3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu ? |
Croire que juger le péché en d'autres gens nous rend justes est l’une des illusions humaines les plus fréquentes. Nous résistons en effet au péché, nous luttons même contre le péché. Et il est dit dans les Saintes Ecritures : "Dénoncez-les" (Eph. 5:11).
C’est si confortable d’ignorer qu’il est d'abord écrit là : «ne prenez aucune part aux choses stériles des ténèbres». Il est si facile d'oublier tout ce qui a été dit par le Sauveur, qui S’est réservé à Soi-même le droit du jugement (Matt. 7:1-5, Jn. 8:7). Le fait que notre âme soit occupée par l'éradication des péchés des autres nous "protège" du travail de la repentance personnelle et nous donne le sentiment de participer au bien, une œuvre Divine - au salut de l'humanité.
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu ? |
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté, de patience, de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir ? |
En raisonnant sur le jugement et la condamnation, Paul part du même point que le Sauveur Lui-même, qui appelait Ses disciples à s'abstenir de juger et de condamner leurs prochains. Et il ne s'agit pas ici du fait que nous serions incapables de voir le péché d'un autre homme. Il s'agit du fait qu'aucun de nous, les hommes, n'est en mesure d'évaluer la vie d'un autre homme dans toute sa plénitude. L'un des grands maîtres de la Torah, qui vécut environ deux siècles avant la venue du Sauveur, Hillel, disait : ne juge pas ton prochain avant de t'être trouvé toi-même à sa place. Il ne parlait que de l'évaluation d'actes concrets, mais même là il était très prudent et comprenait que, pour une évaluation adéquate, il faut connaître la situation dans toute sa plénitude, et de l'intérieur. Or le christianisme est la vie du Royaume et la vie dans le Royaume.
Et le jugement dont parle Paul, comme celui dont parle Jésus Lui-même, est un jugement dans le Royaume porté sur un habitant du Royaume. Un jugement absolu. Il ne peut exister en dehors du Christ Lui-même, et encore seulement à la fin des temps. Parce que Lui seul peut voir toute la vie de l'homme dans toute sa plénitude, et pas avant le moment où l'homme lui-même y mettra le dernier point ; or ce dernier point, dans tous les cas, ne sera pas posé avant le jour du Jugement dernier.
Il en résulte que toute autre appréciation d'un acte concret d'un homme dans telle ou telle situation ne peut être qu'une appréciation, non un jugement. Une qualification du crime, s'il s'agit réellement d'un crime, mais non une sentence. Et cela aussi, d'ailleurs, parce que le principe « se trouver dans la peau de son prochain avant de juger » reste valable pour les chrétiens. Mais dans ce cas, cela signifie non seulement se trouver dans sa situation par rapport à une circonstance concrète de la vie, mais encore se trouver dans la plénitude de la vie du Royaume afin de tout évaluer correctement : car il s'agit bien d'évaluer un homme qui vit dans deux mondes, dans le monde non encore transfiguré et dans le Royaume en même temps. Avec le monde non transfiguré, nous n'avons d'ordinaire pas de difficulté ; avec la plénitude du Royaume, en revanche, elles peuvent très bien surgir.
Ici, le principe est simple : que juge celui qui est sans péché. Sinon, celui qui juge sera lui-même jugé selon la logique du monde déchu, et non selon la logique du Royaume. Ce même monde où il n'y a pas de pardon pour le péché commis consciemment, mais seulement un châtiment éternel pour lui. Il ne s'agit pas ici d'une quelconque vindicte de Dieu, mais du fait qu'en choisissant tel ou tel point de vue, tel ou tel regard sur l'homme et sur sa vie, nous choisissons par là même la mesure de plénitude de notre propre existence. Ou, plus exactement, ayant choisi telle ou telle mesure de plénitude de notre propre existence, nous nous décidons à apprécier de telle ou telle manière les actes de ceux qui sont près de nous. Or c'est précisément ce choix qui devient choix de perdition ou de salut. C'est lui qui détermine si, en fin de compte, nous nous trouvons dans le Royaume ou dans les « ténèbres du dehors ».
