7 Au contraire, voyant que l’évangélisation des incirconcis m’était confiée comme à Pierre celle des circoncis — |
8 car Celui qui avait agi en Pierre pour faire de lui un apôtre des circoncis, avait pareillement agi en moi en faveur des païens — |
9 et reconnaissant la grâce qui m’avait été départie, Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes, nous tendirent la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion : nous irions, nous aux païens, eux à la Circoncision ; |
10 nous devions seulement songer aux pauvres, ce que précisément j’ai eu à cœur de faire. |
11 Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort. |
12 En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis. |
13 Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux. |
14 Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : « Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » |
Il est intéressant de voir avec quelle précision le Seigneur répartit les responsabilités, les vocations et les devoirs dans l'Église. Paul n'est pas simplement appelé à annoncer l'Évangile, mais à l'annoncer aux païens. Le Seigneur distingue la grâce particulière de l'apostolat parmi les circoncis de celle de l'apostolat parmi les incirconcis. On pourrait croire qu'il s'agit de détails purement techniques : ici nous parlons de ceci et non de cela, là c'est l'inverse... Peut-être est-ce précisément cette réduction de l'œuvre à son aspect technique que le Seigneur ne veut pas. L'apôtre Paul dit que Pierre s'est conduit de manière incohérente : il a d'abord renoncé à observer les rites juifs, puis il a commencé à « se cacher ». Dans une situation donnée, il est sans doute nécessaire de déterminer clairement dans quel système on vit et de ne pas essayer de se conformer à deux systèmes à la fois. La répartition des vocations est importante, notamment pour cette raison.
11 Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort. |
12 En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis. |
13 Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux. |
14 Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : « Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » |
15 « Nous sommes, nous, des Juifs de naissance et non de ces pécheurs de païens ; |
16 et cependant, sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifié.
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17 Or si, recherchant notre justification dans le Christ, il s’est trouvé que nous sommes des pécheurs comme les autres, serait-ce que le Christ est au service du péché ? Certes non ! |
18 Car en relevant ce que j’ai abattu, je me convaincs moi-même de transgression. |
19 En effet, par la Loi je suis mort à la Loi afin de vivre à Dieu : je suis crucifié avec le Christ ; |
20 et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. |
21 Je n’annule pas le don de Dieu : car si la justice vient de la Loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien. » |
En parlant de la vie nouvelle, de la vie du Royaume, Paul l'oppose à ce qu'il appelle les « œuvres de la Torah » (« œuvres de la Loi », v. 16). Il semblerait que ce soient précisément les œuvres de la Torah qui doivent être l'occupation principale de ceux qui cherchent à accomplir les commandements. Mais les choses, semble-t-il, n'étaient pas tout à fait ainsi. Au temps du Christ et de Paul, on entendait souvent par œuvres de la Torah à peu près ce que nous appelons aujourd'hui les obligations religieuses. Formellement, toutes étaient bien sûr liées à la nécessité d'accomplir telle ou telle norme de la Torah ; mais, en fait, beaucoup d'entre elles avaient depuis longtemps cessé d'avoir quelque rapport que ce soit avec elle, se fondant exclusivement sur une tradition souvent peu liée à la Torah. L'accomplissement de ces obligations religieuses se transformait, dans les milieux religieusement actifs, comme par exemple ceux des pharisiens, en une sorte de sport religieux particulier, dont les succès et les réalisations étaient très hautement estimés : car, selon l'opinion généralement admise dans le milieu religieux, la récompense des plus performants était le Royaume, auquel ces activistes religieux aspiraient parfois avec une entière sincérité, tout en ne se représentant d'ailleurs pas toujours très bien ce qu'était ce Royaume auquel ils aspiraient tant.
Paul, lui, comprend parfaitement, semble-t-il, qu'aucun succès dans la vie religieuse n'a de rapport avec la résolution de la tâche principale : ces succès ne peuvent rapprocher personne du Royaume. L'apôtre ne cesse de rappeler que l'homme pécheur n'est pas en état de suivre la Torah jusqu'au bout, qu'il lui faudra mourir pour cela, sinon le péché ne le quittera jamais, et qu'aucune religion n'a le pouvoir d'y changer quoi que ce soit (v. 19–21). L'ancienne vie, la vie naturelle, doit disparaître pour céder la place à une autre vie, nouvelle, cette vie du Royaume dont vit le Christ ressuscité. Mais c'est un chemin difficile, et la nature humaine déchue commence tout naturellement à chercher des chemins plus faciles, en se tournant notamment vers la religion. Pour Paul, toutes ces tentatives ne sont rien d'autre qu'un désir de revenir à l'ancienne vie pécheresse, en refusant le chemin auquel le Sauveur appelle Ses fidèles (v. 17–18). C'est un refus du Royaume au profit d'opinions humaines, de conceptions humaines et d'une religiosité humaine. Un refus qui ne reste jamais sans conséquences pour ceux qui l'ont fait.
