1 Qu’on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. |
2 Or, ce qu’en fin de compte on demande à des intendants, c’est que chacun soit trouvé fidèle. |
3 Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain. Bien plus, je ne me juge pas moi-même. |
4 Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c’est le Seigneur. |
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient. |
6 En tout cela, frères, je me suis pris comme exemple avec Apollos à cause de vous, pour que vous appreniez, en nos personnes, à ne pas (le « ne pas » est écrit au-dessus du texte) vous enfler d’orgueil en prenant le parti de l’un contre l’autre. |
7 Qui donc en effet te distingue ? Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? |
8 Déjà, vous êtes rassasiés ! déjà vous vous êtes enrichis ! sans nous, vous êtes devenus rois ! Ah ! que ne l’êtes-vous donc, rois, pour que nous partagions, nous aussi, votre royauté ! |
9 Car Dieu, ce me semble, nous a, nous les apôtres, exhibés au dernier rang, comme des condamnés à mort ; oui, nous avons été livrés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. |
10 Nous sommes fous, nous, à cause du Christ, mais vous, vous êtes prudents dans le Christ ; nous sommes faibles, mais vous, vous êtes forts ; vous êtes à l’honneur, mais nous dans le mépris. |
11 Jusqu’à l’heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants ; |
12 nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons ; on nous persécute et nous l’endurons ; |
13 on nous calomnie et nous consolons. Nous sommes devenus comme l’ordure du monde, jusqu’à présent l’universel rebut. |
14 Ce n’est pas pour vous confondre que j’écris cela ; c’est pour vous avertir comme mes enfants bien-aimés. |
15 Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus. |
16 Je vous en prie donc, montrez-vous mes imitateurs. |
17 C’est pour cela même que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur ; il vous rappellera mes règles de conduite dans le Christ Jésus, telles que je les enseigne partout dans toutes les Églises. |
18 Dans la pensée que je ne viendrais pas chez vous, certains se sont gonflés d’orgueil. |
19 Mais je viendrai bientôt chez vous, s’il plaît au Seigneur, et je jugerai alors non des paroles de ces gonflés d’orgueil, mais de leur puissance ; |
20 car le Royaume de Dieu ne consiste pas en parole, mais en puissance. |
21 Que préférez-vous ? Que je vienne chez vous avec des verges, ou bien avec charité et en esprit de douceur ? |
Ce dont parle l’apôtre Paul est l’une des choses les plus difficiles et en même temps les plus nécessaires du christianisme. Du point de vue du monde, le chemin que le Seigneur Lui-même parcourt et auquel Il appelle Ses disciples est un chemin d’échec, un chemin d’humiliation. « Nous sommes devenus un spectacle pour le monde »—le texte grec emploie le mot θέατρον, théâtre, spectacle : ceux que l’on regarde avec dérision. Jésus, accueilli comme le Messie—frappé au fouet et crucifié sur le bois. Paul, le plus savant des Juifs—faible et toujours persécuté, constamment insulté par ses propres enfants. Pierre, chef de la nouvelle communauté religieuse—crucifié la tête en bas... Un tel chemin n’est-il pas folie ? La place du chrétien est dans cette compagnie. C’est difficile, parce que nous désirons tant les honneurs, la reconnaissance de nos mérites et, enfin, le bien-être. L’expérience de Paul est importante pour nous parce que, avec ses destinataires, nous pouvons voir Celui pour qui il accepte tout cela. Et alors, en réponse à notre consentement à devenir rebut et objet de risée pour le monde, nous entendrons les paroles du Créateur : « Tu comptes beaucoup à Mes yeux » (Is 43:4).
