17 Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens, avec leur vain jugement |
18 et leurs pensées enténébrées : ils sont devenus étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qu’a entraînée chez eux l’endurcissement du cœur, |
19 et, leur sens moral une fois émoussé, ils se sont livrés à la débauche au point de perpétrer avec frénésie toute sorte d’impureté. |
20 Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ, |
21 si du moins vous l’avez reçu dans une prédication et un enseignement conformes à la vérité qui est en Jésus, |
22 à savoir qu’il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, |
23 pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement |
24 et revêtir l’Homme Nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité. |
25 Dès lors, plus de mensonge : que chacun dise la vérité à son prochain ; ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? |
26 Emportez-vous, mais ne commettez pas le péché : que le soleil ne se couche pas sur votre colère ; |
27 il ne faut pas donner prise au diable. |
28 Que celui qui volait ne vole plus ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, au point de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux. |
29 De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent. |
30 Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption. |
31 Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. |
32 Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. |
En appelant les chrétiens de l’Église d’Éphèse à une vie nouvelle dans le Christ, l’apôtre Paul explique en détail le lien de cause à effet entre la foi et ce que nous appellerions aujourd’hui le caractère moral d’une personne. Il dit que l’ignorance et l’endurcissement du cœur des païens entraînent l’obscurcissement de l’intelligence. C’est précisément cela qui éloigne l’homme de la vie de Dieu. En s’éloignant toujours davantage de Lui, l’homme atteint l’insensibilité. Le mot grec employé ici peut se traduire par « anesthésie, incapacité à ressentir la douleur ». La Vulgate, traduction latine de saint Jérôme, emploie un mot qui signifie désespoir ou absence d’espoir. Il s’agit en substance de l’état où l’intelligence humaine émoussée ne peut entendre la voix de sa propre conscience, ne peut ressentir la douleur causée par ses propres actes ni compatir à la douleur d’autrui. Surtout, cette insensibilité nous prive de la possibilité de voir la douleur atroce que nos bassesses infligent au Créateur. C’est pourquoi, dit l’apôtre Paul, l’homme se livre à une débauche et à une impureté extrêmes et sans frein. Leur moteur est le vide intérieur qui se forme parce que le cœur insensible est privé de communion avec Dieu. La débauche et l’impureté ne peuvent combler ce vide ; c’est pourquoi, dit l’apôtre, nous nous y livrons avec insatiabilité et avidité. C’est la chute ultime : une mort sans retour. Une issue à cette chute désespérée s’ouvre parce que la Vérité elle-même Se manifeste à l’homme dans le Christ. Nous sortons de l’état d’ignorance et d’endurcissement du cœur qui, comme l’apôtre l’a montré plus haut, nous mène à une mort sans espoir, et nous recevons en don la possibilité de tout recommencer. C’est pourquoi il nous appelle à nous défaire—littéralement, à nous dépouiller—du vieil homme, à renouveler l’esprit de notre intelligence et à revêtir l’homme nouveau. Tout dépend donc de notre choix. Il est en outre essentiel que nous participions ainsi à la vie de Dieu et que, au lieu de l’insensibilité, nous devenions capables non seulement de connaître la vérité, mais de la sentir de tout notre être. Au lieu de l’anesthésie païenne, l’homme acquiert la capacité de voir la souffrance du Crucifié et, grâce à elle, de choisir la vérité. De toujours choisir la vérité.
