1 Bel s’est courbé, Nebo s’effondre. Leurs idoles sont confiées aux animaux et aux bêtes de somme, ces charges que vous souleviez, c’est un fardeau pour la bête fourbue. |
2 Elles se sont effondrées, courbées toutes ensemble, on ne peut sauver ce fardeau, elles sont allées elles-mêmes en captivité. |
3 Écoutez-moi, maison de Jacob, tout ce qui reste de la maison d’Israël, vous que j’ai portés dès votre naissance, soulevés depuis le berceau. |
4 Jusqu’à la vieillesse je reste le même, jusqu’aux cheveux blancs je vous porterai : moi, je l’ai déjà fait, moi je vous soulèverai, moi, je vous porterai et je vous sauverai. |
5 À qui voulez-vous m’assimiler et m’identifier, à qui me comparer, à qui suis-je semblable ? |
6 Certains déversent l’or de leur bourse, et pèsent l’argent à la balance, ils embauchent un orfèvre pour faire un dieu, ils s’inclinent et ils adorent. |
7 Ils le mettent sur l’épaule et l’emportent, ils le déposent à sa place pour qu’il s’y tienne, pour qu’il n’en bouge pas. On a beau l’invoquer, il ne répond pas, de la détresse il ne sauve pas. |
8 Souvenez-vous-en et soyez des hommes, révoltés, rentrez en vous-mêmes. |
9 Souvenez-vous des choses passées depuis longtemps, car je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre, Dieu, et personne n’est semblable à moi. |
10 J’annonce dès l’origine ce qui doit arriver, d’avance, ce qui n’est pas encore accompli, je dis : Mon projet se réalisera, j’accomplirai ce qui me plaît ; |
11 j’appelle depuis l’Orient un rapace, d’un pays lointain l’homme que j’ai prédestiné. Ce que j’ai dit, je l’exécute, mon dessein, je l’accomplis. |
12 Écoutez-moi, hommes au cœur dur, vous qui êtes loin de la justice, |
13 j’ai fait venir ma justice, elle n’est pas loin, mon salut ne tardera pas. Je mettrai en Sion le salut, je donnerai à Israël ma gloire. |
1 Descends, assieds-toi dans la poussière, Vierge, fille de Babylone, assieds-toi à terre, sans trône, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera douce et exquise. |
2 Prends la meule et broie la farine ; dénoue ton voile, relève ta robe, découvre tes jambes, traverse les rivières. |
3 Que paraisse ta nudité et que ta honte soit visible ; j’exécute ma vengeance et personne ne s’y opposera. |
4 Notre rédempteur, Yahvé Sabaot est son nom, le Saint d’Israël, a dit : |
5 Assieds-toi en silence, enfonce-toi dans l’ombre, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera souveraine des royaumes. |
6 J’étais irrité contre mon peuple, j’avais rejeté mon héritage, je l’avais livré entre tes mains. Tu les as traités sans pitié, sur le vieillard tu as fait durement peser ton joug. |
7 Tu as dit : « À jamais je serai souveraine éternelle », tu n’as pas réfléchi à cela dans ton cœur, tu n’as pas songé à l’avenir. |
8 Maintenant écoute ceci, voluptueuse ! toi qui es assise en sécurité et qui dis dans ton cœur : « Moi, sans égale, je ne resterai pas veuve, je ne connaîtrai pas la privation d’enfants ! » |
9 Eh bien, ces deux malheurs fondront sur toi, soudainement, en un jour, privation d’enfants et veuvage, tout à coup ils fondront sur toi, en dépit de tous tes sortilèges, de la puissance de tes incantations. |
10 Tu as eu confiance dans ta méchanceté, tu as dit : « Personne ne me voit. » C’est ta sagesse et ta science qui t’ont pervertie, et tu as dit dans ton cœur : « Moi, sans égale. » |
11 Un malheur fondra sur toi, tu ne sauras comment le conjurer ; un désastre fondra sur toi, tu ne pourras t’en préserver ; soudain fondra sur toi une calamité que tu ne connaîtras pas. |
12 Reste donc avec tes incantations et tous tes sortilèges dans lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse. Peut-être pourras-tu en tirer profit, peut-être sauras-tu faire trembler. |
13 Tu t’es épuisée à force de consultations, qu’ils se présentent donc et te sauvent ceux qui détaillent le ciel, qui observent les étoiles, qui annoncent chaque mois ce qui va fondre sur toi. |
14 Voici qu’ils sont comme fétus de paille, le feu les brûlera, ils ne sauveront pas leur vie de l’étreinte de la flamme ; et ce ne sera pas une braise pour se chauffer, un foyer pour s’y asseoir ! |
15 Ainsi auront été pour toi tes devins, pour lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse : ils ont erré, chacun devant soi, et pas un ne t’a sauvée. |
Les dieux païens sont tombés ; ceux qui espèrent en eux ne peuvent tenir. Le prophète peint des tableaux de l’humiliation de Babylone, et nous ne sommes pas surpris que les païens qui s’opposaient au Seigneur aient subi les conséquences de leur opposition.
