RÉFLEXIONS pour Mt 12:30-37
« ...car c’est d’après tes paroles que tu seras justifié, et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné... » Ce sont des paroles très effrayantes ; leur sévérité nous paraît excessive. Qu’y a-t-il donc de si grave, semble-t-il, à blesser quelqu’un par une parole ? Après tout, on ne l’a ni battu ni tué. Et l’on peut ensuite lui demander pardon, là encore par une parole. Nous n’accordons aucune importance aux mots ; ils nous glissent entre les doigts plus imperceptiblement encore que l’argent. En fait, ils sont devenus notre monnaie courante. Et cela est véritablement effrayant, car le Seigneur a créé le monde par Sa parole. C’est par Sa parole qu’Il communique avec nous, et Il nous a donné le bonheur suprême de nous adresser les uns aux autres par des paroles. Comme le dit l’Apôtre, « la parole de Dieu est vivante et agissante, plus acérée qu’aucune épée à deux tranchants » (He 4,12). Mais la parole humaine aussi, parce que nous sommes créés à Sa ressemblance, possède réellement une force immense : elle peut tuer et elle peut guérir. Nous ne devons jamais oublier dans notre vie réelle cette force immense et cette sainteté de la parole. « Comme il est pauvre, le langage de la joie ! » écrit Mandelstam. On voudrait se révolter contre cette pensée et dire : non, il n’est pas pauvre ; regardez toute la poésie biblique et non biblique. Mais en réalité, il parle d’autre chose : lorsque quelque chose de véritable nous arrive, nous ne semons pas de paroles inutiles.
