Depuis près de deux mille ans, les théologiens et les philosophes chrétiens réfléchissent et débattent de ce que le christianisme a apporté de nouveau à notre monde. Chacun prête attention à ce qui lui est proche, et les débats semblent ne jamais devoir finir. Paul, quant à lui, dit...
Depuis près de deux mille ans, les théologiens et les philosophes chrétiens réfléchissent et débattent de ce que le christianisme a apporté de nouveau à notre monde. Chacun prête attention à ce qui lui est proche, et les débats semblent ne jamais devoir finir. Paul, quant à lui, dit que tout est désormais nouveau, tandis que l'ancien s'en est déjà allé—définitivement. À première vue, une telle affirmation peut sembler exagérée. Où donc tout l'ancien est-il allé si, même deux mille ans après la venue du Christ dans le monde, tout semble continuer à suivre son cours habituel ? Certes, l'Église est apparue dans le monde, mais les historiens ne voient généralement en elle qu'une organisation religieuse de plus, autrefois puissante et perdant aujourd'hui toujours davantage de son influence. Voilà quelque chose de nouveau ; mais, pour le reste, le monde paraît identique, et même l'Église elle-même ne semble pas l'avoir changé le moins du monde. Toujours les mêmes guerres—parfois menées sous des slogans chrétiens—la même lutte pour le pouvoir—souvent accompagnée, dans le monde chrétien, de paroles élevées sur l'Église, la pureté de sa foi et ses intérêts—les mêmes révolutions et les mêmes coups d'État. Alors, l'apôtre aurait-il simplement pris la naissance d'une religion de plus pour un bouleversement mondial ? À première vue, on pourrait le croire.
Mais Paul ne parle nullement de religion. Il parle du Royaume que le Sauveur a apporté dans le monde. C'est précisément le Royaume qu'il a en vue lorsqu'il dit que désormais « tout est nouveau ». Bien sûr, si ce Royaume était entré dans le monde d'un seul coup, en un instant, chacun aurait compris clairement ce dont parle l'apôtre : l'ordre ancien aurait alors été remplacé en un instant par le nouveau, au point que la nature elle-même aurait connu un changement qualitatif et aurait été transfigurée.
Mais alors le Royaume n'aurait eu qu'un seul habitant : Celui qui l'a apporté dans le monde, car personne en dehors de Lui n'est prêt à y entrer. C'est pourquoi le Royaume entre progressivement dans le monde, en le transformant de l'intérieur. Dans le Royaume, « tout est nouveau » en effet. Dans le monde non transfiguré, en revanche, tout continue comme autrefois ; il ne peut en être autrement. Ce n'est qu'à la fin des temps, après la transfiguration complète de la création, que chacun verra clairement ce que voit Paul, tout comme le voit quiconque vit déjà dans le Royaume ici et maintenant.
17 u) Le centre de cette « nouvelle création », ici et Ga 6.15, — qui intéresse tout l’univers, Col 1.19s ; cf. 2 P 3.13 ; Ap 21.1, — est l’« homme nouveau » créé dans le Christ, Ep 2.15, pour une vie nouvelle, Rm 6.4, de justice et de sainteté, Ep 2.10 ; 4.24 ; Col 3.10. Comparer la nouvelle naissance du baptême, Rm 6.4.
17 v) Littéralement « les (choses) anciennes ont disparu, voici, des (choses) nouvelles sont là ». Var. « toutes les (choses) sont nouvelles ».
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.