Mais Babylone ne plaçait pas seulement son espérance dans le culte et les sacrifices offerts à ses dieux ; les pratiques occultes et magiques occupaient une grande place dans la conscience de ses habitants. Des siècles ont passé, les noms de la plupart des dieux babyloniens sont devenus le domaine des historiens, tandis que la magie, y compris sous les formes nées à Babylone, existe toujours et reste populaire.
Qu’est-ce donc que cela signifie ? Babylone païenne, vaincue il y a bien des siècles, serait-elle encore vivante aujourd’hui ? Non, elle est toujours en ruines, ses croyances sont elles aussi en ruines et ne se relèveront jamais. Les vestiges des conceptions magiques babyloniennes et autres qui semblent avoir survécu, même si l’on est tenté de dire que leurs adeptes ont perdu la raison, sont eux aussi condamnés et impuissants devant le Seigneur. Il n’est pas exagéré de dire que, dans la perspective ouverte par la Bible, ils ont déjà subi la défaite, comme l’ont subie de nombreuses formes de paganisme.
1 Bel s’est courbé, Nebo s’effondre. Leurs idoles sont confiées aux animaux et aux bêtes de somme, ces charges que vous souleviez, c’est un fardeau pour la bête fourbue. |
2 Elles se sont effondrées, courbées toutes ensemble, on ne peut sauver ce fardeau, elles sont allées elles-mêmes en captivité. |
3 Écoutez-moi, maison de Jacob, tout ce qui reste de la maison d’Israël, vous que j’ai portés dès votre naissance, soulevés depuis le berceau. |
4 Jusqu’à la vieillesse je reste le même, jusqu’aux cheveux blancs je vous porterai : moi, je l’ai déjà fait, moi je vous soulèverai, moi, je vous porterai et je vous sauverai. |
5 À qui voulez-vous m’assimiler et m’identifier, à qui me comparer, à qui suis-je semblable ? |
6 Certains déversent l’or de leur bourse, et pèsent l’argent à la balance, ils embauchent un orfèvre pour faire un dieu, ils s’inclinent et ils adorent. |
7 Ils le mettent sur l’épaule et l’emportent, ils le déposent à sa place pour qu’il s’y tienne, pour qu’il n’en bouge pas. On a beau l’invoquer, il ne répond pas, de la détresse il ne sauve pas. |
8 Souvenez-vous-en et soyez des hommes, révoltés, rentrez en vous-mêmes. |
9 Souvenez-vous des choses passées depuis longtemps, car je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre, Dieu, et personne n’est semblable à moi. |
10 J’annonce dès l’origine ce qui doit arriver, d’avance, ce qui n’est pas encore accompli, je dis : Mon projet se réalisera, j’accomplirai ce qui me plaît ; |
11 j’appelle depuis l’Orient un rapace, d’un pays lointain l’homme que j’ai prédestiné. Ce que j’ai dit, je l’exécute, mon dessein, je l’accomplis. |
12 Écoutez-moi, hommes au cœur dur, vous qui êtes loin de la justice, |
13 j’ai fait venir ma justice, elle n’est pas loin, mon salut ne tardera pas. Je mettrai en Sion le salut, je donnerai à Israël ma gloire. |
1 Descends, assieds-toi dans la poussière, Vierge, fille de Babylone, assieds-toi à terre, sans trône, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera douce et exquise. |
2 Prends la meule et broie la farine ; dénoue ton voile, relève ta robe, découvre tes jambes, traverse les rivières. |
3 Que paraisse ta nudité et que ta honte soit visible ; j’exécute ma vengeance et personne ne s’y opposera. |
4 Notre rédempteur, Yahvé Sabaot est son nom, le Saint d’Israël, a dit : |
5 Assieds-toi en silence, enfonce-toi dans l’ombre, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera souveraine des royaumes. |
6 J’étais irrité contre mon peuple, j’avais rejeté mon héritage, je l’avais livré entre tes mains. Tu les as traités sans pitié, sur le vieillard tu as fait durement peser ton joug. |
7 Tu as dit : « À jamais je serai souveraine éternelle », tu n’as pas réfléchi à cela dans ton cœur, tu n’as pas songé à l’avenir. |
8 Maintenant écoute ceci, voluptueuse ! toi qui es assise en sécurité et qui dis dans ton cœur : « Moi, sans égale, je ne resterai pas veuve, je ne connaîtrai pas la privation d’enfants ! » |
9 Eh bien, ces deux malheurs fondront sur toi, soudainement, en un jour, privation d’enfants et veuvage, tout à coup ils fondront sur toi, en dépit de tous tes sortilèges, de la puissance de tes incantations. |
10 Tu as eu confiance dans ta méchanceté, tu as dit : « Personne ne me voit. » C’est ta sagesse et ta science qui t’ont pervertie, et tu as dit dans ton cœur : « Moi, sans égale. » |
11 Un malheur fondra sur toi, tu ne sauras comment le conjurer ; un désastre fondra sur toi, tu ne pourras t’en préserver ; soudain fondra sur toi une calamité que tu ne connaîtras pas. |
12 Reste donc avec tes incantations et tous tes sortilèges dans lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse. Peut-être pourras-tu en tirer profit, peut-être sauras-tu faire trembler. |
13 Tu t’es épuisée à force de consultations, qu’ils se présentent donc et te sauvent ceux qui détaillent le ciel, qui observent les étoiles, qui annoncent chaque mois ce qui va fondre sur toi. |
14 Voici qu’ils sont comme fétus de paille, le feu les brûlera, ils ne sauveront pas leur vie de l’étreinte de la flamme ; et ce ne sera pas une braise pour se chauffer, un foyer pour s’y asseoir ! |
15 Ainsi auront été pour toi tes devins, pour lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse : ils ont erré, chacun devant soi, et pas un ne t’a sauvée. |
Nous nous tournons souvent vers Dieu pour Lui demander aide et soutien, ou pour Le remercier de tel ou tel événement. Mais nous oublions alors fréquemment que Son dessein sur nous (Son « conseil », dans le langage de la Bible) s'étend à absolument chaque instant de notre vie, du commencement jusqu'à la fin.
