12 " Mais encore à présent - oracle de Yahvé - revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. " |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait? S'il revenait? S'il regrettait? S'il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu? |
15 Sonnez du cor à Sion! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu'on allaite au sein! Que le jeune époux quitte sa chambre et l'épousée son alcôve! |
17 Qu'entre l'autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé! Qu'ils disent: " Pitié, Yahvé, pour ton peuple! Ne livre pas ton héritage à l'opprobre, au persiflage des nations! Pourquoi dirait-on parmi les peuples: Où est leur Dieu? " |
18 Or Yahvé s'émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
Aujourd'hui commence le Grand Carême. Les textes que nous lisons parlent de ce qui est le plus important en ce temps, mais tout cela est si loin de nos représentations du jeûne. Ce que le prophète Joël appelle « déchirer son coeur » signifie toujours pour nous la tristesse et les larmes. Le Seigneur, Lui, nous donne Sa réponse, paradoxale au premier regard, qui renverse complètement le tableau. La purification est une joie, le retour vers Lui peut et doit être pour nous une fête, le jeûne est le temps de la réunion du Créateur et de la créature. Le « visage de carême » est une invention de l'homme pour justifier sa paresse et consoler sa vanité. Le Seigneur, Lui, nous appelle à arracher de notre coeur la croûte du péché, afin que toute la saleté en sorte. Alors nos visages resplendiront de la joie du Grand Carême.
12 " Mais encore à présent - oracle de Yahvé - revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. " |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait? S'il revenait? S'il regrettait? S'il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu? |
15 Sonnez du cor à Sion! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu'on allaite au sein! Que le jeune époux quitte sa chambre et l'épousée son alcôve! |
17 Qu'entre l'autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé! Qu'ils disent: " Pitié, Yahvé, pour ton peuple! Ne livre pas ton héritage à l'opprobre, au persiflage des nations! Pourquoi dirait-on parmi les peuples: Où est leur Dieu? " |
18 Or Yahvé s'émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
On considère souvent les prophètes comme des prédicteurs de l’avenir, parfois heureux, mais plus souvent douloureux et terrifiant. Mais en est-il vraiment ainsi? Peut-on seulement prédire l’avenir? La réponse semble simple : Dieu a Son propre dessein, qu’Il accomplira sans aucun doute, puisqu’Il est Dieu et que nous sommes des hommes. L’avenir peut donc être prédit si Dieu le révèle au prophète, car tout doit déjà être prévu par Dieu.
Mais voici ce qui est intéressant : la langue biblique ne connaît pas de mots que l’on pourrait traduire par « destin inéluctable », « fatalité » ou « sort ». Il existe bien sûr un dessein de Dieu pour chaque homme et chaque peuple, mais il existe aussi la liberté du choix, qu’il s’agisse d’un individu ou d’un peuple. Il arrive qu’un prophète annonce un malheur proche et inévitable, mais il n’arrive presque jamais qu’il parle de ce malheur comme de quelque chose d’inéluctable.
Cette absence de prédétermination des événements futurs peut parfois même passer pour une erreur du prophète. Prenons Isaïe de Jérusalem, par exemple, qui prédit la ruine prochaine de son pays par les Assyriens. Était-ce une erreur? La Judée résista pourtant cette fois-là! Toutefois, Isaïe lui-même, déjà pendant le siège, prédit aussi que les Assyriens repartiraient bredouilles des murs de Jérusalem. C’est finalement ce qui arriva.
Les plans de Dieu peuvent-ils donc changer? Apparemment, oui. Et cela ne dépend pas de Dieu, mais des hommes, de leur choix et de leur résolution. Dieu n’a pas besoin que les hommes meurent à cause de leurs péchés; Il ne le veut pas et ne l’a jamais voulu. Si les hommes périssent à cause de leurs péchés, c’est uniquement parce que le péché sépare réellement l’homme de Dieu et L’empêche d’intervenir.
