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RÉFLEXIONS pour Lc 18:15

15 On lui présentait aussi les tout-petits pour qu’il les touchât ; ce que voyant, les disciples les rabrouaient.
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En Orient existe partout une croyance: si un prophète ou un juste touche un nourrisson, le destin de l'enfant sera heureux. Même les adultes cherchent et ont cherché à toucher les personnes connues pour leur justice; et si les parents réussissent à faire en sorte qu'une personne connue pour sa justice caresse, par exemple, la tête de leur nourrisson, ils ne peuvent rien souhaiter de plus pour leur enfant.

Manifestement, on apportait aussi les nourrissons au Sauveur pour les mêmes raisons. Les disciples, eux, pensaient sans doute qu'il s'agissait de préjugés répandus dans le peuple. En effet, les conceptions juives traditionnelles de la vie spirituelle supposent qu'elle doit être au moins en quelque mesure consciente, si bien que, par exemple, on ne peut parler d'aucune vie spirituelle à propos d'un enfant qui ne connaît pas la Torah.

Le désir des parents d'apporter les nourrissons à Jésus leur semblait absurde et dépourvu de sens: à cet âge, on ne peut de toute façon parler d'aucune vie spirituelle. Jésus lui-même, cependant, voit la situation quelque peu autrement. Il n'a évidemment pas l'intention d'enseigner quoi que ce soit aux nourrissons qu'on Lui apporte. Mais Il ne repousse pas non plus ceux qui se trouvent auprès de Lui.

Cela se comprend: si Jésus n'était qu'un maître de la Torah, fût-il le plus grand de tous, les nourrissons n'auraient rien à faire auprès de Lui. Mais Il n'est pas seulement Maître; Il est le Messie, qui a apporté le Royaume dans le monde. Le Royaume qui est toujours avec Lui et qui peut se révéler à ceux qui cherchent, s'ils Lui font confiance. Ici, il n'est pas toujours important de comprendre ce qui se passe. Parfois le souffle du Royaume agit même sur ceux qui ont les représentations les plus confuses de Dieu, du Royaume et du Messie.

Bien sûr, il ne saurait être question dans ce cas d'une vie spirituelle ou ecclésiale consciente: pour une telle vie, l'homme doit comprendre et prendre conscience de la manière dont Dieu travaille avec lui. Mais l'action du souffle du Royaume peut parfois être utile pour préparer l'homme à une vie spirituelle consciente. Elle ne sera en tout cas jamais de trop; c'est pourquoi le Sauveur ne repousse aucun de ceux qui viennent à Lui avec des intentions pures, même naïves.

Autres réflexions

 
Pour Lc 18:15
15 On lui présentait aussi les tout-petits pour qu’il les touchât ; ce que voyant, les disciples les rabrouaient.
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Nous comprenons et ressentons bien toute la gamme de nos tendres sentiments envers les enfants, et cela ne nous étonne pas que le Seigneur les aime aussi et veuille qu'on les Lui amène. Mais, en plus de cet aspect purement vital, le texte d'aujourd'hui comporte un aspect profondément philosophique. Pour le comprendre, tournons-nous vers un passage du discours de réception du prix Nobel de Joseph Brodsky...  Lire la suite

Nous comprenons et ressentons bien toute la gamme de nos tendres sentiments envers les enfants, et cela ne nous étonne pas que le Seigneur les aime aussi et veuille qu'on les Lui amène. Mais, en plus de cet aspect purement vital, le texte d'aujourd'hui comporte un aspect profondément philosophique. Pour le comprendre, tournons-nous vers un passage du discours de réception du prix Nobel de Joseph Brodsky. « Toute nouvelle réalité esthétique précise pour l'homme la réalité éthique. Car l'esthétique est la mère de l'éthique ; les notions de “bien” et de “mal” sont d'abord des notions esthétiques, qui précèdent les notions de “bien moral” et de “mal moral”. En éthique, tout n'est pas permis parce qu'en esthétique tout n'est pas permis, parce que le nombre de couleurs dans le spectre est limité. Le nourrisson sans raison qui, en pleurant, repousse l'inconnu ou, au contraire, tend les bras vers lui, fait instinctivement un choix esthétique, et non moral. Le choix esthétique est individuel, et l'expérience esthétique est toujours une expérience privée. [...] Il ne s'agit pas tant de dire que la vertu ne garantit pas le chef-d'oeuvre, que de dire que le mal [...] est toujours un mauvais styliste. Plus l'expérience esthétique d'un individu est riche, plus son goût est ferme, plus son choix souverain est net, plus il est libre, même s'il n'en est peut-être pas plus heureux ».