Le prophète dit que Dieu a porté Israël « dès le sein maternel ». De même, Il est présent à chaque événement de la vie d'une personne, depuis sa conception jusqu'au plein accomplissement du dessein de Dieu sur elle.
Dieu est proche même lorsque nous ne pensons pas à Sa présence ; Il Se souvient de nous lorsque nous ne nous souvenons pas de Lui. Il accomplit Son dessein même lorsque nous résistons à Sa volonté. C'est là que réside l'une des révélations les plus étonnantes de la prédication prophétique : Dieu est absolument incompréhensible et transcendant, mais Il est aussi Celui qui est le plus proche de notre cœur ; Il nous connaît bien plus profondément que nous ne nous connaissons nous-mêmes...
1 Descends, assieds-toi dans la poussière, Vierge, fille de Babylone, assieds-toi à terre, sans trône, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera douce et exquise. |
2 Prends la meule et broie la farine ; dénoue ton voile, relève ta robe, découvre tes jambes, traverse les rivières. |
3 Que paraisse ta nudité et que ta honte soit visible ; j’exécute ma vengeance et personne ne s’y opposera. |
4 Notre rédempteur, Yahvé Sabaot est son nom, le Saint d’Israël, a dit : |
5 Assieds-toi en silence, enfonce-toi dans l’ombre, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera souveraine des royaumes. |
6 J’étais irrité contre mon peuple, j’avais rejeté mon héritage, je l’avais livré entre tes mains. Tu les as traités sans pitié, sur le vieillard tu as fait durement peser ton joug. |
7 Tu as dit : « À jamais je serai souveraine éternelle », tu n’as pas réfléchi à cela dans ton cœur, tu n’as pas songé à l’avenir. |
8 Maintenant écoute ceci, voluptueuse ! toi qui es assise en sécurité et qui dis dans ton cœur : « Moi, sans égale, je ne resterai pas veuve, je ne connaîtrai pas la privation d’enfants ! » |
9 Eh bien, ces deux malheurs fondront sur toi, soudainement, en un jour, privation d’enfants et veuvage, tout à coup ils fondront sur toi, en dépit de tous tes sortilèges, de la puissance de tes incantations. |
10 Tu as eu confiance dans ta méchanceté, tu as dit : « Personne ne me voit. » C’est ta sagesse et ta science qui t’ont pervertie, et tu as dit dans ton cœur : « Moi, sans égale. » |
11 Un malheur fondra sur toi, tu ne sauras comment le conjurer ; un désastre fondra sur toi, tu ne pourras t’en préserver ; soudain fondra sur toi une calamité que tu ne connaîtras pas. |
12 Reste donc avec tes incantations et tous tes sortilèges dans lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse. Peut-être pourras-tu en tirer profit, peut-être sauras-tu faire trembler. |
13 Tu t’es épuisée à force de consultations, qu’ils se présentent donc et te sauvent ceux qui détaillent le ciel, qui observent les étoiles, qui annoncent chaque mois ce qui va fondre sur toi. |
14 Voici qu’ils sont comme fétus de paille, le feu les brûlera, ils ne sauveront pas leur vie de l’étreinte de la flamme ; et ce ne sera pas une braise pour se chauffer, un foyer pour s’y asseoir ! |
15 Ainsi auront été pour toi tes devins, pour lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse : ils ont erré, chacun devant soi, et pas un ne t’a sauvée. |
Outre l'histoire du peuple élu de Dieu, la Bible évoque aussi le destin d'autres peuples, dont aucun (à l'exception des Juifs eux-mêmes) n'est parvenu jusqu'à nos jours. L'un après l'autre, ils ont été contraints de « s'en aller dans les ténèbres », comme la « fille des Chaldéens », le royaume de Babylone dont nous lisons aujourd'hui l'histoire.