Dieu est bien sûr plus fort que l’homme, mais Il respecte trop la liberté humaine pour entrer dans la vie de celui ou de ceux qui ne Le veulent pas et ne L’attendent pas. Une catastrophe, personnelle ou nationale, devient alors la conséquence de l’impossibilité pour Dieu d’intervenir. Mais si on L’appelle malgré tout, Il est prêt à intervenir à tout moment, même lorsqu’il peut sembler qu’il est déjà trop tard. Il ne veut la mort de personne et Il est prêt à saisir toute occasion de sauver le plus grand nombre possible, sans tenir compte du fait que beaucoup, avant de se tourner vers Lui, ont tout fait pour rendre leur salut aussi difficile que possible.
12 " Mais encore à présent - oracle de Yahvé - revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. " |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
Le sens originel du jeûne est le deuil, qu’il s’agisse d’un deuil personnel lié, par exemple, à la mort d’un proche, ou d’un deuil collectif, par exemple à l’occasion d’un malheur national. Il n’est pas étonnant qu’un jour de deuil national, dans les rues de Jérusalem, on ait pu voir des gens exprimer publiquement leur chagrin : en Orient, une telle pratique est encore aujourd’hui assez répandue. Et l’un des gestes qui expriment le chagrin est le vêtement de dessus déchiré. Or Dieu, cependant, dit : déchirez non pas vos vêtements, mais vos cœurs. Il n’y a pas besoin de signes extérieurs ; la conversion et le repentir sont plus importants. Pourquoi donc ? Le chagrin, sincèrement exprimé, fût-ce publiquement, comme c’était l’usage à cette époque chez les Juifs, n’est-il pas un signe de repentir ? Manifestement, pas toujours. Le chagrin, bien sûr, fait réfléchir, et parfois réévaluer quelque chose dans sa vie personnelle ou collective. Mais pas toujours : il peut aussi susciter une tristesse sans issue, la haine de la vie, le désir de se venger de celui que l’on tient pour responsable de ce qui est arrivé. Et les manifestations extérieures, surtout publiques, du chagrin ne font qu’attiser ces sentiments, empêchant souvent les processus spirituels qui auraient vraiment pu aider. Ce qui peut aider, manifestement, c’est une évaluation sobre de ce qui s’est passé, le repentir des péchés commis et le recours à Dieu avec une demande d’aide. Et le prophète propose au peuple précisément cette voie : non pas celle des explosions émotionnelles, mais celle d’un travail spirituel sérieux, qui aidera à prendre les bonnes décisions et à trouver une issue à une situation qui peut paraître absolument sans espoir.
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
Dans notre vie, toutes sortes de désagréments arrivent constamment ; nous nous en sortons tant bien que mal avec la plupart d’entre eux, mais il arrive aussi quelque chose dont nous ne pouvons pas venir à bout. Alors nous disons : « malheur, catastrophe ». Et parce que nous ne pouvons rien faire, ni nous ni quelqu’un d’autre pour nous aider, nous tombons dans le désespoir. Il y a différentes façons d’exprimer ce désespoir ; dans l’ancien Israël, en signe de chagrin extrême, les gens déchiraient leurs vêtements. C’est précisément de cela que parle le prophète Joël : « Il ne faut pas déchirer les vêtements, car il n’y a pas de situations sans issue s’il y a le Seigneur ». Ayant compris que nous sommes dans une impasse, il faut de toute urgence nous tourner vers Celui qui est bon et miséricordieux, et Lui, selon Son omniscience et Sa toute-puissance, discernera une issue.
Mais il y a ici encore une autre pensée. Pourquoi nous sommes-nous retrouvés dans le malheur ? Parce que nous nous sommes fermés à Dieu, nous nous sommes endurcis dans notre égoïsme, et nos cœurs se sont couverts d’une croûte. Et le prophète dit : « Déchirez vos cœurs », — c’est-à-dire détruisez l’endurcissement de vos cœurs, ouvrez-vous aux autres, sortez de la prison de votre « moi » vers des relations vivantes avec Dieu et les hommes — et les catastrophes cesseront de vous arriver. Les désagréments et les souffrances subsisteront, mais ils ne seront plus des catastrophes.
16 " Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, |
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
Dieu lui-même n'impose jamais sa miséricorde. Même sa venue dans ce monde s'accomplit simplement comme la naissance d'un Enfant terrestre. Si nous sommes appelés à ressembler à sa perfection (Mt 5:48), alors notre miséricorde et notre piété doivent elles aussi être non ostentatoires et non envahissantes, mais l'expression joyeuse de nos relations secrètes avec le Père céleste.
