RÉFLEXIONS pour Ex 7:26-29
Un moment arrive où même l’entourage le plus proche de Pharaon commence à reconnaître l’évidence. Les magiciens eux-mêmes (« les mages ») disent déjà à Pharaon : ici est le doigt de Dieu, il ne s’agit pas d’événements ordinaires, relevant de l’ordre naturel. Qu’est-ce donc : une illumination de ces hommes ? Peut-être. Il arrive qu’un homme soit tout à fait sincèrement persuadé d’avoir raison alors qu’en réalité il se trompe profondément.
Il est aussi possible que les magiciens aient simplement compris qu’il était désormais impossible de continuer à nier l’évidence. Tout homme tient à sa vision du monde, à ses concepts, à sa compréhension de la vie. Pour les magiciens égyptiens, reconnaître la force d’un prophète venu de chez les barbares était loin d’être simple. En effet, cela signifiait que son Dieu était plus fort que tous les dieux de l’Égypte, plus fort qu’eux-mêmes et que toute leur magie. En principe, les Égyptiens ne doutaient pas que Dieu fût plus fort que n’importe quel magicien. Le monothéisme n’était pas du tout étranger à l’Égypte ; parmi les prêtres, il y avait un bon nombre de croyants en l’Unique.
Cependant, ils estimaient que le monothéisme n’était pas pour le peuple, pas pour les masses. Même ceux qui croyaient sincèrement en l’Unique étaient convaincus que leur peuple ne les comprendrait pas, que le peuple avait besoin des dieux traditionnels et des cultes traditionnels, et ne cherchait rien de plus sérieux ni de plus profond. Et, d’une manière générale, pensait-on dans les temples et à la cour, la vie spirituelle sérieuse n’intéressait pas vraiment le peuple ; quant à celui que cela intéressait, il trouverait le chemin : les temples n’étaient pas fermés, et s’il le désirait, il pouvait toujours essayer d’y chercher quelque chose de plus que ce dont se contentait alors l’Égyptien moyen. Les magiciens de cour ne faisaient guère exception : ils ne doutaient sans doute pas qu’au-dessus de tous les dieux se tenait l’Unique.
Autre chose était de reconnaître en un barbare inconnu le prophète de cet Unique. Pour qu’une telle reconnaissance se produise dans la conscience d’un prêtre ou d’un magicien égyptien, il fallait un bouleversement véritable : ni les uns ni les autres n’avaient jamais pris les barbares au sérieux. Ils étaient encore moins enclins à croire qu’il puisse y avoir chez eux une authentique vie spirituelle qu’à croire en une vie spirituelle authentique dans la masse principale de leur propre peuple. Maintenant, pourtant, il fallait reconnaître l’évidence : cet étrange prophète venu des barbares connaît réellement l’Unique et entend Sa voix. C’est ce qu’ils dirent à Pharaon. La décision lui appartenait désormais.
