RÉFLEXIONS pour Ez 41:1-42:20
Le sens de la description détaillée du Temple donnée par le prophète Ézéchiel réside avant tout dans cette précision même. Elle souligne, pour le prophète lui-même et surtout pour ses auditeurs, l’authenticité et la réalité de sa vision. Celle-ci est si nette que l’on peut mesurer toutes les salles du Temple, toutes ses parties. Il ne s’agit pourtant pas d’un simple procédé homilétique destiné à impressionner les auditeurs. La logique de la parole prophétique est qu’un avenir vague et indéterminé ne peut être décrit avec exactitude. De même que le Seigneur disait de la destruction du Temple qu’elle se produirait inéluctablement et que rien ne pourrait l’empêcher, de même la parole annonçant sa restauration est la vision anticipée de ce qui, dans une réalité invisible, dans une autre dimension du temps, s’est déjà accompli. Ézéchiel ne parle pas d’un édifice qui pourrait être construit, mais de ce qui existe déjà sur un autre plan de l’être, un plan divin.
Il y a, en outre, un autre aspect important. Le prophète estime que ses auditeurs, ou, au plus tard, leurs enfants, auront à bâtir ce Temple de leurs propres mains, même si, dans la captivité babylonienne, on ne peut encore y songer. En prévision de cela, le prophète s’efforce de fournir au peuple de Dieu une description aussi précise que possible de la construction à venir.
Ce qui importe le plus au prophète dans cette description, c’est le Saint des Saints, lieu où demeure l’arche de l’Alliance, l’autel et toutes les salles nécessaires au culte. Car leur présence dans le futur Temple ne peut s’expliquer que par la reprise du culte du Dieu unique en ce lieu : le Temple redeviendra le lieu de Sa présence. Ainsi, le mouvement vers le Tout-Puissant qui, à Babylone, reste incomplet par la force des choses trouvera dans le futur Temple son aboutissement logique, dans les sacrifices et les célébrations à venir.
Dans la première moitié du livre, le prophète consigne les paroles du Tout-Puissant sur les exilés : « Moi-même, Je serai pour eux comme un sanctuaire. » Et, pendant un quart de siècle, cette parole s’est accomplie jour après jour. Seuls les sacrifices n’étaient pas offerts dans la synagogue nouvellement née, car ils ne peuvent l’être qu’à Jérusalem. À présent, dans la vision du Temple à venir, les temps et les moments se déplacent et se rejoignent, donnant aux hommes le goût de l’éternité. Les Juifs de Babylonie peuvent offrir à Dieu leur culte et leur prière parce que, dans le Dessein divin, existe déjà le Temple futur que leurs enfants auront encore à construire.
Un tel raisonnement va à l’encontre de la logique ; il renverse les conceptions humaines des causes et des effets, parce qu’il repose sur une autre conception de la causalité. Son unique fondement est la volonté du Créateur, à l’accomplissement de laquelle rien ne peut s’opposer. Une fois déterminée, cette volonté ne change pas et ne peut manquer de s’accomplir, car Dieu est la seule réalité et la seule force réelle en ce monde. Ce n’est nullement un point de détail : l’attente du Royaume du siècle à venir et la vie, dès aujourd’hui, dans le Royaume qui doit encore apparaître dans toute sa gloire sont un trait caractéristique de la Nouvelle Alliance, dont Ézéchiel est devenu le messager, parmi d’autres prophètes.