17 Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens, avec leur vain jugement |
18 et leurs pensées enténébrées : ils sont devenus étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qu’a entraînée chez eux l’endurcissement du cœur, |
19 et, leur sens moral une fois émoussé, ils se sont livrés à la débauche au point de perpétrer avec frénésie toute sorte d’impureté. |
20 Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ, |
21 si du moins vous l’avez reçu dans une prédication et un enseignement conformes à la vérité qui est en Jésus, |
22 à savoir qu’il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, |
23 pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement |
24 et revêtir l’Homme Nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité. |
25 Dès lors, plus de mensonge : que chacun dise la vérité à son prochain ; ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? |
26 Emportez-vous, mais ne commettez pas le péché : que le soleil ne se couche pas sur votre colère ; |
27 il ne faut pas donner prise au diable. |
28 Que celui qui volait ne vole plus ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, au point de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux. |
29 De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent. |
30 Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption. |
31 Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. |
32 Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. |
En appelant les chrétiens d'Éphèse à une vie spirituelle normale et pleine, Paul parle de la nécessité pour eux d'être renouvelés par le «souffle («l'esprit») de l'intelligence», afin de devenir autres, des hommes nouveaux, capables de vivre une vie juste conformément au dessein de Dieu sur l'homme et sur sa vocation. Cette vie nouvelle, l'apôtre la considère comme chrétienne au sens propre du mot (v. 20-24). Un tel appel correspond pleinement aux conceptions de la vie spirituelle généralement admises dans le milieu rabbinique au temps de Paul. Leur quintessence est exprimée par le célèbre appel à aimer Dieu «de tout son coeur, de tout son être («de toute son âme») et de toutes ses forces» (Dt 6:5). La vie spirituelle de l'homme est déterminée par le choix de son coeur, qui, dans la langue de la Bible, désigne ce centre de la personne humaine où se fait le choix et où se prennent les décisions qui déterminent les relations de l'homme avec Dieu et avec les hommes, ainsi que le système de valeurs qui détermine toute sa vie. En grec, depuis l'Antiquité déjà, on a commencé à l'appeler «intelligence»; et les philosophes grecs rattachaient à la notion d'«intelligence» ce que les auteurs bibliques écrivant en hébreu mettaient dans la notion de «coeur». C'est précisément l'action spirituelle («l'esprit») de cette «intelligence-coeur» qui renouvelait l'homme, et avant tout son monde intérieur, ce que la Bible appelle ordinairement «l'âme», par quoi il faut entendre ici non pas le principe personnel auquel nous sommes habitués, mais la force vitale intérieure.
Paul parle en ce sens du «renouvellement de l'homme intérieur», ce qui n'a rien d'étonnant: le renouvellement spirituel de l'homme commence toujours de l'intérieur, même si, dans un cas normal, il ne se limite jamais à son seul monde intérieur. Et l'apôtre, en parlant du renouvellement de «l'homme intérieur», estime lui aussi que celui-ci doit être suivi d'un changement de toute la vie du converti. Ce n'est pas par hasard qu'il oppose deux modes de vie: l'ancien, que beaucoup de chrétiens d'Éphèse menaient manifestement auparavant, avant leur conversion (v. 17-19), et le nouveau, auquel Paul les appelle (v. 25-32). Mais si autrefois, avant la venue du Christ dans le monde, il s'agissait de choisir ou de rejeter le chemin de la justice, il s'agit désormais de choisir ou de rejeter le Royaume et le salut. Et l'apôtre appelle de nouveau les fidèles à rester fidèles jusqu'au bout, après avoir choisi le Royaume.
20 Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ, |
21 si du moins vous l’avez reçu dans une prédication et un enseignement conformes à la vérité qui est en Jésus, |
22 à savoir qu’il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, |
23 pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement |
24 et revêtir l’Homme Nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité. |
Pour Paul, la tâche principale de la vie chrétienne, qui constitue le sens du christianisme, est la transfiguration de l'homme, la transformation qualitative de la nature humaine. Et l'apôtre rappelle avant tout qu'une telle transformation, même lorsqu'elle n'est encore qu'en cours, ne permet aucun péché conscient. Au début, bien sûr, personne ne peut maîtriser ses émotions ; cela vient avec l'expérience. Mais dès que cette maîtrise devient possible, l'homme doit se séparer de tout ce qui ne correspond pas à la Torah intérieure, laquelle devient désormais l'instrument principal de la transformation de sa nature. Au début, par exemple, il est difficile de ne pas céder à une colère qui peut submerger l'âme avant que le néophyte ait eu le temps de réagir. Mais si ce même néophyte continue de nourrir en lui la colère qui vient de s'enflammer alors qu'il pourrait déjà s'en libérer, il s'agit désormais de son choix, dont il répondra devant Dieu. Et surtout, entretenir consciemment et volontairement un état qui ne favorise pas une relation normale avec Dieu détruit la vie spirituelle de l'homme et le freine sur le chemin de la vie chrétienne dans lequel il s'est engagé.
