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RÉFLEXIONS pour Jb 1:1-2:13

1 Il y avait jadis, au pays de Uç, un homme appelé Job : un homme intègre et droit qui craignait Dieu et se gardait du mal.
2 Sept fils et trois filles lui étaient nés.
3 Il possédait aussi sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs et cinq cents ânesses, avec de très nombreux serviteurs. Cet homme était le plus fortuné de tous les fils de l’Orient.
4 Ses fils avaient coutume d’aller festoyer chez l’un d’entre eux, à tour de rôle, et d’envoyer chercher leurs trois sœurs pour manger et boire avec eux.
5 Or, une fois terminé le cycle de ces festins, Job les faisait venir pour les purifier et, le lendemain, à l’aube, il offrait un holocauste pour chacun d’eux. Car il se disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et maudit Dieu dans leur cœur ! » Ainsi faisait Job, chaque fois.
6 Le jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s’avançait parmi eux.
7 Yahvé dit alors au Satan : « D’où viens-tu ? » — « De parcourir la terre, répondit-il, et de m’y promener. »
8 Et Yahvé reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a point son pareil sur la terre : un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal ! »
9 Et le Satan de répliquer : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ?
10 Ne l’as-tu pas entouré d’une haie, ainsi que sa maison et son domaine alentour ? Tu as béni toutes ses entreprises, ses troupeaux pullulent dans le pays.
11 Mais étends la main et touche à tout ce qu’il possède ; je gage qu’il te maudira en face ! » —
12 « Soit ! dit Yahvé au Satan, tout ce qu’il possède est en ton pouvoir. Évite seulement de porter la main sur lui. » Et le Satan sortit de devant Yahvé.
13 Le jour où les fils et les filles de Job étaient en train de manger et de boire chez leur frère aîné,
14 un messager vint dire à Job : « Tes bœufs labouraient et les ânesses paissaient à côté d’eux
15 quand les Sabéens ont fondu sur eux et les ont enlevés, après avoir passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’en ai réchappé et je suis venu te l’annoncer. »
16 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Le feu de Dieu est tombé du ciel ; il a brûlé les brebis et les pâtres jusqu’à les consumer. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
17 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Les Chaldéens, divisés en trois bandes, ont fait un raid contre les chameaux et ils les ont enlevés, après avoir passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
18 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Tes fils et tes filles étaient en train de manger et de boire du vin dans la maison de leur frère aîné.
19 Et voilà qu’un vent violent a soufflé du désert. Il a heurté les quatre coins de la maison et elle est tombée sur les jeunes gens, qui ont péri. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
20 Alors Job se leva, déchira son vêtement et se rasa la tête. Puis, tombant sur le sol, il se prosterna
21 et dit :« Nu, je suis sorti du sein maternel,
nu, j’y retournerai.
Yahvé avait donné, Yahvé a repris :
que le nom de Yahvé soit béni ! »
22 En tout cela, Job ne pécha point et il n’imputa rien d’indigne à Dieu.
1 Un autre jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s’avançait parmi eux.
2 Yahvé dit alors au Satan : « D’où viens-tu ? » — « De parcourir la terre, répondit-il, et de m’y promener. »
3 Et Yahvé reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a point son pareil sur la terre : un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal ! Il persévère dans son intégrité et c’est en vain que tu m’as excité contre lui pour le détruire. »
4 Et Satan de répliquer : « Peau après peau. Tout ce que l’homme possède, il le donne pour sa vie !
5 Mais étends la main, touche à ses os et à sa chair et je gage qu’il te maudira en face ! » —
6 « Soit ! dit Yahvé au Satan, il est en ton pouvoir mais respecte pourtant sa vie. »
7 Et le Satan sortit de devant Yahvé.Il frappa Job d’un ulcère malin, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête.
8 Job prit un tesson pour se gratter et il s’installa parmi les cendres.
9 Alors sa femme lui dit : « Pourquoi persévérer dans ton intégrité ? Maudis donc Dieu et meurs ! »
10 Job lui répondit : « Tu parles comme une folle. Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ! » En tout cela, Job ne pécha point en paroles.
11 Trois amis de Job apprirent tous les malheurs qui l’avaient frappé. Ils arrivèrent chacun de son pays, Éliphaz de Témân, Bildad de Shuah, Çophar de Naamat. Ensemble, ils décidèrent d’aller le plaindre et le consoler.
12 De loin, fixant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors ils éclatèrent en sanglots. Chacun déchira son vêtement et jeta de la poussière sur sa tête.
13 Puis, s’asseyant à terre près de lui, ils restèrent ainsi durant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui adressa la parole, au spectacle d’une si grande douleur.
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Le Livre de Job commence par une sorte de prologue. Qui est donc le Job du Livre de Job? Nous savons quelque chose, quoique peu, du Job des anciennes traditions. Le Job des traditions se présente à nous comme un juste parfait, idéal, un héros, un chevalier sans peur et sans reproche. Manifestement, l'auteur du livre avait besoin précisément de cette image, celle d'un juste idéal et irréprochable. Job est même, si l'on peut dire, plus que juste. Par exemple, il accomplit des rites de purification et des sacrifices pour ses enfants même lorsqu'il n'a aucune raison de penser qu'ils ont besoin de purification. Il lui suffit de l'idée qu'ils aient pu pécher, qu'ils aient pu faire quelque chose qui rende la purification nécessaire: Job est convaincu que, dans ce cas, il vaut mieux en faire trop que ne pas en faire assez. Et c'est précisément un tel homme qui devient l'objet d'un débat entre Dieu et Satan.