1 Qu’on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. |
2 Or, ce qu’en fin de compte on demande à des intendants, c’est que chacun soit trouvé fidèle. |
3 Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain. Bien plus, je ne me juge pas moi-même. |
4 Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c’est le Seigneur. |
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient. |
6 En tout cela, frères, je me suis pris comme exemple avec Apollos à cause de vous, pour que vous appreniez, en nos personnes, à ne pas (le « ne pas » est écrit au-dessus du texte) vous enfler d’orgueil en prenant le parti de l’un contre l’autre. |
7 Qui donc en effet te distingue ? Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? |
Poursuivant son propos sur le service, Paul aborde un autre thème très important pour le serviteur et pour tout chercheur du Royaume : le jugement et l'évaluation de la personne comme de son activité. Les réflexions de l'apôtre font sans aucun doute écho aux paroles du Sauveur : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés » ; pour Paul, elles expriment l'un des principes les plus importants de la vie et des relations entre les personnes dans le Royaume. La clé de la compréhension que l'apôtre a du problème du jugement et de l'évaluation se trouve dans sa remarque : non seulement les appréciations d'autrui sur son activité lui importent peu, mais lui-même ne s'évalue en aucune manière (v. 3-4). Le jugement appartient à Dieu ; il aura lieu à la fin des temps. Il ne vaut donc pas la peine de devancer les événements par des évaluations hâtives (v. 5). Ce n'est qu'ainsi que l'on peut éviter l'exaltation mutuelle de soi (v. 6-7) et devenir des serviteurs et des témoins fidèles du Christ et du Royaume (v. 1-2).
Cette approche n'est pas fortuite si l'on se souvient que, dans le Royaume, chacun reçoit précisément sa propre récompense. Le Royaume suppose non pas le collectivisme, mais une vie communautaire. Le collectif est un phénomène purement humain ; c'est pourquoi les critères d'évaluation de chacun y seront inévitablement purement humains et donc universels. Il y a là une uniformisation inévitable, et une évaluation définitive de tout ce qu'a fait un membre du collectif, ainsi qu'un jugement sur la personne elle-même, deviennent tout à fait possibles : selon les mesures terrestres, la personne n'est, selon l'expression des sociologues, qu'un « produit du milieu » ; par elle-même, elle ne signifie rien, et tout ce qu'elle fait n'a de valeur que dans la mesure où c'est utile « à la société », plus exactement au collectif concret auquel elle appartient. Dans le Royaume, seul Dieu peut évaluer la personne elle-même et tout ce qu'elle a fait.
Bien sûr, dans la communauté aussi, les relations de la personne avec Dieu comme avec les proches sont d'une importance extrême ; mais ici la personne n'est pas dérivée de la communauté comme, dans notre monde encore non transfiguré, elle est souvent dérivée de la société, du collectif. Dès lors, il devient évident que ni la communauté dans son ensemble, ni aucun de ses membres pris séparément, ne peuvent ni ne doivent « juger » une personne, c'est-à-dire porter une évaluation définitive sur elle et sur son activité. Certes, si tel ou tel acte contredit la Torah et que celui qui l'a commis ne se repent de rien et ne regrette rien, la situation devient tout à fait univoque ; mais alors on peut dire du transgresseur qu'il attire lui-même sur lui le jugement de Dieu. Dans tous les autres cas, il vaut mieux s'abstenir d'évaluer jusqu'à la fin des temps, lorsque Celui-là seul à qui appartient la parole décisive au dernier Jugement dira sa parole.
1 Qu’on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. |
2 Or, ce qu’en fin de compte on demande à des intendants, c’est que chacun soit trouvé fidèle. |
3 Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain. Bien plus, je ne me juge pas moi-même. |
4 Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c’est le Seigneur. |
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient. |
Dans la lecture d’aujourd’hui, l’apôtre Paul nous parle de fidélité. Pourquoi la fidélité est-elle si importante précisément dans le contexte de l’intendance des mystères de Dieu ? Parce que nous ne nous contentons pas de « faire quelque chose pour Dieu ». Non, servir le Christ et édifier l’Église, c’est notre vie même. L’Église se construit avec nous comme avec des pierres vivantes. Si une pierre prend sa place dans le mur, puis tombe, puis revient à sa place, l’édifice s’écroulera. La vie de chaque chrétien est la vie de l’Église. Si nous sommes infidèles, nous ne cessons pas seulement d’édifier l’Église : nous commençons à la détruire.