1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges, |
2 et nous savons que le jugement de Dieu s’exerce selon la vérité sur les auteurs de pareilles actions. |
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu ? |
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté, de patience, de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir ? |
5 Par ton endurcissement et l’impénitence de ton cœur, tu amasses contre toi un trésor de colère, au jour de la colère où se révélera le juste jugement de Dieu, |
6 qui rendra à chacun selon ses œuvres : |
7 à ceux qui par la constance dans le bien recherchent gloire, honneur et incorruptibilité : la vie éternelle ; |
8 aux autres, âmes rebelles, indociles à la vérité et dociles à l’injustice : la colère et l’indignation. |
9 Tribulation et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal, au Juif d’abord, puis au Grec ; |
10 gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif d’abord, puis au Grec ; |
11 car Dieu ne fait pas acception des personnes.
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12 En effet, quiconque aura péché sans la Loi, périra aussi sans la Loi ; et quiconque aura péché sous la Loi, par la Loi sera jugé ; |
13 ce ne sont pas les auditeurs de la Loi qui sont justes devant Dieu, mais les observateurs de la Loi qui seront justifiés. |
14 En effet, quand des païens privés de la Loi accomplissent naturellement les prescriptions de la Loi, ces hommes, sans posséder de Loi, se tiennent à eux-mêmes lieu de Loi ; |
15 ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur cœur, à preuve le témoignage de leur conscience, ainsi que les jugements intérieurs de blâme ou d’éloge qu’ils portent les uns sur les autres... |
16 au jour où Dieu jugera les pensées secrètes des hommes, selon mon Évangile, par le Christ Jésus. |
Ce n’est ni l’existence de la Loi ni l’adhésion formelle à celle-ci qui justifie, mais son accomplissement ; les actes de ceux qui sont sous l’autorité de la Loi seront jugés par cette même Loi. Mais pourquoi ceux qui ont péché sans avoir la Loi doivent-ils périr sans la Loi ? Le principe juridique « nul n’est censé ignorer la loi » est-il conforme à la miséricorde suprême ?
Paul répond également à cette question et à une autre que l’on pose constamment : qu’adviendra-t-il de ceux qui ont accompli de bonnes œuvres sans connaître les commandements ? Ils ne les connaissaient effectivement pas par l’intelligence, mais la loi de la conscience vivait dans leur cœur, compréhensible pour quiconque ne l’a pas étouffée en soi. Dans les faits, ces personnes peuvent accomplir la loi non écrite mieux que certains spécialistes de la Loi écrite. Il n’est pas dit d’elles qu’elles ne viendront pas en jugement ; ce sont ceux qui ont cru qui ne viennent pas en jugement (Jn 3,18). Mais lors du jugement, elles pourront présenter les bonnes œuvres accomplies à l’appel de leur conscience. Nous ne savons pas quel sera le verdict dans chaque cas particulier, mais nous croyons que le verdict de Celui qui ne fait pas acception de personnes ne peut qu’être juste.
1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges, |
2 et nous savons que le jugement de Dieu s’exerce selon la vérité sur les auteurs de pareilles actions. |
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu ? |
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté, de patience, de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir ? |
5 Par ton endurcissement et l’impénitence de ton cœur, tu amasses contre toi un trésor de colère, au jour de la colère où se révélera le juste jugement de Dieu, |
6 qui rendra à chacun selon ses œuvres : |
7 à ceux qui par la constance dans le bien recherchent gloire, honneur et incorruptibilité : la vie éternelle ; |
8 aux autres, âmes rebelles, indociles à la vérité et dociles à l’injustice : la colère et l’indignation. |
9 Tribulation et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal, au Juif d’abord, puis au Grec ; |
10 gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif d’abord, puis au Grec ; |
11 car Dieu ne fait pas acception des personnes.
