12 Les traits distinctifs de l'apôtre ont été réalisés chez vous; parfaite constance, signes, prodiges et miracles. |
13 Qu'avez-vous eu de moins que les autres Églises, sinon que personnellement je ne vous ai pas été à charge? Pardonnez-moi cette injustice. |
Ce que l'apôtre veut dire ici n'est pas difficile à comprendre : un peu plus haut, il décrit le comportement plutôt sans gêne de ceux qui se considéraient comme enseignants et guides spirituels de l'Église de Corinthe.
À la différence d'eux, Paul n'a jamais rien exigé des chrétiens de Corinthe ; il cherchait seulement à les aider à s'affermir dans leurs relations avec le Christ et dans la vie du Royaume. Pour lui, le service apostolique n'est possible que lorsque l'homme devient pauvre au plein sens du mot, en ayant bien sûr en vue la pauvreté comme état avant tout spirituel. D'ailleurs, Paul n'était pas riche matériellement non plus, mais l'essentiel est ailleurs.
Il s'agit de savoir par quelle force agit l'homme : la sienne ou celle de Dieu. La notion de pauvreté, telle que la comprenait déjà Isaïe de Jérusalem, l'un des grands prophètes d'Israël, qui vécut huit siècles avant la venue du Christ, se ramenait à l'expérience par l'homme de sa propre non-existence. En effet, l'homme n'existe que tant que respire en lui le « souffle de vie » de Dieu, qui n'appartient nullement à l'homme. En un certain sens, l'homme n'est jamais à lui-même ; non seulement il ne s'appartient pas, mais il n'existe pas non plus comme être séparé et indépendant de Dieu.
L'homme ne peut exister comme homme que tant qu'il est lié à Dieu par des relations bien définies, au moins au minimum, et seule la présence de Dieu lui permet de vivre et d'exister. Dans ce cas, on comprend aussi que l'homme ne puisse rien avoir en propre, de droit ou par mérite : pour cela, il faudrait au minimum que l'homme soit autosuffisant et indépendant de Dieu dans son existence. La prise de conscience de ce fait simple et évident est précisément ce qu'Isaïe, et après lui beaucoup d'autres, y compris Jésus Lui-même, appelle pauvreté.
Et plus l'homme prend conscience qu'il est pauvre, plus il reste de place dans sa vie pour la présence de Dieu et l'action de Dieu. Dans ce cas, pour vivre de la vie du Royaume, pour être rempli de son souffle, l'homme doit devenir non seulement pauvre, mais précisément rien. Alors la vie du Royaume coulera librement en lui, et il pourra en témoigner non seulement par la parole, mais aussi par les actes. Comme il convient à un apôtre.
11 Me voilà devenu insensé ! C'est vous qui m'y avez contraint. C'était à vous de me recommander. Car je n'ai été en rien inférieur à ces " archiapôtres ", bien que je ne sois rien. |
12 Les traits distinctifs de l'apôtre ont été réalisés chez vous; parfaite constance, signes, prodiges et miracles. |
13 Qu'avez-vous eu de moins que les autres Églises, sinon que personnellement je ne vous ai pas été à charge? Pardonnez-moi cette injustice. |
14 Voici que, pour la troisième fois, je suis prêt à me rendre chez vous, et je ne vous serai pas à charge; car ce que je recherche, ce ne sont pas vos biens, mais vous. Ce ne sont pas en effet les enfants qui doivent thésauriser pour les parents, mais les parents pour les enfants. |
15 Pour moi, je dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes. Faut-il que, vous aimant davantage, je sois moins aimé? |
16 Soit, dira-t-on; personnellement je ne vous ai pas grevés. Mais, en fourbe que je suis, je vous ai pris par la ruse. |
17 Vous aurais-je donc exploités par l'un quelconque de ceux que je vous ai envoyés? |
18 J'ai insisté auprès de Tite, et j'ai envoyé avec lui le frère. Tite vous aurait-il exploités ? N'avons-nous pas marché dans le même esprit ? suivi les mêmes traces ? |
19 Depuis longtemps, vous vous imaginez que nous nous défendons devant vous. C'est devant Dieu, dans le Christ, que nous parlons. Et tout cela, bien-aimés, pour votre édification. |
20 Je crains, en effet, qu'à mon arrivée je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que vous me trouviez tel que vous ne voudriez pas; qu'il n'y ait discorde, jalousie, animosités, disputes, calomnies, commérages, insolences, désordres. |
21 Je crains qu'à ma prochaine visite mon Dieu ne m'humilie à votre sujet, et que je n'aie à mener le deuil sur plusieurs de ceux qui ont péché précédemment et ne se sont pas repentis pour leurs actes d'impureté, de fornication et de débauche. |
La lecture d'hier se termine par une pensée très importante que l'apôtre Paul exprime à plusieurs reprises sous différentes formes : « Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. » Il remarque aussi qu'il « se complaît dans les faiblesses ». Dans le texte grec, nous lisons les mots « εύδοκω εν άστενείαις »—je trouve du plaisir, je suis satisfait dans les faiblesses. Dans le cadre de la Parole de Dieu, cette pensée est si simple et si naturelle qu'il semblerait n'y avoir rien à en dire. Pourtant, comme les paroles de l'apôtre paraissent impossibles d'un point de vue terrestre et humain !
