24 Il n'y a de bonheur pour l'homme que dans le manger et le boire et dans le bonheur qu'il trouve dans son travail, et je vois que cela aussi vient de la main de Dieu,
25 car qui mangera et qui boira si cela ne vient de lui?
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À toutes les époques, il s'est trouvé des personnes qui voyaient le sens de la vie dans le travail créateur et constructif. Et il ne s'agit pas du fait que le travail ennoblit l'homme en lui-même. Comme la plupart des occupations humaines, le travail est en lui-même spirituellement et moralement neutre : il peut aider à la formation spirituelle et morale de l'homme comme il peut l'entraver. Mais le travail permet d'aménager le monde autour de l'homme. De transformer l'espace qui l'entoure, aussi bien spirituel que physique. En construisant des palais et en plantant des jardins, l'Ecclésiaste transforme l'espace physique qui l'entoure.
En participant à la sagesse et en l'assimilant, il transforme l'espace spirituel : car la sagesse était nécessaire d'abord pour que la réalité entourant l'homme se remplisse de nouveaux sens, de même que, lors de la construction de palais et de la plantation de jardins, elle se remplit de choses nouvelles. Et soudain, comme un coup de tonnerre dans un ciel clair, vient la conscience de sa propre mortalité. Et donc de la fin inévitable. Le monde créé par l'homme restera, mais son créateur s'en ira. Comme s'en va chacun qui a achevé son chemin terrestre. Ni les choses créées, ni les sens découverts n'aideront. La pensée de la mort est comme le coup de gong pendant la danse sacrée des soufis : la danse de la vie s'arrête instantanément, tout se fige, et commence autre chose, ce que d'ici, du monde des vivants, on ne peut ni voir ni comprendre.
Mais s'il en est ainsi, à quoi bon tous ces efforts ? Ils étaient nécessaires seulement pour que la vie trouve un sens. Un sens aussi éternel que ce monde lui-même. Mais ce que l'on a réussi à trouver par la création et la sagesse ne s'est révélé nullement éternel. L'éternité s'est dérobée, et les sens trouvés comme les choses créées ne demeureront pas dans l'éternité. Ils s'en iront dans le passé. Ou dans l'avenir, et du point de vue de l'éternité, la différence entre passé et avenir est mince.
Ni le passé ni l'avenir n'ont en effet de rapport avec ce Présent dont vit l'homme. Travailler pour un avenir inconnu est aussi absurde que travailler pour un passé bien connu. L'un n'est pas plus réel que l'autre. Ce que l'homme a créé et chargé de sens reste dans le passé lorsque l'homme s'en va. Cela peut revenir au présent dans l'avenir, mais alors il faut que, dans cet avenir, se trouve quelqu'un qui le laisse entrer dans sa vie, comme l'Ecclésiaste a lui-même laissé entrer dans sa vie les sens et les choses. Un héritier. Un successeur.
Pour lui, notre avenir deviendra présent, et en lui les choses reprendront vie et les sens ressusciteront. Ou bien ils ne ressusciteront pas : personne ne peut être sûr de ses héritiers et successeurs. Et ce seront déjà d'autres choses et d'autres sens, créés et découverts à nouveau. Une autre vie. Ce n'est pas l'éternité, c'est de nouveau seulement le temps qui passe vite. L'avenir remplaçant le passé. Sans Présent. De nouveau « vanité des vanités ».
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