La prière que Jésus adresse pour ses disciples résume tout ce qui a été dit pendant la dernière Cène. On l'appelle habituellement la prière pour l'unité, ce que l'on peut sans aucun doute accepter. Mais il n'y est pas seulement question d'une unité extérieure. Jésus demande de nouveau au Père de préserver entre lui-même et ses disciples cette même union qui existe entre lui et le Père (v. 21-23). Sans une telle union, aucun témoignage n'est manifestement possible; sans elle, le monde ne croira pas que les apôtres ont réellement été envoyés dans le monde par le Sauveur lui-même.
Or le témoignage sur le Royaume et sa manifestation au monde sont précisément la tâche principale des envoyés. En s'adressant au Père, Jésus transmet en quelque sorte aux apôtres la mission que le Père lui avait confiée et confie les apôtres eux-mêmes au Père. Il dit: j'ai donné la vie du Royaume que tu m'as remise à quiconque voulait la recevoir; j'ai accompli tout ce que tu m'as confié (v. 1-5). Je me suis révélé moi-même, et je t'ai révélé, toi et ton Royaume, à ceux que tu m'as envoyés, et ils ont tout reçu (v. 6-8). Et maintenant, dit Jésus, je pars tandis qu'ils demeurent, et je prie pour eux, pour ceux qui t'appartiennent (v. 9-11).
Une telle demande était tout à fait naturelle, car les apôtres devenaient maintenant les témoins de ce Royaume dont Jésus avait auparavant parlé au monde, et la communauté apostolique devait devenir le noyau de l'Église. Auparavant, Jésus lui-même gardait ses disciples dans un monde qui leur était hostile. Maintenant, en allant vers le Père, il demande que le Père aide les apôtres à préserver la joie du Royaume qu'ils ont connue pendant le ministère terrestre du Sauveur (v. 12-13). Il ne s'agit pas d'emmener les apôtres hors du monde vers une autre réalité particulière: le Royaume devait être manifesté ici, et non quelque part sur une autre planète ou dans une autre dimension (v. 14-16). Mais pour le manifester, la communauté apostolique devait être sanctifiée en recevant la plénitude de la révélation vivante de Dieu, dont le Sauveur lui-même est devenu l'incarnation (v. 17). Alors seulement les apôtres pourraient devenir témoins du Royaume et leur communauté le noyau de l'Église, dont le sens même de l'existence serait de préserver le Royaume dans notre monde encore imparfaitement transfiguré et de lui rendre témoignage. Et ce noyau grandirait, l'Église s'étendrait en accueillant quiconque cherche le Royaume et la vie éternelle (v. 18-21).
