5 Courage, mon peuple, mémorial d’Israël ! |
6 Vous avez été vendus aux nations, mais non pour l’anéantissement. Ayant excité la colère de Dieu, vous avez été livrés à vos ennemis. |
7 Car vous aviez irrité votre Créateur en sacrifiant à des démons et non à Dieu. |
8 Vous aviez oublié le Dieu éternel, votre nourricier ! Vous avez aussi attristé Jérusalem, votre nourricière ; |
9 elle a vu fondre sur vous la colère venue de Dieu et elle a dit :Écoutez, voisines de Sion : Dieu m’a envoyé grande tristesse. |
10 J’ai vu la captivité de mes fils et filles, que l’Éternel leur amena. |
11 Je les avais nourris avec joie ; avec pleurs et tristesse je les vis partir. |
12 Que nul ne se réjouisse sur moi, veuve et délaissée d’un grand nombre ; je subis la solitude pour les péchés de mes enfants, car ils se sont détournés de la Loi de Dieu, |
13 ils n’ont point connu ses préceptes, ni marché par les voies de ses préceptes, ni suivi les sentiers de discipline selon sa justice. |
14 Qu’elles arrivent, les voisines de Sion ! Rappelez-vous la captivité de mes fils et filles, que l’Éternel leur amena ! |
15 Car il amena sur eux une nation lointaine, une nation effrontée, à la langue barbare, sans respect pour le vieillard, sans pitié pour le petit enfant ; |
16 on emmena les fils chéris de la veuve, on la laissa toute seule, privée de ses filles. |
17 Moi, comment pourrais-je vous aider ? |
18 Celui qui vous amena ces malheurs, c’est lui qui vous arrachera aux mains de vos ennemis. |
19 Allez, mes enfants, allez votre chemin ! Moi, je reste délaissée, solitaire ; |
20 j’ai quitté la robe de paix et revêtu le sac de ma supplication ; je veux crier vers l’Éternel tant que je vivrai. |
21 Courage, mes enfants, criez vers Dieu : il vous arrachera à la violence et à la main de vos ennemis ; |
22 car j’attends de l’Éternel votre salut, une joie m’est venue du Saint, pour la miséricorde qui bientôt vous arrivera de l’Éternel, votre Sauveur. |
23 Car avec tristesse et pleurs je vous ai vus partir, mais Dieu vous rendra à moi pour toujours dans la joie et la jubilation. |
24 Comme les voisines de Sion voient maintenant votre captivité, ainsi verront-elles bientôt votre salut de par Dieu, qui vous surviendra avec grande gloire et éclat de l’Éternel. |
25 Mes enfants, supportez la colère qui de Dieu vous est venue. Ton ennemi t’a persécuté, mais bientôt tu verras sa ruine et sur sa nuque tu poseras ton pied. |
26 Mes enfants choyés ont marché par de rudes chemins, enlevés, tel un troupeau razzié par l’ennemi. |
27 Courage, mes enfants, criez vers Dieu : Celui qui vous amena cela se souviendra de vous. |
28 Comme votre pensée fut d’égarement loin de Dieu, revenus à lui, recherchez-le dix fois plus fort. |
29 Car Celui qui vous amena ces malheurs vous ramènera, en vous sauvant, la joie éternelle. |
Il est bon de lire la lecture d'aujourd'hui en commençant par la fin. Les prophètes rêvaient réellement de voir la venue du Messie, de voir les démons terrassés, de voir venir le Royaume et Jérusalem restaurée. Et que voyaient-ils autour d'eux ? Des guerres et des ruines incessantes, le malheur et les souffrances du peuple de Dieu, l'exil et la mort. Ils voyaient le Temple détruit et, comme tout le peuple, ils étaient livrés aux mains de leurs ennemis. Ils expliquaient pourquoi cela était arrivé, et leur voix n'était pas toujours entendue. Pourtant, l'essentiel pour eux n'était pas le péché déjà commis ni le fait que le peuple s'était détourné de Dieu et en souffrait. Pour les prophètes, l'essentiel restait que Dieu veut être avec les hommes, qu'il se porte vers eux et qu'il viendra nécessairement, parce qu'il est fidèle à ses promesses. Et s'il a promis son Royaume sur la terre, alors il en sera ainsi. Que doit donc faire celui qui s'est détourné, mais s'est repenti, celui qui pleure de n'avoir pas su rester fidèle ? Le prophète Baruch leur donne une prescription : « Comme votre détermination fut de vous éloigner de Dieu, décuplez-la pour revenir et le chercher. »
8 Vous aviez oublié le Dieu éternel, votre nourricier ! Vous avez aussi attristé Jérusalem, votre nourricière ; |
Que signifient les paroles de Baruch sur la « tristesse de Jérusalem » ? Ce que le prophète dit de Dieu est, somme toute, compréhensible : de nombreux prophètes ont parlé du fait que le peuple de Dieu avait oublié Celui qui en avait fait un peuple. Mais qu’est-ce que la « tristesse de Jérusalem » ? On pourrait certes penser qu’il s’agit du Temple, lieu de la présence de Dieu, et que les abominations qui se produisaient parfois dans la ville, en fait devant la face de Dieu, ne Lui apportaient évidemment aucune joie. Mais la question se limite-t-elle à cela ?