Il est très important pour nous de relever deux choses dans ces paroles : le nourrisson fait un choix esthétique parce qu'il ne connaît pas l'éthique, et, en un certain sens, l'éthique dépend de l'esthétique. Voilà pourquoi « le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent ». Cela nous est bien plus difficile à comprendre que les tendres sentiments envers les enfants, les nôtres comme ceux de Jésus. L'apprentissage des normes éthiques du christianisme nous coûte tant, alors que les enfants n'ont pas encore parcouru ce chemin épineux ; comment donc se retrouvent-ils devant nous ? Mais voici la réponse de Joseph Brodsky. En effet, à un niveau profond, l'esthétique précède l'éthique : au fond, c'est seulement le manque d'une esthétique véritable dans cette vie terrestre qui a rendu l'éthique nécessaire. L'éthique est inévitablement liée à notre souffrance, parce qu'elle nous interdit ce dont nous avons parfois très envie, et cela témoigne déjà de son « étiologie » terrestre. L'esthétique véritable ne porte en elle aucune souffrance et elle est un écho du Ciel. Et ce sont précisément les enfants, qui ne connaissent pas encore l'éthique, qui n'y ont tout simplement pas encore été instruits, qui conservent jusqu'à un certain temps le sens de l'esthétique véritable.

Relevons encore une pensée de Brodsky : « Le choix esthétique est individuel, et l'expérience esthétique est toujours une expérience privée ». Cela aussi nous conduit au niveau de l'enfance. Car l'éthique, au fond, ce sont les normes de l'existence au sein de la société, l'existence des adultes ; les enfants, tant que nous ne les avons pas confiés à la maternelle, et même encore quelque temps après, sont des êtres au plus haut point individuels, simplement parce qu'ils n'ont pas encore eu affaire à la société. Mais quelle richesse dans cette individualité, si seulement notre prière à Dieu pouvait être ainsi. Puis ils vous rapportent de la maternelle ou de l'école ce que disent les autres enfants, l'éducatrice, l'institutrice, et ainsi de suite ; ensuite, ils ont déjà peur de ne pas être comme tout le monde. Il y a quelque chose de cela dans notre vie en Dieu, une sorte d'esprit d'écolier : s'il est dit quand et comment lire, alors nous lisons à ce moment-là et de cette manière-là, et nous pensons que nous prions. En réalité, la prière est un travail extrêmement rude de recherche du vrai Visage de Dieu, oui, beaucoup s'en souviennent, mais aussi de notre propre vrai visage. Il ne faut pas l'oublier. Et très souvent, il s'avère qu'il faut le chercher dans sa petite enfance.

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Pour Lc 18:15
15 On lui présentait aussi les tout-petits pour qu’il les touchât ; ce que voyant, les disciples les rabrouaient.
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En Orient, une croyance est répandue partout : si un prophète ou un juste touche un nourrisson, le destin de l'enfant sera heureux. Même les adultes cherchaient et cherchent à toucher des personnes connues pour leur justice ; et si les parents parviennent à faire en sorte qu'une personne connue pour...  Lire la suite

En Orient, une croyance est répandue partout : si un prophète ou un juste touche un nourrisson, le destin de l'enfant sera heureux. Même les adultes cherchaient et cherchent à toucher des personnes connues pour leur justice ; et si les parents parviennent à faire en sorte qu'une personne connue pour sa justice caresse, par exemple, la tête de leur nourrisson, ils ne peuvent rien souhaiter de plus grand pour leur enfant.

Manifestement, c'est pour des raisons semblables qu'on apportait des nourrissons au Sauveur. Les disciples, quant à eux, pensaient semble-t-il qu'il y avait là des préjugés répandus dans le peuple. En effet, les représentations juives traditionnelles de la vie spirituelle supposent qu'elle soit au moins un tant soit peu consciente, de sorte qu'on ne peut, par exemple, parler d'aucune vie spirituelle à propos d'un enfant qui ne connaît pas la Torah.

