Bible-Centre

RÉFLEXIONS pour 2Jn 1:10

10  Si quelqu'un vient à vous sans apporter cette doctrine, ne le recevez pas chez vous et abstenez-vous de le saluer.
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Les paroles de Jean demandant de ne pas recevoir chez soi ceux qui ne confessent pas l’enseignement dont parle l’apôtre peuvent paraître une manifestation d’extrême intolérance envers toute pensée différente. Pourtant, il ne s’agit de rien d’autre que de la personne de Jésus-Christ: s’il y avait chez Jean un enseignement sur lequel il insistait, il concernait précisément cette question. Qui est Jésus de Nazareth: le Fils de Dieu et le Messie envoyé par Dieu dans le monde, ou simplement un maître, l’un parmi beaucoup d’autres qui existaient alors?

Le christianisme lui-même consiste dans la réponse à cette question. Si le christianisme était simplement une nouvelle religion, la position de l’apôtre paraîtrait en effet peu attirante: on pourrait penser que les adeptes de cette nouvelle religion craignent la concurrence et préfèrent à l’ouverture et au dialogue une fermeture sectaire. Mais le christianisme n’est pas une nouvelle religion; c’est une vie nouvelle. La vie avec le Christ dans Son Royaume.

Une vie impensable sans faire confiance à Jésus de Nazareth non seulement comme Maître, mais aussi comme Fils de Dieu, comme Messie, comme Roi de ce Royaume dont tout chrétien doit par définition devenir habitant. Celui qui n’accueille pas Jésus ainsi ne peut pas être habitant du Royaume. Mais les chrétiens peuvent-ils donc recevoir chez eux seulement les leurs? Aujourd’hui, une telle approche peut nous paraître pour le moins étrange. Il faut pourtant tenir compte ici des particularités des coutumes d’hospitalité des anciens en général, ainsi que des coutumes juives de cette époque et des usages des premiers chrétiens.

Saluer une personne signifiait alors non pas simplement lui dire «bonjour», mais aussi l’inviter chez soi. Et après l’avoir invitée chez soi, il était impossible de ne pas offrir quelque chose à son hôte. Il fallait nécessairement s’asseoir avec lui à la même table, partager le repas, et donc rompre le pain. Les Juifs, par exemple, ne s’asseyaient jamais à la même table que les païens précisément pour cette raison: en rompant le pain, le Juif croyant le bénissait au nom du Dieu d’Abraham, tandis que les païens se souvenaient, même souvent de manière purement symbolique, de leurs dieux païens.

Pour un Juif, une telle situation touchait au moins aux limites de l’apostasie. Pour un chrétien, la situation était à peu près la même, mais il s’agissait ici de la fraction du pain au nom de Jésus: sans mention de ce nom, la fraction du pain était impossible pour un chrétien. Et si quelqu’un pour qui Jésus de Nazareth n’était qu’un homme ordinaire se trouvait à table avec les chrétiens, il n’y aurait pas de repas commun possible.

Lorsque les uns cherchent le repas du Royaume tandis que les autres ne croient pas du tout à une telle possibilité, la situation devient au moins ambiguë, et cela pour tous. C’est pour exclure cette ambiguïté que l’apôtre conseille d’éviter les situations où elle deviendrait possible. Car toute ambiguïté de ce genre ne fait qu’éloigner l’homme du Royaume: celui qui cherche le Royaume, comme celui qui ne le connaît pas encore.

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