Étrange débat, pourrait-on dire. Mais Satan, cet esprit qui s'oppose à Dieu, est libre de la même manière que l'est l'homme qui s'oppose à Dieu. Dieu n'étouffe sa liberté ni par la force ni par l'autorité. Quant à Satan, il est fidèle à lui-même: il ne fait confiance à personne et se moque de tout le bien qu'il voit dans le monde et chez les hommes. Satan ne croit tout simplement pas qu'un homme, ou qui que ce soit d'autre, puisse être bon; et là, sans aucun doute, il juge d'après lui-même. Satan est convaincu que l'homme ne peut faire quelque chose de bon, de pieux, de juste que si cela lui est avantageux. Et il le dit directement à Dieu.

Or ensuite il se passe quelque chose qui paraît tout à fait étrange: Dieu permet à Satan d'éprouver Job, en lui donnant accès au juste, à ses biens, à ses proches, même à son corps. Une seule exigence: laisser Job en vie, préserver son «âme», sa vie. Manifestement, l'auteur du Livre de Job perçoit parfaitement la différence entre la volonté de Dieu et ce que les théologiens appelleront plus tard la permission de Dieu. Mais une question naturelle se pose: pourquoi Dieu aurait-Il eu besoin de ce pari singulier? Satan ne peut être convaincu par aucun résultat, car c'est bien Satan.

Pour S'en convaincre Lui-même? Plus étrange encore: Dieu ne sait-Il pas qui est Job en réalité? Mais alors quoi? Peut-être s'agit-il de Job lui-même? Mais qu'est-ce que Dieu attend de lui? Job accepte les épreuves comme un homme profondément religieux: Dieu a donné, Dieu a repris; nu je suis venu au monde, nu j'en partirai; que le nom du Seigneur soit béni, bref, toutes les formules religieuses traditionnelles de tels cas sont présentes. Mais le temps passe. Combien de temps lui suffiront-elles? Et que dira Job ensuite, lorsque ces formules lui sembleront insuffisantes? L'histoire du juste et de l'épreuve de sa justice commence.