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
Trois fois, dans la première moitié du sixième chapitre de l'Évangile selon Matthieu, ces paroles du Sauveur sont citées. Notons qu'Il les dit au sujet de l'aumône, de la prière et du jeûne. Il existe un petit livre de Vladimir Soloviev, «Les fondements spirituels de la vie», où il écrit sur la prière, l'aumône et le jeûne comme les composantes principales de la vie juste de l'homme. En effet, la «position» de chaque homme dans l'univers est déterminée par ses relations selon trois «axes de coordonnées» : le lien avec Dieu, le lien avec les autres hommes et le lien avec la nature. La prière, l'aumône et le jeûne sont les expressions de relations justes selon ces «axes».
Ainsi, les paroles de Jésus se rapportent par là même à toute la plénitude de la vie humaine. Il dit que cette vie s'accomplit moins de manière visible que «dans le secret», moins dans les actes que dans les intentions du coeur, moins dans les actions que dans les relations. Et, par conséquent, ce n'est pas la récompense visible de ce monde qui importe pour nous, car elle se révèle passagère avec ce monde, mais la récompense du Dieu invisible, car c'est la vie éternelle.
12 " Mais encore à présent - oracle de Yahvé - revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. " |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait? S'il revenait? S'il regrettait? S'il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu? |
15 Sonnez du cor à Sion! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu'on allaite au sein! Que le jeune époux quitte sa chambre et l'épousée son alcôve! |
17 Qu'entre l'autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé! Qu'ils disent: " Pitié, Yahvé, pour ton peuple! Ne livre pas ton héritage à l'opprobre, au persiflage des nations! Pourquoi dirait-on parmi les peuples: Où est leur Dieu? " |
18 Or Yahvé s'émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
19 Yahvé répondit et dit à son peuple: " Voici que je vous envoie le blé, le vin, l'huile fraîche. Vous en aurez à satiété. Et jamais plus je ne ferai de vous l'opprobre des nations. |
20 Celui qui vient du Nord, je l'éloignerai de chez vous, je le repousserai vers une terre aride et désolée, son avant-garde vers la mer orientale, son arrière-garde vers la mer occidentale. Il en montera une puanteur, il en montera une infection! " Car il a fait grand! |
21 Terre, ne crains plus, jubile et sois dans l'allégresse, car Yahvé a fait grand! |
22 Ne craignez plus, bêtes des champs! les pacages des landes ont reverdi, les arbres portent leurs fruits, la vigne et le figuier donnent leurs richesses. |
23 Fils de Sion, jubilez, réjouissez-vous en Yahvé votre Dieu! Car il vous a donné la pluie d'automne selon la justice, il a fait tomber pour vous l'ondée, celle d'automne et celle de printemps, comme jadis. |
24 Les aires se rempliront de froment, les cuves regorgeront de vin et d'huile fraîche. |
25 " Je vous revaudrai les années qu'ont dévorées la sauterelle et le yeleq, le hasîl et le gazam, ma grande armée que j'avais envoyée contre vous. " |
26 Vous mangerez tout votre soûl, à satiété, et vous louerez le nom de Yahvé votre Dieu, qui aura accompli pour vous des merveilles. Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais! |
Le père Alexandre Schmemann écrit dans ses «Journaux» (12 octobre 1976, p. 297): «Le commencement de la “fausse religion”, c'est l'incapacité de se réjouir, ou plutôt le refus de la joie. Or la joie est si absolument importante parce qu'elle est le fruit indubitable du sentiment de la présence de Dieu. On ne peut pas savoir que Dieu est, et ne pas se réjouir. Et c'est seulement par rapport à elle que la crainte de Dieu, le repentir et l'humilité sont justes, authentiques, féconds. Hors de cette joie, ils deviennent facilement “démoniaques”, une perversion au plus profond même de l'expérience religieuse. Religion de la peur. Religion de la pseudo-humilité. Religion de la culpabilité: tout cela est tentation, tout cela est illusion spirituelle. [...] La peur du péché ne sauve pas du péché. La joie dans le Seigneur sauve».