Le prophète voit que, derrière les causes politiques et économiques de la chute des royaumes et des peuples, se trouvent des causes spirituelles. Ce sont les mêmes que pour les individus : l'ignorance de Dieu, l'orgueil national, le manque de miséricorde, l'agression extérieure et l'attrait pour les religions occultes. En conséquence, Babylone se retrouve nue, affamée et transie de froid, incapable de continuer à exister.
Cette approche peut aussi nous montrer ce qu'est un patriotisme sain et ce qui conduit notre pays et notre peuple vers le destin de Babylone : les pages des revues archéologiques de l'avenir.
1 Descends, assieds-toi dans la poussière, Vierge, fille de Babylone, assieds-toi à terre, sans trône, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera douce et exquise. |
2 Prends la meule et broie la farine ; dénoue ton voile, relève ta robe, découvre tes jambes, traverse les rivières. |
3 Que paraisse ta nudité et que ta honte soit visible ; j’exécute ma vengeance et personne ne s’y opposera. |
4 Notre rédempteur, Yahvé Sabaot est son nom, le Saint d’Israël, a dit : |
5 Assieds-toi en silence, enfonce-toi dans l’ombre, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera souveraine des royaumes. |
6 J’étais irrité contre mon peuple, j’avais rejeté mon héritage, je l’avais livré entre tes mains. Tu les as traités sans pitié, sur le vieillard tu as fait durement peser ton joug. |
7 Tu as dit : « À jamais je serai souveraine éternelle », tu n’as pas réfléchi à cela dans ton cœur, tu n’as pas songé à l’avenir. |
8 Maintenant écoute ceci, voluptueuse ! toi qui es assise en sécurité et qui dis dans ton cœur : « Moi, sans égale, je ne resterai pas veuve, je ne connaîtrai pas la privation d’enfants ! » |
9 Eh bien, ces deux malheurs fondront sur toi, soudainement, en un jour, privation d’enfants et veuvage, tout à coup ils fondront sur toi, en dépit de tous tes sortilèges, de la puissance de tes incantations. |
10 Tu as eu confiance dans ta méchanceté, tu as dit : « Personne ne me voit. » C’est ta sagesse et ta science qui t’ont pervertie, et tu as dit dans ton cœur : « Moi, sans égale. » |
11 Un malheur fondra sur toi, tu ne sauras comment le conjurer ; un désastre fondra sur toi, tu ne pourras t’en préserver ; soudain fondra sur toi une calamité que tu ne connaîtras pas. |
12 Reste donc avec tes incantations et tous tes sortilèges dans lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse. Peut-être pourras-tu en tirer profit, peut-être sauras-tu faire trembler. |
13 Tu t’es épuisée à force de consultations, qu’ils se présentent donc et te sauvent ceux qui détaillent le ciel, qui observent les étoiles, qui annoncent chaque mois ce qui va fondre sur toi. |
14 Voici qu’ils sont comme fétus de paille, le feu les brûlera, ils ne sauveront pas leur vie de l’étreinte de la flamme ; et ce ne sera pas une braise pour se chauffer, un foyer pour s’y asseoir ! |
15 Ainsi auront été pour toi tes devins, pour lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse : ils ont erré, chacun devant soi, et pas un ne t’a sauvée. |
L'image de Babylone en train de périr était très actuelle à la fin de l'époque de l'exil. En effet, la chute de la Babylonie et de sa capitale fut inattendue et très impressionnante. Elle fut d'autant plus inattendue que Babylone était une forteresse de premier ordre, préparée à un long siège. Les historiens discutent encore des raisons de la fin si rapide de cette ville, en supposant une trahison dans les rangs de ses défenseurs. Mais, dans la période postexilique, Babylone devint le symbole de la lutte contre Dieu, et c'est précisément dans ce sens qu'elle apparaît aussi bien dans les prophéties d'Isaïe de Babylone que dans les livres du Nouveau Testament, en particulier dans le livre de l'Apocalypse.
Bien sûr, la captivité babylonienne contribua beaucoup à cette réinterprétation de l'image de Babylone. Mais il ne s'agit pas seulement d'elle. Il s'agit de l'esprit impérial qui traversait la vie du royaume néo-babylonien. Et de l'esprit de la civilisation moderne comme telle. Bien sûr, il nous est difficile aujourd'hui de considérer la civilisation babylonienne comme moderne ; pour nous, c'est l'Antiquité. Mais elle portait déjà en elle cet esprit d'affirmation de soi qui est propre à toutes les civilisations, anciennes comme nouvelles. Et il ne s'agit même pas ici de la conscience de la puissance technique ni du sentiment de sécurité, mais du sentiment d'autosuffisance. L'homme imprégné de l'esprit de la civilisation est convaincu qu'il est protégé des imprévus et qu'il maîtrise la situation.