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient. |
Paul parle de la nécessité de s'abstenir de juger et d'évaluer l'homme. Il a évidemment en vue la même chose que Jésus lui-même, qui appelait ses disciples à ne pas juger leurs prochains. C'est précisément ce trait qui distingue les véritables serviteurs du Christ. Il ne s'agit bien sûr pas d'évaluer des actes concrets ou les résultats d'une activité, car sans une telle évaluation aucune interaction avec les hommes n'est possible, mais d'évaluer l'homme lui-même. Souvent, nous transférons sur la personne l'évaluation d'un acte concret ou de son état spirituel, en considérant qu'elle n'est rien d'autre que ce qu'elle paraît être à ce moment. Pourtant il est propre aux hommes de changer, et la source de tous les changements est le « moi » spirituel de l'homme, celui-là même que la Bible appelle le cœur et que Dieu seul voit jusqu'au bout, jusqu'à la dernière profondeur. C'est pourquoi lui seul peut évaluer l'homme de manière adéquate. Nous, nous ne pouvons juger équitablement que des paroles, des actes et des résultats concrets.
Mais même dans ce cas, il importe de ne pas utiliser ces évaluations pour déterminer la place de l'homme dans notre propre monde, dans le monde de nos relations. Au bout du compte, c'est Dieu qui donne à chacun son évaluation, et il lui importe peu ce que nous pensons les uns des autres, non parce que nous et nos opinions lui serions indifférents, mais parce que nos évaluations mutuelles se révèlent presque toujours assez éloignées de la réalité qui lui est ouverte. C'est pourquoi Paul n'attache pas d'importance particulière à l'opinion des hommes sur lui et sur son ministère, et conseille la même chose aux autres. Dans ce cas, il n'a guère de sens d'exiger de ceux qui nous entourent qu'ils tiennent compte de notre opinion sur eux. Du moins lorsqu'il s'agit d'évaluer l'homme lui-même, et non ses actes.
D'ailleurs, même lorsqu'il s'agit des actes, il faut tenir compte des motifs qui ont poussé l'homme, et ceux-ci sont parfois très difficiles à comprendre. Il ne vaut donc pas la peine de déterminer la place de l'homme dans notre propre monde à partir de ses paroles, de ses actes ou de ses états passagers, spirituels ou psychiques. Sinon chaque personne nous plaira ou nous déplaira tour à tour, nous paraîtra tantôt proche et compréhensible, tantôt étrangère et lointaine, et nous la tiendrons tantôt pour amie, tantôt pour ennemie. En réalité, cette personne peut très bien n'être rien de ce qu'elle nous paraît être.
Bien sûr, ses états, ses paroles et ses actes peuvent et vont inévitablement influencer la possibilité d'interagir avec elle, mais cette interaction n'est qu'une fonction déterminée par la situation. Porter une évaluation définitive sur l'homme à partir des modes et des formes de son fonctionnement est pour le moins imprudent. Car il arrive souvent que des personnes spirituellement vides soient extrêmement actives et « correctes », au point qu'elles peuvent sembler être un modèle de vie chrétienne. Mais souvent de tels activistes, après avoir épuisé leurs forces et perdu leur ancien enthousiasme, se révèlent précisément inconsistants spirituellement, n'ayant pas en eux cette vie du Royaume qui donne sens à toute activité. C'est pourquoi l'apôtre conseille de ne pas juger et de ne pas porter d'évaluation avant le jour du retour du Sauveur et du triomphe du Royaume: car c'est alors seulement que deviendra clair qui a parcouru son chemin de quelle manière et ce que chacun vaut réellement.
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient. |
La devise de l'époque que nous traversons est devenue l'aphorisme : « on voulait faire au mieux, et cela a fini comme toujours ». Cette formule géniale reflète vraiment la manière dont notre vie se déroule, car elle s'applique non seulement à l'activité de l'État, mais aussi à beaucoup de nos propres actes accomplis dans la « vie privée ». Il serait effrayant d'être jugés d'après les fruits de ces actes, car nous pourrions difficilement trouver quelque chose qui ne soit pas empoisonné par le péché. Il ne nous resterait alors que le sacrement de l'Eucharistie.
Mais l'apôtre Paul nous dit que Dieu jugera, en tout cas, non seulement d'après les fruits de nos œuvres, mais aussi d'après les intentions du cœur. Et il y a là pour nous une espérance étonnante. De plus, notre vie est souvent telle que nous avons beaucoup d'intentions au fond du cœur, mais peu de forces. Et cela aussi, selon la pensée de l'apôtre, n'est pas une situation sans issue. Il ne manque qu'une chose : que les intentions du cœur soient dignes de la louange de Dieu. Alors il vaut la peine de Lui demander sagesse et forces pour réaliser ces intentions.