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Pour Jb 1:1-2:13
1 Il y avait jadis, au pays de Uç, un homme appelé Job : un homme intègre et droit qui craignait Dieu et se gardait du mal.
2 Sept fils et trois filles lui étaient nés.
3 Il possédait aussi sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs et cinq cents ânesses, avec de très nombreux serviteurs. Cet homme était le plus fortuné de tous les fils de l’Orient.
4 Ses fils avaient coutume d’aller festoyer chez l’un d’entre eux, à tour de rôle, et d’envoyer chercher leurs trois sœurs pour manger et boire avec eux.
5 Or, une fois terminé le cycle de ces festins, Job les faisait venir pour les purifier et, le lendemain, à l’aube, il offrait un holocauste pour chacun d’eux. Car il se disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et maudit Dieu dans leur cœur ! » Ainsi faisait Job, chaque fois.
6 Le jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s’avançait parmi eux.
7 Yahvé dit alors au Satan : « D’où viens-tu ? » — « De parcourir la terre, répondit-il, et de m’y promener. »
8 Et Yahvé reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a point son pareil sur la terre : un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal ! »
9 Et le Satan de répliquer : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ?
10 Ne l’as-tu pas entouré d’une haie, ainsi que sa maison et son domaine alentour ? Tu as béni toutes ses entreprises, ses troupeaux pullulent dans le pays.
11 Mais étends la main et touche à tout ce qu’il possède ; je gage qu’il te maudira en face ! » —
12 « Soit ! dit Yahvé au Satan, tout ce qu’il possède est en ton pouvoir. Évite seulement de porter la main sur lui. » Et le Satan sortit de devant Yahvé.
13 Le jour où les fils et les filles de Job étaient en train de manger et de boire chez leur frère aîné,
14 un messager vint dire à Job : « Tes bœufs labouraient et les ânesses paissaient à côté d’eux
15 quand les Sabéens ont fondu sur eux et les ont enlevés, après avoir passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’en ai réchappé et je suis venu te l’annoncer. »
16 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Le feu de Dieu est tombé du ciel ; il a brûlé les brebis et les pâtres jusqu’à les consumer. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
17 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Les Chaldéens, divisés en trois bandes, ont fait un raid contre les chameaux et ils les ont enlevés, après avoir passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
18 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Tes fils et tes filles étaient en train de manger et de boire du vin dans la maison de leur frère aîné.
19 Et voilà qu’un vent violent a soufflé du désert. Il a heurté les quatre coins de la maison et elle est tombée sur les jeunes gens, qui ont péri. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
20 Alors Job se leva, déchira son vêtement et se rasa la tête. Puis, tombant sur le sol, il se prosterna
21 et dit :« Nu, je suis sorti du sein maternel,
nu, j’y retournerai.
Yahvé avait donné, Yahvé a repris :
que le nom de Yahvé soit béni ! »
22 En tout cela, Job ne pécha point et il n’imputa rien d’indigne à Dieu.
1 Un autre jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s’avançait parmi eux.
2 Yahvé dit alors au Satan : « D’où viens-tu ? » — « De parcourir la terre, répondit-il, et de m’y promener. »
3 Et Yahvé reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a point son pareil sur la terre : un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal ! Il persévère dans son intégrité et c’est en vain que tu m’as excité contre lui pour le détruire. »
4 Et Satan de répliquer : « Peau après peau. Tout ce que l’homme possède, il le donne pour sa vie !
5 Mais étends la main, touche à ses os et à sa chair et je gage qu’il te maudira en face ! » —
6 « Soit ! dit Yahvé au Satan, il est en ton pouvoir mais respecte pourtant sa vie. »
7 Et le Satan sortit de devant Yahvé.Il frappa Job d’un ulcère malin, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête.
8 Job prit un tesson pour se gratter et il s’installa parmi les cendres.
9 Alors sa femme lui dit : « Pourquoi persévérer dans ton intégrité ? Maudis donc Dieu et meurs ! »
10 Job lui répondit : « Tu parles comme une folle. Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ! » En tout cela, Job ne pécha point en paroles.
11 Trois amis de Job apprirent tous les malheurs qui l’avaient frappé. Ils arrivèrent chacun de son pays, Éliphaz de Témân, Bildad de Shuah, Çophar de Naamat. Ensemble, ils décidèrent d’aller le plaindre et le consoler.
12 De loin, fixant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors ils éclatèrent en sanglots. Chacun déchira son vêtement et jeta de la poussière sur sa tête.
13 Puis, s’asseyant à terre près de lui, ils restèrent ainsi durant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui adressa la parole, au spectacle d’une si grande douleur.
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Les premiers chapitres du livre de Job posent au lecteur toute une série de questions. La première concerne l'identité du personnage principal du livre...  Lire la suite

Les premiers chapitres du livre de Job posent au lecteur toute une série de questions. La première concerne l'identité du personnage principal du livre. Qui était Job ? Pour répondre à cette question, il importe de distinguer le Job des traditions populaires juives de Job en tant que personnage du livre qui porte son nom. La tradition juive conserve d'anciens récits concernant un juste nommé Job qui, à en juger par certains indices, n'appartenait d'ailleurs pas au peuple juif. Sa justice était exemplaire, et l'auteur du livre de Job s'est servi de cette figure traditionnelle pour en faire le héros de son œuvre.