Il existe une merveilleuse parabole de saint François d'Assise sur la joie parfaite que l'homme trouve lorsqu'il est entièrement privé de tout et rejeté par tous. C'est précisément vers l'acquisition de cette joie que tendent les efforts des chrétiens pour faire du bien à tous sans rien exiger en retour. Car c'est le chemin qui rend semblable au Dieu crucifié. Toute tentative de trouver une digne récompense et de la gratitude pour le bien accompli est naturelle et compréhensible, mais elle éloigne considérablement de cette joie.
11 Me voilà devenu insensé ! C'est vous qui m'y avez contraint. C'était à vous de me recommander. Car je n'ai été en rien inférieur à ces " archiapôtres ", bien que je ne sois rien. |
12 Les traits distinctifs de l'apôtre ont été réalisés chez vous; parfaite constance, signes, prodiges et miracles. |
13 Qu'avez-vous eu de moins que les autres Églises, sinon que personnellement je ne vous ai pas été à charge? Pardonnez-moi cette injustice. |
14 Voici que, pour la troisième fois, je suis prêt à me rendre chez vous, et je ne vous serai pas à charge; car ce que je recherche, ce ne sont pas vos biens, mais vous. Ce ne sont pas en effet les enfants qui doivent thésauriser pour les parents, mais les parents pour les enfants. |
15 Pour moi, je dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes. Faut-il que, vous aimant davantage, je sois moins aimé? |
16 Soit, dira-t-on; personnellement je ne vous ai pas grevés. Mais, en fourbe que je suis, je vous ai pris par la ruse. |
17 Vous aurais-je donc exploités par l'un quelconque de ceux que je vous ai envoyés? |
18 J'ai insisté auprès de Tite, et j'ai envoyé avec lui le frère. Tite vous aurait-il exploités ? N'avons-nous pas marché dans le même esprit ? suivi les mêmes traces ? |
19 Depuis longtemps, vous vous imaginez que nous nous défendons devant vous. C'est devant Dieu, dans le Christ, que nous parlons. Et tout cela, bien-aimés, pour votre édification. |
20 Je crains, en effet, qu'à mon arrivée je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que vous me trouviez tel que vous ne voudriez pas; qu'il n'y ait discorde, jalousie, animosités, disputes, calomnies, commérages, insolences, désordres. |
21 Je crains qu'à ma prochaine visite mon Dieu ne m'humilie à votre sujet, et que je n'aie à mener le deuil sur plusieurs de ceux qui ont péché précédemment et ne se sont pas repentis pour leurs actes d'impureté, de fornication et de débauche. |
En parlant de son apostolat, Paul mentionne non par hasard les signes qui auraient dû être évidents pour tout observateur sans préjugé (v. 11–12). Mais les chrétiens de Corinthe, manifestement, étaient portés à montrer beaucoup plus de déférence envers ceux qui se comportaient comme des gens habitués à commander et, selon le mot de Paul, à « être à charge » aux Églises (v. 13). Paul, lui, ne veut pas se comporter ainsi dans l’Église de Corinthe. Et il ne s’agit sans doute pas seulement du fait qu’il ne juge pas ce comportement correct du point de vue éthique, même si cela lui est évident (v. 14). Il s’agit aussi du fait que, pour Paul, les relations entre chrétiens doivent se construire non selon les lois de notre monde encore non transfiguré, mais selon les lois du Royaume. Or les lois du Royaume excluent totalement toute possibilité d’un comportement caractéristique de ceux que Paul considère comme de faux apôtres. Les lois du Royaume ne supposent qu’une seule possibilité : le don total de soi, même lorsqu’il n’est nullement question de réciprocité (v. 15–18).
Et l’apôtre, en parlant de son ministère, ne se justifie aucunement devant les chrétiens de Corinthe. Il ne défend pas sa personne, comme on pourrait le penser au premier abord ; il défend l’authenticité de son témoignage (v. 19). Or c’est là une question d’importance fondamentale, car l’authenticité du témoignage détermine non seulement l’état spirituel du témoin lui-même, mais devient aussi un critère pour évaluer la vie spirituelle de la communauté. Ce n’est pas un hasard si Paul craint, en venant à Corinthe, de trouver l’Église locale tout autre que celle qu’il souhaiterait voir (v. 20–21). Il comprend parfaitement que l’incapacité à distinguer un véritable serviteur du Christ et témoin du Royaume d’un serviteur prétendu est le signe, sinon d’une maladie spirituelle, du moins de graves problèmes spirituels. Car cela ne devient possible que si des personnes particulières, ou la communauté dans son ensemble, oublient l’expérience du Royaume qu’elles ont vécue, expérience obscurcie par quelque chose qui n’a aucun rapport avec le Royaume. Alors ceux qui oublient le Royaume le perdent, dans le meilleur des cas pour un temps, dans le pire pour toujours.
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