulement le désir de contrarier les grands prêtres, aux exigences desquels Pilate venait de céder et sur lesquels il voulait maintenant reprendre au moins un peu l’avantage ? Ou bien avait-il réellement senti quelque chose et voulait-il, sous cette forme certes quelque peu déformée, témoigner au moins un peu de respect à Jésus ? Quoi qu’il en soit, Pilate dit soudain la vérité : c’était le véritable Roi que l’on envoyait à la crucifixion...
Jean, le disciple bien-aimé du Christ, se tenait près de Lui pendant l’exécution, et c’est précisément lui qui omet dans son récit de nombreux détails rapportés par les autres évangélistes, lesquels écrivirent d’après les paroles de témoins. Jean raconte le partage des vêtements, comment Jésus lui confia Sa Mère, et énumère les noms de ceux qui se tenaient près de la Croix ; mais il décrit plus brièvement que les autres les tourments du Seigneur sur la Croix, et seul le moment de la mort est raconté par Jean avec davantage de détails. Bien que l’Évangile de Jean omette de nombreux éléments déjà mentionnés par les autres évangélistes qui écrivirent avant lui, il semble que Jean n’ait pas gardé le silence simplement parce qu’il ne voulait pas reprendre des détails consignés auparavant. Il devait être trop douloureux pour lui de revenir à ces souvenirs insoutenables...
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. |
45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. |
46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. |
47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. |
1 Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre le corps. |
2 Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil s’étant levé. |
3 Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau ? » |
4 Et ayant levé les yeux, elles virent que la pierre avait été roulée de côté : or elle était fort grande. |
5 Étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de stupeur. |
6 Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. C’est Jésus le Nazarénien que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici. Voici le lieu où on l’avait mis. |
7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. » |
8 Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur... |
La première réaction des femmes à la nouvelle de la Résurrection est frappante : la peur. Une telle réaction serait compréhensible et prévisible s’il s’agissait des ennemis du Ressuscité. Mais il s’agit ici de disciples dévouées que la nouvelle de la vie de leur Maître aurait, semble-t-il, dû seulement réjouir. Or elles sont au contraire si effrayées qu’elles craignent même de raconter aux autres ce qu’elles ont vu et entendu. Que se passe-t-il donc ? On pourrait bien sûr tout expliquer par le caractère inhabituel et, surtout, inattendu des événements. En réalité, aucun des disciples de Jésus ne s’attendait à Sa résurrection, bien qu’Il leur en eût parlé plus d’une fois. Il est difficile de dire à quoi les femmes venues au tombeau associaient la nouvelle que leur Maître n’était plus là, qu’Il était ressuscité. Peut-être se souvenaient-elles de quelque légende populaire sur les ombres des morts sortant des tombeaux. Plus tard, les apôtres eux-mêmes, en voyant Jésus ressuscité, pensèrent d’abord voir un fantôme, une ombre sortie du tombeau. Mais une autre explication est possible : les femmes décidèrent réellement que le dernier jour était arrivé, ce jour même du Jugement que précéderait la résurrection des morts, lesquels ressuscitent précisément pour comparaître devant Dieu. Une telle conception de la résurrection générale au jour du Jugement était alors largement répandue et communément admise dans la Synagogue ; les femmes venues au tombeau ne pouvaient évidemment l’ignorer. Peut-être s’attendaient-elles à un Jugement prochain pour elles-mêmes et pour tous ceux qui vivent sur la terre. Une telle perspective ne pouvait manquer de susciter une sainte crainte et, en même temps, la peur naturelle de l’homme déchu devant son propre péché. Aucun des disciples de Jésus ne pouvait encore savoir que la résurrection de leur Maître n’était que le commencement d’un processus qui, à l’échelle terrestre, s’étendrait sur plus d’un millénaire. Et les femmes gardent le silence, craignant de parler de ce qui, pensent-elles, les attend.