Mais par qui et quand ce livre a-t-il été écrit ? La plupart des biblistes situent la rédaction du livre de Job au Ve ou au IVe siècle avant notre ère. Quant à son auteur, on ne peut rien en dire de certain, sinon qu'à en juger par les thèmes abordés dans le livre, il était étroitement lié à la Synagogue et, peut-être, à un cercle de rabbins érudits et de maîtres de la Torah. Le Job du livre biblique n'est évidemment pas identique à celui des traditions populaires.

L'auteur, dont le nom nous est inconnu, conserve toutefois un trait caractéristique de Job, le héros populaire : sa justice. Le Job du récit biblique est réellement juste ; il est même, pour ainsi dire, « plus que juste » : il offre des sacrifices de purification alors même qu'aucun péché n'est manifeste, mais qu'un péché a pu être commis à l'insu de ceux qui l'ont commis (Jb 1,4–5). Et, conformément aux conceptions traditionnelles et anciennes de la prospérité du juste, la maison de Job connaît l'abondance à tous égards (Jb 1,1–4).

Tel est le prologue du livre de Job. Mais il comporte aussi un épisode qui semble, à première vue, quelque peu étrange : l'épreuve à laquelle Dieu soumet Son juste à l'instigation de Satan. Il permet d'abord à celui-ci de priver Job de tous ses biens (Jb 1,6–12), puis de sa santé (Jb 2,1–6). Dès le prologue, l'auteur pose ainsi le thème central de tout le livre : la souffrance d'un juste innocent qui, au regard des conceptions traditionnelles de la justice, ne mérite assurément rien de tel. La rapidité digne d'un conte avec laquelle les événements se déroulent dans le prologue (Jb 1,13–19 ; 2,7–8) ne doit pas nous tromper sur le sérieux du sujet lui-même. Au début, Job réagit manifestement à ce qui lui arrive comme le prescrit la religion (Jb 1,20–22 ; 2,9–10). Ses amis viennent le soutenir dans cette fidélité inébranlable à sa religion qu'ils associaient, tout comme Job lui-même, à la justice (Jb 2,11–13). Mais les forces humaines ont leurs limites, et le jour vint où Job prit la parole.