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Revenant à l'image des deux chemins, le chemin de la justice et le chemin de l'impiété, l'apôtre développe ensuite le thème de l'universalisme qu'il avait commencé par ses réflexions sur la connaissance naturelle de Dieu et sur la « Torah naturelle ». Il parle de choses qui semblent aller de soi, rappelant qu'il ne faut pas juger les autres pour des péchés dont on n'est pas soi-même libre (v. 1-2). Dans l'épître, on le voit, il est question de gens qui mettent ainsi à l'épreuve la patience de Dieu (v. 3-8). Et le contexte montre clairement que cette condamnation avait des bases formellement religieuses : ceux qui condamnaient s'opposaient sans doute aux autres au nom de leur appartenance soit au peuple juif, soit à l'Église (la première hypothèse, à en juger par le fait que l'apôtre met sur un pied d'égalité, dans la justice, les « Juifs » et les « Grecs » (v. 9-11), c'est-à-dire les Juifs et les païens, est la plus vraisemblable). Certes, un tel orgueil religieux ne justifiait nullement devant Dieu ceux qui s'y livraient ; il ajoutait seulement un péché de plus à ceux qu'ils commettaient.
Mais il ne s'agissait pas seulement d'hypocrisie et d'un vain espoir que l'appartenance au peuple juif se révélerait en elle-même comme une sorte d'indulgence. Il s'agissait de la compréhension même de la justice chez ceux qui se tenaient sur cette position. Pour eux, manifestement, la justice était indissociable de l'appartenance à une communauté nationale et religieuse déterminée, de sorte que ceux qui en faisaient partie devaient, par définition, être jugés par Dieu selon des lois particulières, peut-être plus indulgentes. Or Paul, dès le début, voit la justice exclusivement dans le contexte de la relation de l'homme avec Dieu. La Torah, pour lui, est universelle ; elle est donnée à chacun indépendamment de son appartenance nationale ou religieuse et n'est la propriété exclusive d'aucune communauté religieuse.
Le païen peut suivre la Torah, et alors il trouvera le Christ et entrera dans le Royaume, même si, bien sûr, cela est plus simple pour le Juif, puisqu'il étudie la Torah depuis l'enfance. Mais si le Juif viole la Torah, on lui demandera des comptes non pas moins, mais davantage qu'au païen, même si le païen, qui a eu l'expérience de la révélation naturelle, répondra aussi des mauvaises actions qu'il a commises et dont il savait qu'elles étaient mauvaises. Paul ne doute pas que le Royaume apporté dans le monde par le Christ soit un pour tous. Mais alors la justice aussi doit être une pour tous. Et la Torah aussi.
1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges, |
2 et nous savons que le jugement de Dieu s’exerce selon la vérité sur les auteurs de pareilles actions. |
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-même, que tu échapperas au jugement de Dieu ? |
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté, de patience, de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir ? |
5 Par ton endurcissement et l’impénitence de ton cœur, tu amasses contre toi un trésor de colère, au jour de la colère où se révélera le juste jugement de Dieu, |
6 qui rendra à chacun selon ses œuvres : |
7 à ceux qui par la constance dans le bien recherchent gloire, honneur et incorruptibilité : la vie éternelle ; |
8 aux autres, âmes rebelles, indociles à la vérité et dociles à l’injustice : la colère et l’indignation. |
9 Tribulation et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal, au Juif d’abord, puis au Grec ; |
La liste des « égarements de l’esprit » dans l’épître aux Romains est impressionnante. Peut-être ne les trouvons-nous pas tous en nous, mais certains sûrement. L’apôtre Paul dit que la voix de la conscience condamne tous les hommes, indépendamment de leur « religion ». Il s’agit moins des actes que d’une disposition intérieure au péché ; Jésus dit la même chose dans le Sermon sur la montagne. Jésus souligne aussi qu’il importe de rester fidèle dans les relations qui sont déjà les nôtres plutôt que de chercher de nouveaux liens. Toutes nos indécences et nos infidélités se dissipent lorsque le véritable amour nous anime.
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