La lecture d'aujourd'hui nous propose deux récits liés par un même thème: la religion et la Révélation. Le premier décrit la guérison par Jésus d'un homme que Luc appelle « paralytique » (v. 17-26). Jésus le guérit en disant: « Tes péchés te sont remis », provoquant ainsi le mécontentement des pharisiens présents, absolument certains que Dieu seul peut remettre les péchés. À leurs yeux, les paroles de Jésus équivalaient donc à un blasphème: en disant ce qu'il avait dit, il s'était mis à la place de Dieu (v. 21). En réponse, Jésus leur rappela une idée généralement admise à l'époque: le Messie, le « Fils de l'homme », tient de Dieu le pouvoir de remettre les péchés, car avec le Messie le Royaume messianique entre dans le monde et le jour du Jugement arrive. Aussitôt, il leur prouva par son action que ses paroles n'étaient pas une simple théorie et qu'il avait réellement reçu de Dieu le pouvoir de remettre les péchés. L'homme qu'il avait guéri se leva véritablement et se mit à marcher, et Jésus avait précisément lié cette guérison au pardon des péchés (v. 22-25).
Il n'est pas étonnant que tout ce qui s'était passé ait produit une impression si forte sur l'entourage. Les gens comprirent qu'ils avaient devant eux non un simple maître, comme il y en avait beaucoup à l'époque, ni même un prophète, mais peut-être le Messie lui-même, bien qu'il ne parlât pas directement de sa messianité (v. 26). Mais un tel Messie ne correspondait pas aux théories théologiques des pharisiens. Ils ne voyaient en lui qu'un homme qui ne guérissait pas en manifestant la plénitude du Royaume, mais soignait les malades comme d'autres les soignaient, recourant eux aussi parfois à la force de la prière ou possédant un don particulier de guérison reçu de Dieu. Une guérison, même surnaturelle ou miraculeuse, ne sortait pas du cadre de la religion; ce cadre ne pouvait contenir le Royaume.
On voit la même chose dans le récit des événements survenus dans la maison de Lévi (v. 27-39). Pour un homme religieux, fréquenter un pécheur n'est pas seulement désagréable, mais dangereux: le péché souille, tandis que la religion suppose l'observation obligatoire des normes et des règles de pureté rituelle. Mais Jésus n'avait l'intention de créer aucune nouvelle religion. Il a apporté le Royaume dans le monde afin de donner à chacun une chance de mener une vie nouvelle dans ce Royaume. Il pose donc une question tout à fait naturelle: qui a besoin du médecin, les bien-portants ou les malades (v. 31-32)?
La question est rhétorique, mais insoluble dans le cadre de la religion. Même un homme religieux ne peut au fond rien faire pour aider un pécheur, sinon l'appeler au repentir et à la conversion. La religion n'a pas le pouvoir de guérir ni de renouveler un homme en transformant sa nature pécheresse. Tout au plus peut-elle lui donner la possibilité d'une purification temporaire des conséquences d'un péché concret, et même cela n'est pas toujours possible. Un homme religieux n'a réellement rien à faire parmi les pécheurs; il ne pourra les aider en rien. Mais Jésus n'est pas le fondateur d'une nouvelle religion: il est le Messie qui a apporté le Royaume dans le monde. Il peut guérir et purifier. Et il voit dans ses disciples les serviteurs du Royaume, capables d'aider quiconque voudra y entrer.