Le désir des parents d'apporter les nourrissons à Jésus leur paraissait absurde et dépourvu de sens : à un tel âge, on ne peut de toute façon parler d'aucune vie spirituelle. Jésus Lui-même, cependant, voit cette situation autrement. Il ne se propose évidemment pas d'enseigner quoi que ce soit aux nourrissons qu'on Lui apporte. Mais Il ne repousse pas non plus ceux qui se trouvent près de Lui.

Cela se comprend : si Jésus n'était qu'un maître de la Torah, fût-il le plus grand de tous, les nourrissons n'auraient rien à faire auprès de Lui. Mais Il n'est pas seulement Maître, Il est le Messie qui a apporté le Royaume au monde. Le Royaume, qui est toujours avec Lui et qui peut se révéler à ceux qui cherchent, s'ils Lui font confiance. Et ici, il n'est pas toujours important de comprendre ce qui se passe. Parfois, le souffle du Royaume agit même sur ceux qui ont les représentations les plus vagues de Dieu, du Royaume et du Messie.

Bien sûr, il ne peut être question ici d'une vie spirituelle ou ecclésiale consciente : pour une telle vie, l'homme doit comprendre et prendre conscience de la manière dont Dieu agit avec lui. Mais l'action du souffle du Royaume peut parfois être utile du point de vue de la préparation de l'homme à une vie spirituelle consciente. En tout cas, elle ne sera jamais superflue, et c'est pourquoi le Sauveur ne repousse aucun de ceux qui viennent à Lui avec des intentions pures, même naïves.

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Pour Lc 18:9-17
9 Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, la parabole que voici :
10 « Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre publicain.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : « Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ;
12 je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. »
13 Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! »
14 Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »
15 On lui présentait aussi les tout-petits pour qu’il les touchât ; ce que voyant, les disciples les rabrouaient.
16 Mais Jésus appela à lui ces enfants, en disant : « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu.
17 En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. »
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Satan est incapable d’inventer quoi que ce soit de nouveau, car il n’y a en lui aucun principe créateur. Tout le mal du monde est...  Lire la suite

Satan est incapable d’inventer quoi que ce soit de nouveau, car il n’y a en lui aucun principe créateur. Tout le mal du monde est une parodie du bien, et la mort elle-même une parodie du sommeil. En ce sens, les paroles de l’Ecclésiaste sont tout à fait compréhensibles : ce qui a été sera, ce qui s’est fait se fera, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Il est une chose dont on dit : « Regarde, voilà du nouveau » ; mais [cela] existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés (1,9–10). Ces paroles, qui semblent contredire les données de l’expérience, deviennent compréhensibles si l’on y voit l’affirmation que tout ce qui est nouveau est une irruption de Dieu sur terre ; il en va ainsi de toutes les découvertes scientifiques, de ce qui peut être appelé nouveau au sens le plus littéral. Il en est de même du texte d’aujourd’hui : le diable en a tout simplement repris et parodié tout le sens originel dans notre vie ecclésiale. Ainsi, nous avons désormais non seulement le publicain et le pharisien, mais aussi le pseudo-publicain et le pseudo-pharisien. Les pseudo-publicains sont faciles à reconnaître. On voit souvent nos amis proches, prêts à nous confier leurs secrets les plus intimes, se mettre à se frapper la poitrine et à dire : tout est de ma faute, c’est bien fait pour moi, je suis ceci, je suis cela, je ne vaux rien. C’est soit de l’hystérie, soit de la pose ; dans les deux cas, nous avons devant nous un pseudo-publicain. Avec les pseudo-pharisiens, c’est plus compliqué. D’un côté, ce sont des gens assez intelligents pour discerner les pseudo-publicains ; ils décident donc qu’il suffit de renverser la parabole évangélique : si le pseudo-publicain est mauvais, le pseudo-pharisien est bon. Bien sûr, ils n’ajoutent pas le préfixe « pseudo- » ; ils l’oublient en quelque sorte. Mais regardons le canon sur la parabole du publicain et du pharisien, au cinquième ton, et nous y trouverons ces paroles : « Efforçons-nous d’imiter les vertus du pharisien et de rivaliser avec l’humilité du publicain, détestant chez l’un et l’autre ce qui est déplacé : l’opinion inconvenante de soi et la ruine des chutes dans le péché » (efforçons-nous d’imiter la vertu du pharisien et l’humilité du publicain, en détestant chez chacun des deux quelque chose de différent : l’exaltation de soi inconvenante, ou absurde, et le caractère funeste des péchés). Ces paroles sont remarquables. Mais si nous considérons l’ensemble du canon, c’est presque le seul endroit où l’on dit du bien du pharisien — il faut tout de même l’imiter en quelque chose. Un tel déséquilibre engendre bien sûr un déséquilibre dans les esprits : chez les uns, dans le même sens ; chez les autres, dans le sens opposé. Et la vérité, comme toujours, est au milieu. Il convient donc de toujours bien garder en mémoire cette prière : voyons ce qu’il y a de bon en chacun et imitons-le.