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Pour Jb 1:1-2:13
1 Il y avait jadis, au pays de Uç, un homme appelé Job : un homme intègre et droit qui craignait Dieu et se gardait du mal.
2 Sept fils et trois filles lui étaient nés.
3 Il possédait aussi sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs et cinq cents ânesses, avec de très nombreux serviteurs. Cet homme était le plus fortuné de tous les fils de l’Orient.
4 Ses fils avaient coutume d’aller festoyer chez l’un d’entre eux, à tour de rôle, et d’envoyer chercher leurs trois sœurs pour manger et boire avec eux.
5 Or, une fois terminé le cycle de ces festins, Job les faisait venir pour les purifier et, le lendemain, à l’aube, il offrait un holocauste pour chacun d’eux. Car il se disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et maudit Dieu dans leur cœur ! » Ainsi faisait Job, chaque fois.
6 Le jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s’avançait parmi eux.
7 Yahvé dit alors au Satan : « D’où viens-tu ? » — « De parcourir la terre, répondit-il, et de m’y promener. »
8 Et Yahvé reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a point son pareil sur la terre : un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal ! »
9 Et le Satan de répliquer : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ?
10 Ne l’as-tu pas entouré d’une haie, ainsi que sa maison et son domaine alentour ? Tu as béni toutes ses entreprises, ses troupeaux pullulent dans le pays.
11 Mais étends la main et touche à tout ce qu’il possède ; je gage qu’il te maudira en face ! » —
12 « Soit ! dit Yahvé au Satan, tout ce qu’il possède est en ton pouvoir. Évite seulement de porter la main sur lui. » Et le Satan sortit de devant Yahvé.
13 Le jour où les fils et les filles de Job étaient en train de manger et de boire chez leur frère aîné,
14 un messager vint dire à Job : « Tes bœufs labouraient et les ânesses paissaient à côté d’eux
15 quand les Sabéens ont fondu sur eux et les ont enlevés, après avoir passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’en ai réchappé et je suis venu te l’annoncer. »
16 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Le feu de Dieu est tombé du ciel ; il a brûlé les brebis et les pâtres jusqu’à les consumer. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
17 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Les Chaldéens, divisés en trois bandes, ont fait un raid contre les chameaux et ils les ont enlevés, après avoir passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
18 Il parlait encore quand un autre survint et dit : « Tes fils et tes filles étaient en train de manger et de boire du vin dans la maison de leur frère aîné.
19 Et voilà qu’un vent violent a soufflé du désert. Il a heurté les quatre coins de la maison et elle est tombée sur les jeunes gens, qui ont péri. Moi seul, j’en ai réchappé et suis venu te l’annoncer. »
20 Alors Job se leva, déchira son vêtement et se rasa la tête. Puis, tombant sur le sol, il se prosterna
21 et dit :« Nu, je suis sorti du sein maternel,
nu, j’y retournerai.
Yahvé avait donné, Yahvé a repris :
que le nom de Yahvé soit béni ! »
22 En tout cela, Job ne pécha point et il n’imputa rien d’indigne à Dieu.
1 Un autre jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s’avançait parmi eux.
2 Yahvé dit alors au Satan : « D’où viens-tu ? » — « De parcourir la terre, répondit-il, et de m’y promener. »
3 Et Yahvé reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a point son pareil sur la terre : un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal ! Il persévère dans son intégrité et c’est en vain que tu m’as excité contre lui pour le détruire. »
4 Et Satan de répliquer : « Peau après peau. Tout ce que l’homme possède, il le donne pour sa vie !
5 Mais étends la main, touche à ses os et à sa chair et je gage qu’il te maudira en face ! » —
6 « Soit ! dit Yahvé au Satan, il est en ton pouvoir mais respecte pourtant sa vie. »
7 Et le Satan sortit de devant Yahvé.Il frappa Job d’un ulcère malin, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête.
8 Job prit un tesson pour se gratter et il s’installa parmi les cendres.
9 Alors sa femme lui dit : « Pourquoi persévérer dans ton intégrité ? Maudis donc Dieu et meurs ! »
10 Job lui répondit : « Tu parles comme une folle. Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ! » En tout cela, Job ne pécha point en paroles.
11 Trois amis de Job apprirent tous les malheurs qui l’avaient frappé. Ils arrivèrent chacun de son pays, Éliphaz de Témân, Bildad de Shuah, Çophar de Naamat. Ensemble, ils décidèrent d’aller le plaindre et le consoler.
12 De loin, fixant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors ils éclatèrent en sanglots. Chacun déchira son vêtement et jeta de la poussière sur sa tête.
13 Puis, s’asseyant à terre près de lui, ils restèrent ainsi durant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui adressa la parole, au spectacle d’une si grande douleur.
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L'un des livres les plus célèbres de la Bible, le livre de Job se distingue nettement du reste de la littérature de l'Ancien Testament, tant par son genre que par son contenu...  Lire la suite

L'un des livres les plus célèbres de la Bible, le livre de Job se distingue nettement du reste de la littérature de l'Ancien Testament, tant par son genre que par son contenu. C'est un livre-parabole, une réflexion sur la vie humaine en tant que telle, sans lien direct avec le contexte de l'histoire sainte. Beaucoup d'interprètes, dont certains faisaient grande autorité, ont considéré le livre de Job comme historique et ont même tenté de déterminer exactement l'époque et le lieu de son action. On ne peut exclure que la légende, profondément remaniée sur le plan littéraire par un auteur inconnu, ait effectivement un fondement historique. Mais du point de vue du contenu même du livre, l'important est que son héros représente l'homme en général, qui connaît Dieu non par la Révélation donnée au peuple élu, mais par son expérience spirituelle intérieure.

Autant qu'on puisse en juger d'après les témoignages internes à la Bible et le texte du livre lui-même, la légende de Job accablé de souffrances était connue dans le monde de l'Ancien Testament depuis une haute antiquité ; des traditions analogues existent aussi dans la littérature des peuples voisins du monde biblique. La date de rédaction du livre de Job est très controversée. L'action se situe à l'époque patriarcale, bien avant l'alliance du Sinaï ; beaucoup d'interprètes, surtout anciens, datent également sa rédaction de cette époque ou d'une période un peu plus tardive. Les chercheurs modernes considèrent néanmoins que le livre de Job a été écrit à la fin du Ve siècle avant Jésus-Christ. Si l'on accepte ce point de vue, il faut tenir pour contemporains du livre de Job la seconde moitié du livre de Zacharie, le livre de Joël et toute la vaste littérature des « sages d'Israël ». Proche de cette dernière par le style, le livre de Job s'en distingue nettement par le sens et le ton. Sur le fond, son auteur est bien plus proche des auteurs de la seconde moitié du livre de Zacharie et du livre de l'Ecclésiaste. Comme l'Ecclésiaste, l'auteur de Job pense avant tout au sens de la vie de l'individu, à sa tragédie personnelle et à sa relation personnelle avec Dieu. C'est un argument sérieux en faveur d'une rédaction du livre de Job précisément au Ve siècle avant Jésus-Christ, après la prédication des grands prophètes et sous leur influence.