42 Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, |
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
Parfois, des personnes restées longtemps inaperçues se retrouvent soudain au centre des événements. C’est ainsi que paraît soudain sur la scène, par exemple, Joseph d’Arimathie, mentionné par l’évangéliste. On ne sait presque rien de lui, sinon qu’il était un homme de très haut rang. Que représentait Jésus pour lui ? Quelles étaient ses relations avec Lui ? Sans doute un disciple secret, comme les autres évangélistes le disent aussi de lui ; mais que signifiait être Son disciple secret ? Soutenir dans une situation où aucun des disciples visibles ne peut rien faire, utiliser sa position pour que l’impossible devienne possible ? Oui, bien sûr, cela aussi. Mais l’essentiel, c’est la disponibilité.
Être un disciple visible est, en un certain sens, plus simple. Jésus dit bien sûr à tous les disciples et à tous ceux qui veulent l’entendre qu’il faut veiller toujours, que le relâchement spirituel et le chemin vers le Royaume sont incompatibles. Pourtant, ceux qui sont constamment auprès de Lui ont, en un certain sens, plus de facilité. Ils voient le Maître de leurs propres yeux ; pour eux, Il est réel absolument à chaque instant de leur vie. Les disciples secrets communiquaient sans doute avec Lui beaucoup moins souvent ; Il apparaissait pour eux et disparaissait, et l’on ne pouvait jamais dire avec certitude quand Il apparaîtrait la prochaine fois.
Les apôtres ont vécu quelque chose de semblable pendant la Cène, lorsqu’ils ont compris que Jésus allait les laisser pour un temps. Ils ne savaient pas où Il se préparait à aller, ils ne comprenaient pas vraiment le Maître et ne pouvaient pas imaginer ce qu’ils allaient vivre très bientôt ; mais ils comprenaient qu’en tout cas, maintenant, ils resteraient pour quelque temps (et pour un temps tout à fait indéterminé) seuls : ils ne verraient pas le Maître, n’entendraient pas Sa voix, ne sauraient pas où Il est ni ce qu’Il fait, et ne sauraient pas ce qu’Il exigerait d’eux à Son retour.
Cette situation rappelle beaucoup celle de tout chrétien aujourd’hui. Nous vivons à l’époque du Royaume qui vient, mais quand elle s’achèvera, nul ne le sait, sauf le Père. Nous ne pouvons ici calculer aucun délai, même approximativement ; il ne nous reste qu’à vivre avec la conscience que, n’importe quel jour, tout peut s’achever et le Sauveur peut revenir.
On ne peut pas se préparer à ce jour au sens où nous nous préparons à tel ou tel événement de notre monde. Les événements de notre monde, nous pouvons d’ordinaire nous les représenter au moins d’une certaine façon ; nous pouvons, au moins, essayer de réfléchir et de calculer ce dont nous pourrions avoir besoin (que ce calcul se révèle heureux et adéquat est une autre question).
Quant au Royaume et au retour du Messie, nous ne pouvons ici ni nous représenter quoi que ce soit ni calculer quoi que ce soit. Il ne reste que la disponibilité comme état spirituel intérieur, impliquant cette même vigueur spirituelle dont Jésus parlait comme d’une nécessité et que Ses disciples secrets devaient constamment maintenir : dans l’attente de l’apparition inattendue du Maître et avec la disposition intérieure à faire ce qu’il est absolument impossible de se représenter à l’avance.
40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé, |
41 qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem. |
42 Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, |
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. |
45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. |
46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. |
47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. |
À l'heure des souffrances, se trouvèrent tout près ceux qui, d'ordinaire, ne manifestaient pas une activité particulière et ne se mettaient pas en vue. Ce sont les femmes silencieuses qui servaient le Christ et les apôtres de leurs biens, c'est Joseph d'Arimathie, qui avait longtemps caché son statut de disciple, mais qui rejeta alors la prudence. Joseph, qui n'eut pas peur d'aller demander à Pilate le Corps du Condamné, eut aussi ce jour-là l'occasion de servir Jésus avec ses biens : un morceau de tissu et un tombeau. Mais avant tout, tous ceux qui ensevelirent le Seigneur Le servirent par leur fidélité et leur fermeté inattendue.
Dans les moments décisifs, quand les questions de vie et de mort se posent avec acuité, la foi se prouve non par des théories, et les débats problématiques passent au second plan. Ce qui devient principal, ce sont les actes simples, remplis d'un courage discret et d'un amour sans paroles.