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Pour Lc 18:1-17
1 Et il leur disait une parabole sur ce qu’il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager.
2 « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et n’avait de considération pour personne.
3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait le trouver, en disant : « Rends-moi justice contre mon adversaire ! »
4 Il s’y refusa longtemps. Après quoi il se dit : « J’ai beau ne pas craindre Dieu et n’avoir de considération pour personne,
5 néanmoins, comme cette veuve m’importune, je vais lui rendre justice, pour qu’elle ne vienne pas sans fin me rompre la tête ». »
6 Et le Seigneur dit : « Écoutez ce que dit ce juge inique.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, tandis qu’il patiente à leur sujet !
8 Je vous dis qu’il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
9 Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, la parabole que voici :
10 « Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre publicain.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : « Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ;
12 je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. »
13 Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! »
14 Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »
15 On lui présentait aussi les tout-petits pour qu’il les touchât ; ce que voyant, les disciples les rabrouaient.
16 Mais Jésus appela à lui ces enfants, en disant : « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu.
17 En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. »
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La lecture d'aujourd'hui nous ramène au thème du Royaume et du repentir. Elle a pour centre la parabole du...  Lire la suite

La lecture d'aujourd'hui nous ramène au thème du Royaume et du repentir. Elle a pour centre la parabole du publicain et du pharisien (v. 9–14). On en rattache généralement le sens soit à la condamnation d'un certain type de religiosité, soit à celle du sentiment d'être juste par soi-même, cet orgueil religieux particulier qui pousse souvent les personnes religieuses à regarder de haut celles qui ne le sont pas, sinon ouvertement, du moins au fond d'elles-mêmes.

Pourtant, Jésus ne condamne nullement sans réserve le pharisien en prière. Il dit simplement que, devant Dieu, le publicain repentant est tout de même davantage dans le juste que le pharisien qui énumère ses mérites (v. 14). Le pharisien ne semble pas mauvais en lui-même devant Dieu ; c'est plutôt son attitude qui est mauvaise, et peut-être moins envers Dieu qu'envers le publicain qu'il condamne (v. 11). En fait, comme toute personne religieuse, le pharisien faisait bien des choses utiles sur le plan spirituel, et il ne viendrait naturellement à l'esprit de personne de le condamner, par exemple, pour sa stricte observance des commandements. Son problème est ailleurs : comme tant de personnes sincèrement religieuses, il fait de sa religiosité un absolu, commence à y voir le seul chemin vers Dieu et la considère comme le fondement de la vie spirituelle.

Mais la religiosité n'est qu'un état de l'âme, et un état passager, comme tout état de l'âme. La vie spirituelle, elle, n'est pas un état, mais une relation, toujours éminemment concrète et qui ne dépend pas nécessairement des qualités intérieures de la personne. Or il s'est avéré que le pharisien profondément religieux exposait devant Dieu sa religiosité, tandis que le publicain lui demandait pardon, comprenant qu'il avait péché, et très gravement. Bien sûr, il est plus facile à celui qui, comme le pharisien, observe les commandements d'établir une relation avec Dieu qu'à celui qui les transgresse. Mais pour cela, il faut établir cette relation, et non se louer devant Dieu d'avoir observé les commandements. Le pharisien semble bien le faire, puisqu'il remercie Dieu (v. 11). Mais si son attention était réellement tournée vers Dieu, il ne se mettrait guère à se comparer à celui qui se tient à côté de lui : la relation avec Dieu absorbe généralement la personne tout entière, et elle n'a plus le loisir de se comparer à son voisin.

