1 Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. |
2 Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. |
Pris isolément du contexte de toute la lettre, les mots de l'apôtre selon lesquels il n'y a pas d'autorités qui ne viennent de Dieu provoquent non pas seulement de la perplexité, mais une protestation immédiate. Nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, liés à l'histoire monstrueuse du XXe siècle, siècle où furent inventées les armes de destruction massive, siècle de persécutions contre les chrétiens de différentes confessions, siècle des camps de la mort et d'Hiroshima. On a envie de dire aussitôt : l'apôtre ne pouvait tout simplement pas imaginer cela ! C'est là que nous nous trompons. Il ne faut pas oublier que Paul vivait à une époque où confesser ouvertement le Christ signifiait s'attirer la colère des autorités, où que l'on vive, en Palestine ou à Rome. Plus encore, il écrit à une communauté qui se trouve, de ce point de vue, dans les conditions les plus difficiles : à Rome, cœur de l'Empire, à un moment où celui-ci détruit ouvertement les chrétiens, et de la manière la plus terrible. Souvenons-nous aussi du sort de Paul lui-même, enchaîné et n'ayant échappé à la mort sur place que parce qu'il était citoyen romain. (voir Actes, ch. 21 et suivants) Que veut-il donc dire lorsqu'il affirme : « celui qui résiste à l'autorité résiste à l'ordre établi par Dieu » ?
Mais lisons attentivement : Paul ne dit nulle part que le pouvoir est bon, qu'il est juste, il ne justifie nulle part les actes des détenteurs du pouvoir. L'essentiel pour lui est que le pouvoir, fût-il cent fois horrible et inhumain, est établi pour nous par Dieu ; ce sont les conditions qui nous sont données pour notre salut.
Mais que faire lorsque les actes des autorités sont monstrueux et inhumains, lorsque tout en nous proteste, lorsque nous voyons l'injustice et en devenons nous-mêmes victimes ? Il faut alors se rappeler tout ce que Paul écrit au chapitre précédent, et surtout la manière dont il se termine : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. »
Nous avons entre les mains l'arme la plus puissante, et surtout la seule, contre le mal : manifester à ce monde l'amour et la miséricorde de Dieu, donner à boire à celui qui a faim et consoler celui qui pleure. Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons tourner ce monde du mal vers le bien.
1 Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. |
2 Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. |
Pris séparément du contexte de toute la lettre, les mots de l'apôtre disant qu'il n'y a pas d'autorités qui ne viennent de Dieu provoquent non pas seulement l'étonnement, mais une protestation immédiate. Nous sommes tous liés d'une manière ou d'une autre à l'histoire monstrueuse du XXe siècle, siècle où furent inventées les armes de destruction massive, siècle de persécutions contre les chrétiens de diverses confessions, siècle des camps de la mort et d'Hiroshima. On a aussitôt envie de dire : l'apôtre ne pouvait tout simplement pas imaginer cela !
C'est là que nous nous tromperions. Il ne faut pas oublier que Paul vivait à une époque où confesser ouvertement le Christ signifiait attirer sur soi la colère des autorités, où que l'on vive, en Palestine ou à Rome. Bien plus, il écrit à une communauté qui se trouve, de ce point de vue, dans les conditions les plus difficiles : à Rome, coeur de l'Empire, qui à ce moment détruit ouvertement les chrétiens, et de la manière la plus terrible. Souvenons-nous aussi du destin de Paul lui-même, enchaîné et n'ayant échappé à la mort sur place que parce qu'il était citoyen romain. (voir Actes, chap. 21 et suivants) Que veut-il donc dire lorsqu'il affirme : « celui qui s'oppose à l'autorité s'oppose à l'ordre établi par Dieu » ?
Lisons attentivement : Paul ne dit nulle part que le pouvoir est bon, qu'il est juste ; il ne justifie nulle part les actes des détenteurs du pouvoir. L'essentiel pour lui est que le pouvoir, fût-il cent fois terrible et inhumain, est établi pour nous par Dieu : ce sont les conditions qui nous sont données pour notre salut.
Mais que faire lorsque les actions des autorités sont monstrueuses et inhumaines, lorsque tout en nous proteste, lorsque nous voyons l'injustice et en devenons nous-mêmes victimes ? Ici il faut se souvenir de tout ce que Paul écrit dans le chapitre précédent, et surtout de ce par quoi il se conclut : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. »
Nous avons entre les mains l'arme la plus puissante, et surtout la seule, contre le mal : manifester à ce monde l'amour et la miséricorde de Dieu, donner à boire à celui qui a faim et consoler celui qui pleure. Et ce n'est qu'ainsi que nous pouvons détourner ce monde du mal vers le bien.