16 Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, qui est le Prétoire, et ils convoquent toute la cohorte. |
17 Ils le revêtent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mettent. |
18 Et ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs ! » |
19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau et ils lui crachaient dessus, et ils ployaient le genou devant lui pour lui rendre hommage. |
20 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Ils le mènent dehors afin de le crucifier. |
21 Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs. |
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
26 L’inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : « Le roi des Juifs. » |
27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche [ |
28 ]. |
29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête et disant : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, |
30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » |
31 Pareillement les grands prêtres se gaussaient entre eux avec les scribes et disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! |
32 Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions ! » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient. |
33 Quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. |
34 Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : « Élôï, Élôï, lema sabachthani », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
35 Certains des assistants disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle Élie ! » |
36 Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant : « Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! » |
37 Or Jésus, jetant un grand cri, expira. |
38 Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas. |
39 Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! » |
40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé, |
41 qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem. |
42 Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, |
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. |
45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. |
46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. |
47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. |
Dans le récit évangélique de la crucifixion du Sauveur, la description du triomphe que vivent tous ceux qui haïssaient Jésus pendant Sa vie terrestre fait une impression particulière. Et à ceux qui L'aimaient, il ne reste qu'à s'affliger et pleurer. Bien sûr, c'est un triomphe apparent; il ne fait que faire ressortir plus vivement ce qui arrivera très bientôt, trois jours plus tard, lorsque tout reprendra sa place. Mais ces trois jours doivent encore passer, il faut les vivre, et pourtant personne, pas même parmi les disciples les plus proches de Jésus, n'attendait la Résurrection. Ces jours étaient d'autant plus lourds que le triomphe des forces du mal n'était pas une convention ni une mise en scène; il était aussi réel que la mort même de Jésus sur la croix. Au fond, ici, au pied de la croix, deux réalités, deux mondes, se sont touchés: le grand monde de Dieu et le petit monde limité de ceux qui s'opposent à Dieu, séparé de lui. Mais pour ceux qui se trouvent dans ce petit monde, il paraît toujours être la seule réalité. Et dans cette réalité, c'est précisément le mal qui triomphe, et il triomphe aussi réellement que ce petit monde lui-même est réel. Physiquement, le grand monde de Dieu et le petit monde de ceux qui s'opposent à Dieu peuvent se trouver dans le même espace et dans le même temps; ceux qui leur appartiennent peuvent se voir et se parler. Mais spirituellement, ce sont deux mondes différents, et au jour du Jugement dernier, la différence entre eux, auparavant visible seulement à quelques-uns, devient évidente pour chacun: le grand monde de Dieu devient ce Royaume dont parle Jésus, et le petit monde de ceux qui s'opposent à Dieu devient les ténèbres extérieures de la parabole évangélique. Dans les ténèbres extérieures triomphe la mort; dans le Royaume, la vie. Et la victoire des ténèbres, qui paraît si réelle dans le petit monde, se révèle être leur véritable et totale défaite dans le grand monde de Dieu au jour de la Résurrection. Quant au monde dans lequel vivre, chacun le décide pour lui-même, comme l'ont décidé ceux qui, le jour de la mort du Sauveur, se tenaient au pied de la croix.