Le publicain n'avait rien à montrer à Dieu ; il ne pouvait que lui demander pardon. Paradoxalement, sa relation avec Dieu s'est révélée plus réelle et plus profonde que celle du pharisien. Certes, établir une relation vivante avec Dieu n'est pas toujours facile. Mais si la persistance d'une demande oblige même les hommes à écouter, y compris ceux qui « ne craignent pas Dieu et n'ont aucun égard pour les hommes », comme le juge injuste de la parabole (v. 1–5), alors chacun pourra certainement « se faire entendre » de Dieu s'il fait preuve d'assez de persévérance. Et lorsque cette relation deviendra une réalité, le Royaume deviendra lui aussi une réalité, donnant à l'homme cette plénitude de vie qu'aucune religion ne peut lui donner.

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Pour Lc 18:1-17
1 Et il leur disait une parabole sur ce qu’il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager.
2 « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et n’avait de considération pour personne.
3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait le trouver, en disant : « Rends-moi justice contre mon adversaire ! »
4 Il s’y refusa longtemps. Après quoi il se dit : « J’ai beau ne pas craindre Dieu et n’avoir de considération pour personne,
5 néanmoins, comme cette veuve m’importune, je vais lui rendre justice, pour qu’elle ne vienne pas sans fin me rompre la tête ». »
6 Et le Seigneur dit : « Écoutez ce que dit ce juge inique.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, tandis qu’il patiente à leur sujet !
8 Je vous dis qu’il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
9 Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, la parabole que voici :
10 « Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre publicain.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : « Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ;
12 je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. »
13 Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! »
14 Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »
15 On lui présentait aussi les tout-petits pour qu’il les touchât ; ce que voyant, les disciples les rabrouaient.
16 Mais Jésus appela à lui ces enfants, en disant : « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu.
17 En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. »
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Quand nous disons que Dieu n'est pas comme nous, cela ne veut pas seulement dire qu'Il est meilleur, plus fort, plus sage que nous. Cela veut dire que...  Lire la suite

Quand nous disons que Dieu n'est pas comme nous, cela ne veut pas seulement dire qu'Il est meilleur, plus fort, plus sage que nous. Cela veut dire qu'Il voit le monde autrement que nous. Lorsque se trouvent devant nous en même temps une personne pieuse, honnête et convenable, et un riche collecteur d'impôts, qui a sur la conscience bien des larmes et des malheurs, nos sympathies se portent spontanément non du côté du «nouveau riche». C'est précisément sur cette réaction que repose le récit du pharisien et du publicain: Dieu voit autrement, Il a d'autres idées sur la foi. Si l'un dit: «Merci, tout va bien pour moi», et l'autre: «Aie pitié de moi», le point décisif n'est ni la piété, ni l'observance du jeûne ou d'autres prescriptions. Simplement, l'un a besoin de louange, et l'autre d'amour. Dieu voit le cœur de chacun; quant à nous, c'est déjà bien si nous voyons le nôtre.

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Pour Lc 18:1-17
1 Et il leur disait une parabole sur ce qu’il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager.
2 « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et n’avait de considération pour personne.
3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait le trouver, en disant : « Rends-moi justice contre mon adversaire ! »
4 Il s’y refusa longtemps. Après quoi il se dit : « J’ai beau ne pas craindre Dieu et n’avoir de considération pour personne,
5 néanmoins, comme cette veuve m’importune, je vais lui rendre justice, pour qu’elle ne vienne pas sans fin me rompre la tête ». »
6 Et le Seigneur dit : « Écoutez ce que dit ce juge inique.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, tandis qu’il patiente à leur sujet !
8 Je vous dis qu’il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
9 Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, la parabole que voici :
10 « Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre publicain.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : « Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ;
12 je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. »
13 Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! »
14 Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »
15 On lui présentait aussi les tout-petits pour qu’il les touchât ; ce que voyant, les disciples les rabrouaient.
16 Mais Jésus appela à lui ces enfants, en disant : « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu.
17 En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. »
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En quel sens Jésus nous appelle-t-Il à être « comme des enfants » ? En quoi la perception du monde propre à l'enfant diffère-t-elle tellement de la nôtre ? On peut trouver une indication de la réponse dans la parabole du publicain et du pharisien. Il semblerait que le pharisien dise sur lui-même l'entière vérité. Il était peu probable qu'il fût hypocrite lorsqu'il...  Lire la suite