Au début du chemin, il peut arriver à chacun de perdre un instant conscience de soi, emporté par une vague émotionnelle ou intellectuelle. Mais on ne peut pas vivre dans un tel état d'oubli, en s'enfonçant dans l'abîme des états psychiques et psychophysiques pécheurs et en se livrant, selon les paroles de l'apôtre, à « la débauche jusqu'à l'insensibilité ». Le renouvellement de l'homme consiste précisément en ce que ces états incontrôlés deviennent de moins en moins nombreux dans sa vie avec le temps. En effet, ces états qui conduisent au péché ne sont qu'un cas particulier et une manifestation concrète de l'inconscience propre à la vie de l'homme déchu en général, de cet automatisme irréfléchi qui exclut par lui-même toute relation profonde, que ce soit avec Dieu, avec le Christ ou avec quelque autre personne. On ne peut se libérer de tout cela qu'en étant « renouvelé par le souffle de l'intelligence », comme l'apôtre décrit ce processus.
Par « intelligence », Paul entend ici ce que les livres bibliques appellent habituellement le « cœur » : le « moi » spirituel de l'homme qui recèle le « souffle de vie » de Dieu. Au plus profond du « moi » spirituel du chrétien se révèle aussi le souffle du Royaume, qu'il éprouve en entrant dans la relation du Père avec le Fils. À la différence des Juifs, les Grecs désignaient traditionnellement cette profondeur par un mot généralement traduit en français par « intelligence », et Paul, qui écrivait ses épîtres en grec, l'emploie lui aussi afin de rendre son propos compréhensible à ceux auxquels la tradition grecque était plus proche que la tradition juive.
C'est depuis cette profondeur spirituelle du « moi » humain, derrière laquelle se tient la présence réelle de Dieu, qu'agit le souffle du Royaume qui renouvelle l'homme. Non pas immédiatement, bien sûr : ce processus exige, pour s'achever, plus de temps que la durée de la vie terrestre d'un homme. Mais l'essentiel est qu'il ait commencé : il est tout à fait possible d'être prêt pour le jour du triomphe complet du Royaume et du retour du Sauveur, à condition, bien sûr, de ne pas s'arrêter ni se détourner du chemin.
25 Dès lors, plus de mensonge : que chacun dise la vérité à son prochain ; ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? |
26 Emportez-vous, mais ne commettez pas le péché : que le soleil ne se couche pas sur votre colère ; |
27 il ne faut pas donner prise au diable. |
28 Que celui qui volait ne vole plus ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, au point de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux. |
29 De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent. |
30 Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption. |
31 Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. |
32 Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. |
Le mot clé de la lecture apostolique d'aujourd'hui est « c'est pourquoi ». Dans les lignes précédentes, l'apôtre dit que nous devons être renouvelés dans l'esprit de notre intelligence et revêtir l'homme nouveau, puisque nous avons reconnu que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu, le Christ. Puis, dans la fin du quatrième chapitre de l'épître aux Éphésiens que nous lisons aujourd'hui, il énumère les conséquences de ce fait.
On ne peut manquer de remarquer que les traits qu'il décrit concernent les relations du chrétien avec son entourage. On peut les résumer ainsi : le chrétien ne ment pas, ne vole pas, pardonne aux autres et ne les injurie pas ; par sa parole, il apporte la paix et la consolation. En théorie, il est très agréable de vivre près d'une telle personne. Les apologistes chrétiens des IIe et IIIe siècles attiraient souvent l'attention des puissants sur le fait que la société n'avait pas de meilleurs citoyens que les chrétiens. Pourtant, il est difficile d'être ainsi, car de telles personnes nous irritent. À côté d'elles, ce que nous sommes nous-mêmes apparaît trop clairement. Mais c'est précisément pourquoi le Seigneur disait aux disciples : vous êtes la lumière du monde.