16 Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, qui est le Prétoire, et ils convoquent toute la cohorte. |
17 Ils le revêtent de pourpre, puis, ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mettent. |
18 Et ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs ! » |
19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau et ils lui crachaient dessus, et ils ployaient le genou devant lui pour lui rendre hommage. |
20 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Ils le mènent dehors afin de le crucifier. |
21 Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs. |
22 Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. |
23 Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n’en prit pas. |
24 Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. |
25 C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. |
26 L’inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : « Le roi des Juifs. » |
27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche [ |
28 ]. |
29 Les passants l’injuriaient en hochant la tête et disant : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, |
30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » |
31 Pareillement les grands prêtres se gaussaient entre eux avec les scribes et disaient : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! |
32 Que le Christ, le Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions ! » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient. |
33 Quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. |
34 Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : « Élôï, Élôï, lema sabachthani », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
35 Certains des assistants disaient en l’entendant : « Voilà qu’il appelle Élie ! » |
36 Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant : « Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! » |
37 Or Jésus, jetant un grand cri, expira. |
38 Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas. |
39 Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : « Vraiment cet homme était fils de Dieu ! » |
40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé, |
41 qui le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée ; beaucoup d’autres encore qui étaient montées avec lui à Jérusalem. |
42 Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, |
43 Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. |
44 Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. |
45 Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. |
46 Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. |
47 Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. |
La lecture d'aujourd'hui nous aidera peut-être, dans une certaine mesure, à réfléchir à la question la plus aiguë qui se pose à l'homme: comment le Dieu tout-puissant permet-Il l'existence des souffrances, du mal, alors que ce sont toujours les personnes les plus pures et les plus innocentes qui souffrent? Aujourd'hui nous est un peu dévoilée la manière dont Dieu se rapporte au mal dans le monde. Nous lisons comment le Seigneur Lui-même traverse le coeur même de la souffrance humaine. Il descend des cieux pour partager avec l'homme toute la noirceur, toute l'horreur de sa solitude et de sa douleur. Jésus est abandonné par Ses disciples, Il passe par les moqueries des soldats, la marche infamante vers le lieu d'exécution, la crucifixion douloureuse sur la croix. Pour boire jusqu'au bout toute l'amertume des tourments humains, Il refuse de boire le vin mêlé de myrrhe qui atténue la douleur.
Le Roi de toute la terre, le Fils de Dieu, est «compté parmi les malfaiteurs». Il ne descend pas de la croix, afin de traverser ce qu'il y a de plus terrible: «Mon Dieu! pourquoi M'as-Tu abandonné?»; afin de traverser les ténèbres de l'abandon de Dieu propres à l'humanité déchue. Après cela, Lui, comme chacun de nous, plonge dans le froid de la mort. Le voile du temple, qui séparait Dieu des hommes, s'est déchiré: le Fils de Dieu a parcouru jusqu'au bout le chemin humain. Les quelques disciples restés près de Lui L'ensevelissent comme n'importe lequel des mortels.
Telle est la réponse de Dieu à l'existence des souffrances sur la terre. Il ne fait pas que compatir: Il souffre pleinement avec nous, Il souffre avec nous et pour nous.
Ici se trouve aussi notre réponse: les chrétiens, chacun à sa mesure, participant aux souffrances du Christ, compatissent au monde, participant ainsi au sacrifice rédempteur du Christ, et par là aussi à Sa Résurrection.
31 Comme c’était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour —, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. |
32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. |
33 Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, |
34 mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. |
35 Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez. |
36 Car cela est arrivé afin que l’Écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé.
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37 Et une autre Écriture dit encore :Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.
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38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. |
39 Nicodème — celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus — vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. |
40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. |
41 Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. |
42 À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. |
Jésus mourut avant qu'on ait pu Lui briser les jambes, et ainsi s'accomplit la prophétie selon laquelle « aucun de Ses os ne sera brisé ». Tandis que les Juifs mangeaient l'agneau pascal, dont il était interdit de briser les os, l'Agneau sans tache S'offrit en un sacrifice surpassant tous les sacrifices précédents.
Comme le dit le proverbe, « la peur a fait mourir l'un et revivre l'autre » ; et lorsque certains des disciples qui suivaient ouvertement le Maître prirent peur, d'autres, qui ne rendaient pas publiques leurs rencontres avec Lui, s'enhardirent et prirent ouvertement en charge les préparatifs nécessaires pour que l'ensevelissement du supplicié soit aussi digne que possible avant le début du repos sabbatique. Bien plus, en venant trouver Pilate dans sa résidence — il n'avait probablement guère de temps pour négocier par des intermédiaires —, Joseph d'Arimathie risque de se souiller au contact des païens. Mais Joseph, mû par l'amour, s'en préoccupe moins que ces membres du Sanhédrin qui craignaient de se souiller en entrant chez Pilate, sans craindre de souiller leur âme en réclamant une exécution illégale.
…Le Christ fut enseveli dans un jardin. Jadis, Adam, tombé sous le pouvoir de la mort, avait été chassé du jardin du paradis. À présent, le Nouvel Adam, qui a donné Sa vie pour libérer les descendants du Vieil Adam du pouvoir de la mort, est enseveli au milieu d'un jardin terrestre.
