Pour l'Isaïe de Babylone, l'avenir de Jérusalem et du peuple juif lui-même n'était lié qu'à la présence de Dieu, qu'il appelle « gloire », comme beaucoup avant lui appelaient aussi cette présence. Il comprenait que l'histoire naturelle de son peuple, se déroulant selon son cours, semblable à l'histoire de tous les autres peuples, s'était achevée après la destruction de Jérusalem par l'armée babylonienne en 587 av. J.-C.
L'exil babylonien devait devenir la fin de l'histoire juive, de même que l'invasion babylonienne devint la fin de l'histoire de beaucoup d'autres peuples qui vivaient dans le voisinage. Et si cela ne se produisit pas, ce fut seulement selon un plan et un dessein particuliers de Dieu, qui décida de conserver Son peuple pour qu'il accomplisse une tâche particulière, assignée par Dieu Lui-même.
Isaïe comprend que toute l'histoire de son peuple après l'exil est un miracle qui se poursuit sans cesse. Or le miracle n'est possible qu'avec la présence immédiate de Dieu et Son intervention directe dans les événements qui se produisent, d'autant plus que la tâche assignée par Dieu est absolument insoluble par les forces humaines. Il ne s'agit ni plus ni moins que de la venue du Messie et de l'établissement du Royaume messianique. De l'homme ne dépend ici que la disponibilité. La disponibilité à voir, à entendre, à rencontrer. Mais même elle exige une action particulière de Dieu : Lui-même prépare l'homme à la rencontre du Messie qu'Il a envoyé. Et le monde entier vient à Jérusalem non pour voir les monuments des temps passés, mais pour voir le Dieu vivant et Son Royaume. Tous les contemporains du prophète ne le comprenaient sans doute pas. Pour beaucoup, le seul fait de revenir sur la terre des pères était l'achèvement du chemin et une récompense méritée. Isaïe, lui, comprend : ce n'est pas l'achèvement, mais seulement une étape sur le Chemin. Sur le Chemin qui mène au Royaume.