Bien sûr, toute technologie peut, en tout temps, connaître une panne ; mais cette panne est perçue comme une anomalie, comme une situation extraordinaire qu'on peut et qu'on doit liquider, éliminer et, autant que possible, empêcher à l'avenir. L'homme de la civilisation n'éprouve habituellement pas sa dépendance envers les puissances supérieures. Et si cette expérience apparaît, cela signifie que l'homme a cessé d'être porteur de son esprit. C'est précisément pour cette raison, et non à cause de la perversité ou de la malveillance des technologies en elles-mêmes, que toutes les grandes civilisations sont condamnées. Dieu n'abandonne pas l'homme, et tôt ou tard vient inévitablement le moment où cet homme se lasse de la civilisation.
Depuis assez longtemps déjà, les historiens ont remarqué le phénomène d'une sorte de fatigue des civilisations, fatigue psychologique et sociale qui s'accumule en elles avec le temps, un peu comme la fatigue peut s'accumuler avec le temps dans des structures métalliques. Mais presque aucun d'eux n'a considéré les causes spirituelles de cette fatigue des civilisations. Or la fatigue spirituelle se révèle justement être la cause principale de leur chute : résister à Dieu, tenter de s'enfermer loin de Lui, ne finit jamais bien. C'est toujours une voie vers nulle part. Vers le néant historique.
1 Descends, assieds-toi dans la poussière, Vierge, fille de Babylone, assieds-toi à terre, sans trône, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera douce et exquise. |
2 Prends la meule et broie la farine ; dénoue ton voile, relève ta robe, découvre tes jambes, traverse les rivières. |
3 Que paraisse ta nudité et que ta honte soit visible ; j’exécute ma vengeance et personne ne s’y opposera. |
4 Notre rédempteur, Yahvé Sabaot est son nom, le Saint d’Israël, a dit : |
5 Assieds-toi en silence, enfonce-toi dans l’ombre, fille des Chaldéens, car jamais plus on ne t’appellera souveraine des royaumes. |
6 J’étais irrité contre mon peuple, j’avais rejeté mon héritage, je l’avais livré entre tes mains. Tu les as traités sans pitié, sur le vieillard tu as fait durement peser ton joug. |
7 Tu as dit : « À jamais je serai souveraine éternelle », tu n’as pas réfléchi à cela dans ton cœur, tu n’as pas songé à l’avenir. |
8 Maintenant écoute ceci, voluptueuse ! toi qui es assise en sécurité et qui dis dans ton cœur : « Moi, sans égale, je ne resterai pas veuve, je ne connaîtrai pas la privation d’enfants ! » |
9 Eh bien, ces deux malheurs fondront sur toi, soudainement, en un jour, privation d’enfants et veuvage, tout à coup ils fondront sur toi, en dépit de tous tes sortilèges, de la puissance de tes incantations. |
10 Tu as eu confiance dans ta méchanceté, tu as dit : « Personne ne me voit. » C’est ta sagesse et ta science qui t’ont pervertie, et tu as dit dans ton cœur : « Moi, sans égale. » |
11 Un malheur fondra sur toi, tu ne sauras comment le conjurer ; un désastre fondra sur toi, tu ne pourras t’en préserver ; soudain fondra sur toi une calamité que tu ne connaîtras pas. |
12 Reste donc avec tes incantations et tous tes sortilèges dans lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse. Peut-être pourras-tu en tirer profit, peut-être sauras-tu faire trembler. |
13 Tu t’es épuisée à force de consultations, qu’ils se présentent donc et te sauvent ceux qui détaillent le ciel, qui observent les étoiles, qui annoncent chaque mois ce qui va fondre sur toi. |
14 Voici qu’ils sont comme fétus de paille, le feu les brûlera, ils ne sauveront pas leur vie de l’étreinte de la flamme ; et ce ne sera pas une braise pour se chauffer, un foyer pour s’y asseoir ! |
15 Ainsi auront été pour toi tes devins, pour lesquels tu t’es fatiguée depuis ta jeunesse : ils ont erré, chacun devant soi, et pas un ne t’a sauvée. |
La lecture d'aujourd'hui est une prophétie dirigée contre Babylone. Le prophète avait certes toutes les raisons de reprocher aux dirigeants de la Babylonie et aux habitants du pays leur cruauté envers Jérusalem et son peuple : l'armée babylonienne avait impitoyablement détruit la ville et le Temple, et les soldats babyloniens traitaient les vaincus, sinon toujours avec cruauté, du moins toujours avec brutalité et mépris. Pour être juste, on peut toutefois remarquer que la destruction complète de Jérusalem a répondu à une révolte contre Babylone, et qu'à cette époque les villes insurgées étaient toujours traitées avec une extrême dureté. Mais le prophète a d'autres critères, ceux de la Torah, qui exige de chacun la justice envers chacun. Il reproche aux Babyloniens moins d'avoir adoré des dieux païens que d'avoir violé la justice, notamment envers le peuple de Dieu (v. 6–7). Il ne s'agit pas de droits ou de privilèges particuliers de ce peuple, comme on pourrait le croire au premier abord. Il s'agit