17 Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne — ce qui se dit en hébreu Golgotha — |
18 où ils le crucifièrent et avec lui deux autres : un de chaque côté et, au milieu, Jésus. |
19 Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la croix. Il y était écrit : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs. » |
20 Cet écriteau, beaucoup de Juifs le lurent, car le lieu où Jésus fut mis en croix était proche de la ville, et c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. |
21 Les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : « Le roi des Juifs », mais : « Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs. » » |
22 Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » |
23 Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique. Or la tunique était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut ; |
24 ils se dirent donc entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l’aura » : afin que l’Écriture fût accomplie :Ils se sont partagé mes habits, et mon vêtement, ils l’ont tiré au sort. Voilà donc ce que firent les soldats. |
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
28 Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit :« J’ai soif. »
|
29 Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. |
30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. |
31 Comme c’était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour —, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. |
32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. |
33 Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, |
34 mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. |
35 Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez. |
36 Car cela est arrivé afin que l’Écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé.
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37 Et une autre Écriture dit encore :Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.
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38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. |
39 Nicodème — celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus — vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. |
40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. |
41 Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. |
42 À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. |
La crucifixion et la mort de Jésus ne sont pas seulement un moment de sa biographie; leur récit n'est donc pas seulement un épisode de sa vie. C'est un témoignage. L'évangéliste désigne plusieurs fois les témoins de l'exécution: le disciple bien-aimé, Marie, les autres femmes, ceux qui ont «rendu témoignage», dont le «témoignage est vrai». Jean veut nous transporter au lieu de la crucifixion, afin que nous puissions, avec lui, nous tenir auprès de la croix et confirmer aux autres disciples la véracité de son récit.
Pourquoi ce témoignage est-il nécessaire, pourquoi ces citations de la Loi et des prophètes? Douterions-nous qu'un Homme qui a vécu il y a deux mille ans soit mort? Bien sûr que non. Le témoignage de Jean n'est donc pas un témoignage sur la mort, mais le témoignage d'une victoire accomplie...
17 Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne — ce qui se dit en hébreu Golgotha — |
18 où ils le crucifièrent et avec lui deux autres : un de chaque côté et, au milieu, Jésus. |
19 Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la croix. Il y était écrit : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs. » |
20 Cet écriteau, beaucoup de Juifs le lurent, car le lieu où Jésus fut mis en croix était proche de la ville, et c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. |
21 Les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : « Le roi des Juifs », mais : « Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs. » » |
22 Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » |
23 Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique. Or la tunique était sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut ; |
24 ils se dirent donc entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l’aura » : afin que l’Écriture fût accomplie :Ils se sont partagé mes habits, et mon vêtement, ils l’ont tiré au sort. Voilà donc ce que firent les soldats. |
25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. |
26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » |
27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. |
28 Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit :« J’ai soif. »
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29 Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. |
30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C’est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. |
31 Comme c’était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat — car ce sabbat était un grand jour —, demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât. |
32 Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. |
33 Venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, |
34 mais l’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. |
35 Celui qui a vu rend témoignage — son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai — pour que vous aussi vous croyiez. |
36 Car cela est arrivé afin que l’Écriture fût accomplie :Pas un os ne lui sera brisé.
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37 Et une autre Écriture dit encore :Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé.
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38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. |
39 Nicodème — celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus — vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. |
40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. |
41 Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. |
42 À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. |
Dans le récit que Jean fait de la crucifixion, la solitude du Sauveur sur la croix retient l'attention. L'évangéliste ne mentionne pas les apôtres qui se tiennent à distance ; il ne décrit en général rien d'autre que la croix elle-même et ce qui se passe à son pied, peut-être parce qu'il s'y tenait lui-même à ce moment-là (v. 25–27 ; de nombreux commentateurs pensent qu'en mentionnant le disciple qui n'est pas nommé, Jean parle de lui-même). Mais l'apôtre ne dit rien non plus de la conversion de l'un des brigands crucifiés avec Jésus, ni des paroles du Sauveur rapportées par les autres évangélistes. À en juger par le témoignage de Jean, Jésus ne prononça sur la croix que deux paroles : « J'ai soif ! » (v. 28) et « Tout est accompli ! » (v. 30). Auparavant encore, en deux brèves phrases, Il avait confié l'un à l'autre Sa Mère et le disciple qui se tenait près de la croix, probablement Jean lui-même (v. 26–27). De toute évidence, Jean ne retient dans les paroles du Sauveur que ce qui le concerne lui-même et ce qui lui paraît le plus important. Il semble que l'évangéliste voie dans ces deux paroles de Jésus le sens de tout ce qui se passe.