L'intrigue du livre est en elle-même assez simple : il y est question d'un juste prospère qui perd soudain tout ce qu'il possédait — richesse, famille et santé. Ses amis viennent auprès de lui pour tenter de le consoler et de comprendre avec lui ce qui s'est passé. Finalement, le Créateur lui-même intervient dans les événements et délivre Job. Sa fidélité et sa patience sont récompensées par la restitution de tout ce qu'il a perdu. La partie principale du livre, rédigée en poésie, contient les entretiens de Job avec ses amis ; la trame narrative est exposée dans le prologue et l'épilogue, écrits en prose.

Les premières lignes du livre dépeignent Job comme pieux et prospère. En les lisant, il importe de se rappeler que la religiosité traditionnelle de l'Ancien Testament supposait un lien direct entre justice et prospérité, péché et malheur. Les auteurs de l'Ancien Testament ne connaissaient pas l'idée d'une rétribution après la mort ; le sort de l'homme après la mort était conçu comme une sorte de vie suspendue : dans le Shéol, « les morts ne savent rien, et ils n'ont plus de récompense, car leur souvenir même est oublié » (Qo 9:5). L'auteur dépeint délibérément dans le prologue un tableau idyllique : Job est juste, donc riche et prospère. Mais cette idylle est loin de la vie véritable ; elle n'est que le point de départ théorique du récit. La vie réelle est pleine de souffrances inexplicables, où la justice n'est pas récompensée. Le prophète Habacuc avait déjà interrogé Dieu sur les raisons d'une telle injustice ; l'exemple de Jérémie et des autres prophètes, comme toute l'histoire de l'exil, confirmait l'actualité de cette question ; l'Ecclésiaste reconnaissait avec amertume l'impossibilité d'y répondre par le raisonnement.

Dans le cadre d'une dépendance directe entre justice et prospérité terrestre, il est impossible d'expliquer l'origine du mal et la souffrance du juste. C'est pourquoi l'auteur du livre de Job décrit un étrange dialogue entre Dieu et Satan. Pour le lecteur moderne — et, je pense, pour le lecteur ancien aussi —, cette scène soulève des questions brûlantes. Satan calomnie Job, affirmant qu'il n'est fidèle à Dieu qu'en raison des dons dont le Créateur l'a comblé. Et le Créateur, pour réfuter ces inventions, permet à Satan de priver Job de tout ce qu'il possède par la miséricorde de Dieu. Job devient ainsi un « pion », un jouet aveugle entre les mains de Satan et… de Dieu, qui retire sa main de Job sans se soucier le moins du monde de ce qu'il lui en coûtera de supporter cela. Pour l'homme moderne, cela est si contraire à l'image de Dieu comme Père aimant que sa foi en est souvent ébranlée. Arrivés au verset 12, certains referment le livre avec horreur, craignant de regarder plus loin. Il importe donc de se rappeler que le livre de Job a été écrit avant l'Incarnation du Fils de Dieu et qu'il est une œuvre littéraire.

Et voici qu'en un seul jour Job perd tout : ses fils et ses filles meurent, eux en qui seuls, selon les conceptions de l'Ancien Testament, il pouvait espérer voir sa vie se poursuivre ; toute sa richesse se dissipe comme une fumée. Mais dans le malheur, Job garde patience. Il confirme ainsi qu'il ne bénit pas Dieu par intérêt. Combien seraient capables de rester fidèles et de ne pas murmurer contre Dieu dans une telle situation ? Pourtant, cela ne suffit pas encore à Satan : il affirme que, si l'on frappe Job lui-même, celui-ci se détournera de Dieu. Le Seigneur accepte de nouveau cette épreuve, et Job est frappé de lèpre, qui lui cause des tourments terribles. Une nouvelle fois, le lecteur s'interroge : pourquoi Dieu a-t-il accepté de mettre Job à l'épreuve ? En a-t-il le droit ? Le lecteur consent-il à vénérer un tel Dieu, et celui-ci ne lui rappelle-t-il pas les Baals sanguinaires ? En tout état de cause, le Dieu omniscient a-t-il besoin de mettre l'homme à l'épreuve ?

