19 Il faut bien qu'il y ait aussi des scissions parmi vous, pour permettre aux hommes éprouvés de se manifester parmi vous.
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Ces paroles de l'apôtre Paul sont étonnamment actuelles aujourd'hui, comme elles l'étaient au milieu des années 50 du 1er siècle. Dans cette partie du chapitre, l'apôtre Paul écrit aux Corinthiens au sujet de la vie liturgique et souligne que, si les divergences sont nécessaires, les divisions fondées sur elles sont au contraire inadmissibles. En oubliant ces paroles de l'apôtre, nous pensons et agissons souvent instinctivement tout à l'inverse : nous considérons que les divergences sont inadmissibles et que la séparation d'avec ceux qui pensent autrement est nécessaire.
En grec, et d'ailleurs aussi en slavon, cette phrase de l'apôtre sonne de façon saisissante, surtout sur le fond de l'histoire des chrétiens. La version slavonne, « Il faut qu'il y ait aussi des hérésies parmi vous, afin que les éprouvés soient manifestés parmi vous », est, comme d'habitude, au fond un calque du grec. Ce dernier contient réellement le mot aeresis, hérésie. Il était employé en trois sens proches mais non identiques : a) choix, liberté de choix ; b) élections, personnes élues ; c) tendances, courants, orientations, écoles. À l'époque des conciles, les deux premiers sens sont passés chez les chrétiens au second plan, mais au 1er siècle ils étaient encore pleinement en usage. Ce mot ne porte en lui aucune nuance négative ; c'est pourquoi l'apôtre parle de ces aeresis comme d'une chose nécessaire, et l'on peut aussi traduire « souhaitable ». Le texte slavon, et la Vulgate d'ailleurs aussi, préfère ne pas le traduire mais le transmettre directement, laissant au lecteur le soin de le comprendre. La traduction synodale propose l'interprétation plus étroite de « divergences d'opinion », considérant que l'apôtre parle de différences d'opinion qui ne doivent pas devenir un motif de division. Toutefois, on ne peut exclure que l'apôtre parle d'élections à des fonctions dans la communauté de Corinthe, qui auraient entraîné une division entre partisans de différentes personnes.
Quoi qu'il en soit, il est essentiel pour nous que l'apôtre caractérise les préférences personnelles et, ou, les différences d'opinion comme un phénomène normal parmi les chrétiens. Il explique que cela est nécessaire pour que soient manifestés parmi nous les éprouvés, les vérifiés, les authentiques, les « expérimentés » du texte slavon, mot resté pour une raison ou une autre sans traduction dans la version synodale. Humainement, nous pensons que si les éprouvés sont manifestés, les autres sont donc considérés comme n'ayant pas passé l'épreuve, c'est-à-dire inaptes, avec les « conclusions organisationnelles » qui s'ensuivent. Mais l'apôtre n'a absolument pas cela en vue ; pour lui, il importe de voir les éprouvés et les vérifiés afin que, gardant l'unité comme un grand trésor, nous suivions leur exemple et leur choix.
En outre, pour nous, surtout pour ceux qui ont grandi sous les bolcheviks, c'est-à-dire presque tous, il est important de comprendre que les divergences sont reconnues comme nécessaires dans l'unique communauté ecclésiale que Paul appelle à garder l'unique Eucharistie, c'est-à-dire dans le cadre du christianisme. Or il nous semble d'ordinaire que le christianisme est un enseignement ou une idéologie où il ne peut tout simplement pas y avoir de différences d'opinion. Eh bien non seulement il peut y en avoir, mais il en faut même. En réalité, cela se comprend très bien : le Seigneur a planté l'Église dans un monde changeant, qui change par lui-même et sous l'action bienfaisante du Créateur. Et le chemin de la vie chrétienne en ce monde doit être choisi chaque jour.
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