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient. |
Il y a des célèbres mots de Jésus, avec lesquels Il nous appelle à ne pas juger les autres, enfin de ne pas être aussi jugé. L'apôtre Paul explique pourquoi il ne faut pas juger. Simplement parce qu’il faut savoir les informations additionnelles pour un jugement équitable: les motifs intérieurs, les pensées et les intentions de l'accusé. Mais nous ne pouvons pas savoir cela. Seulement Dieu sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, c'est pourquoi il nous vaut mieux ne pas juger – ne pas pécher contre la justice de Dieu. Mais Paul nous assure qu’il y aura un jugement juste, puisque quand Dieu viendra, tout ce qui est caché sera mis à la lumière. Ça fait peur? Bien sûr! Mais, paraît-il, que la punition des coupables n’est pas le plus important pour le Juge à venir, Dieu trouvera en chacun, de quoi louer!
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur ; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient. |
L’apôtre Paul met en garde contre le jugement humain – tout comme contre les éloges, que les gens se disent les uns les autres et attendent des gens, et tout comme contre la condamnation. Le jugement humain prétend savoir ce qui est en effet «les secrets des ténèbres». En réalité, nous ne sommes pas à mesure de voir les desseins du cœur des autres. Seul le Seigneur Jésus, selon le témoignage de l'évangéliste Jean, n'a pas besoin qu’on Le renseigne sur qui que ce soit, car Lui-même sait ce qu’il y a dans le cœur humain (Jn. 2:25). N’est Pas moins considérable dans le contexte de l’épître le fait que nous ne pouvons pas voir ce que le Seigneur accomplit justement à travers les hommes. Parfois, il nous parait nous-mêmes, que nous sommes des gens éloignés de Dieu, tout comme les rois Nabuchodonosor et Cyrus, s’avèrent être des instruments de Dieu, et nos bonnes intentions s’avèrent être un chemin pavé à l'enfer. Étant lui-même un participant (et pas le dernier) des œuvres de Dieu sur terre, l'apôtre parle ostensiblement de cette œuvre de Dieu et de la participation en cela des gens comme un secret. Seul Dieu éclairera les secrets. Et c'est pour cela que porter n'importe quel jugement sur qui que ce soit, ainsi que sur soi-même dans cette vie - signifie s'approprier de la gloire de Dieu, se mettre à la place du Dieu, et c’est une œuvre vaine.
C’est remarquable comme l'apôtre ne laisse même pas pour une minute son souci pastoral pour les chrétiens. En effet, même ici, en parlant de ses travaux et ceux d’Apollos, il rappelle aux frères corinthiens que Dieu jugera les intentions du cœur et leur pureté méritera Son éloge. Et en ceci pour nous tous, un espoir immense et fortuit, puisque les fruits de nos intentions se trouvent assez souvent très loin d'être parfaits.
7 Qui donc en effet te distingue ? Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? |
Ces paroles de l'apôtre nous obligent aussitôt à nous ressaisir; elles servent d'antidote à l'orgueil et au jugement des autres. Si seulement nous pouvions toujours nous en souvenir!
Mon existence même est un don, et combien de choses belles ai-je en plus du seul fait de vivre! J'ai un cœur, une intelligence, des sentiments, une volonté, un corps, l'amour de mes parents et d'autres personnes, pour rien! Simplement parce que je suis moi! J'ai la fidélité des amis et l'amour des animaux, j'ai des connaissances, une maison, des choses et beaucoup d'autres biens... J'ai le soleil et les étoiles, les nuages et les arbres, j'ai le ciel et la terre, j'ai Dieu! Tout ce que j'ai m'a été donné, et tout cela a été créé par Dieu pour moi!
Sur ce fond, se vanter devant les autres, et plus encore s'enorgueillir, se hausser au-dessus d'eux et les juger, est tout simplement stupide. S'il faut se vanter, que ce soit seulement de Dieu, qui m'a tout donné! Prendre conscience que tout ce que je possède a été reçu gratuitement aide non seulement à ne pas s'enorgueillir, mais libère réellement. Car lorsque j'essaie de m'approprier quelque chose, peu importe qu'il s'agisse de qualités spirituelles ou d'un objet matériel, je deviens non libre: ce qui est approprié est « serré dans la main », et par là même je « perds ma main », selon les paroles du métropolite Antoine de Sourozh. Vivre avec une telle conscience donne la vraie paix, l'humilité, et fait naître la gratitude envers ceux par qui j'ai reçu tout cela: envers Dieu et envers les hommes.