Mais ce sont là les questions du lecteur. L'auteur du livre ne regarde pas de l'extérieur la souffrance de son héros, et c'est une tout autre question qui lui importe : à quoi bon la vie, si elle est remplie de souffrance ? « Maudis Dieu et meurs », propose à Job sa femme. Il est très important que la bénédiction de Dieu et le blasphème contre lui séparent la vie de la mort. Mais Job manifeste une humilité incompréhensible, acceptant de recevoir de Dieu le bien comme le mal. C'est précisément cette humilité qui lui donne le fondement nécessaire pour se plaindre de son sort et réclamer justice. Car, dans le récit, Job ignore la calomnie de Satan à son encontre et ne sait pas que Dieu a accepté de le mettre à l'épreuve pour trancher son différend avec Satan. De même, dans la vie, les causes des malheurs restent souvent inconnues de l'homme ; le sens de ses souffrances lui est encore davantage caché. Comme Job, nous ne pouvons qu'avoir soif d'une explication, chercher les causes et le sens de la souffrance. Non que cela la rende plus légère : bien sûr que non. Mais en en comprenant la cause et le sens, on peut tant bien que mal continuer à vivre. Sinon, l'homme se sent un jouet entre les mains de puissances supérieures pour lesquelles il ne vaut rien. Voilà pourquoi le livre de Job devient, entre autres, un annonciateur du personnalisme biblique.

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Pour Jb 2:9-10
9 Alors sa femme lui dit : « Pourquoi persévérer dans ton intégrité ? Maudis donc Dieu et meurs ! »
10 Job lui répondit : « Tu parles comme une folle. Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ! » En tout cela, Job ne pécha point en paroles.
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La première épreuve qui s'abattit sur Job montra que sa foi avait tenu bon: il demeure fidèle à Dieu. La valeur principale...  Lire la suite

La première épreuve qui s'abattit sur Job montra que sa foi avait tenu bon: il demeure fidèle à Dieu. La valeur principale pour Job n'est pas le bien-être, ni les dons dont il disposait, mais le Seigneur Lui-même. Job supporte aussi la seconde épreuve, lorsqu'il est lui-même frappé d'une maladie très dangereuse et devient un exclu même parmi les exclus.

Ce n'est pas un hasard si c'est justement après la seconde épreuve qu'a lieu la dispute de Job avec sa femme: au fond, le choc entre une foi profonde et une position de vie «normale», selon laquelle l'homme regarde Dieu comme le dispensateur des biens et, en leur absence, est prêt à se détourner de Lui. Lors de la première épreuve, la femme avait subi les mêmes malheurs que Job, mais la seconde épreuve ne l'a pas touchée directement; il lui est donc loisible, de l'extérieur, de conseiller à son mari de mourir en blasphémant. Mais le regard de Job sur l'essence des choses est plus profond, son attitude envers Dieu plus élevée et ne se réduit pas à l'exigence de soins constants pour lui-même; ainsi, ici encore, il supporte l'épreuve. Mais ce n'est que le commencement: il est relativement facile de supporter un malheur qui vient de se produire, mais il est plus difficile d'endurer lorsque le malheur dure longtemps.

Dans le récit des deux épreuves, il est dit que Job ne pécha pas dans ses jugements et ses appréciations de ce qui lui était arrivé. Il est prêt à recevoir tout ce qui vient de Dieu, même le mal; seulement, le fait est que le Seigneur n'est pas la source du mal, Il ne fait que le permettre (pourquoi, c'est une immense question dont la réponse se cache derrière le texte du Livre de Job, et plus encore derrière le texte de toute la Bible). On peut donc se demander si les représentations que Job se fait du Créateur ne sont pas limitées, lorsqu'il pense que le mal peut venir de Lui. Et bien qu'il soit dit qu'il n'y a pas de péché dans ce point de vue, il est incomplet, comme toutes nos représentations du Créateur. Car nul parmi les hommes ne peut Le saisir dans Sa plénitude.

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