Il suffit de se rappeler quelle était la situation générale et spirituelle dans la ville peu avant l’invasion babylonienne. Il n’était question ni de repentir ni de conversion. Au contraire, tous étaient saisis d’une sorte de légèreté spirituelle et quotidienne tout à fait stupéfiante, si bien qu’aucun des habitants ne prenait au sérieux le danger suspendu au-dessus de la ville, se laissant facilement séduire par les promesses des nombreux « prophètes » apparus dans la ville, qui promettaient une victoire miraculeuse sur tous les ennemis.
La base de ces dispositions d’esprit fut une tradition yahviste mal comprise et déformée. Les racines du problème remontaient apparemment au temps des persécutions qui s’abattirent sur les disciples d’Isaïe de Jérusalem, parfois appelés les « pauvres », sous le règne de Manassé. Alors la communauté yahviste de la ville se divisa en fait en deux parties, dont l’une soutint le pouvoir tandis que l’autre fut persécutée. Une telle trahison de coreligionnaires ne resta évidemment pas sans conséquences spirituelles : au cours du siècle suivant, le niveau spirituel de la communauté yahviste de Jérusalem baissa de manière assez sensible et brutale. À cette époque, des traditions anciennes, pré-yahvistes, sur les murailles enchantées de la ville capables de résister à tout siège devinrent un élément de la conscience religieuse de masse, avec l’assurance de sa propre orthodoxie et la certitude que Dieu n’abandonnerait jamais Jérusalem, devenue, après la réforme religieuse de Josias, le seul lieu sur terre où les sacrifices yahvistes étaient possibles. Malgré tout cela, les habitants de la ville se sentaient héritiers, porteurs et continuateurs d’une grande tradition remontant à Moïse et à David, estimant qu’il suffisait pour cela de naître Juif et de venir plusieurs fois par an au Temple accomplir les sacrifices prescrits, qui s’achevaient par une fête somptueuse et joyeuse.
Une telle dégénérescence d’une tradition réellement grande, la transformation de la ville sainte en caricature d’elle-même, ne pouvait naturellement apporter de joie ni à Dieu ni aux quelques justes qui restaient encore à Jérusalem. Sur un tel fond, la catastrophe qui frappa la Judée devient un événement parfaitement logique : on ne pouvait rien attendre d’autre, compte tenu de l’état spirituel du peuple à la veille de l’exil babylonien.
20 j’ai quitté la robe de paix et revêtu le sac de ma supplication ; je veux crier vers l’Éternel tant que je vivrai. |
Que veut dire le prophète lorsqu'il affirme avoir « ôté son vêtement de paix » ? D'après le sens du mot grec correspondant, il s'agit du vêtement qu'il portait habituellement aux jours de prospérité. Cet usage reflète les particularités non pas du grec, mais de l'hébreu ou de l'araméen, où les notions de « paix » et de « prospérité » s'expriment par le même mot. Se tenir devant Dieu est, bien sûr, toujours un événement dans la vie d'une personne. Mais il existe manifestement des circonstances particulières où cela devient une question de vie ou de mort. Cela se produit lors de catastrophes naturelles ou de bouleversements sociaux. Il ne s'agit pas seulement du fait qu'en de tels temps il est plus difficile de garder confiance en Dieu que durant les jours de prospérité. Il s'agit aussi du fait qu'une personne qui se confie en Dieu ne peut généralement pas ne pas comprendre que ce qui arrive n'est pas fortuit, que Dieu, lorsqu'Il permet une catastrophe, ne la permet pas sans raison. Tenter de se tourner vers Dieu pour changer la situation ressemble alors à une tentative de convaincre un roi irrité d'annuler un châtiment qu'il estime pleinement mérité. Bien sûr, Dieu diffère d'un roi à cet égard, avant tout parce qu'Il ne cherche pas Lui-même à compliquer la vie de qui que ce soit. En pareil cas, tout le châtiment se réduit essentiellement à la non-intervention de Dieu dans la situation qui se développe : les hommes se chargent eux-mêmes fort bien du châtiment — lequel est cependant loin d'être toujours juste — en faisant preuve d'une ingéniosité qui ne saurait réjouir leur Créateur. Mais Dieu a manifestement toutes les raisons de ne pas intervenir ainsi, s'Il adopte cette position. La personne qui Lui demande d'intervenir assume par là même la responsabilité de ceux pour qui elle prie. Elle se porte en quelque sorte garante de ceux en faveur desquels elle demande une intercession, promettant à Dieu en leur nom qu'ils changeront, et changeront au point qu'Il ne détournera plus son regard avec colère en voyant leur vie et leurs actes. Une telle démarche exige confiance et détermination. Et la foi en ceux pour qui l'on prie.