La scène décrite par Jean n'était probablement pas seulement un souvenir des événements survenus près de la croix, mais le fruit de longues années de réflexion à leur sujet. Pour l'évangéliste, semble-t-il, « Tout est accompli ! » ne signifiait pas simplement que le Sauveur avait achevé Sa mission terrestre, bien qu'en se tenant au pied de la croix l'apôtre ait probablement dû comprendre Ses paroles précisément ainsi. Mais plus tard, après avoir rencontré le Ressuscité et reçu la révélation qu'il décrivit dans le Livre du même nom, Jean comprit apparemment que Jésus parlait aussi de la fin de l'histoire, de cette fin des temps que beaucoup attendaient et que très peu remarquèrent. Jean ne mentionne pas les signes décrits par les autres évangélistes : la tempête qui transforma le jour en nuit, le tremblement de terre, le voile déchiré du Temple. Pour lui, tout tenait en une seule parole, « Tout est accompli ! », prononcée par Jésus au moment de Sa mort sur la croix.
Mais quelque chose d'autre encore frappa l'apôtre. Jésus mourait sur la croix comme un homme tout à fait ordinaire. Celui Qui, durant Son ministère terrestre, pouvait nourrir des milliers de personnes avec quelques pains souffrait de la soif, de la même soif ordinaire que chacun aurait éprouvée à Sa place, et ne pouvait rien y faire. Il ne le pouvait pas, non parce qu'Il avait cessé d'être Celui qu'Il était né parmi les hommes pour être, mais parce qu'une mort humaine ordinaire faisait elle aussi partie de Son ministère terrestre, au même titre que les miracles et les manifestations du Royaume, impossibles dans le monde pour quiconque sauf Lui.
Jean ne mentionne pas les appels moqueurs adressés à Jésus pour qu'Il descende de la croix, dont témoignent les autres évangélistes. Peut-être ne les avait-il pas entendus, car de tous les apôtres il était le seul à se trouver aussi près du Maître crucifié, et il est fort possible qu'il n'ait prêté aucune attention à la foule qui se tenait à une certaine distance. Mais il comprit sans aucun doute l'essentiel : tout ce qui se passait n'était devenu possible que par la libre volonté du Sauveur du monde, Qui avait tout accepté pour ceux qu'Il voulait sauver. Tel était le prix du salut et le prix du Royaume.
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Selon la mesure ordinaire du temps, la mort sur la croix est venue vite, mais peut-on mesurer avec des horloges ordinaires le cours du temps des souffrances de la croix, lorsque chaque seconde s'étire sans fin?..
Lorsque presque tous les disciples s'enfuirent et se cachèrent, auprès du Maître que l'on exécutait se trouvèrent ceux qui, formellement, ne comptaient pas parmi les disciples les plus proches. Mais combien souvent la fermeté et le courage se manifestent chez des personnes qui, dans les circonstances ordinaires, n'étaient pas au premier plan. Il y a quelque chose d'important, peut-être même de prophétique, dans le fait qu'au jour du Golgotha les femmes n'aient pas faibli. Depuis les origines de l'histoire de l'Église jusqu'à nos jours, nous voyons constamment des ascètes remarquables, des femmes qui ont plus d'une fois défendu la foi et l'ont gardée dans les années les plus difficiles.
Parmi ceux qui se tenaient là, nous voyons la mère des fils de Zébédée. Tout récemment encore, elle sollicitait naïvement une faveur pour ses fils, mais l'heure est venue, et maintenant elle a pu voir ce que le Maître devait traverser, et ce dont Il demandait aux disciples de ne pas se détourner. Désormais, comme les autres chrétiennes, elle doit porter sa croix, invisible aux yeux de ceux qui l'entourent, mais si lourde: la croix du service domestique et de la douleur pour les enfants.