de la façon dont une personne ou un peuple entier perçoit la situation : se considère-t-il comme lié par une quelconque idée connue ou généralement admise de la justice, y compris envers, par exemple, les vaincus ou les prisonniers ? Bien sûr, il ne pouvait être question ici d'observer des commandements donnés par Dieu, dont la plupart des Babyloniens ne savaient probablement absolument rien. Il ne pouvait s'agir que d'une attitude compréhensible par tous en tout temps. Qui est, pour le vainqueur, le prisonnier vaincu ? On peut voir en lui avant tout un être humain qui se trouve dans une situation difficile, où chacun peut se retrouver dans notre monde déchu. Ou l'on peut y voir un ennemi qui a cessé d'être un homme, du moins un homme égal au vainqueur. Et penser qu'il doit en être ainsi : que ceux qui ont perdu la guerre ne sont plus des hommes, que les vainqueurs resteront à jamais une caste supérieure, et les vaincus des parias, des êtres de seconde catégorie, comme ils doivent le rester (v. 7). Certes, le temps n'était pas encore venu de parler de l'amour du prochain comme le fait l'Évangile, mais les hommes en ont eu une certaine idée à toutes les époques. La seule question est de savoir s'ils l'ont suivie ou non. Bien sûr, dans certaines situations, il est parfois plus avantageux d'oublier l'amour et la miséricorde. Mais il ne faut alors pas s'étonner que Dieu, lorsque ceux qui les oublient se retrouveront dans une situation semblable, mette sur leur chemin des gens qui préfèrent, eux aussi, oublier l'amour et la miséricorde. Car, dans notre monde déchu, on a bien plus de chances de rencontrer ceux qui les oublient que ceux qui s'en souviennent.
1 Bel s’est courbé, Nebo s’effondre. Leurs idoles sont confiées aux animaux et aux bêtes de somme, ces charges que vous souleviez, c’est un fardeau pour la bête fourbue. |
2 Elles se sont effondrées, courbées toutes ensemble, on ne peut sauver ce fardeau, elles sont allées elles-mêmes en captivité. |
3 Écoutez-moi, maison de Jacob, tout ce qui reste de la maison d’Israël, vous que j’ai portés dès votre naissance, soulevés depuis le berceau. |
4 Jusqu’à la vieillesse je reste le même, jusqu’aux cheveux blancs je vous porterai : moi, je l’ai déjà fait, moi je vous soulèverai, moi, je vous porterai et je vous sauverai. |
5 À qui voulez-vous m’assimiler et m’identifier, à qui me comparer, à qui suis-je semblable ? |
6 Certains déversent l’or de leur bourse, et pèsent l’argent à la balance, ils embauchent un orfèvre pour faire un dieu, ils s’inclinent et ils adorent. |
7 Ils le mettent sur l’épaule et l’emportent, ils le déposent à sa place pour qu’il s’y tienne, pour qu’il n’en bouge pas. On a beau l’invoquer, il ne répond pas, de la détresse il ne sauve pas. |
8 Souvenez-vous-en et soyez des hommes, révoltés, rentrez en vous-mêmes. |
9 Souvenez-vous des choses passées depuis longtemps, car je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre, Dieu, et personne n’est semblable à moi. |
10 J’annonce dès l’origine ce qui doit arriver, d’avance, ce qui n’est pas encore accompli, je dis : Mon projet se réalisera, j’accomplirai ce qui me plaît ; |
11 j’appelle depuis l’Orient un rapace, d’un pays lointain l’homme que j’ai prédestiné. Ce que j’ai dit, je l’exécute, mon dessein, je l’accomplis. |
12 Écoutez-moi, hommes au cœur dur, vous qui êtes loin de la justice, |
13 j’ai fait venir ma justice, elle n’est pas loin, mon salut ne tardera pas. Je mettrai en Sion le salut, je donnerai à Israël ma gloire. |
Les réprimandes de Dieu, prononcées par la bouche de Son prophète, peuvent sembler n'être que des reproches adressés à des hommes qui oublient Dieu encore et encore. Mais en réalité, les choses ne sont pas si simples. La réprimande est assurément présente dans les paroles du prophète, mais elles contiennent aussi un rappel : Dieu, Sa providence et Son monde sont la réalité absolue. Tout le reste, s'il est réel, ne l'est que relativement. Dieu ne reproche même pas à Son peuple l'apostasie en tant que telle : pendant l'exil, on avait déjà beaucoup parlé et réfléchi à l'apostasie. Il y avait eu le repentir, et aussi la certitude que désormais, puisque la vie du peuple avait changé et que la communauté ne se concevait plus sans la synagogue, sans la Torah et sans les assemblées de prière, rien de pareil ne se reproduirait.
Or voici que la voix de Dieu retentit de nouveau et que, de nouveau, on ne Lui fait pas confiance. Non pas qu'on se méfie entièrement de Lui, mais on doute tout de même : réussira-t-Il vraiment ? Le projet est d'une telle ampleur, et l'on ne voit aucune raison raisonnable d'espérer sa réalisation... Alors Dieu rappelle à Son peuple ce qu'est la réalité, comment le monde est ordonné, et que la réalité n'est nullement ce qu'eux, les hommes, tiennent pour telle.