En quel sens Jésus nous appelle-t-Il à être « comme des enfants » ? En quoi la perception du monde propre à l'enfant diffère-t-elle tellement de la nôtre ? On peut trouver une indication de la réponse dans la parabole du publicain et du pharisien. Il semblerait que le pharisien dise sur lui-même l'entière vérité. Il était peu probable qu'il fût hypocrite lorsqu'il remerciait Dieu de ne pas être comme le publicain qui se tenait à côté de lui. Aucun pharisien ne se serait jamais permis de commettre sciemment un péché. Il y avait bien sûr des exceptions, mais dans l'ensemble les pharisiens, gens profondément et sincèrement religieux, cherchaient réellement à éviter tout péché.

Or devenir publicain, percepteur d'impôts, et collaborer avec le pouvoir romain constituait aux yeux des pharisiens un péché manifeste. Et le publicain lui-même, il faut le remarquer, n'en doute absolument pas : il demande seulement à Dieu de lui pardonner les péchés qu'il a commis, sans même essayer de se justifier. Il comprend aussi bien que le pharisien qui se tient à côté de lui qu'en dehors de ses péchés, il n'a rien à présenter à Dieu. Le pharisien est dans une autre situation : il a quelque chose à dire à Dieu et quelque chose dont Le remercier. En effet, quelle personne religieuse ne remercie pas Dieu pour la vie qu'Il lui a donnée ? Du moins tant que cette vie se déroule plus ou moins régulièrement, sans crises particulières ni effondrements spirituels.

Le problème n'est pas ici de savoir avec quoi chacun est venu devant Dieu. Le problème est de savoir qui le pharisien regarde et qui le publicain regarde. Le pharisien se regarde lui-même. Il énumère ses mérites devant Dieu et s'admire. C'est comme s'il disait à Dieu : regarde comme Tu m'as bien réussi ! Merci, Seigneur, de m'avoir fait si bon. Et même une telle gratitude n'aurait rien de mauvais, à ceci près que le pharisien n'a pas le temps de communiquer avec Dieu. Il est occupé à se mettre en scène. Il se présente lui-même à son Dieu.

Mais Dieu veut une communication simple et ordinaire. Il connaît déjà chacun, Il sait que le pharisien a réussi sa vie religieuse. Ce qui Lui importe, c'est qu'il réussisse tout autant sa vie spirituelle. Et pour cela, la personne doit regarder non pas elle-même, mais Dieu, même si elle est très religieuse, et peut-être surtout si elle l'est. On ne peut vivre d'une vie spirituelle qu'en gardant les yeux fixés sur Dieu. Comme le publicain. Il se repent de ses péchés sans détacher son regard de Dieu. C'est cela l'essentiel. Dieu fera le reste. Il n'existe pour Lui aucun péché insurmontable. Et c'est ici que les enfants ont plus de facilité que les adultes.

Jusqu'à un certain âge, ils ne prêtent généralement presque aucune attention à eux-mêmes ni à l'apparence qu'ils ont aux yeux des autres. Ils ne sont pas centrés sur eux-mêmes. Même si un enfant est nettement introverti, il ne se regarde pas. Il vit simplement dans son monde intérieur et regarde ce monde intérieur, non lui-même. Ce détachement de soi est la condition la plus importante d'une vie spirituelle pleine. Autrement, il est impossible de garder les yeux fixés sur Dieu, et un tel regard est une condition nécessaire du salut. Nécessaire et, dans l'ensemble, suffisante, car rien n'est impossible à l'amour de Dieu.

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