21 Courage, mes enfants, criez vers Dieu : il vous arrachera à la violence et à la main de vos ennemis ; |
À première vue, les paroles du prophète sur la délivrance de la main des ennemis peuvent sembler trop rassurantes. Si tout était aussi simple, les personnes d'une foi profonde et sincère, à en croire Baruch, ne devraient jamais souffrir des conséquences de la méchanceté humaine. Chacun sait pourtant qu'il n'en est rien. Bien plus : le Christ Lui-même, le Messie venu dans le monde pour lui apporter le Royaume, a souffert de la main de Ses ennemis.
Comment faut-il donc comprendre les paroles du prophète ? Dieu peut-Il délivrer une personne de ses ennemis et, s'Il le peut, pourquoi ne le fait-Il pas toujours, loin de là ? Le chemin terrestre du Sauveur pourrait offrir la meilleure réponse à cette question, non parce qu'Il est l'Homme-Dieu, mais parce qu'Il est libre de tout péché.
S'il s'agissait d'une personne ordinaire, on pourrait toujours dire que chacun reçoit selon ses péchés, et il serait difficile de contester de telles affirmations : peu d'hommes connaissent même la mesure de leur propre péché, sans parler des péchés de leurs proches. Et, chaque fois qu'il s'agirait d'une personne ordinaire, une pensée s'insinuerait toujours, peut-être involontairement, dans l'esprit aussi bien de ceux qui interrogent que de ceux qui répondent : et si cela lui arrivait à cause de ses péchés ?
Pour Jésus, en revanche, aucun doute n'est possible : Il ne méritait assurément rien de mauvais, car Il n'a jamais connu aucun péché. Pourtant, durant Sa vie terrestre, Il a souffert comme aurait pu souffrir n'importe quelle autre personne à Sa place. Nul autre, bien sûr, ne pouvait apporter le Royaume au monde, mais quiconque, en accomplissant l'œuvre de Dieu, aurait contrarié les autorités civiles ou religieuses aurait pu être trahi, calomnié et exécuté sous une fausse accusation. Or, selon Ses propres paroles, Jésus aurait facilement pu éviter cela s'Il l'avait voulu, mais alors le ministère pour lequel Il était venu dans le monde serait resté inachevé.
Il en va probablement de même pour chacun de nous. Parfois, Dieu peut nous délivrer de nos ennemis, que nous aurons de toute façon si nous faisons en ce monde quoi que ce soit de bon et de nécessaire. Mais il arrive aussi qu'Il ne puisse nous en délivrer qu'au prix d'un travail laissé inachevé, d'une œuvre de Dieu non menée à son terme. Alors il ne faut pas attendre de délivrance, si du moins nous voulons achever ce que nous avons commencé.
Il arrive parfois que ce soit précisément notre péché, ou plutôt ses manifestations — la méchanceté, l'arrogance, l'agressivité — qui attire vers nous nos ennemis. Nous ne pouvons alors nous en prendre qu'à nous-mêmes. C'est justement là que le repentir et le retour à Dieu peuvent aider : avec le repentir et la conversion, une vie nouvelle commence pour celui qui se repent. Une vie avec Dieu, qui ne permettra pas qu'on lui fasse du tort sans raison.
21 Courage, mes enfants, criez vers Dieu : il vous arrachera à la violence et à la main de vos ennemis ; |
Cette épisode de la transfiguration de Dieu avait inspiré plusieurs théologiens, prédicateurs et peintres d’icônes. Le fait que Le Christ montra sa gloire aux disciples est un moment très important dans les relations entre Dieu et nous. Dieu confirme une fois de plus ce qu’il a dit a travers le prophète Amos: qu’il ne fait rien sans ouvrir son secret aux gens. Jésus fait voir à Ses disciples dans ce miracle Son visage transfiguré par la gloire éternelle, de sorte qu’ils aient après la possibilité de Le reconnaitre lors de la résurrection (ce n’est pas de Sa faute que les disciples sont tombés sur leur face). L’apparition d’Elie et de Moise qui causaient avec Jésus permettait aux disciples de mieux comprendre les paroles du Christ: « Pour Dieu tous sont vivants » (Luc 20:38).
Et Dieu répète ici malgré tout Son témoignage du Fils : Comme le Père est parfait, ainsi en est le Fils. La perfection paternelle c’est l’amour du Père envers le Fils. La perfection filiale consiste à l’obéissance de la volonté pieuse du Père. Voila pourquoi l’affection du Père se manifeste en le Fils ; la volonté de Dieu pour nous tous se révèle dans la vie de Jésus, d’où résulte ce « écoutez-Le ».
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