11 Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort. |
12 En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis. |
13 Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux. |
14 Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : « Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » |
15 « Nous sommes, nous, des Juifs de naissance et non de ces pécheurs de païens ; |
16 et cependant, sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifié.
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17 Or si, recherchant notre justification dans le Christ, il s’est trouvé que nous sommes des pécheurs comme les autres, serait-ce que le Christ est au service du péché ? Certes non ! |
18 Car en relevant ce que j’ai abattu, je me convaincs moi-même de transgression. |
19 En effet, par la Loi je suis mort à la Loi afin de vivre à Dieu : je suis crucifié avec le Christ ; |
20 et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. |
21 Je n’annule pas le don de Dieu : car si la justice vient de la Loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien. » |
La situation est familière. Toi-même, tu considères que certaines règles sont déjà dépassées, mais, dans un certain milieu, tu les suis afin de ne pas créer de problèmes inutiles. Mais lorsqu’il s’agit de contraindre tous les autres à suivre ces mêmes règles dépassées, que feras-tu ? Te rangeras-tu à l’avis de la majorité de ce cercle restreint, ou défendras-tu la liberté de vivre autrement, y compris ta propre liberté, dont tu profites en secret ? Il en va de même dans ce texte. Paul exige que les apôtres, qui eux-mêmes n’observent déjà plus les prescriptions de la Loi parce qu’ils sont conduits par l’Esprit Saint, cessent d’exiger l’observance de cette même Loi des païens qui ont directement accueilli le Christ. Paul explique très en détail ce qu’une telle politique de double langage fait courir comme risque à l’Église et à la personne. Plus encore, il montre à quel point elle est nuisible à l’Église du Christ. Il faut reconnaître que ce discours de Paul est dur, et il importe particulièrement de se souvenir qu’il adresse tout cela aux apôtres choisis par le Christ Lui-même. Ainsi, les élus ne sont pas à l’abri de l’erreur ; mais en accueillant le Christ, l’homme reçoit le don merveilleux d’entendre, parce qu’il se souvient toujours que l’Esprit souffle où Il veut.
1 Ensuite, au bout de quatorze ans, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé et Tite que je pris avec moi. |
2 J’y montai à la suite d’une révélation ; et je leur exposai l’Évangile que je proclame parmi les païens — mais séparément aux notables, de peur de courir ou d’avoir couru pour rien. |
3 Eh bien ! de Tite lui-même, mon compagnon qui était grec, on n’exigea pas qu’il se fît circoncire. |
4 Mais à cause des intrus, ces faux frères qui se sont glissés pour espionner la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire en servitude, |
5 gens auxquels nous refusâmes de céder, fût-ce un moment, par déférence, afin que la vérité de l’Évangile demeurât parmi vous... |
6 Et de la part de ceux qu’on tenait pour des notables — peu m’importe ce qu’alors ils pouvaient être ; Dieu ne fait point acception des personnes —, à mon Évangile, en tout cas, les notables n’ont rien ajouté. |
7 Au contraire, voyant que l’évangélisation des incirconcis m’était confiée comme à Pierre celle des circoncis — |
8 car Celui qui avait agi en Pierre pour faire de lui un apôtre des circoncis, avait pareillement agi en moi en faveur des païens — |
9 et reconnaissant la grâce qui m’avait été départie, Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes, nous tendirent la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion : nous irions, nous aux païens, eux à la Circoncision ; |
10 nous devions seulement songer aux pauvres, ce que précisément j’ai eu à cœur de faire. |
Dans ce chapitre, l’apôtre Paul raconte le concile de Jérusalem, décrit en détail dans le Livre des Actes. On y discutait de la conduite à tenir envers les païens qui avaient aussitôt cru au Christ sans connaître la Loi—en particulier, s’ils devaient être circoncis et observer toutes les prescriptions de la Loi valables pour les Juifs. Le témoignage de Paul et de Barnabé sur la conversion des païens, leur fermeté dans la défense de leurs convictions et leur obéissance à l’Église nous montrent comment les premiers chrétiens résolvaient les problèmes qui se présentaient. L’attention à l’opinion d’autrui, la discussion commune de ce qui se passait et la prise d’une décision étaient les voies principales pour résoudre les questions controversées.