En énumérant des choses ordinaires dans le monde, mais inadmissibles pour les chrétiens — la colère, le vol, les propos grossiers et le mensonge —, l'apôtre les exhorte à ne pas attrister ainsi l'Esprit Saint. C'est que la voix de l'Esprit, qui résonne dans le cœur des hommes, peut facilement être étouffée par celle de la chair. Ce fait montre clairement que le don de l'Esprit ne supprime ni la liberté ni la responsabilité humaines. Il est également évident que des choses aussi simples que s'abstenir de propos grossiers, de mensonges et de vols peuvent exprimer notre amour pour l'Esprit qui nous a marqués de Son sceau.
25 Dès lors, plus de mensonge : que chacun dise la vérité à son prochain ; ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? |
Nous disons-nous la vérité les uns aux autres ? Non, nous comprenons que mentir est mal, nous rejetons le mensonge — en théorie. Mais en pratique, nous ne cessons de dire de petits mensonges. Peut-être ne proférons-nous pas de mensonges grossiers, mais nous n'arrivons pas non plus à appeler nos paroles la vérité.
Pourquoi en est-il ainsi ? Peut-être avons-nous tout simplement peur. Peur de la réalité, de ce que nous sommes vraiment ; peur que, si nous n'enjolivons pas les choses, tous nous voient tout nus, acquièrent un certain savoir sur nous — or le savoir, c'est la force, le pouvoir. Le mensonge est notre moyen de défense. Nous l'utilisons comme un vêtement, pour cacher nos parties vulnérables et indécentes, pour nous embellir. « Sans un beau mensonge, pas d'histoire à raconter. » Nous avons aussi peur d'entendre la vérité sur nous-mêmes. « Plus qu'une multitude de basses vérités, nous chérissons une illusion qui nous grandit. » Mieux vaut que quelqu'un se trompe sur notre compte, mais dise du bien de nous. Habitués à tout juger d'après nous-mêmes, nous avons aussi peur de dire aux autres la vérité sur eux. Nous appelons cela un « mensonge pour sauver », en nous justifiant : « Il est des vérités qui peuvent tuer. »
Qu'en résulte-t-il donc ? Le mensonge et la peur, la peur et le mensonge. Et tout cela ne cesse de nous séparer davantage. L'apôtre Paul nous dit de rejeter tous ces faux motifs : de telles relations ne peuvent exister entre les organes d'un même corps ; un membre ne peut transmettre à un autre quelque chose de faux — le corps tout entier se détruirait. Dire la vérité fait peur ? Et si nous essayions tout de même ?
26 Emportez-vous, mais ne commettez pas le péché : que le soleil ne se couche pas sur votre colère ; |
D’une manière générale, le début de ce verset "attire" notre attention. Comment peut-on étant en colère – ne pas commettre de péché, si le Seigneur a Lui-même assimilé la colère à la violation du sixième commandement de Moise «ne tue point» ? Et dans ce même chapitre de l’épître aux Éphésiens Paul nomme la colère parmi ces défauts, qui doivent être extirpés de chez nous. Mais les Saintes Ecritures ne parlent-elles pas tant de fois de la colère de Dieu, et Jésus aussi n'est pas étranger à la colère! (Voir Mc 3:5).
La résolution possible du problème peut être Jacques 1:20, où la colère humaine est opposée à la vérité de Dieu. Il y a donc deux différentes colères : la peccable colère humaine et la juste colère Divine. L'objet de la colère juste est le péché, l'objet de la colère peccable - le pécheur. Alors on peut comprendre la première moitié du verset ainsi : soit vous ne commettez pas le péché par la colère, soit emportez vous pas d’une colère peccable (c'est-à-dire non sur le pécheur, mais sur le péché).