1 Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. |
2 Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. |
3 En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n'avoir pas à craindre l'autorité? Fais le bien et tu recevras des éloges; |
4 car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal; car ce n'est pas pour rien qu'elle porte le glaive: elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal. |
5 Aussi doit-on se soumettre non seulement par crainte du châtiment, mais par motif de conscience. |
6 N'est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts? Car il s'agit de fonctionnaires qui s'appliquent de par Dieu à cet office. |
7 Rendez à chacun ce qui lui est dû : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui les taxes, les taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l'honneur, l'honneur. |
En parlant des autorités terrestres, Paul reste fidèle au témoignage du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, «n'est pas de ce monde». Il ne parle pas de loyauté envers quelque pouvoir concret que ce soit et ne donne la préférence à aucune forme d'État ou d'organisation sociale. En effet, si, selon l'apôtre, toute autorité vient de Dieu (v. 1-2), cela ne peut signifier qu'une chose: Dieu est indifférent à toute forme concrète de pouvoir, comme aux personnes liées à la structure du pouvoir. Une telle attitude envers l'État et les autorités terrestres n'est possible que si le Royaume et son action dans notre monde pas encore pleinement transfiguré ne dépendent d'aucune autorité terrestre et ne sont déterminés par aucune. Si l'on reçoit le Royaume comme quelque chose de précisément «pas de ce monde», c'est-à-dire vivant selon des lois sans rapport avec l'économie ou la sociologie, cette approche devient non seulement naturelle, mais la seule possible. Cependant, les témoins du Royaume doivent agir dans un monde où l'histoire des États et des gouvernements terrestres n'est pas achevée; il leur faut donc des critères pour évaluer l'action de cette autorité terrestre et savoir comment se comporter envers elle.
Ici Paul est tout à fait cohérent: comme Jésus lui-même, il parle de la possibilité, pour les témoins du Royaume, d'être loyaux envers toute autorité dans les affaires qui ne dépassent pas le cadre de «ce monde», comme les impôts, les règles de vie commune établies par les autorités, les institutions de l'État et autres choses semblables (v. 5-7). L'apôtre ne soutient manifestement aucun mouvement messianique politico-religieux, dont les représentants niaient souvent l'État séculier comme tel, estimant que seul le Messie pouvait fonder sur terre un État vraiment juste, et que cette tâche serait sa principale mission. Un tel messianisme politique était alors largement répandu dans le milieu juif; des vues de ce genre pouvaient pénétrer aussi dans l'Église, si bien que Paul devait rappeler aux chrétiens le véritable Royaume que Jésus a apporté au monde.
Mais Paul définit le critère de l'attitude à adopter envers les actes concrets des représentants concrets du pouvoir: ils sont «serviteurs de Dieu» s'ils agissent «pour le bien» (v. 3-4). L'apôtre admet donc qu'un représentant d'un pouvoir séculier et païen, comme tout homme, peut faire le bien comme le mal. Paul reste cohérent ici encore: il ne refuse pas aux païens la possibilité de connaître la «Torah naturelle» et de la suivre. Si un païen se guide dans ses actes par cette «Torah naturelle», il ne s'opposera objectivement pas au Royaume ni à ses témoins. Pour l'apôtre, aucune autorité n'est sacrée par elle-même; au fond, il ne parle pas tant d'un pouvoir abstrait que des hommes qui en sont revêtus, des hommes qui se trouvent dans le même rapport au Royaume que tout homme. Ni plus ni moins.
1 Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. |
2 Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. |
3 En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n'avoir pas à craindre l'autorité? Fais le bien et tu recevras des éloges; |
4 car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal; car ce n'est pas pour rien qu'elle porte le glaive: elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal. |
5 Aussi doit-on se soumettre non seulement par crainte du châtiment, mais par motif de conscience. |
6 N'est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts? Car il s'agit de fonctionnaires qui s'appliquent de par Dieu à cet office. |
7 Rendez à chacun ce qui lui est dû : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui les taxes, les taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l'honneur, l'honneur. |
Le texte sur la soumission aux autorités suscite toujours beaucoup de questions et de débats. Mais l'apôtre Paul est très précis et souligne particulièrement deux choses. La première est la nécessité du principe même d'autorité pour toute société. Il ne s'agit pas de reconnaître comme un « être supérieur » toute personne investie du pouvoir, mais de reconnaître que les hommes ont besoin d'établir des règles communes de vie, sans lesquelles personne ne peut vivre en sécurité. Quelle que soit l'attitude d'une personne envers les autres, elle exige toujours pour elle-même la justice et le respect de ses droits. C'est en ce sens que l'État constitue un ensemble nécessaire de règles pour la vie d'une communauté humaine.
Le second point est lui aussi très important. Selon l'apôtre Paul, l'État ne peut pas réglementer les questions de foi. L'argent et les impôts, l'administration et la justice, tout cela peut relever de la compétence de l'État. Mais le choix personnel de chacun, ainsi que l'attitude d'une personne envers l'action de ceux qui détiennent le pouvoir, appartiennent à cette personne. Nul n'a le droit de priver quelqu'un de la liberté d'appeler un tyran un tyran ; nul n'a le droit de dicter à quelqu'un ce qu'il doit croire.
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