La question posée par le roi s'est révélée, semble-t-il, loin d'être simple, et les réponses sont inattendues: l'un est certain qu'il n'y a rien de plus fort que le vin, l'autre est convaincu de la force du pouvoir que possède le roi. La troisième réponse est la plus intéressante: l'homme qui la donne place d'abord au premier rang la force du charme féminin, puis, comme s'il se corrigeait lui-même, parle de la vérité. Que se cache-t-il derrière ces réponses?
Celui qui parle de la force du vin ne doit pas nécessairement être un ivrogne. Il a sans doute simplement vu plus d'une fois comment le vin rendait faibles des hommes forts, les privant non seulement de leurs forces physiques, mais aussi de cette force de volonté sans laquelle l'homme n'est plus lui-même.
Le deuxième, au contraire, affirme la supériorité de la volonté sur tout ce qui la relâche. Il est convaincu que le pouvoir du roi est plus fort que le pouvoir du vin: car le roi (et les rois perses étaient instruits dès l'enfance à la retenue en tout ce qui concerne les plaisirs et à la maîtrise de soi) est capable de résister à ses propres convoitises; il trouve en lui la force de lutter contre tout ce qui pourrait l'empêcher de prendre une décision et de donner les ordres qu'il juge nécessaires. Il y a là un regard nettement plus profond sur les choses: le pouvoir de la volonté sur l'élan déchaîné vers les plaisirs n'est autre que le pouvoir de l'esprit sur le corps.
Cependant, le pouvoir de l'esprit humain n'est pas absolu lui non plus. Le troisième des répondants a dû rencontrer plus d'une fois le fait qu'un homme indubitablement volontaire et résolu cède parfois à la flatterie obséquieuse, à l'adulation, et surtout à la tendresse féminine. Tout cela relâche non plus le corps, mais l'âme et la volonté, touchant l'homme non du côté physique, mais du côté spirituel. C'est pourquoi il est si difficile de résister à une fausse tendresse féminine derrière laquelle se cache si souvent la ruse.
Il existe quelque chose de plus fort que la flatterie et que les tendresses féminines feintes: la vérité, ou plutôt la fidélité à la vérité. Le troisième répondant, à en juger par sa réponse, le sait. Dans sa réponse, il ne révèle pas de quelle vérité il s'agit. Pour lui, la vérité n'est pas un savoir abstrait, mais quelque chose de très concret, concret au point que sa connaissance libère l'âme de tout autre pouvoir.
Pour l'homme croyant, cette réalité est Dieu, le commandement de Dieu, le chemin de la justice, et finalement le Royaume qui, à la fin des temps, vient dans le monde. L'homme qui s'est donné à Dieu se trouve réellement libre de tout autre pouvoir, sauf d'un seul: le pouvoir de cette Vérité vivante qui s'est ouverte à lui.
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