L'État a toujours été assez dur envers les gens ordinaires. Il l'a été d'autant plus envers ceux qu'il considérait comme ses ennemis. Rien d'étonnant à cela: tout État est une machine, un mécanisme qui ne peut fonctionner que d'une manière déterminée, sans tenir compte de ceux qui se trouvent sur son chemin.
À cet égard, l'État est l'exemple le plus typique de l'état déchu du monde dans lequel nous vivons: il est créé par des personnes qui renoncent à la liberté d'être les unes pour les autres des prochains et, pour elles-mêmes, l'image de Dieu. Elles le créent, semble-t-il, pour leur commodité et leur sécurité; mais, en résultat, elles obtiennent une machine impitoyable, prête à avaler quiconque ne s'intègre pas à son fonctionnement. Et on ne peut rien faire avec cette machine; on peut seulement la briser pour en créer ensuite une nouvelle à sa place, qui ne sera en rien meilleure que la précédente. Ce n'est pas par hasard que les premiers prophètes se sont si fortement opposés à la création d'un État, et qu'ils n'ont consenti à l'élection d'un roi que lorsqu'ils se sont convaincus qu'il n'y avait pas d'autre issue.
Et pourtant, il arrive que le fonctionnement régulier de la machine étatique soit perturbé. Parfois, dans les tournants brusques de l'histoire, elle s'emballe tout simplement: de tels événements débouchent sur des cataclysmes sociaux et des révolutions, qui d'ordinaire ne convainquent en rien les détenteurs du pouvoir. La violence ne convainc pas; par la force, on peut contraindre une personne à agir contre sa volonté et même contre sa conscience, mais il est difficile de convaincre par la violence.
Ce qui convainc est autre chose: la disposition d'une personne à agir contre la logique que suppose la soumission à la machine étatique. Et si ces personnes sont nombreuses, leur position devient encore plus convaincante. Alors quiconque se trouve à ce moment au pouvoir est placé devant un choix: prêter attention à ceux qui ont osé défier la machine qu'il dirige, ou les ignorer.
Parfois, un tel choix peut déterminer le destin spirituel d'une personne et son chemin devant Dieu. Pour celui qui se trouve à l'intérieur de la machine étatique, il est parfois réellement difficile de voir la situation de l'extérieur. Mais lorsqu'il voit des personnes défier la machine qu'il dirige, et un défi orienté non pas vers la destruction de cette machine mais vers son arrêt, il ne peut pas ne pas se demander s'il doit continuer d'avancer ou s'arrêter.
Continuer le mouvement dans ce cas n'est possible qu'en devenant un véritable meurtrier, indubitable et intentionnel. Heureusement, tout le monde n'en est pas capable, même parmi ceux que la machine étatique a déjà sérieusement entraînés et habitués à sa logique impitoyable. Et si, au moment critique, une personne prend la décision de s'arrêter, cette décision lui donne une chance de salut.
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