Mais c'est précisément de cela que le prophète Joël nous appelle aujourd'hui à nous souvenir. Oui, il parle de «jeûne, de pleurs et de lamentation». Mais en vue de quoi? Pourquoi un si grand homme que Théophane le Reclus, dans son homélie pour ce jour, ne veut-il pas voir les paroles qui suivent ces mots si tragiques? Qu'est-ce qui le pousse à interrompre ses réflexions sur une note si désespérée: «Les prêtres ne cessent de crier: “épargne, Seigneur”! Mais du Seigneur vient certainement une réponse terrible: “je n'épargnerai pas, car il n'y a personne qui cherche l'épargne”. Tous se tiennent le dos tourné au Seigneur, se sont détournés de Lui et L'ont oublié».
Tout cela est vrai, mais ce n'est pas toute la vérité, pas toute la vérité. Oui, le monde s'est corrompu, nous le voyons de nos propres yeux; mais si l'on se permet de s'arrêter sur des notes si déchirantes, alors toute notre foi sera une neurasthénie. Et elle est bien une neurasthénie pour la majorité des croyants, dont 90% devraient être adressés à des psychiatres, hélas.
Mais il suffit d'entendre au moins ce que dit aujourd'hui le prophète: «Et il arrivera en ce jour-là que les montagnes ruisselleront de vin et que les collines couleront de lait», pour aussitôt se rappeler ce que répond l'Apôtre: «La foi est la réalisation de ce qu'on espère et la conviction de ce qu'on ne voit pas» (He 11:1). Car on peut nous dire que le prophète ne fait que nous promettre que cela arrivera un jour, quelque part, et que l'accomplissement de la promesse tarde. Mais c'est justement la réalisation de ce qu'on espère qui est notre foi. Nous devons absolument nous en souvenir, et d'une certaine manière le voir et le faire dans notre vie.
12 " Mais encore à présent - oracle de Yahvé - revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. " |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait? S'il revenait? S'il regrettait? S'il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu? |
15 Sonnez du cor à Sion! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu'on allaite au sein! Que le jeune époux quitte sa chambre et l'épousée son alcôve! |
17 Qu'entre l'autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé! Qu'ils disent: " Pitié, Yahvé, pour ton peuple! Ne livre pas ton héritage à l'opprobre, au persiflage des nations! Pourquoi dirait-on parmi les peuples: Où est leur Dieu? " |
18 Or Yahvé s'émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
19 Yahvé répondit et dit à son peuple: " Voici que je vous envoie le blé, le vin, l'huile fraîche. Vous en aurez à satiété. Et jamais plus je ne ferai de vous l'opprobre des nations. |
20 Celui qui vient du Nord, je l'éloignerai de chez vous, je le repousserai vers une terre aride et désolée, son avant-garde vers la mer orientale, son arrière-garde vers la mer occidentale. Il en montera une puanteur, il en montera une infection! " Car il a fait grand! |
21 Terre, ne crains plus, jubile et sois dans l'allégresse, car Yahvé a fait grand! |
22 Ne craignez plus, bêtes des champs! les pacages des landes ont reverdi, les arbres portent leurs fruits, la vigne et le figuier donnent leurs richesses. |
23 Fils de Sion, jubilez, réjouissez-vous en Yahvé votre Dieu! Car il vous a donné la pluie d'automne selon la justice, il a fait tomber pour vous l'ondée, celle d'automne et celle de printemps, comme jadis. |
24 Les aires se rempliront de froment, les cuves regorgeront de vin et d'huile fraîche. |
25 " Je vous revaudrai les années qu'ont dévorées la sauterelle et le yeleq, le hasîl et le gazam, ma grande armée que j'avais envoyée contre vous. " |
26 Vous mangerez tout votre soûl, à satiété, et vous louerez le nom de Yahvé votre Dieu, qui aura accompli pour vous des merveilles. Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais! |
La liturgie orthodoxe, y compris le cycle des lectures de la Sainte Écriture, prend à partir d’aujourd’hui un caractère de Grand Carême. Aujourd’hui, comme en un véritable jour de jeûne, la liturgie n’est pas célébrée, et nous lisons, à la sixième heure et aux vêpres, les paroles du prophète Joël. Deux passages du livre du prophète sont très étroitement liés au Carême qui commence, et les rédacteurs du Typikon de l’Église ont voulu qu’avant le Carême nous prêtions avec eux l’oreille à ces paroles de Dieu.