Mais la deuxième moitié du verset fait le bilan dans les deux cas - «que le soleil ne se couche pas sur votre colère;». Il ne faut pas "rester" dans la colère, il faut l'apporter devant Dieu pour qu’Il le supprime comme notre péché ou l'accepte dans Sa colère juste, et nous remplit avec Sa faveur.
30 Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption. |
En parlant du péché, Paul appelle les destinataires de sa lettre à ne pas attrister, selon le texte grec, le souffle de Dieu, «l'Esprit Saint de Dieu», dont ils ont reçu le sceau au jour de leur baptême, que l'apôtre appelle «jour de la rédemption». Ces paroles sont souvent comprises allégoriquement, en voulant dire que tout péché commis par un chrétien attriste Dieu à peu près comme il attristerait un homme désireux de correspondre à certaines normes morales et religieuses. On suppose alors que Dieu attend Lui aussi de l'homme cette conformité et, ne l'obtenant pas, s'afflige.
Mais c'est là une image par trop humaine, créée à la mesure humaine et selon une évaluation humaine de ce qui se passe. Bien sûr, les péchés des hommes ne réjouissent pas Dieu. Mais il ne s'agit pas ici de morale en tant que telle. Dieu n'attend pas de l'homme déchu la perfection; Il sait mieux que quiconque à qui Il a affaire. L'important est autre. Dieu a envoyé dans le monde Son Fils afin qu'Il y apporte le Royaume et le rende accessible à quiconque cherche. Le Royaume est pénétré du souffle de Dieu, auquel, par le Christ, peut participer quiconque Lui fait confiance.
Celui qui Lui fait ainsi confiance pourra réellement vivre avec le Christ d'une même vie, la vie de Son Royaume. Mais il ne peut y avoir de place pour le péché dans cette vie. Le souffle du Royaume n'enveloppe pas seulement l'homme qui participe à sa vie. Il entre aussi en lui, dans la profondeur de son cœur. Le cœur du chrétien devient cette porte par laquelle le souffle du Royaume entre dans le monde en le transfigurant. Le monde et l'homme sont transfigurés par le même souffle de Dieu dont le Royaume est pénétré. Et le péché entrave ce processus, il le freine.
Le péché qui niche dans le cœur empêche le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, de demeurer dans l'homme. Il empêche aussi la sanctification du monde. Pour parler en image, la capacité du cœur humain empoisonné par le péché à laisser passer à travers lui le souffle de Dieu diminue comme diminue la capacité d'une conduite d'eau à laisser passer le flux d'eau pure lorsque la conduite est bouchée par des déchets.
Le souffle de Dieu accablé de tristesse est une belle image qui décrit cette réalité. Tout péché diminue la mesure de plénitude du souffle de Dieu qui demeure dans le cœur du chrétien. Il diminue donc aussi la mesure de l'action sanctifiante d'un tel cœur sur le monde. Et, en fin de compte, il repousse le jour du triomphe complet et définitif du Royaume et du retour du Christ dans la gloire. Il repousse donc aussi le jour du salut du pécheur lui-même.
31 Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. |
32 Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. |
En parlant des relations entre chrétiens, l'apôtre conseille d'en exclure, d'en chasser toutes les manifestations de colère et d'irritation, extérieures comme intérieures. Cette tâche peut, à première vue, paraître tout à fait irréalisable. On peut, bien sûr, apprendre à se contenir lorsqu'il s'agit des paroles, même si une telle retenue est d'ordinaire difficile à acquérir.
Mais que faire du monde intérieur, des émotions qu'il paraît tout à fait impossible de contrôler ? Et sera-t-il bon de sourire au prochain si le sourire est feint ? Évidemment non : il n'y a sans doute pas de pire profanation des relations authentiques et de la vraie vie spirituelle qu'un masque de piété, de bonté et d'amour du prochain porté à l'occasion d'une visite à l'église. On voit que Paul n'appelle pas ses lecteurs à une modification extérieure, mais à un véritable changement de leur vie spirituelle. Mais comment cela est-il possible ? L'apôtre relie de tels changements à la personne même du Sauveur.