Il faut dire que les paroles du Christ, « la vérité vous rendra libres », sont très bien illustrées par ce texte. On pourrait penser que Paul, pharisien et disciple de Gamaliel, aurait dû s’opposer absolument à la conversion des païens. Et pourtant, le voici qui témoigne auprès de ceux qui ne connaissent pas le Dieu unique. Il aurait dû défendre la lettre de la Loi, mais il insiste sur le fait que l’essentiel, pour se convertir, est d’accueillir le Christ crucifié et ressuscité et de recevoir le Saint-Esprit. Et le premier des Douze Apôtres qui soit nommé parmi ceux qui le soutiennent n’est pas Pierre, comme d’habitude, mais Jacques. C’est ce même Jacques qui, tout en étant chrétien, continuait d’observer si rigoureusement toutes les prescriptions de la Loi que les Juifs l’appelaient le Juste. Une telle liberté dans les pratiques extérieures des croyants n’est possible que lorsque le Saint-Esprit vit et agit au milieu d’eux.
1 Ensuite, au bout de quatorze ans, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé et Tite que je pris avec moi. |
2 J’y montai à la suite d’une révélation ; et je leur exposai l’Évangile que je proclame parmi les païens — mais séparément aux notables, de peur de courir ou d’avoir couru pour rien. |
3 Eh bien ! de Tite lui-même, mon compagnon qui était grec, on n’exigea pas qu’il se fît circoncire. |
4 Mais à cause des intrus, ces faux frères qui se sont glissés pour espionner la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire en servitude, |
5 gens auxquels nous refusâmes de céder, fût-ce un moment, par déférence, afin que la vérité de l’Évangile demeurât parmi vous... |
6 Et de la part de ceux qu’on tenait pour des notables — peu m’importe ce qu’alors ils pouvaient être ; Dieu ne fait point acception des personnes —, à mon Évangile, en tout cas, les notables n’ont rien ajouté. |
7 Au contraire, voyant que l’évangélisation des incirconcis m’était confiée comme à Pierre celle des circoncis — |
8 car Celui qui avait agi en Pierre pour faire de lui un apôtre des circoncis, avait pareillement agi en moi en faveur des païens — |
9 et reconnaissant la grâce qui m’avait été départie, Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes, nous tendirent la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion : nous irions, nous aux païens, eux à la Circoncision ; |
10 nous devions seulement songer aux pauvres, ce que précisément j’ai eu à cœur de faire. |
Paul a tout de même, semble-t-il, consulté les autres apôtres au sujet de son ministère (v. 1–2). À en juger par le fait que la question portait sur la circoncision, Paul la soumit à l'Église afin qu'elle n'introduise pas dans les Églises de divisions ni de ruptures (v. 3–5). Mais pour Paul lui-même, il ne s'agissait pas tant d'une autorisation de prêcher ce qu'il prêchait sur la religion en général et sur la circoncision en particulier, que du témoignage de l'Église elle-même, qui était pour lui aussi indiscutable que tout autre témoignage. Il n'attend des hommes aucune confirmation de l'authenticité spirituelle de son ministère, même si ces hommes sont les apôtres eux-mêmes (v. 6). Mais les apôtres, semble-t-il, confirmèrent l'authenticité du ministère de Paul (v. 7–10).
Ici, l'apôtre nous révèle un principe très important de la vie spirituelle et du ministère spirituel : son caractère unique et irrépétable. C'est pourquoi l'évaluation du ministère d'autrui est une affaire loin d'être simple. Toute révélation est toujours irrépétable et n'est pleinement compréhensible que pour celui à qui elle est destinée. Pour en évaluer l'authenticité, il faut savoir voir la révélation d'autrui avec les yeux de celui à qui elle a été donnée, et cela est loin d'être simple. Il en va autrement lorsqu'un homme ne vit pas de sa propre révélation, mais des idées et opinions d'autrui, au sujet desquelles il lui semble qu'elles sont les siennes. Là, tout est beaucoup plus univoque. C'est pourquoi Paul évalue assez sévèrement les tentatives des chrétiens de Galatie de suivre des prédicateurs qui s'appuient non sur l'expérience de la révélation, mais sur leurs constructions humaines. Il ne faut pas empêcher l'homme de faire l'œuvre de Dieu. Mais on peut et l'on doit l'avertir lorsqu'il tente de remplacer l'œuvre de Dieu par des œuvres humaines.
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