La première lecture commence par des paroles sur le sens du jeûne. Elles résonnent après la prophétie sur le jour du Seigneur, sur le fait que la venue de Dieu dans le monde est semblable à un feu qui détruit tout péché et toute injustice. Le prophète voit et décrit des tableaux de calamités innombrables qui viennent sur l’univers, « car le jour du Seigneur arrive ». Et la réponse à cette vision du prophète devient la parole du Seigneur : « Mais maintenant encore, dit le Seigneur, revenez à Moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les lamentations. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car Il est bon et miséricordieux, patient et plein de bonté, et Il regrette le malheur ». Dieu dit que Sa volonté porte sur notre repentir et notre salut.
Mais, comme aux temps anciens (or le livre du prophète Joël a été écrit à la charnière des Ve et IVe siècles av. J.-C.), ces paroles restent actuelles pour nous : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements ». Tous les efforts que nous faisons pendant le Carême visent à nous faire pleurer, ne serait-ce qu’un instant, avec le cœur, et à trouver le Christ dans cette affliction. Le prophète en parle à la fin du passage : « Et vous, enfants de Sion, réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse dans le Seigneur votre Dieu ». Le Seigneur Jésus-Christ reprendra cette pensée dans le Sermon sur la montagne, en disant : « Mais toi, quand tu jeûnes, lave ton visage... ».
La seconde lecture, qui comprend la fin du livre du prophète Joël, nous appelle à considérer le temps qui vient comme le dernier. Le jour est venu où l’on ne peut plus remettre à plus tard le repentir et la conversion. Le Seigneur vient vers Son peuple, et ceux qui désirent obtenir la vie sortiront à Sa rencontre.
18 Or Yahvé s'émut de jalousie pour son pays, il épargna son peuple. |
19 Yahvé répondit et dit à son peuple: " Voici que je vous envoie le blé, le vin, l'huile fraîche. Vous en aurez à satiété. Et jamais plus je ne ferai de vous l'opprobre des nations. |
20 Celui qui vient du Nord, je l'éloignerai de chez vous, je le repousserai vers une terre aride et désolée, son avant-garde vers la mer orientale, son arrière-garde vers la mer occidentale. Il en montera une puanteur, il en montera une infection! " Car il a fait grand! |
21 Terre, ne crains plus, jubile et sois dans l'allégresse, car Yahvé a fait grand! |
22 Ne craignez plus, bêtes des champs! les pacages des landes ont reverdi, les arbres portent leurs fruits, la vigne et le figuier donnent leurs richesses. |
23 Fils de Sion, jubilez, réjouissez-vous en Yahvé votre Dieu! Car il vous a donné la pluie d'automne selon la justice, il a fait tomber pour vous l'ondée, celle d'automne et celle de printemps, comme jadis. |
24 Les aires se rempliront de froment, les cuves regorgeront de vin et d'huile fraîche. |
25 " Je vous revaudrai les années qu'ont dévorées la sauterelle et le yeleq, le hasîl et le gazam, ma grande armée que j'avais envoyée contre vous. " |
26 Vous mangerez tout votre soûl, à satiété, et vous louerez le nom de Yahvé votre Dieu, qui aura accompli pour vous des merveilles. Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais! |
27 " Et vous saurez que je suis au milieu d'Israël, moi, que je suis Yahvé, votre Dieu, et sans égal! Mon peuple ne connaîtra plus la honte, jamais! " |
Que le Seigneur continue de prendre soin des hommes après les épreuves qu'ils ont traversées ne nous surprend pas ; la Bible nous rappelle constamment Sa miséricorde. Nous savons aussi que les images de l'abondance des fruits de la terre symbolisent souvent non seulement le bien-être matériel, mais aussi les dons spirituels que le Seigneur accorde à Ses fidèles. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la promesse d'être rassasié soit suivie d'une prophétie sur l'effusion de l'Esprit.
Remarquons que tous seront égaux devant l'Esprit envoyé par Dieu. L'Esprit accordera Ses dons à tous ceux qui sont capables de Le recevoir, indépendamment de leur âge ou de leur position sociale. Bien plus, le salut est annoncé à quiconque invoque le nom du Seigneur, c'est-à-dire se tourne vers Lui, et non seulement à ceux qui sont nés au sein d'un peuple particulier ou qui ont été rapprochés de la structure hiérarchique du Temple. Le salut s'avère si accessible ! Et pourtant si souvent rejeté...
