8 à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ |
9 et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses, |
Paul mentionne spécialement que sa tâche est devenue le témoignage de l'unité que le Sauveur apporte au monde: l'unité entre Dieu et le monde, qui se manifeste dans le Royaume, et l'unité entre les Juifs et les païens, qui se manifeste dans l'Église. Mais cette unité n'est pas théorique, théologique ni doctrinale. L'apôtre la manifeste avant tout par lui-même, dans sa vie et dans son témoignage. Lui, Juif de naissance et judéen par tradition, est devenu le témoin vivant du fait qu'il n'y a réellement plus de barrière entre les Juifs et les anciens païens venus dans l'Église.
Le meilleur témoignage du sérieux du témoignage de Paul fut le fait qu'il est devenu, selon ses propres mots, « prisonnier de Jésus-Christ pour les païens ». Pour aller jusqu'au bout, il faut bien sûr prendre son témoignage absolument au sérieux, comme quelque chose sans quoi sa propre vie est impensable et impossible. Mais ce témoignage n'est devenu possible pour Paul que par la grâce, parce qu'il avait lui-même rencontré le Christ ressuscité, qui lui avait ouvert le chemin du Royaume. Et tout le ministère ultérieur de l'apôtre fut pour lui inséparable de sa propre vie dans le Royaume.
L'homme pour qui la barrière entre le monde et Dieu avait disparu vit soudain avec une entière clarté qu'une autre barrière avait elle aussi disparu: la barrière entre lui, Juif qui cherchait le chemin de la justice, et tout homme cherchant le chemin du Christ. Comme habitant du Royaume, Paul comprit que, dans le Royaume, ce qu'un homme était avant d'arriver à son seuil n'a vraiment pas tant d'importance. Cela ne devint pas seulement une conviction de l'apôtre, mais une partie intégrante de l'expérience de sa propre vie spirituelle, qu'il ne pouvait négliger, pas plus qu'il ne pouvait négliger ce qu'il avait vécu autrefois sur la route de Damas.
1 C’est pourquoi moi, Paul, prisonnier du Christ à cause de vous, païens... |
2 Car vous avez appris, je pense, comment Dieu m’a dispensé la grâce qu’il m’a confiée pour vous, |
3 m’accordant par révélation la connaissance du Mystère, tel que je viens de l’exposer en peu de mots : |
4 à me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ. |
5 Ce Mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit : |
6 les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l’Évangile. |
7 Et de cet Évangile je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a confiée en y déployant sa puissance : |
8 à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ |
9 et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses, |
10 pour que les Principautés et les Puissances célestes aient maintenant connaissance, par le moyen de l’Église, de la sagesse infinie en ressources déployée par Dieu |
11 en ce dessein éternel qu’il a conçu dans le Christ Jésus notre Seigneur, |
12 et qui nous donne d’oser nous approcher en toute confiance par le chemin de la foi au Christ. |
13 Ainsi, je vous en prie, ne vous laissez pas abattre par les épreuves que j’endure pour vous ; elles sont votre gloire ! |
Dans la lecture d'aujourd'hui, l'apôtre Paul dit que, dans le Christ, nous avons reçu « l'assurance et un accès confiant » auprès de Dieu. L'assurance... Qu'est-ce donc ? Ce n'est pas de la présomption, mais autre chose. Commençons par le contraire : qu'est-ce que la présomption, et pourquoi n'est-ce pas de cela qu'il s'agit ? La présomption envers Dieu consiste à se placer « d'égal à égal » avec Lui, à ne pas comprendre ni accepter la différence entre Dieu et l'homme. Dans notre relation avec Lui, nous ne pouvons ignorer qu'Il est Autre. Et non pas seulement Autre, mais le Créateur. Et nous sommes Sa création. Pourtant, l'assurance dont parle Paul est précisément l'accès de la créature au Créateur. Grâce à l'incarnation de la Parole de Dieu, nous pouvons Lui parler comme à l'un d'entre nous, tout en nous souvenant qu'Il est le Créateur. La présomption, c'est oublier la divinité de Dieu. L'assurance, c'est s'en souvenir et ne pas avoir peur de Lui parler.
1 C’est pourquoi moi, Paul, prisonnier du Christ à cause de vous, païens... |
2 Car vous avez appris, je pense, comment Dieu m’a dispensé la grâce qu’il m’a confiée pour vous, |
3 m’accordant par révélation la connaissance du Mystère, tel que je viens de l’exposer en peu de mots : |
4 à me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ. |
5 Ce Mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit : |
6 les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l’Évangile. |
7 Et de cet Évangile je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a confiée en y déployant sa puissance : |
8 à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ |
9 et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses, |
10 pour que les Principautés et les Puissances célestes aient maintenant connaissance, par le moyen de l’Église, de la sagesse infinie en ressources déployée par Dieu |
11 en ce dessein éternel qu’il a conçu dans le Christ Jésus notre Seigneur, |
12 et qui nous donne d’oser nous approcher en toute confiance par le chemin de la foi au Christ. |
13 Ainsi, je vous en prie, ne vous laissez pas abattre par les épreuves que j’endure pour vous ; elles sont votre gloire ! |
En parlant de son propre ministère, Paul mentionne particulièrement son témoignage sur l’Église comme nouveau peuple unique de Dieu, comprenant à la fois les Juifs qui ont accueilli la bonne nouvelle et les anciens païens qui se sont tournés vers le Christ (v. 1-7). Visiblement, il le considère comme une partie essentielle du témoignage plus général sur le Christ et sur le Royaume (v. 8-13). Au premier abord, une telle attention accordée à une question qui, dans le contexte du témoignage messianique, ne paraît pas la plus importante, peut sembler n’être qu’une nécessité tactique liée au fait que l’Église d’Éphèse, comme la plupart des autres Églises hors de Palestine, était mixte, comprenant aussi bien des Juifs que des anciens païens convertis au Christ. Mais il ne s’agit vraisemblablement pas seulement de cela.
D’une part, les anciens prophètes disaient déjà qu’avec la venue du Messie et l’avènement du Royaume messianique, beaucoup de païens se tourneraient vers le Dieu d’Israël et deviendraient une partie du peuple de Dieu ; et Paul, comme beaucoup de ses compatriotes et coreligionnaires, voyait dans la conversion des païens l’accomplissement des anciennes prophéties. Mais pour l’apôtre, autre chose était visiblement important : il comprenait que la possibilité même d’unir en un seul peuple deux parties de l’humanité auparavant inconciliables témoigne mieux que toutes les paroles de l’essence du Royaume. Car les représentations traditionnelles, largement répandues dans le milieu rabbinique au temps de Paul, supposaient que les païens qui cherchent le Royaume devaient nécessairement devenir d’abord Juifs en acceptant le judaïsme. Une telle approche supposait que les Juifs eux-mêmes n’avaient rien de fondamental à changer dans leur vie spirituelle, qu’en tant que peuple-communauté ils étaient tout à fait prêts à entrer dans le Royaume.
Paul, lui, dessine manifestement un tableau tout autre : les Juifs ne sont pas plus prêts au Royaume que les païens, malgré toute leur religiosité, qui dans ce cas ne peut en rien les aider ; il faudra donc aux uns comme aux autres changer leur vie spirituelle. De plus, personne ne peut compter sur le fait de posséder certains moyens particuliers pour se frayer un chemin vers le Royaume : seul le Sauveur Lui-même peut l’ouvrir à ceux qui cherchent. Un tel tableau contrastait naturellement assez fortement avec les représentations traditionnelles, mais c’est justement lui qui permettait de comprendre ce qu’était ce Royaume dont Jésus témoignait de la proximité.
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