Dans sa lettre à l'Église de Corinthe, Paul aborde quelques questions très importantes de la vie spirituelle. Ce n'est pas par hasard qu'il souligne que sa prédication n'a rien de commun avec les entretiens et les enseignements des rabbins et des maîtres de la Torah, qui s'adressaient avant tout à la raison humaine, cherchant à enseigner à leurs disciples l'art de la vie juste que l'on appelait alors sagesse. L'apôtre dit directement qu'il n'a jamais été un maître au sens traditionnel ; il est toujours resté seulement témoin du Christ et du Royaume, voyant précisément là la tâche principale de son ministère (v. 1-5). Et pourtant Paul mentionne une certaine sagesse dont il dit qu'il n'a de sens de la prêcher qu'aux « parfaits », à ceux qui ont déjà été associés au Royaume (v. 6-8). Il s'agit manifestement de l'expérience de la vie dans le Royaume, sans laquelle il n'y a pas de christianisme. Et le fondement de cette expérience est l'expérience de la réalité du souffle (« esprit ») de Dieu, qui entrouvre à l'homme le mystère de la vie divine, ces profondeurs qui, autrement, ne lui auraient jamais été ouvertes (v. 9-10). Parlant de « l'esprit de l'homme » (v. 11), l'apôtre a évidemment en vue ce « souffle de vie » que Dieu insuffla dans les narines (« au visage ») de l'homme lors de la création et qui, au sens spirituel, fait proprement de l'homme ce qu'il est, un être spirituel créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 2:7).
C'est un tel homme que Paul appelle « psychique » (v. 14), en utilisant le mot grec ψυχή pour rendre l'hébreu nephesh, qui dans le texte hébreu de l'Ancien Testament désigne cette vie que l'homme reçoit avec le « souffle » que Dieu lui donne. Mais pour la vie dans le Royaume, cela ne suffit manifestement pas. Ici, en plus du « souffle de vie », il faut encore être associé au souffle (« esprit ») de Dieu, que tous les prophètes bibliques connaissent si bien. Auparavant, il n'était réellement connu que des élus de Dieu, à qui Dieu révélait directement ce qu'Il voulait révéler. À certains de ces hommes, comme aux grands prophètes d'Israël, le Royaume s'entrouvrait parfois. Mais avant la venue du Messie, il ne leur était entrouvert que pour peu de temps et en vision ; maintenant il est entré dans le monde, et l'on ne peut y être associé qu'en recevant ce souffle de Dieu que les prophètes connaissaient si bien. C'est de lui que parle Paul lorsqu'il mentionne le souffle (« esprit ») de Dieu, que seuls connaissent ceux qui ont déjà été associés à la vie du Royaume (v. 11-13). Ce souffle imprègne tout le Royaume. Chaque habitant du Royaume le connaît ; pour tous les autres, il demeure quelque chose d'étrange et d'incompréhensible (v. 14-15). Mais c'est précisément ainsi que l'homme devient chrétien au sens propre du mot, en acquérant, selon la parole de l'apôtre, « la pensée du Christ » (v. 16).