1 Sonnez du cor à Sion, donnez l'alarme sur ma montagne sainte! Que tous les habitants du pays tremblent, car il vient, le jour de Yahvé, car il est proche! |
2 Jour d'obscurité et de sombres nuages, jour de nuées et de ténèbres! Comme l'aurore, se déploie sur les montagnes un peuple nombreux et fort, tel que jamais il n'y en eut, tel qu'il n'en sera plus après lui, de génération en génération. |
3 Devant lui, le feu dévore, derrière lui, la flamme consume. Le pays est comme un jardin d'Éden devant lui, derrière lui, c'est une lande désolée! Aussi rien ne lui échappe. |
4 Son aspect est celui des chevaux; comme des coursiers, tels ils s'élancent. |
5 On dirait un fracas de chars bondissant sur les sommets des monts, le crépitement de la flamme ardente qui dévore le chaume, un peuple fort rangé en bataille. |
6 À sa vue, les peuples sont dans les transes, tous les visages perdent leur couleur. |
7 Ils s'élancent comme des braves, tels des guerriers, ils escaladent les murailles. Chacun va droit sa route, sans s'écarter de sa voie. |
8 Nul ne bouscule son voisin, chacun va son chemin; à travers les traits ils foncent sans rompre leurs rangs. |
9 Ils se ruent sur la ville, s'élancent sur les murailles, escaladent les maisons, pénètrent par les fenêtres comme des voleurs. |
10 Devant lui la terre frémit, les cieux tremblent! Le soleil et la lune s'assombrissent, les étoiles perdent leur éclat! |
11 Yahvé fait entendre sa voix à la tête de ses troupes! Car ses bataillons sont sans nombre, car il est puissant, l'exécuteur de ses ordres, car il est grand, le jour de Yahvé, très redoutable - et qui peut l'affronter? |
12 " Mais encore à présent - oracle de Yahvé - revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. " |
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements, revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce, et il a regret du mal. |
14 Qui sait? S'il revenait? S'il regrettait? S'il laissait après lui une bénédiction, oblation et libation pour Yahvé, votre Dieu? |
15 Sonnez du cor à Sion! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, |
16 réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu'on allaite au sein! Que le jeune époux quitte sa chambre et l'épousée son alcôve! |
17 Qu'entre l'autel et le portique pleurent les prêtres, serviteurs de Yahvé! Qu'ils disent: " Pitié, Yahvé, pour ton peuple! Ne livre pas ton héritage à l'opprobre, au persiflage des nations! Pourquoi dirait-on parmi les peuples: Où est leur Dieu? " |
Pourquoi l'invasion de conquérants impitoyables et irrésistibles est-elle appelée le jour du Seigneur ? Le Seigneur n'est-Il pas bon ? Pourquoi la prophétie emploie-t-elle une comparaison si étrange ?
C'est difficile à comprendre, même si nous ne sommes pas surpris lorsque le mal reçoit sa rétribution : tout en espérant y échapper et en demandant pardon, nous comprenons malgré tout que nous méritons un châtiment. Mais rappelons-nous qu'outre le danger de devenir ouvertement l'instrument du mal, il existe aussi celui de nous habituer au bien, au point qu'il cesse, comme l'air, d'être remarqué et apprécié ; alors nous pouvons nous éloigner à la fois du bien et de Celui qui le donne sans même nous en apercevoir.
Et si nous adoptons à l'égard de Dieu un regard détaché, si nous L'imaginons loin de nous, « quelque part là-haut dans le ciel », Il peut nous donner de sentir que le monde est entre Ses mains et que, même au milieu de toutes les horreurs, Il est proche et ne nous abandonnera pas au pouvoir de l'absurde.
16 " Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, |
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
19 " Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. |
20 Mais amassez-vous des trésors dans le ciel: là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. |
21 Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. |
22 " La lampe du corps, c'est l'œil. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. |
23 Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! |
24 " Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. |
Vous est-il déjà arrivé, par exemple, pendant des vacances à la mer, d’aller vous baigner en laissant sur la plage un sac avec de l’argent ? Vous barbotez dans l’eau, mais quelque chose gâche votre plaisir : vous vous retournez sans cesse vers vos affaires... « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ».