7 Qui donc en effet te distingue ? Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? |
L'apôtre Paul dit aujourd'hui que personne n'a le droit de s'attribuer les dons de Dieu. Y a-t-il en nous quelque chose de bon qui ne vienne pas de Dieu ? Par définition, non, car tout bien descend de Lui seul. Cela signifie que tous nos dons, capacités et talents sont Son don. On peut bien sûr se vanter d'un cadeau... mais quel sens y a-t-il à affirmer que ce n'est pas du tout un cadeau, mais « mon invention personnelle » ? En oubliant Celui qui donne tout bien, nous nous croyons en droit de ne pas tenir compte de Sa volonté. C'est précisément contre cela que l'apôtre Paul nous met en garde.
8 Déjà, vous êtes rassasiés ! déjà vous vous êtes enrichis ! sans nous, vous êtes devenus rois ! Ah ! que ne l’êtes-vous donc, rois, pour que nous partagions, nous aussi, votre royauté ! |
9 Car Dieu, ce me semble, nous a, nous les apôtres, exhibés au dernier rang, comme des condamnés à mort ; oui, nous avons été livrés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. |
10 Nous sommes fous, nous, à cause du Christ, mais vous, vous êtes prudents dans le Christ ; nous sommes faibles, mais vous, vous êtes forts ; vous êtes à l’honneur, mais nous dans le mépris. |
11 Jusqu’à l’heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants ; |
12 nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons ; on nous persécute et nous l’endurons ; |
13 on nous calomnie et nous consolons. Nous sommes devenus comme l’ordure du monde, jusqu’à présent l’universel rebut. |
14 Ce n’est pas pour vous confondre que j’écris cela ; c’est pour vous avertir comme mes enfants bien-aimés. |
15 Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus. |
16 Je vous en prie donc, montrez-vous mes imitateurs. |
17 C’est pour cela même que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur ; il vous rappellera mes règles de conduite dans le Christ Jésus, telles que je les enseigne partout dans toutes les Églises. |
18 Dans la pensée que je ne viendrais pas chez vous, certains se sont gonflés d’orgueil. |
19 Mais je viendrai bientôt chez vous, s’il plaît au Seigneur, et je jugerai alors non des paroles de ces gonflés d’orgueil, mais de leur puissance ; |
20 car le Royaume de Dieu ne consiste pas en parole, mais en puissance. |
21 Que préférez-vous ? Que je vienne chez vous avec des verges, ou bien avec charité et en esprit de douceur ? |
Poursuivant son propos sur le Royaume, Paul revient au thème de la pauvreté et de la véritable sagesse. En opposant sa situation à celle de ceux qui occupaient des places en vue dans l'Église de Corinthe, l'apôtre rappelle de nouveau aux chrétiens de Corinthe ce qu'il leur avait déjà dit plus d'une fois, à eux comme à d'autres croyants : le Royaume n'est pas de ce monde, et il ne peut donc en aucune façon triompher dans notre monde encore non entièrement transfiguré avant sa transfiguration complète à la fin des temps (v. 8-14). Il ne s'agit pas du fait que Paul ne voulait pas voir les chrétiens de Corinthe tels qu'ils s'imaginaient être ; il s'agit du fait qu'avant le retour du Christ, on ne pouvait y parvenir qu'en renonçant à cette plénitude du Royaume qui, dans un monde pas encore transfiguré jusqu'au bout, est incompatible avec tout triomphe.