Dans une grotte étrangère commença le chemin terrestre du Christ; dans une grotte funéraire étrangère il s'acheva. Celui qui S'est donné tout entier aux hommes ne S'est rien approprié. Et ceux des hommes qu'Il a appelés les Siens allaient connaître des jours et des nuits amers. Il semble que peu de disciples se soient souvenus alors des avertissements du Maître au sujet de Sa Résurrection.
27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte. |
28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, |
29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » |
30 et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. |
31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. |
32 En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix. |
33 Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, |
34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. |
35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. |
36 Puis, s’étant assis, ils restaient là à le garder. |
37 Ils placèrent aussi au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » |
38 Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche. |
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête |
40 et disant : « Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix ! » |
41 Pareillement les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : |
42 « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! |
43 Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui ! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu ! » |
44 Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient de la sorte. |
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Pour les premiers disciples de Jésus, Sa mort exigeait une compréhension nouvelle, chrétienne. L’idée répandue parmi leurs compatriotes selon laquelle Jésus aurait vécu et serait mort en vain, sans atteindre Son but, était inacceptable pour ceux qui connaissaient Sa victoire par expérience. Cette compréhension nouvelle se reflète dans le récit évangélique. Les souffrances et la mort de Jésus y sont décrites dans un cadre de citations bibliques tirées des prophètes et des psaumes, qui montrent que le triomphe du Messie devait être précédé de Son humiliation et que Sa souffrance n’est pas le signe d’un échec ou d’une défaite, mais le signe du véritable Oint, qui agit non par la puissance militaire ou par des miracles incroyables, mais par l’Esprit du Père, devenant non pas celui qui châtie les pécheurs, mais le sacrifice pour les péchés du monde. Dans la culture contemporaine, l’affirmation selon laquelle la mission de Jésus aurait échoué et qu’Il serait mort en vain—voir, par exemple, l’opéra « Jesus Christ Superstar », ou l’interprétation quelque peu différente dans « Le Maître et Marguerite »—est presque aussi répandue qu’elle l’était parmi les habitants de Jérusalem au premier siècle. Les nouveaux disciples du Christ doivent répondre de nouveau à ce défi : vivre de manière à manifester clairement que la mort de Jésus est pleine de sens et que Sa Résurrection est devenue une réalité pour de nombreux cœurs.
27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte. |
28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, |
29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » |
30 et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. |
31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. |
32 En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix. |
33 Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, |
34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. |
35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. |
36 Puis, s’étant assis, ils restaient là à le garder. |
37 Ils placèrent aussi au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » |
38 Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche. |
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête |
40 et disant : « Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix ! » |
41 Pareillement les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : |
42 « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! |
43 Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui ! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu ! » |
44 Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient de la sorte. |
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Les grands prêtres et les anciens se moquent du Crucifié précisément pour la manière dont Il manifeste Sa miséricorde envers eux. Car s'Il était soudain descendu de la croix, s'Il « s'est sauvé Lui-même », auraient-ils pu résister à Sa gloire ? Mais Il meurt comme le plus ordinaire des brigands, ouvrant à beaucoup de Ses persécuteurs et ennemis la possibilité de vivre, et de vivre jusqu'au moment où ils pourront comprendre leur erreur et recevoir le pardon et le salut. La mort du Fils de Dieu est la conséquence de la liberté humaine : accueillir le Rédempteur ou Le tuer. Mais c'est précisément dans cette liberté que se révèlent le respect et l'amour de Dieu pour l'homme.
