Que veut dire Pierre lorsqu'il appelle les destinataires de son épître à «affermir leur vocation et leur élection»? Quant à l'élection, l'apôtre s'en tient manifestement à une vision tout à fait traditionnelle pour son époque...
Que veut dire Pierre lorsqu'il appelle les destinataires de son épître à «affermir leur vocation et leur élection»? Quant à l'élection, l'apôtre s'en tient manifestement à une vision tout à fait traditionnelle pour son époque du Messie et de ce reste messianique qui devient le nouveau peuple rencontrant et accueillant le Messie. Selon ces conceptions juives, le Messie, comme le peuple de Dieu, avait été conçu par Dieu avant même la création du monde. Bien sûr, le dessein de Dieu ne concernait pas des individus séparés, mais précisément le peuple comme tout, comme peuple-communauté, communauté des fidèles dont la tâche historique principale serait de garder la révélation reçue de Dieu jusqu'au jour de la venue du Messie, où cette révélation deviendrait accessible à quiconque accueille le Messie.
Quant aux personnes individuelles, beaucoup dépendait alors du libre choix de l'homme: car naître juif ne suffisait pas encore, il fallait réaliser dans sa vie la vocation qui était potentiellement donnée à chacun né juif. Réaliser une vocation spirituelle sans choix personnel est évidemment tout à fait impossible; ainsi la question de l'appartenance au peuple de Dieu était déterminée non seulement par la naissance, mais par toute la vie. L'apôtre, manifestement, applique cette représentation traditionnelle à l'Église, ce qui n'est pas étonnant: car si l'on peut naître juif, on ne naît pas chrétien, bien que l'Église, comme le Messie Lui-même, ait sans aucun doute été conçue par Dieu avant même la création du monde. Et quiconque s'y associe s'associe à ce dessein, en devenant une partie, en devenant élu de Dieu. Mais il ne suffit pas d'entrer une fois dans l'Église; il faut encore y vivre. L'Église est la dimension terrestre du Royaume, et si l'on ne peut vivre dans le Royaume qu'en faisant des efforts spirituels constants pour ne pas le perdre, on peut dire la même chose de la vie dans l'Église; autrement, l'élection se perd facilement.
On pourrait croire que la vocation reçue de Dieu est pour toujours. Mais la vocation aussi n'est qu'une possibilité: il faut encore la déployer, la déployer tout au long de sa vie, sinon elle mourra sans s'être manifestée. Et Pierre ne se lasse pas de le rappeler, peut-être parce que, déjà de son temps, apparaissaient dans l'Église des gens sincèrement convaincus que leur premier pas sur le chemin spirituel était déjà son heureux et victorieux achèvement, que le salut et la plénitude de la vie dans le Royaume leur étaient garantis du seul fait qu'ils avaient fait confiance à leur Sauveur et reçu le baptême. L'apôtre, manifestement, veut dissiper en eux cette illusion: elle pouvait facilement leur coûter le salut. Un salut qu'il est facile de perdre et très difficile ensuite de retrouver.