17 Alors ils se mirent à prier Jésus de s'éloigner de leur territoire.
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En lisant l’Évangile, nous rencontrons souvent des situations où Jésus n’est pas bienvenu. Elles sont très différentes, et chacun de ceux qui ne se réjouissent pas de Sa présence a d’ordinaire ses propres raisons. Mais elles ont toutes quelque chose en commun : on ne se réjouit pas de Lui quand on ne veut pas de changement. Bien entendu, tout le monde n’avouera pas de tels motifs à son propre refus de voir Jésus. Des personnes profondément religieuses et souvent sincères à leur manière, comme les pharisiens par exemple, n’auraient jamais reconnu, ni devant les autres ni même devant elles-mêmes, qu’elles avaient peur non pour le peuple ni pour la vraie foi, mais pour elles-mêmes, pour leur religiosité que le témoignage de Jésus menaçait de détruire.
Mais dans la région de Gérasa vivaient des gens tout à fait ordinaires et séculiers, que nous avons l’habitude d’appeler païens, même s’il n’y a pas lieu de parler chez eux d’une religiosité particulière, fût-elle païenne. Des gens simples et francs à leur manière. Ils avaient franchement peur, et ils regrettaient tout aussi franchement le troupeau de porcs perdu.
Et, comme des gens simples, ils ne se gênaient pas pour exprimer directement et en face leur refus de voir celui qu’ils ne voulaient réellement pas voir. Certes, ils avaient été témoins d’un miracle. Miracle qu’ils avaient évidemment compris tout à fait correctement : il était tout simplement impossible de le comprendre autrement. Mais justement, l’homme déchu n’a pas vraiment besoin de miracles. Du moins de miracles qu’il ne peut pas contrôler. Et l’homme déchu n’a généralement pas besoin de Dieu. Il n’a pas besoin de Dieu, mais du génie d’un conte oriental merveilleux. Un génie capable de tout faire, mais qui ne demanderait rien à son maître et qui, lorsqu’on n’a pas besoin de lui, resterait paisiblement dans sa bouteille ou sa lampe magique sans manifester en rien sa présence.
Les hommes qui avaient été témoins de la guérison accomplie par Jésus comprenaient, malgré leur simplicité, que ce Thaumaturge n’était pas un génie. Si on Lui donnait la possibilité de rester, Il ne se limiterait pas à une seule guérison. Et personne ne pourrait dire avec certitude ce qu’Il ferait encore. L’affaire pourrait très bien ne pas se limiter à la perte d’un seul troupeau de porcs. Mais l’essentiel n’est même pas le dommage matériel. Intuitivement, au fond de son subconscient, chacun comprenait que, si l’on permettait à cet Homme d’agir, on perdrait non seulement ses troupeaux, mais aussi sa vie.
Il prendra ta vie pour Lui. Oui, bien sûr, pas pour Lui-même. Peut-être pour ce Royaume dont Il parle. Mais ta vie ne sera plus à toi. Et toi-même, tu ne t’appartiendras plus : tu Lui appartiendras, à Lui, le Roi d’un Royaume inconnu. Et cela fait toujours peur. La seule question est de savoir si l’on vaincra cette peur pour le Royaume ou si l’on reculera. Vers les ténèbres extérieures. Vers ses troupeaux, vers sa vie. Et vers sa mort.
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