Il dit : pardonnez-vous les uns aux autres comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. Or le pardon de l'homme par Dieu est très éloigné tant de la complaisance que du désir de punir le pécheur pour le péché qu'il a commis. Dieu ne reproche rien à l'homme. Il nous accueille tels que nous sommes afin de nous rendre tels qu'Il veut nous voir. La vie spirituelle est d'abord le travail incessant de Dieu avec nous et notre travail sur nous-mêmes avec Sa participation immédiate. Mais si nous sommes chrétiens, ce travail suppose aussi la participation immédiate de Jésus-Christ, et une participation dont Lui seul n'a pas conscience, ce qui va de soi, mais dont nous aussi avons conscience. Bien sûr, Il travaille souvent avec ceux qui ne soupçonnent même pas Sa présence dans leur vie, mais on ne peut tout de même pas appeler une telle vie spirituelle chrétienne au sens propre du terme.
Or le Sauveur témoignait de Lui-même comme de la Torah vivante, et les deux premières générations chrétiennes, voire les trois premières, voyaient en Lui l'unique exemple de Torah vivante dans toute l'histoire de l'humanité. Unique, parce qu'on ne peut devenir Torah vivante qu'en étant entièrement délivré du péché, ce qui n'avait réussi à personne avant le Christ. Le chemin chrétien, pour Paul comme pour les autres chrétiens de la première génération, était compris comme le chemin à la suite du Christ, sur lequel le chrétien devient lui-même Torah vivante, devenant semblable à son Maître, qui libère celui qui Le suit du pouvoir de ce péché qui l'empêche d'atteindre le but fixé.
Sur ce chemin, le travail avec ses propres intentions devient une part essentielle de la vie spirituelle. Il s'agit des intentions comme telles, et non de leurs manifestations extérieures sous forme de paroles dures et d'émotions correspondantes. C'est ce travail, avec la participation immédiate du Christ Lui-même, que l'apôtre a en vue lorsqu'il parle de la nécessité d'exclure de la vie des chrétiens l'irritation et la colère avec toutes leurs manifestations. La tâche n'est pas simple, mais avec l'aide de Dieu et dans le Christ, elle est pleinement atteignable.
14 Ainsi nous ne serons plus des enfants, nous ne nous laisserons plus ballotter et emporter à tout vent de la doctrine, au gré de l’imposture des hommes et de leur astuce à fourvoyer dans l’erreur. |
15 Mais, vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ, |
16 dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité. |
17 Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens, avec leur vain jugement |
18 et leurs pensées enténébrées : ils sont devenus étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qu’a entraînée chez eux l’endurcissement du cœur, |
19 et, leur sens moral une fois émoussé, ils se sont livrés à la débauche au point de perpétrer avec frénésie toute sorte d’impureté. |
Dans le passage de l'Épître aux Éphésiens que nous lisons aujourd'hui, l'apôtre Paul formule une vision de la vie humaine très importante pour nous : celle d'un mouvement orienté vers un but, d'un chemin tendu vers Dieu. Il écrit que Dieu édifie toute la diversité de la vie de l'Église afin que nous « grandissions tous jusqu'à la mesure de la stature parfaite du Christ ». L'apôtre nous rappelle que nous sommes appelés à grandir « en Lui » et que l'on ne peut avancer sur ce chemin de croissance que par l'amour véritable. Cette vision donne un sens à toute vie humaine, ce qui est déjà important en soi.
Plus consolant encore, suivre un tel chemin nous libère de la dépendance envers les critères selon lesquels nous mesurons la réussite terrestre : richesse, pouvoir, autorité et force. Selon la pensée de l'apôtre, celui qui agit par amour revêt la dignité du Christ. Ainsi, en même temps que l'appel à grandir, l'apôtre propose une nouvelle échelle de valeurs, une véritable hiérarchie du bien et du mal dont le point de départ est Dieu Lui-même.
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