Bien sûr, c’est une illustration très rudimentaire des paroles de Jésus, mais sommes-nous donc, vous et moi, des êtres si complexes ?! Le même mécanisme qui répartit notre attention agit aussi dans des situations plus « spirituelles ». Bien sûr, les affaires terrestres sont importantes, et il faut leur consacrer de l’attention. Saurons-nous chaque fois garder en nous la juste verticale de ce qui est premier, où Dieu, l’Esprit, l’amour comptent par-dessus tout ?
C’est aussi de cela que parlent les paroles suivantes du Christ sur Dieu et Mammon (la richesse). Jésus n’est pas contre la richesse ni le bien-être ; Il dit qu’il ne faut pas les placer au centre de son service, de son attention : cette place doit être réservée à Dieu !
16 " Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, |
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
19 " Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. |
20 Mais amassez-vous des trésors dans le ciel: là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. |
21 Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. |
22 " La lampe du corps, c'est l'œil. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. |
23 Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! |
24 " Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. |
Les recommandations sur la manière de pratiquer le jeûne sonnent avec une étonnante actualité, comme si deux mille ans ne s'étaient pas écoulés. D'ailleurs, en relisant l'Évangile, on se rappelle plus d'une fois ces mots: «le christianisme ne fait que commencer». Imiter la piété en observant un régime de carême avec une «mine de carême» s'est révélé beaucoup plus simple que de grandir spirituellement en traversant le jeûne. Mais il est vain de jouer la comédie devant Celui qui voit les véritables motifs de nos actes.
À ce qui est dit sur l'accumulation des trésors, il semble qu'il n'y ait rien à ajouter: chaque jour nous recevons bien des occasions d'observer comment tombe en poussière ce sur quoi les hommes essayaient de fonder leurs espérances. Pourtant, chaque jour nous tentons encore et encore d'accroître ces mêmes trésors terrestres peu fiables. Ils ne sont pas nécessairement des trésors au sens littéral; leur rôle peut être tenu par des bagatelles quotidiennes comme par des objets domestiques nécessaires. Mais même le nécessaire peut être transformé en idole qui cache Dieu. Et lorsque se dresse devant nous un choix tranchant: Dieu ou Mammon? il devient très facile, après avoir choisi Dieu en paroles, de Le renier par ses actes.
Si nous sommes vraiment avec Lui, Sa lumière habite en nous et éclaire notre chemin, nous empêchant de nous égarer sur les routes difficiles. Mais en nous éloignant de Lui, nous nous détournons aussi de Sa lumière, même si nous ne l'admettons pas tout de suite. Et alors, avec une vision spirituelle déformée, nous commençons à prendre les ténèbres qui habitent en nous pour de la lumière.
Mais si le mal qui se déguise en nous en lumière, et qui est donc «adouci», est monstrueux même sous cette forme affaiblie, que dire des ténèbres du mal à découvert, vers lesquelles nous risquons de nous diriger en nous détournant de la Source de la Lumière?
16 " Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, |
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
19 " Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. |
20 Mais amassez-vous des trésors dans le ciel: là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. |
21 Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. |
22 " La lampe du corps, c'est l'œil. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. |
23 Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! |
24 " Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. |
25 " Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? |
26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas plus qu'eux? |
27 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie? |
28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter? Observez les lis des champs, comme ils poussent: ils ne peinent ni ne filent. |
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. |
30 Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! |
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger? qu'allons-nous boire? de quoi allons-nous nous vêtir? |
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. |
33 Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. |
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. |
Le mot «mammon», obscur pour nous, signifie proprement «forteresse», ce sur quoi l'on peut s'appuyer, une source d'espérance. Bien sûr, le Seigneur comprend que nous avons tous besoin de manger, de boire, de nous vêtir, de gagner notre vie, et ainsi de suite; mais il dit que dans la vie d'un homme il ne peut pas y avoir deux espérances, deux trésors, deux buts. Il prend l'exemple des petits oiseaux et des fleurs des champs pour montrer qu'il est possible d'être libre, heureux, beau, en espérant non dans un «trésor sur la terre», mais en Dieu. Bien plus, cette beauté est plus pure, cette liberté plus claire que tout ce que peut nous offrir «le souci du jour». Et il ne s'agit pas de fuir la vie, ni d'irresponsabilité ou de vivre aux dépens d'autrui, mais de se tourner vers le contenu le plus précieux et le plus porteur de sens de la vie: vers Dieu, qui est, très certainement, plus étonnant que n'importe quel trésor.