Dieu rappelle à Son peuple que l'apostasie n'est pas l'abandon de telle ou telle tradition religieuse, mais l'abandon de la réalité : la réalité de la providence de Dieu, du monde de Dieu et de la vie de Dieu. Un tel abandon peut se produire n'importe quand, à tout instant. Aucune tradition religieuse, même la plus profonde et la plus belle, aucune pensée ni aucun sentiment religieux, même les plus profonds et les plus purs, pas même un repentir passé pour les péchés commis, aussi sincère qu'il ait été en son temps, ne préservera l'homme de l'apostasie s'il ne commence pas à vivre de la vie de Dieu, de la vie du grand monde de Dieu, du Royaume de Dieu (car ce grand monde de Dieu est Son Royaume). Et cela n'est possible que si nous sommes capables de vivre en présence de Dieu et si c'est elle, et non quoi que ce soit d'autre dans le monde, qui détermine notre vie. Alors nous pouvons voir la réalité du monde, la face qu'il tourne vers son Créateur, et non son envers, où nous nous sommes retrouvés après la chute.
Ce passage de l'envers du monde au Royaume n'est lié à aucune activité extérieure, religieuse ou autre. Il ne s'agit pas de faire quelque chose, mais simplement d'être : être devant Dieu, dans Sa présence immédiate. Alors on comprend que ce dans quoi on demeure existe de toute éternité, que l'on est entré là où la providence de Dieu agit directement. Ici tout est possible, sauf le mal et l'apostasie, incompatibles avec le fait de demeurer dans ce monde de Dieu. Voilà ce que Dieu rappelle à Son peuple par la bouche de Son prophète : non pas le passé avec ses péchés, ni l'avenir, mais l'essentiel et l'éternel.
1 Bel s’est courbé, Nebo s’effondre. Leurs idoles sont confiées aux animaux et aux bêtes de somme, ces charges que vous souleviez, c’est un fardeau pour la bête fourbue. |
2 Elles se sont effondrées, courbées toutes ensemble, on ne peut sauver ce fardeau, elles sont allées elles-mêmes en captivité. |
3 Écoutez-moi, maison de Jacob, tout ce qui reste de la maison d’Israël, vous que j’ai portés dès votre naissance, soulevés depuis le berceau. |
4 Jusqu’à la vieillesse je reste le même, jusqu’aux cheveux blancs je vous porterai : moi, je l’ai déjà fait, moi je vous soulèverai, moi, je vous porterai et je vous sauverai. |
5 À qui voulez-vous m’assimiler et m’identifier, à qui me comparer, à qui suis-je semblable ? |
6 Certains déversent l’or de leur bourse, et pèsent l’argent à la balance, ils embauchent un orfèvre pour faire un dieu, ils s’inclinent et ils adorent. |
7 Ils le mettent sur l’épaule et l’emportent, ils le déposent à sa place pour qu’il s’y tienne, pour qu’il n’en bouge pas. On a beau l’invoquer, il ne répond pas, de la détresse il ne sauve pas. |
8 Souvenez-vous-en et soyez des hommes, révoltés, rentrez en vous-mêmes. |
9 Souvenez-vous des choses passées depuis longtemps, car je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre, Dieu, et personne n’est semblable à moi. |
10 J’annonce dès l’origine ce qui doit arriver, d’avance, ce qui n’est pas encore accompli, je dis : Mon projet se réalisera, j’accomplirai ce qui me plaît ; |
11 j’appelle depuis l’Orient un rapace, d’un pays lointain l’homme que j’ai prédestiné. Ce que j’ai dit, je l’exécute, mon dessein, je l’accomplis. |
12 Écoutez-moi, hommes au cœur dur, vous qui êtes loin de la justice, |
13 j’ai fait venir ma justice, elle n’est pas loin, mon salut ne tardera pas. Je mettrai en Sion le salut, je donnerai à Israël ma gloire. |
Le dessein de Dieu à notre égard (« conseil » dans la langue de la Bible) s'étend absolument à chaque instant de notre vie, du commencement à la fin.
Le prophète dit que Dieu a porté Israël « dès le sein maternel ». Dieu est présent à chaque événement de la vie de chaque personne — depuis la conception jusqu'à l'accomplissement complet de Son dessein à son égard. Dieu est proche — même lorsque nous ne pensons pas à Sa présence, Il se souvient de nous — lorsque nous ne nous souvenons pas de Lui. Il accomplit Son dessein — même lorsque nous nous opposons à Sa volonté.
Il y a ici l'une des révélations les plus étonnantes de la prédication prophétique — Dieu est absolument incompréhensible et au-delà de tout, mais Lui-même est aussi le plus proche de notre cœur, Il nous connaît bien plus profondément que nous-mêmes...