L'apôtre ne reproche rien à personne ; il rappelle seulement à l'Église de Corinthe certaines réalités fondamentales sans lesquelles il ne peut être question d'aucune vie dans le Royaume (v. 14). Et lorsqu'il avertit les chrétiens de Corinthe qu'il peut venir à eux non seulement avec amour, mais aussi avec réprimande (« avec le bâton », v. 21), le but de l'apôtre n'est nullement de faire honte à quelqu'un ou de le discréditer. Simplement, voyant ce qui se passe dans l'Église de Corinthe, Paul ne pouvait pas ne pas comprendre qu'il lui faudrait affronter de très graves problèmes spirituels, que beaucoup de responsables locaux de l'Église ne sont, au fond, pas du tout des témoins du Christ et du Royaume et conduisent leur communauté tout autre part qu'il ne faut. Il sait que ces responsables ont cessé d'être des témoins pour devenir simplement des enseignants, semblables à ceux qu'on pouvait alors trouver en grand nombre dans n'importe quelle école rabbinique ou philosophique. Et il sait que de tels enseignants, dont toute la force consiste dans une habile maîtrise de la parole, reculeront inévitablement devant la force véritable à laquelle ils ne pourront résister : la force du Royaume, manifestée par tout témoin authentique (v. 18-20).
10 Nous sommes fous, nous, à cause du Christ, mais vous, vous êtes prudents dans le Christ ; nous sommes faibles, mais vous, vous êtes forts ; vous êtes à l’honneur, mais nous dans le mépris. |
Pour Paul, le christianisme est avant tout la vie avec le Christ dans son Royaume, et le témoignage rendu à lui et à cette vie. C'est pourquoi l'apôtre dit plus loin que le Royaume n'est « pas en parole, mais en puissance ». À en juger par les paroles que l'apôtre adresse aux chrétiens de Corinthe, pour eux il en allait autrement. Ce n'est pas par hasard que Paul parle de la vie chrétienne authentique comme de la vie de personnes persécutées, pauvres et sans réussite. Il semble opposer une telle vie à celle que menaient de nombreux chrétiens de Corinthe qui avaient trouvé leur place dans le monde. Il n'est certes pas exclu que certains responsables de l'Église de Corinthe aient effectivement fait une sorte de carrière ecclésiastique—bien qu'à cette époque elle fût naturellement très différente de ce qu'elle devint plus tard, lorsque les institutions ecclésiastiques furent non seulement légales, mais même officielles et très influentes.
Mais le problème ne tenait pas à l'ampleur de cette carrière ; il résidait dans l'état intérieur de ceux qui la poursuivaient. Il était précisément que ces personnes s'étaient trouvées dans ce monde et s'y étaient installées, peut-être avec moins de luxe que les carriéristes ecclésiastiques d'autres époques, mais tout à fait confortablement. Le malheur n'était pas qu'elles étaient devenues les chefs de certains groupes et mouvements ecclésiaux ou proches de l'Église ; il résidait dans leur état intérieur, que l'apôtre caractérise d'un seul mot : vous vous êtes enrichis. Elles avaient perdu l'état spirituel que Jésus, comme Isaïe de Jérusalem des siècles avant lui, appelait pauvreté. Ce qui importe ici, ce n'est pas ce qu'une personne possède ni en quelle quantité, mais ce sur quoi elle s'appuie, et si elle pense réellement posséder quelque chose. Le pauvre de Dieu comprend parfaitement qu'il est vide et prêt à accueillir en lui-même, dans sa vie, dans son âme et son cœur, ce dont Dieu voudra le remplir. De tout son être, il sent qu'il ne possède rien dans ce monde sur quoi il pourrait s'appuyer, et même rien qui ait de la valeur, rien à quoi il vaille la peine de s'attacher.
Le riche, lui, est certain de posséder quelque chose de ce genre. Quelque chose qui lui appartient de droit—non parce que Dieu le lui a donné, mais parce qu'il l'a gagné et mérité. On peut s'appuyer sur ce que l'on a gagné et mérité ; cela ne fera pas défaut. C'est à toi. Tu es riche. Mais cette richesse se révèle terrestre, de ce monde, sans rapport avec le Royaume. Le riche peut être riche en paroles sur le Royaume. Mais seul le pauvre en acquiert la puissance, et l'apôtre le sait parfaitement : il était lui-même plus riche que beaucoup, mais il a préféré la pauvreté à cause du Christ et du Royaume.