14 " Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ; |
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements. |
16 " Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, |
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
19 " Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. |
20 Mais amassez-vous des trésors dans le ciel: là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. |
21 Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. |
Il n'est sans doute pas si difficile de comprendre ce que Jésus veut dire lorsqu'Il affirme : là où sont vos trésors, là aussi sera votre cœur. En effet, les trésors ne sont pas simplement de l'argent ou des objets précieux en eux-mêmes, même s'ils sont bien cachés. Ils ne deviennent des trésors que lorsqu'ils deviennent, et pour celui dont ils deviennent, le but et le sens de la vie. Ni l'argent, ni l'or ou l'argent métal, ni les pierres précieuses n'ont en eux-mêmes de rapport avec la vie spirituelle ; mais l'attitude de leur propriétaire à leur égard y est directement et immédiatement liée. La question des valeurs devient alors non plus une question de trésors, mais de ce système de valeurs qui constitue ce que le langage biblique appelle le cœur. Bien sûr, le cœur, au sens spirituel où ce mot est employé dans les livres bibliques, se manifeste avant tout dans les actes de la volonté. La vie du cœur détermine ce que les psychologues appellent aujourd'hui les intentions : les impulsions de la volonté unies aux objets extérieurs, physiques, ou intérieurs, psychiques, vers lesquels elles sont dirigées (et elles sont nécessairement dirigées vers quelque chose ; il ne peut en être autrement). Mais ce vers quoi l'impulsion de la volonté sera précisément orientée dépend du système de valeurs, et bien du système réel, celui qui détermine effectivement nos priorités dans la vie, non du système déclaré, qui a parfois peu de rapport avec le véritable. Jésus nous rappelle que le Royaume doit être au centre de notre système de valeurs. Sans cela, rien ne pourra aboutir : le chemin du Royaume est difficile et, dans toute autre configuration, nous ne saurons le parcourir jusqu'au bout.
14 " Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ; |
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements. |
16 " Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. |
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, |
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. |
19 " Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. |
20 Mais amassez-vous des trésors dans le ciel: là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. |
21 Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. |
Le dimanche du pardon est l'un des jours les plus remarquables de l'année liturgique. Et l'on se souvient de l'ancienne coutume de répondre à une demande de pardon: Dieu pardonnera. À l'homme moderne, ces paroles heurtent l'oreille. Tel est peut-être le destin de la langue. Mais il semble que nos ancêtres n'avaient pas moins de spiritualité que nous, c'est pourquoi réfléchissons-y encore une fois.
Nous n'apprécions pas ces paroles, sans doute parce que nous traitons trop facilement le pardon de Dieu, comme si c'était quelque chose qui allait de soi par Sa grande miséricorde. L'homme, paraît-il, oui, peut pardonner ou ne pas pardonner; c'est pourquoi, en réponse à une demande de pardon, nous voulons entendre non pas «Dieu pardonnera», mais «je te pardonne». Et c'est précisément ici que nous devons nous souvenir des paroles de la lecture évangélique d'aujourd'hui: si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs offenses, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. Autrement dit, la situation se retourne en quelque sorte contre toi-même (et il devrait toujours en être ainsi dans la vie!)
Mais que savons-nous du pardon? Parfois, quelqu'un se guide d'après l'expression courante: je pardonne à tous ceux à qui je dois. Mais, sérieusement, le premier véritable maître du pardon est bien sûr Joseph, qui pardonna à ses frères. Apprenons auprès des grands maîtres.
Et je voudrais encore dire une chose. Ce n'est absolument pas par hasard que les paroles sur le pardon sont associées ici, dans le texte, aux paroles sur l'ascèse. Ces deux aspects de la vie ont un lien très profond, que l'on peut représenter ainsi: jeûne — humilité (au sens biblique, et non au sens ordinaire) — répression de l'orgueil — pardon.
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