27 Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte. |
28 L’ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, |
29 puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » |
30 et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. |
31 Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. |
32 En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix. |
33 Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, |
34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. |
35 Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. |
36 Puis, s’étant assis, ils restaient là à le garder. |
37 Ils placèrent aussi au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » |
38 Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche. |
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête |
40 et disant : « Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix ! » |
41 Pareillement les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : |
42 « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! |
43 Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui ! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu ! » |
44 Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient de la sorte. |
45 À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. |
46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri : « Éli, Éli, lema sabachtani ? » , c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » |
47 Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l’entendant : « Il appelle Élie, celui-ci ! » |
48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire. |
49 Mais les autres lui dirent : « Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver ! » |
50 Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. |
51 Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, |
52 les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : |
53 ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. |
54 Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » |
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là même qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient, |
56 entre autres Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. |
57 Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus. |
58 Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remît. |
59 Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre |
60 et le mit dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc ; puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. |
61 Or il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. |
62 Le lendemain, c’est-à-dire après la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate |
63 et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, de son vivant : « Après trois jours je ressusciterai ! » |
64 Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu’au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : « Il est ressuscité des morts ! » Cette dernière imposture serait pire que la première. » |
65 Pilate leur répondit : « Vous avez une garde ; allez et prenez vos sûretés comme vous l’entendez. » |
66 Ils allèrent donc et s’assurèrent du sépulcre, en scellant la pierre et en postant une garde. |
Chacun des évangélistes décrit à sa manière la crucifixion et la mort sur la croix du Sauveur. Et si, dans d'autres évangiles, il est fait mention, par exemple, du disciple bien-aimé debout près de la croix ou du brigand repenti, dans l'Évangile selon Matthieu il n'y a aucune mention de ce genre. L'évangéliste note seulement qu'après la mort de Jésus certains des soldats romains qui gardaient le Crucifié furent saisis et effrayés, reconnaissant qu'il était « vraiment le Fils de Dieu » (v. 54). Il mentionne aussi les femmes, il est vrai, mais dans sa description elles « regardent de loin » (v. 55-56), si bien qu'auprès de la croix il ne se trouve personne qui puisse le soutenir, ne serait-ce que par sa présence. Une telle fin s'inscrit pleinement dans la conception générale de l'évangéliste, qui décrit toute l'histoire des derniers jours et des dernières heures du ministère terrestre du Sauveur comme une histoire de trahison et d'apostasie. Et au moment de sa mort sur la croix, les fidèles ou bien se tiennent au loin, ou bien, comme Joseph d'Arimathie, apparaissent lorsque tout est déjà fini (v. 57-61), tandis qu'au pied de la croix ne demeurent que le mal qui se réjouit et les ténèbres triomphantes (v. 39-44).
Sur le fond des descriptions des autres évangélistes, un tel tableau pourrait paraître excessivement contrasté, presque jusqu'au schématisme, si ce n'était la logique de l'auteur sacré, qui considère tout le ministère terrestre du Sauveur comme le conflit du Royaume avec les forces qui lui sont opposées et qui brûlent de détruire Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. De ce point de vue, ce qui se passe au pied de la croix ne peut malheureusement pas être appelé quelque chose d'exceptionnel. Nous y voyons tout et tous ceux que Jésus a dû affronter tout au long de son ministère terrestre. Il y a là les moqueries méchantes de gens de la foule de la rue qui ne comprennent rien et ne veulent rien comprendre (v. 39-40), la jubilation mauvaise des rigoristes religieux, les railleries des théologiens savants (v. 41-43), et même les outrages de ceux à qui il ne convenait vraiment pas d'outrager: les brigands crucifiés près de Jésus (v. 44). Et une seule chose unissait tous ces hommes si différents: le refus du Royaume. Il gênait chacun d'eux à sa manière, et maintenant les voilà tous réunis près de la croix pour se réjouir de leur victoire, une victoire imaginaire sur Celui dont la vie même ne leur laissait pas de repos.
Bien sûr, aucun d'eux ne se doutait que cette victoire était imaginaire. Car dans leur monde, le monde où il y avait place pour tout et pour tous sauf pour le Christ et le Royaume, leur victoire était réellement absolue; elle ne devenait rien que dans un autre monde, plus grand, le monde de Dieu. Mais de ce monde, ceux qui se moquaient du Crucifié ne savaient rien du tout, ou n'en avaient que les représentations les plus approximatives et les plus confuses. C'est pourquoi la Résurrection fut pour eux comme un coup de tonnerre dans un ciel clair, le même coup de tonnerre que deviendra sans doute pour beaucoup le retour du Sauveur, peut-être même pour ceux qui ont l'habitude de se considérer comme chrétiens.
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