16 Je vous en prie donc, montrez-vous mes imitateurs. |
Paul parle assez souvent dans ses messages de ce que c'est la Tradition. Et, probablement, l’une des meilleures, des plus larges et des plus exactes de ses définitions est son appel «montrez-vous mes imitateurs». Il est intéressant de marquer que dans certaines traductions dans d’autres langues, on rencontre la deuxième partie de cette phrase («montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis pour le Christ»), étant, comme on voit, une insertion tardive, telle qu’on rencontre parfois dans les textes du Nouveau Testament. Et on peut considérer cette insertion de tout à fait opportune, prenant en considération le sens et le caractère du service de Paul, qui a vraiment fait de l'imitation de Christ sa base. Au fait, sans une telle imitation, on ne peut parler d’aucune Tradition : car le christianisme n’est pas une religion, dont il faut accomplir les prescriptions, mais une vie dans le Royaume, et dont le premier exemple était la vie du Sauveur Lui-même. Et chaque chrétien est appelé à vivre comme le Christ, la vie pleine du Royaume.
Bien sûr, il ne s’agit pas du tout d’une certaine imitation extérieure : dans la vie en général et dans la vie spirituelle, surtout, il n'y a rien de pire et de plus horrible que l’imitation, l'imitation de la vie d’autrui. Et il ne s’agit pas seulement de la vie du Sauveur, mais aussi de la vie de chacun des chrétiens justes ou des pères de l'Église : car n'importe quelle vie est unique, et le chemin de vie de chacun est exceptionnel. Mais la vie dans le Royaume est impossible pour l’homme sans des relations uniques vivantes et aussi parfaites dans chaque cas avec Christ, qui, dans toute son originalité, toutes ont entre elles et quelque chose de commun.
Voici ce commun dans les relations de chacun des chrétiens avec Christ forme le noyau de la Tradition chrétienne, comme l'expérience de la vie dans le Royaume. Mais en dehors des relations avec Christ toute telle vie suppose encore et les relations avec les prochains. Et elles sont encore plus diverses, que les relations avec Christ. Chaque chrétien vit sa vie dans le Royaume et dans l'Église, tout comme a vécu Paul lui-même. Et, bien sûr, quand il s’agit des hommes, les raisons de copier, d’imiter la vie d’autrui sont encore moins, que dans le cas du Sauveur.
Mais voici faire le centre de la vie le témoignage de Christ et du Royaume était vraiment la tâche de chaque chrétien. Le concret dépend des circonstances, dont chacun a bien sûr sa part dans la vie, en quelque chose typique, en quelque chose unique. Et il ne faut pas bien sûr ici imiter bêtement la vie d’autrui, mais la comprendre du point de vue de ces lois du Royaume, selon lesquelles vit tout chrétien juste. Et ayant compris, utiliser l'expérience des prédécesseurs dans sa vie personnelle pour ne pas répéter les erreurs d’autrui et ne pas inventer la bicyclette. Alors chaque chrétien deviendra un vrai témoin du Royaume, et l'Église sera en général ce qu’elle devrait être : le corps du Christ.
20 car le Royaume de Dieu ne consiste pas en parole, mais en puissance. |
Combien de paroles sont dites à propos du Royaume de Dieu. Certes, Jésus utilisait naturellement les mots, lorsqu’Il expliquait aux gens ce que s’est, mais la plus meilleure définition qu’Il ait donné est, probablement, lorsqu’Il dit qu’il {le royaume} est «au milieu de vous», quand Il se trouvait Lui-même au milieu d'eux. Dès lors, se sont des mots, des mots, des mots...
De très beaux mots. Mais le Royaume lui-même ne consiste pas en parole, ni dans son enseignement. La domination de Dieu est dans le cœur de l’homme, c’est une puissance vivante, efficace, transformant l'intérieur, remplissant l’homme de lumière, de joie, de justice, de paix, - et s’épanchant a l’entourage de cet homme, tout en transformant aussi cet entourage. Regardez, quels changements ont eu lieu dans les relations humaines pendant les derniers 2000 ans, quelles attitudes ont commencé de toute évidence à être considérées d’inadmissible (l'esclavage, différente sorte de discrimination), - derrière tout ceci se tient un principe spirituel: le Royaume de Dieu est dans le cœur des hommes. Certes, tout ceci n’est encore que le début de la transformation, nous sommes encore «des pithécanthropes spirituels», mais allons-y, essuyons-nous les yeux et nous verrons l'action de cette lumineuse puissance Divine et remercierons Dieu.
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