1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même: puisque tu agis de même, toi qui juges, |
2 et nous savons que le jugement de Dieu s'exerce selon la vérité sur les auteurs de pareilles actions. |
En dénonçant les péchés, Paul signale le danger pour celui même qui reprend : il risque de sombrer dans les mêmes péchés qu'il dénonce chez les autres. Et il convient encore moins que jugent les péchés d'autrui ceux qui commettent les mêmes actes qu'ils se sont mis à dénoncer. D'ailleurs, il est souvent propre à l'homme d'accuser les autres précisément des péchés auxquels il est lui-même enclin.
Beaucoup pourraient objecter qu'ils condamnent justement parce qu'ils ne sont pas ainsi. Mais souvenons-nous avec quelle facilité Pierre a commis une chute dont il ne se croyait pas capable. L'obstination dans les péchés dont parle Paul peut aussi se manifester, entre autres, dans le refus de voir ses propres péchés.
L'une des manières de résister à sa propre nature pécheresse peut être la persévérance dans les bonnes œuvres, et Paul n'appelle pas simplement à les faire de temps à autre : il parle précisément d'une pratique constante. Est-ce possible pour les hommes ? À vrai dire, non. Mais « ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Lc 18:27).
1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même: puisque tu agis de même, toi qui juges, |
Les mots de Paul que celui qui juge autrui, n'a rien à se défendre (c’est notamment ainsi qu’on peut traduire littéralement ce mot grec, qui dans la traduction Bible de Jérusalem est transmis comme «sans excuse»), rappellent les mots du Sauveur du Jugement, que chacun sera jugé de la même manière qu'il juge le prochain. Mais l'apôtre met en relief ici un aspect concret du problème lié au fait que seulement celui qui ne commet pas ce pour quoi on accuse l’accusé a le droit moral juger les autres. À première vue, il n'y a rien ici qui pourrait empêcher le jugement et la condamnation. En effet, ce n’est pas tous les gens sur terre qui sont des voleurs, assassins, des impudiques ou des blasphémateurs. Mais Paul, comme on voit, a une autre vision chrétienne sur la justice, qui demande à l’homme prétendant au Royaume (et par définition tout chrétien prétend à cela), une totale liberté du péché.
Bien sûr, conformément au monde non transformé une telle sorte de demande perd tout sens. En pratique il aboutirait simplement à l'impunité justifiée par le principe émis par Dostoïevski dans la bouche d'un de ses héros, disant que «chacun est coupable de tout devant chacun». Ça sonne bien, mais en pratique «chacun devant chacun en tout» signifie d'habitude «personne ne doit rien devant qui que ce soit». Le monde non Transformé admet l'évaluation non pas de l’homme, mais seulement de son acte concret, et demande notamment une telle évaluation, l'évaluation d’un péché ou un crime concret commis par l’homme. Mais la Torah suppose tout de même qu'une telle évaluation soit donnée par le juste.
Et pour Paul la justice est notamment la liberté du péché, car il parle du Royaume, et non du monde non transformé. Et personne de ceux qui cherchent le Royaume ne peut se vanter d'une telle liberté, car le cherchent des gens déchus. Et si on évaluait l’homme et ses oeuvres du point de vue du Royaume, du point de vue que qui et dans quelle mesure est prêt à y entrer, il ne restera pas simplement de dignes. Sauf bien sûr le Christ Lui-même, Qui est venu, cependant, non pas pour juger, mais pour sauver. C'est pourquoi l'apôtre dit qu’il ne faut pas juger autrui celui qui commet le même péché dont il condamne. Dans le Royaume ne peut juger que celui qui n’a pas le péché. Pour les autres il vaut mieux être plus modeste. Et ne pas penser aux péchés des autres, mais à son propre salut.