1 Bel s’est courbé, Nebo s’effondre. Leurs idoles sont confiées aux animaux et aux bêtes de somme, ces charges que vous souleviez, c’est un fardeau pour la bête fourbue. |
2 Elles se sont effondrées, courbées toutes ensemble, on ne peut sauver ce fardeau, elles sont allées elles-mêmes en captivité. |
3 Écoutez-moi, maison de Jacob, tout ce qui reste de la maison d’Israël, vous que j’ai portés dès votre naissance, soulevés depuis le berceau. |
4 Jusqu’à la vieillesse je reste le même, jusqu’aux cheveux blancs je vous porterai : moi, je l’ai déjà fait, moi je vous soulèverai, moi, je vous porterai et je vous sauverai. |
5 À qui voulez-vous m’assimiler et m’identifier, à qui me comparer, à qui suis-je semblable ? |
6 Certains déversent l’or de leur bourse, et pèsent l’argent à la balance, ils embauchent un orfèvre pour faire un dieu, ils s’inclinent et ils adorent. |
7 Ils le mettent sur l’épaule et l’emportent, ils le déposent à sa place pour qu’il s’y tienne, pour qu’il n’en bouge pas. On a beau l’invoquer, il ne répond pas, de la détresse il ne sauve pas. |
8 Souvenez-vous-en et soyez des hommes, révoltés, rentrez en vous-mêmes. |
9 Souvenez-vous des choses passées depuis longtemps, car je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre, Dieu, et personne n’est semblable à moi. |
10 J’annonce dès l’origine ce qui doit arriver, d’avance, ce qui n’est pas encore accompli, je dis : Mon projet se réalisera, j’accomplirai ce qui me plaît ; |
11 j’appelle depuis l’Orient un rapace, d’un pays lointain l’homme que j’ai prédestiné. Ce que j’ai dit, je l’exécute, mon dessein, je l’accomplis. |
12 Écoutez-moi, hommes au cœur dur, vous qui êtes loin de la justice, |
13 j’ai fait venir ma justice, elle n’est pas loin, mon salut ne tardera pas. Je mettrai en Sion le salut, je donnerai à Israël ma gloire. |
La lecture d'aujourd'hui est entièrement consacrée à Babylone et à son destin. La mention de la chute de Bel et de Nébo (v. 1) renvoie aux événements liés au siège et à la prise de Babylone par l'armée perse. Bel, ou Bel-Mardouk, était le dieu protecteur de Babylone, tandis que Nébo passait pour le protecteur de la dynastie qui y régnait alors. Il faut noter que les Perses prirent Babylone beaucoup plus vite qu'on aurait pu s'y attendre, et qu'une trahison ne fut probablement pas étrangère à cette histoire : il se trouva dans la ville des gens qui ouvrirent littéralement les portes à l'ennemi. Pour le prophète, cet événement fut avant tout un témoignage de l'impuissance des dieux païens et de l'inanité du paganisme. Il appelle certains apostats à se convertir (v. 3–9), ce qui paraît à première vue un peu étrange : la communauté juive de Babylone était déjà une communauté du judaïsme ; la Synagogue et le judaïsme étaient d'ailleurs précisément nés pendant l'exil. Il est pratiquement impossible d'imaginer un Juif païen, à cette époque comme plus tard : un tel Juif serait tout simplement devenu un marginal, et ses descendants se seraient probablement vite assimilés. Il n'est pourtant pas exclu que des apostats soient réellement apparus dans la communauté juive peu avant la chute de Babylone, si l'on suppose que la communauté subissait alors des persécutions liées à la réforme religieuse entreprise dans le pays par le dernier souverain de Babylonie, Bel-Tetser, le Balthasar biblique. On trouve des échos de ces persécutions non seulement dans les livres de Daniel et d'Esther, mais aussi dans la seconde partie du livre d'Isaïe ; les anciennes archives babyloniennes ont, quant à elles, conservé le décret de Bel-Tetser instituant la réforme. Il n'est pas exclu que cette réforme, qui provoqua un conflit entre le pouvoir et les corporations sacerdotales, ait accéléré la chute de Babylone en facilitant aux Perses la prise de la ville. Le prophète, lui, reproche aux apostats leur peu de foi, en leur disant que tout va très bientôt changer : Dieu libérera Ses fidèles en leur envoyant de l'Orient un libérateur qu'ils n'attendaient absolument pas (v. 10–13). Le triomphe de ce libérateur sera en même temps celui de la justice de Dieu. Une telle compréhension de cette justice pourrait sembler la restreindre quelque peu, en la ramenant à une situation précise et immédiate. Mais, pour l'homme, le péché et la justice, le fait d'avoir raison ou tort, sont toujours liés à une situation concrète qui se forme ici et maintenant. Et Dieu, lorsqu'Il intervient dans la vie d'une personne ou d'un peuple entier, agit Lui aussi de façon tout à fait concrète dans une situation donnée, en conduisant chacun au choix qu'il lui appartiendra de faire lui-même. Pour le souverain de Babylonie, Cyrus arrivant de l'Orient avec son armée fut un conquérant ; pour la communauté juive, il fut un libérateur. Le plan de Dieu inclut chacun. Mais ce que l'homme devient aux yeux de Dieu ne dépend que de lui-même.
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