1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même: puisque tu agis de même, toi qui juges, |
2 et nous savons que le jugement de Dieu s'exerce selon la vérité sur les auteurs de pareilles actions. |
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu? |
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté, de patience, de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir? |
5 Par ton endurcissement et l'impénitence de ton cœur, tu amasses contre toi un trésor de colère, au jour de la colère où se révélera le juste jugement de Dieu, |
6 qui rendra à chacun selon ses œuvres : |
7 à ceux qui par la constance dans le bien recherchent gloire, honneur et incorruptibilité: la vie éternelle; |
8 aux autres, âmes rebelles, indociles à la vérité et dociles à l'injustice: la colère et l'indignation. |
9 Tribulation et angoisse à toute âme humaine qui s'adonne au mal, au Juif d'abord, puis au Grec; |
La liste des « égarements de l’esprit » dans l’épître aux Romains est impressionnante. Peut-être ne les trouvons-nous pas tous en nous, mais certains sûrement. L’apôtre Paul dit que la voix de la conscience condamne tous les hommes, indépendamment de leur « religion ». Il s’agit moins des actes que d’une disposition intérieure au péché ; Jésus dit la même chose dans le Sermon sur la montagne. Jésus souligne aussi qu’il importe de rester fidèle dans les relations qui sont déjà les nôtres plutôt que de chercher de nouveaux liens. Toutes nos indécences et nos infidélités se dissipent lorsque le véritable amour nous anime.
1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même: puisque tu agis de même, toi qui juges, |
2 et nous savons que le jugement de Dieu s'exerce selon la vérité sur les auteurs de pareilles actions. |
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu? |
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté, de patience, de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir? |
5 Par ton endurcissement et l'impénitence de ton cœur, tu amasses contre toi un trésor de colère, au jour de la colère où se révélera le juste jugement de Dieu, |
6 qui rendra à chacun selon ses œuvres : |
7 à ceux qui par la constance dans le bien recherchent gloire, honneur et incorruptibilité: la vie éternelle; |
8 aux autres, âmes rebelles, indociles à la vérité et dociles à l'injustice: la colère et l'indignation. |
9 Tribulation et angoisse à toute âme humaine qui s'adonne au mal, au Juif d'abord, puis au Grec; |
10 gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif d'abord, puis au Grec; |
11 car Dieu ne fait pas acception des personnes. |
Revenant à l'image des deux chemins, le chemin de la justice et le chemin de l'impiété, l'apôtre développe ensuite le thème de l'universalisme qu'il avait commencé par ses réflexions sur la connaissance naturelle de Dieu et sur la « Torah naturelle ». Il parle de choses qui semblent aller de soi, rappelant qu'il ne faut pas juger les autres pour des péchés dont on n'est pas soi-même libre (v. 1-2). Dans l'épître, on le voit, il est question de gens qui mettent ainsi à l'épreuve la patience de Dieu (v. 3-8). Et le contexte montre clairement que cette condamnation avait des bases formellement religieuses : ceux qui condamnaient s'opposaient sans doute aux autres au nom de leur appartenance soit au peuple juif, soit à l'Église (la première hypothèse, à en juger par le fait que l'apôtre met sur un pied d'égalité, dans la justice, les « Juifs » et les « Grecs » (v. 9-11), c'est-à-dire les Juifs et les païens, est la plus vraisemblable). Certes, un tel orgueil religieux ne justifiait nullement devant Dieu ceux qui s'y livraient ; il ajoutait seulement un péché de plus à ceux qu'ils commettaient.
Mais il ne s'agissait pas seulement d'hypocrisie et d'un vain espoir que l'appartenance au peuple juif se révélerait en elle-même comme une sorte d'indulgence. Il s'agissait de la compréhension même de la justice chez ceux qui se tenaient sur cette position. Pour eux, manifestement, la justice était indissociable de l'appartenance à une communauté nationale et religieuse déterminée, de sorte que ceux qui en faisaient partie devaient, par définition, être jugés par Dieu selon des lois particulières, peut-être plus indulgentes. Or Paul, dès le début, voit la justice exclusivement dans le contexte de la relation de l'homme avec Dieu. La Torah, pour lui, est universelle ; elle est donnée à chacun indépendamment de son appartenance nationale ou religieuse et n'est la propriété exclusive d'aucune communauté religieuse.
Le païen peut suivre la Torah, et alors il trouvera le Christ et entrera dans le Royaume, même si, bien sûr, cela est plus simple pour le Juif, puisqu'il étudie la Torah depuis l'enfance. Mais si le Juif viole la Torah, on lui demandera des comptes non pas moins, mais davantage qu'au païen, même si le païen, qui a eu l'expérience de la révélation naturelle, répondra aussi des mauvaises actions qu'il a commises et dont il savait qu'elles étaient mauvaises. Paul ne doute pas que le Royaume apporté dans le monde par le Christ soit un pour tous. Mais alors la justice aussi doit être une pour tous. Et la Torah aussi.
Il n’y a pas de lecture pour dimanche
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